Ramenez les cours de cuisine!

- 20 avril 2013

À la suite de mon dernier billet, Pornographie alimentaire , j’ai reçu plusieurs courriels de personnes constatant, comme moi, cette surexposition alimentaire auxquels nous faisons face. Liés à cela, plusieurs m’écrivent qu’ils ne savent plus à quel saint se vouer lorsque l’on parle de nourriture. Rajouté, de fréquents scandales alimentaires, et vous avez la recette qui mènent au cynisme.

Cette surexposition est en grande partie le fruit de la publicité. Que ce soit de façon franche ou insérée dans votre émission de cuisine préférée, l’industrie agroalimentaire prendra tous les moyens inventés par le marketing pour nous vendre de la nouveauté.

Mais y’a t’il quelque chose de vraiment neuf en alimentation? Ou nous fabrique t’ont des besoins?

Je donne souvent des conférences ou je réalise que la complexification de l’alimentaire laisse les gens devant une sorte d’angoisse, devant un sentiment de perte de contrôle. Autant je suis compatissant, autant je suis ahuri devant cette perte de lien avec notre assiette. Je dis «les gens», mais je devrais dire «les femmes», car ce sont encore elles les grandes responsables des achats alimentaires, des repas, et c’est donc sur elles que cette angoisse se fait sentir.

On ne sait plus ce qui est bon pour nous, car la connaissance s’est effritée. À ce sujet, nous avons fait des chefs culinaires des «stars», les dépositaires de cette connaissance culinaire. Personnellement, je crois que c’est un inversement de valeur. Qui est la vraie vedette? Le chef qui, avec une équipe, prend plusieurs jours pour composer un menu qui sera reproduit pendant plusieurs mois? Où la mère qui ouvre son frigo, compose un menu neuf tous les jours, avec ce qu’il y a dedans, des restants, et les caprices du plus vieux?

Laure Waridel, écosociologue, a défini selon moi l’alimentation en terme très simple. Les «3-N». Nu, Non loin, Naturel.

  • Le Nu, c’est l’emballage des aliments. On essaie d’éviter le suremballage et même l’emballage tout court.
  • Le Non-loin, c’est la distance parcourue par les aliments. On essaie de favoriser ce qui est produit le plus près possible. Québécois.
  • Le Naturel, c’est le moins transformé possible, une liste d’ingrédient courte et qu’on comprend. C’est l’absence de pesticide, d’hormone.

Voilà une formule très simple à retenir et qui comporte les bases d’une bonne alimentation sans casse-tête. Bien sûr, il faudra la cuisiner cette alimentation. Je vous invite à mettre les mains à la pâte. Cuisine collective, cours en groupe, entre voisins. Sur l’internet on trouve aujourd’hui des écoles, cours et formations à profusion. Il y en a même pour les enfants , comme le camp d’été du Robin des bois. Une belle façon de joindre l’utile à l’agréable.

Parlant des enfants, il faut selon moi rapidement, ramener des cours d’alimentation et de cuisine à l’école. Voilà la meilleure façon de contrecarrer la malbouffe et d’outiller réellement une population qui répète cette matière, trois fois par jour, et tout au long d’une vie. Je ne suis pas le seul à le demander. L’Union paysanne l’a faîte par le passé et La Coalition québécoise sur la problématique du poids en à fait une brillante recommandation très récemment. Le consensus sur cette recommandation se fait de plus en plus large. Je ne sais pas si les partis politiques pourront l’ignorer longtemps.

Nous demandons que l’école soit  réellement ancrée sur la vie réelle ce cours ne peut l’être plus et éclipserait l’inutile cours d’éthique et de culture religieuse.

Pornographie alimentaire

- 12 avril 2013

La bouffe est partout. Les livres culinaires sont une locomotive des librairies,  les émissions de cuisine se multiplient, tout comme les revues du même genre dans les kiosques à journaux. Sur les réseaux sociaux, on ne calcule plus, tellement c’est devenu ordinaire,  les publications sur ce qu’on a mangé le midi, le tout accompagné de photo pour le prouver. Cet air ambiant, surchargé de plats appétissants, trois quarts santé, moitié bio, un quart végé et un zeste local, tout laisse croire que nous mangeons mieux. On ne se contente plus, comme à l’époque de soeur Angèle, de nous montrer la cuisine, on nous la montre allégée, sans gras trans, bonne pour le coeur et la prostate.

 

CONSTAT DÉSOLANT

Il semble donc impossible qu’après tant de stimulation diététique nous en soyons encore à manger mal. À l’échelle de votre famille, je n’en sais rien, mais à l’échelle du Québec c’est malheureusement encore le cas. Les plats surgelés, sur transformés et bas de gamme sont en augmentation. En statistiques notre nourriture vient de loin, est vite faite et n’a jamais connu autant d’intermédiaires. Ce n’est pas très local et santé tout ça. Ce qu’il a de pire dans toutes les données que je scrute c’est que la clientèle des banques alimentaires au Québec comme au Canada explose. Chaque mois, c’est plus de 350 000 personnes au Québec et plus de 900 000 au Canada qui y ont recours.

POURQUOI

Vous vous demandez alors comment cette distorsion de la réalité est possible? Eh bien, c’est que nous sommes rendus dans l’ère de la pornographie alimentaire. On fantasme son plat en espérant le cuisiner un jour. Un peu comme l’écoute d’un film porno. Vous savez bien que vous ne vous retrouverez jamais dans un spa avec quatre magnifiques déesses blondes, mais vous regardez quand même , car ça vous excite.

À peu près tout le monde connaît le mot Kâma-Sûtra, mais peu l’ont essayé. Au mieux vous avez peut-être pratiqué 2-3 des positions exotiques, mais vous reviendrez au missionnaire…alimentaire. C’est comme votre dernier livre de cuisine acheté. Il accumule la poussière depuis que vous n’avez fait que deux recettes à l’intérieur. C’est toute la différence entre le rêve culinaire et la mère monoparentale, pressée et à faible revenu. Dans la vraie vie, l’élémentaire et le pratique sont plutôt tendance. À ce chapitre le plat tout préparé est roi.

L’ARBRE QUI CACHE LA FORÊT

Tout ce mirage, justement, cache de vrais problèmes alimentaires et de vraies questions de santé publique comme l’obésité, le diabète, la sédentarité, etc. L’accès à une nourriture santé, bio et tout le tralala est un infime pourcentage des achats alimentaires surtout confiné à des strates précises de la société, souvent bien éduquées et au revenu plus élevé. On nous propose donc beaucoup de fantasmes, mais peu de moyens pour avoir un quotidien «alimentairement» durable. Si, comme on le laisse entendre, la saine alimentation est le pivot d’une bonne santé. Alors, n’attendons pas que le rêve…vire au cauchemar.

Industrie du lait! Se remettre en question.

- 6 avril 2013

Vache_ConcoursJ’aime bien lorsqu’un auteur me bouscule en raison de l’intelligence de son propos. J’ai presque terminé la lecture de  «Vache à lait, Dix mythes de l’industrie laitière» d’Élise Desaulniers, et je peux déjà affirmer que ce livre appartient à cette catégorie. Cet ouvrage est l’un des rares en sol canadien à traiter le lait et l’industrie qui l’entoure d’une façon critique . Certains pourront lui reprocher un point de vue d’auteur qui ne va que dans le sens de soutenir ses thèses. Mais l’angle choisi a le bon de confronter les arguments de vente amenés par la toute puissante industrie laitière qui fabrique un produit qui n’est, dans les faits, pas à la hauteur de ce qu’elle prétend.

Ses détracteurs soulèveront que l’auteure est végétalienne et que ça explique tout, mais passeront vite sur le fait qu’elle fût une amoureuse du lait et de ses dérivés avant de s’en passer.  En jetant un oeil à l’importante bibliographie à la fin, on réalise qu’Élise Desauliers est d’abord une femme curieuse et qu’elle a fouillé son sujet.

Ceci dit, être bousculé ne veut pas dire me ranger automatiquement derrière les idées de l’auteur. Ce qui n’est pas le cas ici. Cette lecture me force, par contre,  à me questionner et à argumenter mes choix. C’est là le brio qu’Élise Desaulniers réussit avec son livre. Elle ne prend pas son lecteur par la peur face à un produit phare de notre alimentation. Elle l’amène à se questionner, douter.  L’industrie devra elle aussi se questionner. En abordant dans son livre des thèmes comme: le lait c’est naturel, On en a besoin pour les os, le lait contient des hormones, on peut faire confiance aux spécialistes, le marketing trompeur, etc. elle s’attaque à des pierres angulaires du discours industriel sur le lait.

Ce livre sera cité, repris et discuté, car il ramène inlassablement de nombreux contre-exemples qui introduiront  un débat sur la nécessité absolue de consommer du lait dans nos sociétés.

 Il y a parfois de ces livres où l’on se dit qu’il y a eu, un avant, et un après. Ce livre «Vache à lait, Dix mythes de l’industrie laitière» d’Élise Desaulniers est l’un d’eux.

L’état québécois finance les syndicats et associations agricoles.

- 30 mars 2013

Le 31 mars prochain, le «programme d’appui financier aux regroupements et aux associations de producteurs désignés» prendra fin. En fait l’entente viendra à échéance, mais on ne sait pas encore si le ministre François Gendron la renouvellera ou pas.

En quoi consiste ce programme? Je résume. Sous couvert d’axe stratégique et de réalisation de projets novateurs et structurants, ce programme est en fait une subvention aux fonctionnements des syndicats agricoles. Le volet A est plutôt simple à comprendre: «Contribuer à la mise en œuvre, à la pérennité et au développement des activités des demandeurs (syndicats agricoles). Ce qui inclut…le loyer, assurances, frais de secrétariat, frais de communication, etc.

Ce programme existe depuis près d’une quinzaine d’années et a permis à des associations de producteurs «désignés» de littéralement faire financer leur fonctionnement par l’état. Quelques dizaines de millions plus tard, je me demande qui peut encore défendre un tel programme.

Dans un Québec qui n’a toujours pas offert aux agriculteurs la liberté d’association, vous aurez compris que la phrase «association de producteurs désignés», n’inclut ni l’Union paysanne, ni le CEA, deux associations qui contestent le monopole de l’Union des producteurs agricoles.

Alors à l’heure où l’État racle les fonds de tiroir, il est maintenant temps pour le gouvernement Marois de faire preuve d’éthique en faisant disparaître ce programme. Je lui suggère de récupérer les sommes et de l’investir en agriculture biologique qui souffre de sous-financement. Si en passant elle veut aussi rétablir la liberté d’association pour les agriculteurs…je ne dirai jamais plus que sa gouvernance est erratique. Promis.

Le parti Québécois doit réformer les subventions agricoles.

- 23 mars 2013

Le Québec subventionne largement sont agriculture comme la plupart des pays du monde qui ont une économie développée. Il le fait pour toute sorte de raisons, mais souvent seulement afin de soutenir le prix de ses produits agricoles. C’est-à-dire qu’il comble la différence que le marché n’offre pas pour un produit. Par exemple, si produire un porc au Québec vous coûte 100$, que le marché vous en offre 70$, alors on vous donnera le 30$ de différence multiplié par le nombre de porcs au Québec. Oui, vous aurez compris qu’au nombre de porcs au Québec cela représente beaucoup, beaucoup de sous. Le programme phare pour ce genre de subvention, l’Assurance Stabilisation des revenues agricoles (ASRA), à dans sa pire année (2008), versé plus de 550 millions de dollars seulement pour le porc.

Ce qu’il faut comprendre ce n’est pas tant le montant, mais l’essence même des subventions comme l’ASRA, axée sur le volume de production et rien d’autre. On ne vous subventionne pas pour que vous améliorer vos installations, pour que vous vous convertissiez au bio, ou parce que vous rendez service à la société en protégeant l’environnement. Non…on ne fait que combler la différence de marché. Peux importe que la différence soit grande, où le nombre de porcs que vous produirez, l’état va payer. Retenez le nom de ce programme car il a été un gouffre sans fond et personne ne veut le réformer. Le rapport St-Pierre le recommandait, mais la puissante UPA s’y opposait.  En agriculture nous en avons lancé des milliards par les fenêtres depuis 15 ans, tellement en fait que l’agriculture du Québec a vogué de crise en crise sur le bras de l’état, donc de vous. Sans modèle de développement, durable et porteur, vous paierez encore.

Voilà que la Fédération des producteurs de porcs de l’UPA demande 305 millions sur 10ans pour répondre aux exigences accrues de bien-être animal que les consommateurs demandent. Des normes qui maintenant sont en place en Europe et qui donnent plus d’espace aux truies et aussi l’abandon des cages de gestation. Ce qui est de mon avis minimal en terme de bien-être animal alors que nous devrions faire plus. Soutenir les agriculteurs à adopter de meilleures pratiques est essentiel, surtout que nous avons payé depuis 40ans pour qu’ils en adoptent de mauvaises.

sans-titreJe suis donc d’accord avec la demande de la Fédération des producteurs de porcs, mais à la condition qu’ils abandonnent le montant équivalent de l’ASRA. L’ASRA doit disparaître pour se convertir en des nouvelles formes de soutien ou les producteurs passeront avec la population un contrat. Vous nous rendez des services et c’est en cette raison que nous acceptons de vous soutenir. C’est à cette condition seule que les agriculteurs pourront réaliser qu’ils peuvent remplir le rôle de protecteur de l’environnement. L’argent par les fenêtres en agriculture doit prendre fin.

Le rapport Pronovost nous proposait un modèle agricole viable et tourné vers le futur. Est-ce que le PQ dans sa politique agricole saura se rapprocher ou s’éloigner de ce rapport qui a fait consensus?