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Alain Finkielkraut sur la bêtise contemporaine

- 29 juillet 2012

Relecture ce matin de L’imparfait du présent, d’Alain Finkielkraut. J’y retrouve deux passages que je transcris ici, sans les commenter.

Le premier passage est une réflexion sur le désir de célébrité  qui pollue la société contemporaine. Je retranscris ici la remarquable définition qu’il propose de la quête de célébrité, à la lumière de la télé-réalité, qui commençait alors à s’imposer en France. Le texte date de 2002. Je devine ce qu’il écrirait aujourd’hui à propos des médias sociaux.

«[I]ls cherchent à la folie de sortir de l’anonymat. Ils cherchent éperdument leur salut dans le statut de stars. Bref, ils veulent être célèbres. Et qu’est-ce que la célébrité à l’heure de l’écran total et de l’anti-élitisme généralisé ? C’est le lustre sans les mérites, l’affichage sans les actions, l’éclat sans les œuvres. C’est la gloire enfin découplée de l’excellence. C’est passer du triste état de spectateur à la jubilation d’être vu. C’est se montrer au monde, tel quel, comme on est, authentique, informe, indemne de toute cérémonie et de toute littérature. C’est s’exprimer dans l’idiome sommaire et viscéral de l’adolescence. C’est fuir la nuance pour l’intensité, au nom du naturel. C’est meubler le temps des autres avec ses peines de cœur et ses points noirs. C’est tenir l’assistance en haleine à coups de karaoké joyeux, de borborygmes pensifs ou de sanglots sincères. C’est être au centre de l’attention générale pour ce qu’on a de plus spontané, donc de plus trivial (p.142-143).

Le deuxième passage est à pleurer. Je le retranscris encore une fois sans l’accompagner d’un commentaire. Le texte parle de lui-même. Je précise seulement qu’il a pour titre : «Langue morte»».

« L’un de nos plus éminents philosophes qui est aussi arrière-grand-père passait cet été ses vacances en famille. Le papa de l’un de ses arrière-petits-enfants lui dit un jour : «Tu sais, grand-père, je ne peux pas lire tes livres, tu utilises des mots trop compliqués.» Étonné, mais bienveillant, le philosophe prit le temps de la réflexion et répondait qu’il ne se souvenait pas d’avoir forgé ni même employé dans ses écrits un seul néologisme. «C’est quoi un néologisme, grand-père?» (p.222).