Ce qu’a vraiment dit Jacques Parizeau

- 2 mars 2013

La Gazette, affirmait dans un papier consacré au congrès d’Option nationale, que Jacques Parizeau envisageait plus ou moins l’abolition des droits historiques de la minorité anglophone dans un Québec souverain. Plus exactement, les droits scolaires de la minorité anglophone, essentiels à sa reproduction communautaire, ne seraient pas garantis dans un Québec indépendant. Traduction: l’indépendance consacrerait la tyrannie de la majorité sur une minorité persécutée.

Il y a un tout petit problème. Tout petit. Mais bien réel. C’est que Parizeau n’a pas dit cela. Plus encore: il a même dit le contraire. Il faut alors se demander bien simplement ce qu’a dit Jacques Parizeau. Qu’a dit l’ancien chef du PQ, que les chroniqueurs traitent souvent comme un récidiviste de la bourde médiatique, comme s’ils aimaient le peindre dans ce mauvais rôle et ne l’invitaient dans leur portrait du Québec contemporain qu’à condition qu’il le joue?

Jacques Parizeau a dit que l’indépendance du Québec devait se préparer. Que les souverainistes, pour éviter de créer un vide politique après l’indépendance, devaient tracer la maquette institutionnelle du pays. Il s’inquiétait ouvertement du manque de préparation des souverainistes actuels, qui rêvent d’un pays sans même préparer le passage à l’indépendance. Or, on ne brise pas un lien politique comme le lien fédéral sans avoir préparé chaque dimension de cette opération. C’est une question de responsabilité historique.

Par exemple, il faudrait préparer la fusion des administrations publiques. Cela ne va évidemment pas de soi. Par exemple, il faudrait préparer la fusion du budget fédéral et du budget provincial. Il faudrait aussi, probablement, mieux connaître la délimitation territoriale d’un Québec indépendant. J’ai déjà entendu Jacques Parizeau ajouter qu’il faudrait même planifier la décentralisation des pouvoirs aux régions, dans un Québec souverain, pour éviter une centralisation excessive à Québec.

Dans cet esprit, il faudrait de même préparer le remplacement de la Cour suprême, actuellement gardienne, à partir de la constitution canadienne, des droits consacrés de la minorité anglophone. Car il faudra évidemment à un Québec indépendant un ordre juridique capable de baliser au moins minimalement les rapports intercommunautaires. C’est justement pour éviter un vide constitutionnel que Parizeau invitait les souverainistes à examiner les assises constitutionnelles qui assureraient les droits de la minorité anglaise.

Je suis convaincu d’une chose : le journaliste de la Gazette a très bien compris cela. Alors comment peut-il en venir à penser néanmoins que Parizeau en appelle à l’abolition des droits historiques des anglophones? Comment peut-il ainsi faire sonner la sirène d’alarme auprès de la communauté anglophone en soutenant que Parizeau évoquerait la possible éradication de ses droits? Qu’est-ce qui le conduit à cette interprétation?

J’ai mon hypothèse. C’est que le journaliste est probablement persuadé, hélas, que les souverainistes sont engagés dans une politique de persécution des anglophones. Plus encore, le projet souverainiste lui-même serait illégitime et l’affirmation du pouvoir québécois depuis la Révolution tranquille relèverait intimement d’un nationalisme intolérant et résolu à en finir avec la communauté anglophone. Fondamentalement, le souverainisme serait anglophobe.

On en vient ainsi à traduire la moindre affirmation identitaire dans le langage de l’intolérance. La défense de la langue française passe désormais pour une politique persécutrice. Les souverainistes seraient porteurs d’un projet politique aux fragiles assises démocratiques. Il faudrait conséquemment les démasquer. Je note que cette vision malheureuse du souverainisme connait actuellement une renaissance manifeste dans certaines franges de la communauté anglophone, qui conteste ouvertement les acquis de la Révolution tranquille.

À partir de là, à partir de cette interprétation, le journaliste de la Gazette peut librement renverser le sens des propos de Jacques Parizeau. À partir de cette vision fantasmée, on lui fait dire le contraire de ce qu’il a dit. Chose certaine, on comprend mieux, en voyant de quelle manière le propos de Parizeau est traduit dans le principal journal de la communauté anglophone, comment une partie importante de ses membres recommence à se croire persécutée dans un Québec qui n’a pourtant jamais remis en question ses droits historiques.

Évidemment, le résultat est socialement dommageable. On excite le ressentiment. On fabrique de la peur. C’est ainsi, finalement, qu’on perd le contact avec le réel en s’imaginant persécuté par un grand méchant qui nous en veut d’exister. Le problème, c’est que le grand méchant n’existe pas. Mais ce n’est pas grave. On se l’inventera. N’est-ce pas une passion qui remonte aux origines de l’humanité: se donner des peurs en racontant des légendes terrifiantes? Chose certaine, cette passion est active dans le Québec contemporain.

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23 commentaires

  1. Nicoe Bénard dit :

    Merci beaucoup de remettre les pendules à l’heure. Encore plusieurs vont monter cette déclaration en épingles et « créer » un scandale. Nos francophones de service vont emboîter le pas, nos alliés souverainistes, trop purs pour le PQ vont souhaiter la fin de Pauline Marois et vogue la galère.

  2. Wayne Duguay dit :

    Tout citoyen digne de ce titre puisqu’il possède le moindre petit sens critique est capable de mesurer les intérêts et les allégeances de ces « journalistes » ou commentateurs. Le fait seul de voir qu’un texte est publié par « The Gazette » ou « The National Post » devrait nous mettre en contexte et nous évoquer la liste des valeurs et intrêts de ces gens constituant un filtre par lequel le citoyen lecteur décode le texte. Malheureusement je ne parle ici que d’une minorité de personnes. Pour le reste, ils se nourrissent d’idées et de raccourcis intellectuels aussi démagogiques que faux ou du prêt-à-penser des puissants.

    Dans ce combat inachevé pour la liberté, nous avons pourtant sous-estimé maintes fois nos adversaires et ce à nos dépends. Falardeau disait que nous étions en guerre et qu’en guerre faut pas s’attendre que les gars de l’autre bord respectent toujours les règles. Parfois ils prennent des raccourcis et des coups bas pour arriver à leurs fins. Pas nécessaire d’en faire autant mais au moins n’ayons pas l’air surpris qu’ils crient au racisme dès que Parizeau ouvre la bouche.

  3. Il semble évident que nous soyons à un moment important dans notre cheminement collectif. Certains envisagent même l’idée que les québécois dans leur ensemble soient si égarés qu’ils aient perdu leurs repères et que tout deviennent possible.
    Il suffirait qu’un sursaut nationaliste, ranimé par un leader respecté pour que l’avenir du Québec connaisse ses heures de gloire et la prospérité.

  4. JFC dit :

    ‘Je note que cette vision malheureuse du souverainisme connait actuellement une renaissance manifeste dans certaines franges de la communauté anglophone, qui conteste ouvertement les acquis de la Révolution tranquille.’

    Je note que cette forme malheureuse du souverainisme connait actuellement une renaissance manifeste dans certaines franges de la communauté francophone, qui glorifie ouvertement le marxisme social et autoritaire.

    Juste a voir l’OQLF, la SSJB, Québec Français, et plusieurs des intervention de vos amis facebook :)

  5. Marc Tremblay dit :

    «Le projet souverainiste lui-même serait illégitime et l’affirmation du pouvoir québécois depuis la Révolution tranquille relèverait intimement d’un nationalisme intolérant et résolu à en finir avec la communauté anglophone. Fondamentalement, le souverainisme serait anglophobe.» (La Gazette).

    Ce quotidien anti-québécois n’admettra jamais que beaucoup d’angryphones considèrent que la majorité française devrait prendre son trou, ayant été conquise.

  6. Réal lauzon dit :

    Même Ulysse ne devrais pas écouter pareilles sirènes ,celles des sornettes haineuses.
    Osons rêver notre pays et faisons LE!!

  7. Nelson dit :

    Aucun pays est assez fou pour nuire aux anglophones, la langue de l’argent, de la bussisness, de l’internet, de la mondialisation, de la survie économique….LA LANGUE DE L’EMPIRE AMERICAIN !!!!

    Québec fait la plupart de ses affaires, importations et exportations avec des anglophones de USA et l’Ontario.

    En cas de séparation le Canada devra répondre par l’affirmative aux anglophones, allophones et la plupart des québécois de souche ET LE RESTE DES CANADIENS des demandes de libre circulation à travers le Québec, en plein milieu du Canada, qui serait divisé en deux.
    Ainsi que double passeport, commerce et défense commune , comme d’habitude.

    Et le Peuple québécois pourrait survivre en évitant être assimilé.

  8. Herman Dantz dit :

    En effet, ce n’est pas la première fois que des media anglophones déforment certains propos tenus par des souverainistes. D’ailleurs, cela fait les choux gras de certains journaux du Canada anglais (dont quelques torchons) depuis un bon bout de temps, surtout en période d’élection provinciale. La mauvaise foi n’a jamais été un signe de crédibilité et de rigueur journalistique. Beaucoup de quotidiens canadien anglais se rapprochent un peu trop souvent de ce format tabloïd sauce américaine que l’on retrouve chez nos voisins du sud et ce, dans le but de vendre bon nombre de copies à des lecteurs en manque de défoulement.

    @ JFC

    La SSJB, marxiste? Pas vraiment. Et l’OQLF ne relève pas des décisions des souverainistes. C’est un organe gouvernementale non partisan dont le mandat ne peut être changé qu’en chambre.

  9. belgix dit :

    M. Bock-Coté, votre hypothèse est fort plausible car à regarder les derniers dérapages de la langue au Québec, rien ne présage rien de bon pour les anglophones dans un Québec indépendant.

    J`acquiesse la pensée de Parizeau que les souverainistes actuels essayent de mettre la charrue avant les boeufs. Ils se disent faisons l`indépendance et on verra après. De la pure improvisation à mon sens. Moi aussi j`ai ma petite hypothèse à moi concernant le faible appui populaire de souveraineté dans les sondages. Toute cette improvisation, n`en serait-ce pas la raison ?

  10. Christopher. dit :

    Salut,

    Un référendum canadien sur la question de souveraineté mettrait (peut-être) fin à cette question interminable!
    Si 17.5 million +1 disent : »oui » ….alors BYE BYE QUEBEC!

    On ne peut répéter ces référendums québécois ad nauseum car on continue à diviser le peuple québécois. Fédéraliste contre souverainiste exacerbé par un certain vieux Jacques qui continue à identifier certaines communautés et régions comme la cause du proplème. Ce n’est que mettre de l’huile sur le feu!

    L’ inclusion est la clé ….. lsolation ne l’est pas! Vive la langue française ……partout au Canada !
    Together we stand …divided we fall!

  11. mansour dit :

    Juste à voir la façon erratique de gouverner on voit bien que le PQ n’était même pas préparé à prendre le pouvoir de la province, alors comment envisager de le voir gouverner un pays.
    Comment voulez vous que le citoyen fasse confiance à des individus aussi peut préparés, on ne construit pas un pays en nommant ministre un bouffon qui fraude son proprio,

  12. Nelson dit :

     » N’ayez pas peur » dit Parizeau….

    Pour cela il faut qui parle continuellement de c’est qu’il a déjà dit publiquement….

    Que le Canada vais négocier dès le lendemain d’un oui au référendum, le droit de passage à travers le Québec, entre le 5 provinces au Ouest et les 4 à l’Est…terrestre. fluvial et par l’air….

    Que l’Ontario et le Québec continueront à faire des affaires comme d’habitude, parce que profitables pour les deux parties…..

    Que les fédéralistes anglophones, allophones et autres voudront continuer être attachés au Canada….donc, ils demanderons au Canada double nationalité et double passeport…

    Que par des raisons géo-politiques, la défense commune du territoire vais de sois…..en alliance avec les États, évidement…

    Le traité de libre échange avec USA continue….

    LA  »SOUVERAINETÉ ASSOCIATION AVEC LE RESTE DU CANADA » est donc la stratégie à suivre ET SERAIT FAITE PACIFIQUEMENT, EN DOUCEUR….pour avoir des intérêts communs que soit ainsi, tout simplement….

  13. Sven K. dit :

    Rien de ça n’arriverait s’ils lisaient aussi les médias francophones.

  14. C. Boisvert dit :

    Ce qui m’horriple au plus point, c’est que l’ensemble des consulats et de ambassades en poste au Canada, dont – sauf de rares exceptions – aucun de leurs diplomates ne parlent français malgé que ce pays est censé être bilingue, s’abreuvent exclusivement auprès des médias anglophones pour connaitre la réalité québécoise.

  15. pierre samson dit :

    M Bock Coté , Et le peuple Québécois, ce pauvre peuple d’imbécile, va encore se faire fourrer.

  16. pierre samson dit :

    M Bock Coté, vous parlez d’une peur des anglos véhiculé par certains journaux anglophones, et affirmer que ces annonces sont fausses et que cette peur est sans raison) je vous cite: ces journaux affirmeraient que  » la Révolution tranquille relèverait intimement d’un nationalisme intolérant et résolu à en finir avec la communauté anglophone. Fondamentalement, le souverainisme serait anglophobe ». Et vous semblez offusqué de pareils annonces et vous vous empressez d’affirmer que ces annonces sont tout à fait fausse comme si c’était une honte. ____Mais pauvre M. Coté, croyez-vous sérieusement que les Anglos ne sont pas francophobes, qu’ils ne cherchent pas nous assimiler depuis toujours. Voyons donc!

  17. Claude Lalande dit :

    Votre blogue et la grande majorité des commentaires qui suivent me rassurent. L’appui de personnes sérieuses à la souveraineté a quelque chose de rafraîchissant. Moi qui ai fait sa carrière dans le domaine des affaires internationales, je ne peux que me réjouir du sérieux de la préparation à la souveraineté que propose Jacques Parizeau. Je pense qu’Option Québec amorce actuellement une montée qui pourrait en étonner plusieurs. Ce qui signifie que, reconnaissant le bien fondé des idées d’OQ, on (PQ, QS) pourrait reparler de la fusion des forces indépendantistes dans assez peu de temps ? . Je vois déjà trembler les adversaires…

  18. Michel Plante dit :

    L’argent et le vote ethnique. Le référendum c’est la cage à homards pour les Québécois.
    Voilà ce que Jacques Parizeau a dit.
    Je ne l’oublierai JAMAIS.

  19. John Doe dit :

    « Évidemment, le résultat est socialement dommageable. On excite le ressentiment. On fabrique de la peur. »
    Dites-moi que ce n’est pas un effort conscient de propagande négative. À en voir les sondages, les blogues, etc. les médias canadiens semblent exceller dans cet art.

  20. Pierre Samson dit :

    La réaction des anglos on s’en fout. C’est sûr qu’à la moindre tentative d’affirmation du francophone, ils vont toujours nous l’accuser d’intolérance et d’anglophobie. Ils vont tout faire pour tenter de contrer nos efforts, puisque eux, on le sait, sont francophobes, depuis toujours. Le francophone, lui, n’est absolument pas anglophobe (on le voit tous les jours) s’efforcer d’apprendre cette langue. Le francophone n’est absolument pas anglophobe, il ne cherche qu’une chose, protéger la langue française au Québec. Et protéger cette langue veut dire repousser la langue anglaise au Québec, on n’en sort pas. Mais repousser cette langue au Québec, ne menace pas la survie de cette langue en Amérique du nord. -Est-ce qu’on a le droit de vivre (et de survivre) ?

  21. Denis Mercier dit :

    Jacques Parizeau a vraiment dit qu’il avait perdu son référendum à cause de l’argent et des votes ethniques et on voit que son idée continue parce que les gens s’en prennent encore aux anglais, quelqu’un avant moi suggère de s’en foutre des Anglais c’est directement inspiré de Parizeau qui inspire Aussant qui inspire les séparatiste, à quand l’expiration ?

    Quant à l’argent, on voit que les gens qui trouvaient que c’était une mauvaise idée que le parti Libéral paye un salaire à Jean Charest et qui jouaient les vierges offensés ne souffle le mot quant c’est le parti ON qui le fait.

  22. Pierre Samson dit :

    M Bock Coté, Et le peuple Québécois, ce pauvre peuple d’imbécile, va continuer de se faire fourrer._Je relis cet article et je n’en reviens toujours pas de l’aplaventrisme de son propos. Comment peut-on dire vouloir affirmer le fait français (pour lui permettre de survivre) dans un Québec Indépendant)tout en affirmant qu’il faut continuer de baiser le cul des anglais. Ils doivent se tordre de rire devant autant de naïveté. Si on veut survivre, à côté de ce Canada francophobe et dans cette Amérique fortement majoritaire anglophone, il va falloir vraiment s’affirmer, sans haine aucune pour les anglais mais avec juste comme idée la survie du français. Pour survivre dans cette Amérique majoritairement anglophone, il va falloir non seulement tenter de retenir l’énorme pression osmotique anglaise, mais il va aussi falloir continuellement tenter de repousser un peu de cette énorme pression. Et ce n’est sûrement pas en laissant aller nos couveuses anglaise que nous allons réussir à arrêter cette langue de nous envahir et finalement de nous assimiler.

  23. Christopher. dit :

    Salut,

    Fédéraliste 2- Souverainiste 0

    M. Parizeau : Assez les référendums ad nauseum qui divisent les francophones du Québec. Il est temps de changer d’astuce et de rassembler tous les francophones du Québec, les feds et les souvs. comme peuple francophone uni afin de vraiment assurer la survie de la langue de Molière et ce, vitam aeternam.

    Imaginez un Québec fort et uni qui solidifie ses lois concernant tout ce qui doit être français. Le reste suivra car la majorité des non-francophones du Québec et du Canada comprennent très bien le droit de protéger notre langue. La vraie condition gagnante est d’avoir un peuple fier et uni. Commençons donc à s’unifier au lieu de perdre notre temps et argent avec une idéologie qui ne cesse à nous diviser!Together we stand…divided we fall!

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