Hurler au fascisme, en France, en 2012

- 2 mai 2012

S’il y a une raison pour laquelle je ne me suis jamais senti «de gauche», c’est à cause de la manie exécrable qu’a la gauche, du moins une certaine gauche médiatique et intellectuelle, de vomir sur ses adversaires en les traitant de fascistes dès qu’ils quittent le registre de la rectitude politique. La gauche médiatico-intellectuelle, qui porte aujourd’hui l’idéologie soixante-huitarde (multiculturalisme, globalisme, individualisme hédoniste et libertaire, etc.), croit qu’elle a le monopole du cœur. Elle croit représenter «l’empire du bien», selon la formule de Philippe Muray. Se dire de gauche, cela ne consiste pas seulement à marquer un positionnement politique. Mais à préciser qu’on appartient à la meilleure portion de l’humanité. Évidemment, ceux qui ne sont pas en accord ne sont pas des adversaires politiques. Mais des ennemis avec lesquels en finir.

Vous l’avez deviné (enfin, vous l’avez deviné si vous suivez la campagne présidentielle française avec le même intérêt que moi, ce que vous devriez faire, tant cette campagne pose dans un contexte singulier des enjeux qui sont ceux de toutes les sociétés occidentales), je parle évidemment de la gauche française. Et de l’élection présidentielle de dimanche prochain. Depuis la soirée du premier tour, lorsqu’il a décidé de mener une campagne «à droite», les flics du politiquement correct s’en donnent à cœur joie. Nicolas Sarkozy est soumis à un processus de diabolisation sans précédent. On entend tout, mais tout: Sarkozy le pétainiste. Sarkozy le fasciste. Sarkozy qui rappelle les jours les plus sombres du vingtième siècle. Sarkozy qui serait manipulé par un conseiller de l’ombre diabolique l’ayant transformé en pantin de l’extrême-droite.

L’heure est grave! C’est à croire que nous revivons la deuxième guerre mondiale. Et que ce ne sont pas deux candidats légitimes qui s’affrontent lors de cette présidentielle, mais le chef des gentils contre le chef des méchants. Il faut débarrasser la France de l’imposteur! Déloger le nabot de l’Élysée! L’hystérie de la gauche politiquement correcte et de ceux qui relaient ses slogans dans la fraction de la droite intimidée par elle (les chiraquiens, en quelque sorte et autres figures «officiellement» à droite mais «idéologiquement» à gauche) a de quoi exaspérer. On ne se contente pas de critiquer sévèrement le bilan de Sarkozy (il y a matière à critiquer, sans aucun doute). De faire le procès du style de sa présidence (le côté bling bling de la première année m’a exaspéré, sa proximité agaçante avec les très riches de France, qui lui donnait un air de parvenu). Mais de le présenter comme un ennemi de la démocratie.

Je l’ai dit, Sarkozy a décidé de faire une campagne conservatrice. Ou à droite comme on dit là-bas. Pas à l’extrême-droite, comme le disent les perroquets qui ne savent plus le sens des mots et qui s’imaginent en résistance dans une société libérale civilisée. Mais la gauche soixante-huitarde a l’habitude d’assimiler à l’extrême-droite tout ce qui lui déplait. La seule droite qu’elle tolère, c’est celle qui se soumet à elle idéologiquement en se présentant simplement comme meilleure gestionnaire des valeurs progressistes. La bonne droite, c’est celle qui fait semblant d’être en désaccord avec la gauche parce qu’elle veut gérer avec un peu de rigueur comptable la société qu’elle a mise en place. La bonne droite, c’est une gauche qui fait juste un peu semblant de ne pas l’être complètement.

Apparemment, Sarkozy a refusé de jouer plus longtemps dans ce film qui a conduit il y a 10 jours à la percée du Front national. Car faut-il le rappeler, en abandonnant durablement le langage de la nation et du conservatisme au FN, l’élite politique française a contribué à son développement. Jamais le FN n’aurait connu une telle croissance si la droite de gouvernement n’avait pas abandonné ses valeurs pour plaire à ceux qui en face, ne cessent de faire son procès. C’est ce qu’Alain Finkielkraut a nommé très justement le «cadeau du réel» fait au Front national. Pourquoi ce parti en est-il venu à monopoliser l’expression du malaise populaire devant le multiculturalisme, le relativisme moral et la mondialisation?

Sarkozy refuse donc de concéder plus longtemps au Front national un monopole sur les thèmes qu’on lui avait abandonnés. Pourquoi une nation ne pourrait-elle pas avoir de frontières? Pourquoi un peuple ne pourrait-il pas assumer sa civilisation d’appartenance? En quoi la régulation de l’immigration est-elle criminelle? En quoi l’identité nationale est-elle un relent du fascisme? Le Sarkozy qui fait campagne actuellement revient sur l’histoire du gaullisme et demande publiquement: pourquoi faudrait-il consentir plus longtemps à la diabolisation de la nation? En quoi la critique du multiculturalisme est-elle le déguisement bon chic bon genre de la xénophobie? En quoi s’approprier ces thèmes relèverait-il de la lepénisation des esprits? Si je comprends bien le raisonnement, dès que la droite classique a abandonné une question politique que la droite populiste a ensuite récupéré, elle ne peut chercher, ensuite, à la ressaisir. Le mouvement de l’histoire est clair : il est aspiré par la philosophie progressiste. Dès que la droite classique a abandonné une position, elle ne peut plus y revenir.

Les circonstances ne donnent-elles pas pourtant raison à ceux qui profitent de ce deuxième tour pour faire éclater les tabous politiquement correct et ramener certaines réalités longtemps censurées dans le débat public? À l’heure de la crise de la mondialisation, de l’implosion du multiculturalisme, de la frénésie consommatrice, de l’écrasement de l’État par la dette, n’est-il pas nécessaire de restaurer les cadres identitaires, culturels et politiques nécessaires à l’exercice de la liberté humaine? Qu’est-ce qu’il y a d’odieux à rappeler qu’une communauté politique n’est pas appelée à recouper l’humanité dans son ensemble et que les citoyens disposeront toujours de droits que ceux qui ne le sont pas n’auront pas? Qu’est-ce qu’il y a d’odieux à rappeler que la France n’est pas une page blanche? Qu’est-ce qu’il y a d’odieux à rappeler à ceux qui s’y joignent qu’ils doivent en prendre le pli culturel et historique? L’héritage de Mai 68, c’est celui d’une société culturellement désorientée et politiquement impuissante et qui fuit dans l’utopisme pour ne pas constater son échec.

Cette fascisation du conservatisme de Nicolas Sarkozy est aussi symptomatique d’une dérive à gauche du centre de gravité idéologique de la politique française (et européenne, en général). La gauche d’hier est devenue le centre d’aujourd’hui. Conséquemment, la droite d’hier est déportée parmi les infréquentables et taxée d’intolérance. C’est évidemment autour de la question nationale que cette dérive est la plus visible. Désormais, ce qui relève de l’identité nationale est pathologisé. «Peur de l’autre». «Repli sur soi». «Crispation identitaire». On parle de ceux qui sont interpellés par les thèmes du candidat Sarkozy comme d’excellents candidats à la psychiatrisation. On ne débat donc pas avec ces gens. On les combat. Ou on les soigne. La politique n’est plus définie ainsi comme un conflit légitime entre deux projets. Mais comme une activité de rééducation envers les dissidents par rapport au consensus officiel.

En fait, l’idéologie soixante-huitarde est au pouvoir. Au pouvoir médiatique, j’entends. Au pouvoir intellectuel aussi. On pétitionne, on s’indigne, on pleure, et on accuse le dissident d’intolérance. L’idéologie soixante-huitarde structure le consensus officiel dans lequel tous sont obligés d’évoluer s’ils veulent garder une bonne réputation. Je me permets d’ajouter une chose: on sortirait de sa tombe le général de Gaulle aujourd’hui qu’on lui ferait un procès en le présentant comme un ennemi de la République. Le fondateur de la Ve République ne serait plus le bienvenu dans le pays qu’il a sauvé. La gauche n’avait-elle pas défilé contre lui en 1958 en criant au fascisme, d’ailleurs? Elle n’a récupéré aujourd’hui sa mémoire qu’en la vidant de son sens, qu’en l’aseptisant, qu’en la dénaturant, même.

Si Sarkozy perd dimanche, ce ne sera pas parce qu’il est finalement allé au peuple, mais parce qu’il y sera allé trop tard. S’il perd dimanche, ce sera parce que le candidat de 2007, qui avait fait le procès de mai 68, s’est ensuite vautré dans son héritage, comme s’il avait voulu faire oublier sa campagne en flirtant maintenant avec les branchés et autres grands clercs de la rectitude politique. S’il perd dimanche, c’est parce que l’écart entre le candidat et le président était trop grand, et qu’on n’a pas cru que le Sarkozy de 2012 faisait autre chose qu’une prestation improvisée sur des thèmes auquel il se convertissait à la hâte pour sauver sa présidence.

Et peu importe le résultat de la présidentielle ce dimanche, la droite française classique devra retenir une leçon importante: tant qu’elle ne prendre pas au sérieux la lutte idéologique que la gauche lui livre, elle sera dévastée. Elle ne devra plus se définir dans le miroir de ceux qui souhaitent sa disparition. Tant que la droite ne sera qu’une non-gauche, elle ne fera qu’endosser en les nuançant les idéaux de ceux qui la combattent. La droite française peut et doit assumer ses valeurs. Elles ne sont pas honteuses. Elles ne sont pas antirépublicaines. Non plus qu’anti-démocratiques. Il y a des limites à toujours se définir dans la peur, dans l’inquiétude de se faire insulter par les idéologues au pouvoir.

***

Nicolas Sarkozy.

Sarkozy

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12 commentaires

  1. kevin goff dit :

    la gauche est fachiste !

  2. phoebe9224 dit :

    Bravo M. bock-coté !

    vos textes sont toujours pleins de vérités, vous avez pas peur des mots et vous savez de quoi vous parlez, vous devriez vous présenter aux élections, je vôterais pour vous ! ;) notre culture s’efface et c’est la faute à notre gouvernement, je sais pas dans quel genre de pays on va vivre plus tard mais je crois qu’on ne sera plus jamais aussi bien que maintenant !

  3. jackwood dit :

    Les bobos gauchistes vont détruire la France comme le déjà mentionné le Général De Gaulle. Les bobos gauchistes vont faire de la France un mélange d`Algérie et d`Arabie Saoudite. Si on les laisse faire, la même chose arrivera partout en occident.

  4. Nico dit :

    S’il y a une raison pour laquelle je ne me suis jamais senti “de droite” c’est parce que la plupart sont élitistes, sectaires, arrogants et méprisants :(

  5. mona dit :

    Adieu la france.

  6. David dit :

    Bravo!

    La gauche musèle toute opinion divergente en la traitant de fasciste, pour ensuite défendre les tyrans de ce Monde au nom de la liberté d’expression!!

    Résultat de cette confusion ideologique, on se retrouve avec une organisation comme l’ONU qui remet au roi d’Arabie Saoudite, la plus haute distinction de l’UNESCO pour promovoir la paix et le dialogue!

    J’imagine en plus que ces ardents defenseurs de la vertue possedent tous une copie de 1984 dans leur bibliotheque…They think they’re Winston, when all they’re doing is throwing shoes at Goldstein!

    David

  7. David dit :

    La romantisation de l’utopie pousse les idealistes à fermer les yeux sur les incohérences entre la théorie et son application dans le réel.

    Humphrey Slater l’avait bien compris. Dommage que personne ne parle de lui aujourd’hui.

  8. Nelson dit :

    Mathieu,

    Être de gauche est un devoir moral, intellectuel, humain fondamental.

    Parce que être de gauche est être humaniste, progressiste, tolérant, égalitaire, charitable, solidaire, écologiste, féministe, vert, anti- nucléaire, pacifiste, et tous les qualités humaines possibles et imaginables.

    Être de gauche est être du côté des souffrants, des laissés pour compte, des victimes du néo-libéralisme assez sauvage présentement, être du côté du pauvre, de la veuve et de l’orphelin.

    Être de droite est le contraire de tout ça, c’est chercher le fric, le fric et encore le fric, exploiter l’homme et la femme par l’homme et la femme, arnaquer parfois, évader le fisc le plus possible, élire des gouvernements marionnettes achetés, vendus, qui gouvernent pour leurs intérêts égoistes, d’accumuler encore plus de fric…de fric…de fric.

    Ceci-dit, des nuances s’imposent…le capitalisme est le seul système en place, donc il faut faire avec…mais ”l’enraciner” au Québec comme tu dit, et le ”moraliser” comme dit Ives Michaud, ça veut dire que les démocraties réelles le tiennent en laisse, le contrôlent, et pas le contraire, comme c’est le cas partout dans le monde présentement.

    Oui, il y certains que se dissent gauchistes qui font dur, dur, mais il ne faut pas les donner de l’importance, parce qu’ils sont assez marginaux.

    En étant gauche et droite des insultes, il vaut mieux de parler des vrais affaires, être pragmatique, réaliste, constructif, chercher des compromis…et mettre l’économie, la finance et la politique aux service des nous tous…laisser la place aux capitaliste de développer l’économie et les emplois MAIS…de façon éthique et enraciné au Québec.

    Bref, que la démocratie contrôle la politique, l’économie et la finance, et non le contraire.

  9. La Peste dit :

    C’est bien le problème : De bien belle paroles, mais Sarkozy a eu un mandat pour faire tout ça déjà! Comme dit le proverbe : «Fool me once, shame on you. Fool me twice, shame on me.» Je me demande comment L’UMP va se réaligner idéologiquement après l’échec de Sarkozy. Parmi les opposants de «l’ouverture vers le FN» on imputera certainement la défaite aux idées avancées par la campagne plutôt qu’à la trahison des idéaux de la campagne de 2007. Est-ce que la «fausse droite» va reprendre les rênes du parti?

    Les pauvres conservateur francais risque de se retrouver orphelins, comme ceux du Québec suite à l’implosion de l’ADQ.

  10. Vincent Hamel dit :

    Quel article encore une fois!

    Toutefois, même si la droite perd ces élections, elle ne se retrouvera pas orpheline, car un autre parti de droite (le FN) attend justement que l’UMP s’effondre pour prendre sa place, comme représentant de la droite. Et ce serait une bonne chose car le FN reprend le combat que les partis de droite d’aujourd’hui ont tous délaissés: l’identité culturelle et l’affirmation nationale. C’est bien beau vouloir réduire les dépenses et garder un budget équilibré, mais ça donne rien si le peuple perd toute identité nationale, notamment à cause du multiculturalisme.

  11. pour écrire de telles inepties, on voit que tu ne vis pas en France le gars. Ou alorsdans un hotel asseptisé. Car en 5 ans, nous avons vu évoluer la société française de bien mauvaise façon. EN 2010 déja, le discours de Grenoble stigmatisait les Roms, parlant d ‘eux qcomme des gens de deuxième catégorie. Et puis ces derniers mois, nous avons assisté à une avalanche de déclarations ouvertement islamophobes. Cela est intolérable et ce qui est devenu politiquement correct, ici, à droite, c’est de s’afficher ouvertement contre les arabe, de dire que la france est vicrime d’une xcolonisationd e leur part, et que elur civilsiation est incomaptible ave la nôtre….. et toutes ces conneries. je trouve l’atmopshère irrespirable, ici. Et j’zai ha^te que le petit autocrate de plus en plus visiblement attiré apr les thèses de l’exrême droite soit éjecté rapidement. En cas de réélection, j’ai même songé sérieusement à émigrer au Québec. Mais si tous les gens y pensent comme toi, je crois que je vais réviser mon jugement…

  12. ducon dit :

    C’est un peu comme dire que mon urine semble et sent comme celle de mes amis politiques

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