À la suite de mon dernier billet, Pornographie alimentaire , j’ai reçu plusieurs courriels de personnes constatant, comme moi, cette surexposition alimentaire auxquels nous faisons face. Liés à cela, plusieurs m’écrivent qu’ils ne savent plus à quel saint se vouer lorsque l’on parle de nourriture. Rajouté, de fréquents scandales alimentaires, et vous avez la recette qui mènent au cynisme.
Cette surexposition est en grande partie le fruit de la publicité. Que ce soit de façon franche ou insérée dans votre émission de cuisine préférée, l’industrie agroalimentaire prendra tous les moyens inventés par le marketing pour nous vendre de la nouveauté.
Mais y’a t’il quelque chose de vraiment neuf en alimentation? Ou nous fabrique t’ont des besoins?
Je donne souvent des conférences ou je réalise que la complexification de l’alimentaire laisse les gens devant une sorte d’angoisse, devant un sentiment de perte de contrôle. Autant je suis compatissant, autant je suis ahuri devant cette perte de lien avec notre assiette. Je dis «les gens», mais je devrais dire «les femmes», car ce sont encore elles les grandes responsables des achats alimentaires, des repas, et c’est donc sur elles que cette angoisse se fait sentir.
On ne sait plus ce qui est bon pour nous, car la connaissance s’est effritée. À ce sujet, nous avons fait des chefs culinaires des «stars», les dépositaires de cette connaissance culinaire. Personnellement, je crois que c’est un inversement de valeur. Qui est la vraie vedette? Le chef qui, avec une équipe, prend plusieurs jours pour composer un menu qui sera reproduit pendant plusieurs mois? Où la mère qui ouvre son frigo, compose un menu neuf tous les jours, avec ce qu’il y a dedans, des restants, et les caprices du plus vieux?
Laure Waridel, écosociologue, a défini selon moi l’alimentation en terme très simple. Les «3-N». Nu, Non loin, Naturel.
- Le Nu, c’est l’emballage des aliments. On essaie d’éviter le suremballage et même l’emballage tout court.
- Le Non-loin, c’est la distance parcourue par les aliments. On essaie de favoriser ce qui est produit le plus près possible. Québécois.
- Le Naturel, c’est le moins transformé possible, une liste d’ingrédient courte et qu’on comprend. C’est l’absence de pesticide, d’hormone.
Voilà une formule très simple à retenir et qui comporte les bases d’une bonne alimentation sans casse-tête. Bien sûr, il faudra la cuisiner cette alimentation. Je vous invite à mettre les mains à la pâte. Cuisine collective, cours en groupe, entre voisins. Sur l’internet on trouve aujourd’hui des écoles, cours et formations à profusion. Il y en a même pour les enfants , comme le camp d’été du Robin des bois. Une belle façon de joindre l’utile à l’agréable.
Parlant des enfants, il faut selon moi rapidement, ramener des cours d’alimentation et de cuisine à l’école. Voilà la meilleure façon de contrecarrer la malbouffe et d’outiller réellement une population qui répète cette matière, trois fois par jour, et tout au long d’une vie. Je ne suis pas le seul à le demander. L’Union paysanne l’a faîte par le passé et La Coalition québécoise sur la problématique du poids en à fait une brillante recommandation très récemment. Le consensus sur cette recommandation se fait de plus en plus large. Je ne sais pas si les partis politiques pourront l’ignorer longtemps.
Nous demandons que l’école soit réellement ancrée sur la vie réelle ce cours ne peut l’être plus et éclipserait l’inutile cours d’éthique et de culture religieuse.