Comment sortir du multiculturalisme? L’exemple britannique.

- 3 juillet 2012

Le journal Le Monde nous apprenait hier que la  Grande-Bretagne de David Cameron entend pousser plus loin sa rupture avec le multiculturalisme. Elle a décidé  de changer le test nécessaire à l’obtention de la citoyenneté en y rajoutant un volet historique. Comme l’écrit Le Monde, «les migrants souhaitant obtenir la nationalité britannique devront, dès cet automne, répondre à un ensemble de questions relatives à l’histoire de la Grande-Bretagne, des batailles de Trafalgar et Waterloo aux poèmes de Robert Browning, en passant par Lord Byron et William Shakespeare».

C’est très heureux. Les immigrants apprendront ainsi que la Grande-Bretagne est un «pays historiquement chrétien». Un porte-parole du ministère de l’intérieur ajoutait aussi que «placer notre culture et notre histoire au cœur du test de citoyenneté permet d’assurer que ceux qui s’installent ici comprennent la vie britannique, et s’intègrent à notre société». Autrement dit, celui qui décide de la rejoindre en connait à l’avance les règles et la culture (la chose est d’autant plus nécessaire en Grande-Bretagne, où l’islamisme intérieur est plus qu’inquiétant). La Grande-Bretagne rappelle qu’elle n’est pas un terrain vague, non plus qu’une page blanche.

Banalité? Pas vraiment. Il faut situer cette mesure dans le contexte idéologique qui domine en Europe (et au Québec, en bonne partie) pour bien comprendre sa portée. Ce contexte idéologique, c’est celui de la domination idéologique du multiculturalisme, qui fonctionne à l’inversion du devoir d’intégration. L’inquiétude identitaire serait en fait symptomatique de personnalités autoritaires, xénophobes et antidémocratiques, incapables de s’ouvrir à l’autre. Poser la question de l’intégration, des limites du multiculturalisme et de sa tendance à la fragmentation de la cité, c’était même se rendre coupable de dérive droitière.

Depuis une trentaine d’années, en  fait, la classe politique a laissé se défaire l’identité nationale et s’affadir le sentiment national. Et elle consentait aux revendications identitaires communautaristes, toujours formulées dans un langage victimaire. La chose allait simplement : accommodez-vous du multiculturalisme ou vous serez accusé de tentation autoritaire. Le multiculturalisme était (et demeure, faut-il le rappeler) une religion politique particulièrement autoritaire, qui entend reprogrammer en profondeur l’identité des nations occidentales.

Mais les grandes vagues migratoires posaient néanmoins la question de l’intégration. Pendant longtemps, on a refusé  de prendre au sérieux la question identitaire et celle de l’intégration des immigrants. On croyait que cela se ferait tout seul. Qu’il suffisait de favoriser l’intégration au marché du travail et de dispenser les droits sociaux nécessaires à la protection sociale. L’immigration n’avait que des vertus et ne pouvait causer aucun problème, quel qu’il soit. L’échec de l’intégration n’était qu’un fantasme droitier. Au mieux, en deux générations, tout serait fait et la vie sociale reprendrait son rythme normalement.

Pourtant, l’intégration molle n’a jamais été autre chose qu’un vœu pieu. Cette forme de pensée magique au croisement du libéralisme économique qui ne voit dans la société qu’un marché et de la social-démocratie qui ne voit la société qu’à travers ses lunettes technocratiques ne fonctionne pas. En fait, elle se représente la société comme une création conjointe du marché et de la technocratie, ce qui est conforme aux exigences de la pensée gestionnaire, avec sa vision appauvrie du réel. Une société n’est pourtant pas qu’un contrat dont les termes sont rationnellement codifiés et définis : c’est une expérience historique, qui se livre à travers une culture et une mémoire.

L’intégration molle (certains parlaient d’une philosophie du «vivre-ensemble», ce qui pourrait nous permettre de parler méchamment du vivre-ensemblisme) néglige par ailleurs la multiplication des obstacles à l’intégration culturelle des nouveaux arrivants. La révolution des communications, la pression des chartes de droits et la judiciarisation des rapports sociaux, le lobbying minoritaire-identitaire publiquement subventionné, le développement de la mauvaise conscience identitaire chez la majorité d’accueil, l’effondrement des valeurs traditionnelles et des institutions qui les supportaient, problématise l’intégration. En fait, elles ont tendance à l’empêcher l’intégration.

On notera que certains, plutôt que de reconnaître cet échec, ont préféré proposer une redéfinition minimaliste de l’intégration. Le vivre-ensemblisme encourage une forme de réduction minimaliste de la civilisation occidentale et de l’identité nationale à une forme de superclub social-démocratique. L’identité nationale n’avait plus de substance propre. Elle se réduisait à un passeport et à une liste de droits sans devoirs, sinon celui de respecter la loi, ce qui oblitérait, on le redira, la dimension culturelle-existentielle de l’appartenance politique. Devenir Britannique ne voulait plus rien dire de particulier. Tout comme devenir Français, Canadien ou Québécois. C’est ce qu’on appellera la dénationalisation des sociétés occidentales.

Cette vision ne pouvait pas tenir. Une société sans pesanteur identitaire se disloque. Elle devient incapable de reconnaître ses intérêts. Même la classe politique, qui a longtemps joué à l’autruche, en chantant les louanges du «pluralisme identitaire», a été obligé de le constater il y a quelques années: le multiculturalisme a échoué. Revenons-en à une très vieille vérité: pour s’intégrer à une nation, il faut en prendre le pli identitaire et culturel. Il faut s’approprier sa  mémoire et ses grands marqueurs identitaires. Il faut apprendre à dire nous avec elle. De là l’histoire, qui demeure la première école d’intégration, dans la mesure où elle enseigne à accepter son pays tel qu’il s’est fait au fil des siècles. De là la langue, qui permet d’entrer dans la culture de la société qui accueille.

Cela ne va pas tout seul et exige des efforts : des efforts de patriotisme. Autrefois, avant la mauvaise conscience occidentale, avant la haine de soi, avant le mépris de soi, si on préfère, on encourageait le patriotisme, on le valorisait, on le récompensait. Longtemps, d’ailleurs, les immigrants en rajoutaient dans le patriotisme. La nation d’accueil encourageait cela plutôt que d’encourager à tout prix le maintien des identités d’origine, comme si le nouvel arrivant n’avait pas à faire des sacrifices identitaires pour vraiment s’intégrer à son nouveau pays (car non, on ne peut pas cumuler les identités sans que l’une d’entre elle ne finisse par prévaloir). Adhérer à un nouveau pays, ce n’est pas ajouter une nuance à son identité personnelle : cela devrait vouloir dire consentir à une transformation existentielle (on voit là le problème, pour les Québécois, d’appartenir au Canada, dans la mesure où les nouveaux arrivants se retrouvent ici devant une confusion des repères identitaires).

Retour à la Grande-Bretagne. Le gouvernement Cameron rappelle que la citoyenneté n’est qu’un tampon administratif si elle ne charge pas d’un contenu identitaire. Autrement dit, appartenir à un pays consiste d’abord à s’inscrire dans sa trame historique, vibrer à ses mythes, connaître ses non-dits. Le nouveau test de citoyenneté britannique pose la question de l’intégration dans ses bons paramètres. Il s’agira ensuite de démanteler les grandes composantes du multiculturalisme d’État à la britannique. L’ensemble des nations européennes sont appelées à une même tâche. Il s’agit, comme plusieurs l’ont noté, de la grande tâche du conservatisme occidental aujourd’hui : réhabiliter l’État-nation qui a été malmené par le supranationalisme et le multiculturalisme. Le conservatisme devra revaloriser son identité, restaurer sa souveraineté, dans la mesure où l’État-nation demeure le fondement indispensable et peut-être indépassable de la démocratie libérale.

Le Québec devra aussi se mettre à la tâche. Ici aussi, le multiculturalisme fait des ravages (et je ne parle pas que du multiculturalisme canadien, mais aussi de l’interculturalisme québécois, qui n’en représente qu’une copie en bleu). Non seulement il marginalise les Québécois dans le Canada diversitaire, mais il marginalise les Québécois francophones au Québec en les présentant comme une communauté parmi d’autres. Il y a quelques années, le Parti Québécois de Pauline Marois avait proposé avec la loi 195 la création d’une citoyenneté québécoise. Il fallait, pour l’obtenir, connaître la langue française et certains éléments de culture québécoise. Les grands clercs de la rectitude politique avaient crié au scandale. Selon eux, la citoyenneté, pour être inclusive, devait être aseptisée. Autrement dit, une citoyenneté québécoise, pour être légitime, devait se déconnecter de la majorité historique francophone sur laquelle elle reposerait pourtant historiquement. C’était une sottise.

En fait, si le mouvement souverainiste veut renaître véritablement, c’est parce qu’il aura su réhabiliter le nationalisme historique des Québécois et marqué sa rupture avec l’orthodoxie diversitaire et le multiculturalisme obligatoire. La renaissance du souverainisme passe par sa capacité à assumer une critique décomplexée du multiculturalisme. On peut souhaiter qu’un prochain gouvernement nationaliste à Québec s’inspire de l’exemple britannique. Et le pousse plus loin.

***

David Cameron, le premier ministre britannique.

cameron

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7 commentaires

  1. Nelson dit :

    Bonjout Mathieu

    Je me demande :

    Si a du sens parler de État-Nation dans un monde Mondialisé….dans les griffes de la finance gansteril international…example à l’appui, les chaisses des présidents de Italie et Grèce sont occupés par….deux fonctionaires de la finance international.
    Lise Payette à écrit des papiers pour montrer son inquiètude face aux Agences de Crédit International qui dissent au Québec et aux démoctraties du Monde, ou , comment, et combien couper dans les programmes sociax.

    Je me demande si le terme ou mots ” gauche multiculturaliste ” est un insulte à la gauche et aux immigrants…elle serait donc une expression un tantinet xénophobe et raciste…parce que BLAME LA GAUCHE de faire alliance avec les ” enemies de la langue et culture d’accueil de la majorité locale ”, et BLAME LES IMMIGRANTS EN GÉNÉRAL de refuser s’intégrer, d’être quelque part ”racistes” à l’égard des québécois.

    Je me demande si les immigrants minimalement instruits et intelligents restent braqués et campés dans leurs cultures et religions de leurs pays d’origine, ou vont tout naturellement vers la liberté, la modernité, l’egalité de chances pour tous, le respect de l’autre, LA LAICITÉ, etc.
    Il faudrait donc améliorer de beaucoup l’accueil, l’adaptation et l’intégration des immigrants.

    Je me demande si Québec a des pouvoirs réels pour lutter CONTRE DES POLITIQUES MULTICULTURALISTES OFFICIELS DU CANADA………en sachant tous comment les immigrants sont utilissées à la planche par les fédéralistes…..pour faire des québécois une ethnie parmi d’autres, et freiner des tentatives souverainistes.
    (Charest pourrait être réelu parce que les immigrants, les anglophones, et les secteurs craintifs parmi les francophones s’enfichent ”royalement” du bilan Charest, la Loi indigne, et d’avoir créé er faire durer une crise social monstruose, perverse, pour des calculs politiques archi-mezquins).

  2. Nelson dit :

    Mathieu

    Je crois qu’il faut être prudent de regarder les pays d’Europe et quelque part les comparer ou les amalgamer au Québec.

    Le Québec n’est pas ni xenophobe ni raciste,

    Anglaterre, France Allemagne…ne peuvent pas dire la même chose.

    Ni USA non plus.

  3. Hélène Beaulieu dit :

    Stephen Harper justement pose des gestes pour renforcer notre patriotisme canadien.. Il instaure présentement des règles plus sévères envers les immigrants.. Vous pouvez être certain que Stephen Harper a l’Angleterre dans sa mire en ce moment…

    L’histoire canadienne c’est l’histoire de l’entente entre deux peuples fondateurs qui à partir de 1867, contre vents et marées, a mené le Canada au rang des pays pacifiques et démocratiques reconnus dans le monde entier.

    Le multicuralisme est à repenser partout en Occident devant un contexte “inédit” dans toute l’histoire humaine.

    Réhabiliter l’Etat-nation, c’est effectuer un retour en arrière et au totalitarisme dont les Européens et les juifs gardent encore les séquelles. Une période honteuse pour l’humanité.

    Votre conviction qu’on ne peut cumuler deux identités sans en choisir une seule ne repose sur rien de bien solide.. Les nationalistes québécois ne “veulent” pas assumer l’aspect anglophone indissociable de ce que l’on est.

    On est différents des français. Les Anglos de souche ont pris de nous et nous avons pris des Anglos. On ne peut avoir partagé une même histoire en ayant été immunisé contre l’influence de l’autre.

    Le repli nationaliste n’est pas humaniste mais narcissique. Les immigrants doivent se désincarner. Ce qui n’a jamais été bon pour les Québécois le serait pour ces citoyens “de second ordre”?

    Comment expliquer que des unions mixtes entre individus un fort pourcentage d’êtres humains exceptionnels en soient issus. La haine de soi que ces unions mixtes? Plutôt un tremplin vers l’universel..

    La confusion pour les immigrants c’est la difficulté de se retrouver dans les repaires identitaires canadien. confusion semée par le rejet d’une histoire mutuelle et le refus de réconciliation de la part des francopphones.

  4. Raman dit :

    L’autre pan important de l’intégration passe par l’école.
    Il ne faut pas se leurrer : immigrer demeure un sacrifice pour ceux qui en font le choix : mais un sacrifice des parents pour leurs enfants. Jadis, c’est comme cela que les choses se passaient. Les parents immigrés misaient tout sur leurs enfants, s’assurant que ceux-ci réussissent bien à l’école et s’intègrent : qu’ils deviennent de petits Québécois (ou petits Français ou Anglais…). Le plus souvent, les immigrants de deuxième génération recevaient même un prénom s’inscrivant dans la tradition du pays d’accueil, plutôt que celle du bled. Et puis enfin, on ne les élevait pas en leur inculquant la nostalgie perpétuelle du bled, doublée d’une méfiance du “racisme” du pays d’accueil.

    Les choses ont bien changées, et les marqueurs identitaires associés aux pays d’origines demeurent souvent les plus forts — ceux auxquels vont les allégeances, plutôt qu’envers l’identité du pays d’accueil –, même après la 2e ou 3e génération.

    Il y aura beaucoup plus de travail à faire qu’un test de connaissances historiques à l’entrée : test qui sera vite maîtrisé et enseigné par des agences d’immigration qui se spécialiseront sur la question…

  5. Kevin dit :

    Avant d’imposer des tests de citoyenneté à la britannique, il faudrait peut-être commencé à «citoyenniser» les jeunes québécois.

    Imaginer, un immigrant, pour devenir citoyen doit absolument connaître Samuel de Champlain, mais un jeune de 17 ans peut obtenir son diplôme du secondaire sans savoir qui est cet homme!

    Être Québécois, Français, Anglais, Canadiens ne veut pratiquement plus rien dire. Leur définition se limite au niveau administratif et juridique.

    En ce sens, je salue les initiatives de Harper. J’ai beau être un Québécois indépendantiste et détester la monarchie, mais au moins Harper essaie de reconsolider l’identité nationale canadienne qui s’effaçait au détriment de la culture de masse américaine.

    Mais au Québec, si l’on parle de Durham dans un cours d’histoire secondaire IV, on n’est accusé d’être un séparatistes qui endoctrinent les jeunes. Si l’on souhaite créer une citoyenneté québécoise en obligeant les immigrants à apprendre une certaine cultures générale québécoise, on est accusé de racisme, de xénophobie et de renfermement sur soi. Même chose pour une charte de la laïcité.

    Les fédéralistes malhonnêtes qui se cachent derrière le concept du multiculturalisme font tout pour culpabiliser les Québécois. Et comme si ce n’était pas suffisant, la gauche doctrinaire multiculturaliste de Québec solidaire, pourtant indépendantiste, s’allient aux fédéralistes sur ce terrain.

    En espérant que le PQ, qui a promis de rectifier le tir (renforcement de la loi 101, charte de la laïcité, citoyenneté québécoise, retour des cours d’Histoire national au secondaire), aura le courage de tenir promesse lorsqu’il prendra le pouvoir.

  6. Marc-André Clément dit :

    @Hélène Beaulieu

    Je crois que vous mélangez un peu les choses. Il est question ici d’identité d’une nation, pas d’une personne en particulier.

    Oui les unions mixtes sont très bien. Elles ont engendré l’identité québécoise (mélange de français, d’anglais, d’irlandais, d’italien, etc.).

    L’important, c’est que ce n’est pas l’une ou l’autre de ces origines qui définit le peuple québécois, son identité, mais bien le mélange.

    Le danger avec le multiculturalisme, tel qu’il est actuellement appliqué, c’est qu’il ne mélange pas les gens, justement, faute d’identité forte à laquelle s’identifier.

    On se ramasse avec de nombreuses micro-sociétés marginalisées

    Quant à la haine de soi, relisez-vous svp, vous en êtes un exemple frappant

  7. Robert Marchand dit :

    bonjour je suis français et suis étonné d’aprendre que mon pays est raciste ? quelle haine des autres et quelle inculture.

    en france les imigrant clandestins on l’aide medicale d’etat c’est a dire la santée gratuite alors que le reste des français on des franchises et doivent payer des mutelles de santé

    «Actuellement, l’aide médicale d’Etat représente 30% de la ligne budgétaire du ministère de la Santé.» C’est l’AME gratuite jusqu’à présent, est destinée aux personnes de nationalité étrangère résidant en France depuis plus de 3 mois, sans titre de séjour.coute 640 million d’euros
    bref quel racisme

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