Archives pour 5 juillet 2012

Denis Tillinac et les siens

- 5 juillet 2012

Je vous l’ai déjà dit, j’aime beaucoup Denis Tillinac. Ce matin, conscrit malgré moi dans une grande entreprise qui consiste à rebâtir et reclasser ma bibliothèque après mon récent déménagement, je retrouve son livre Les masques de l’éphémère, que j’ai lu si souvent. Il y étale sa nostalgie non pas d’une époque passée (il n’y a jamais eu d’époque idéale), mais d’un rapport au monde qui se perd dans l’hypermodernité, qui cultive le neuf pour le neuf, qui rejette le vieux parce qu’il est vieux, qui fait du nomadisme une religion, qui fait du citoyen du monde le seul individu vraiment honorable, parce qu’il ne se reconnaît aucune appartenance singulière. Comme si appartenir à un pays était une manière de se priver du reste de l’humanité. Il délimite aussi son «camp», qui est moins politicien que politique, moins idéologique que philosophique. Je retranscris ici sa réflexion, que je fais mienne : «Les miens ? L’homme ancré à l’Histoire par la géographie, la mémoire, la religion et les balises variables qui ont encadré l’expression de ses désirs. Ou de ses manques. L’homme qui effleurait l’universel par le truchement d’une civilisation» (p.36). N’est-elle pas là, la grande coupure philosophique derrière nos débats politiques ? Entre ceux qui croient qu’on accède au monde en se délivrant de sa culture, de sa civilisation, et ceux qui croient qu’on y accède seulement à partir de sa propre culture, de sa propre civilisation, qui porte en elle  une manière d’aborder les préoccupations existentielles qui logent au coeur de la condition humaine ?