La kermesse révolutionnaire. Sur la révolte des casseroles.

- 25 mai 2012

L’idée d’une autre société est devenue presque impossible à penser, et d’ailleurs personne n’avance sur le sujet, dans le monde d’aujourd’hui, même l’esquisse d’un concept neuf. Nous voici condamnés à vivre dans le monde où nous vivons. C’est une condition trop austère et trop contraire à l’esprit des sociétés modernes pour qu’elle puisse durer. La démocratie fabrique par sa seule existence le besoin d’un monde postérieur à la bourgeoisie et au Capital, où pourrait s’épanouir une véritable communauté humaine.

François Furet, Le passé d’une illusion

 

Depuis une vingtaine d’années, on parlait de la «fin de l’histoire», de la «fin des idéologies», de la «mélancolie démocratique». On répétait que la discussion politique ne portait pas sur les finalités de la cité mais seulement sur les moyens nécessaires à l’application de finalités indiscutées. C’était le temps de la sécheresse démocratique. C’était une époque aride où les sentiments politiques n’étaient plus cultivés. Le discours public semblait se réduire à une idéologie gestionnaire seulement occupée à chanter les louanges de la mondialisation heureuse.

Mais, comme l’a déjà remarqué l’historien François Furet, une société où le discours public est réduit à la pensée comptable ne pouvait, à terme, que provoquer un retour massif du symbolique. Elle ne pouvait qu’engendrer, par effet de contraste, une puissante exigence d’idéalisme politique. Nous y sommes. L’aridité d’une société où un individualisme devenu l’autre nom du repli sur soi poussant chacun dans la concurrence consumériste avec son prochain, comme si la vie devait se soumettre à l’empire de la marchandise, générait une aliénation telle que tôt ou tard, un jour ou l’autre, le désir d’idéalisme politique reviendrait à l’avant-scène.

Apparemment, nous y sommes. La révolte des casseroles, depuis quelques jours, concrétise un désir d’exister collectivement, pour redonner à la vie démocratique l’épaisseur et la chair qu’elle avait perdu. Il faut éviter de tourner en ridicule cette révolte, même si elle peut nous agacer. S’il faut calmer les ardeurs d’une certaine gauche qui rêve au grand soir révolutionnaire, il faut rappeler à l’ordre une certaine droite qui n’a que mépris pour ceux qui ne partagent pas son cynisme envers la chose publique.

Dans une société morose, où la vie quotidienne est soumise à la frénésie du temps qui manque, où chacun est replié sur une vie qui ne lui appartient plus, où repères moraux et culturels sont déréglés, dans une société où la question du sens a été confisqué par les gourous de la croissance personnelle, dans une société où l’économie mondiale se déploie à une échelle inhumaine, où le pouvoir politique semble confisqué par la technocratie, il arrive que le peuple veuille resurgir sur la scène de l’histoire et  faire la preuve de sa propre existence, en se manifestant, en manifestant. Il s’émerveille alors de sa propre existence. Lorsqu’une telle chose arrive, nul ne peut prévoir l’issu

En ce sens, la protestation des derniers jours est devenue une fin en elle-même. Protester, c’est exister ensemble. C’est croire d’un coup que tout est possible. La protestation actuelle mobilise un imaginaire, celui de la révolution, qui n’est jamais trop loin enfoui dans les sociétés modernes. Elle concrétise le vieux mythe de la fraternité révolutionnaire et ce désir qu’a l’homme de communier avec ses semblables. Que tout cela se fasse, pour l’instant, dans un esprit relativement bon enfant nous montre bien à quel point nous sommes sous la règle de ce que Philippe Muray nommait la société festive. Il semble bien qu’aujourd’hui, on veuille faire la révolution en chantant. J’ajoute qu’on voit bien ici que la manifestation des casseroles et celle des casseurs ne répondent pas aux mêmes pulsions politiques.

L’action politique prend forme à travers les moyens technologiques d’une époque. La grande interface démocratique de notre temps, c’est Facebook. La révolution des médias sociaux annonce effectivement une forme de démocratie sauvage, une manière de vivre l’espace public dans le temps présent, dans l’instantanéité militante, dans un spontanéisme démocratique qui s’accorde bien mal, faut-il le dire, avec la lenteur nécessaire de la réflexion publique. On ne sait pas encore de quelle manière tout cela sera pris en charge démocratiquement, mais il semble bien que tôt ou tard, la démocratie libérale devra intégrer dans son fonctionnement les méthodes de nouvelles formes participatives associées à l’univers des médias sociaux. Le tout n’est pas que positif.

À travers la crise actuelle, il y a effectivement une libération de la parole. Depuis longtemps, les médias traditionnels s’étaient approprié l’espace public, au point où ce dernier était difficile à distinguer de l’espace médiatique, sauf à se réfugier dans certaines revues d’idées dont la qualité était inversement proportionnelle à la confidentialité. L’espace public est en train de s’émanciper. Cela ouvre dans le débat public des questions qui étaient peut-être mal accueillies par le pragmatisme affiché des médias traditionnels. Des courants politiques qui ne parvenaient pas à prendre forme publiquement peuvent désormais s’afficher sur internet. De même, la protestation populaire s’organise avec beaucoup plus de facilité aujourd’hui qu’hier.

Et plus que jamais, on se questionne sur les fondements idéologiques de notre société. On examine les fondements de la vie collective. C’est l’occasion de réfléchir à la signification des concepts à l’origine de la société moderne. Qu’est-ce que le peuple? Qu’est-ce que la démocratie? Qu’est-ce que la liberté? Qu’est-ce l’égalité? Qu’est-ce que la liberté d’expression? Ce ne sont pas des questions simples et pourtant, elles passionnent le commun des mortels. Le fait de les poser montre d’un coup à quel point ceux qui prétendent se réfugier dans les «vraies affaires» ont une conception appauvrie du politique.

Mais cette libération de la parole s’accompagne, peut-être inévitablement, d’une libération de la haine sociale et idéologique, qui s’exprime contre ceux qui affichent trop ouvertement leur dissidence devant l’exigence impérieuse de l’enthousiasme collectif. La démocratie sauvage des médias sociaux n’invite pas chacun à mettre ses habits du dimanche avant d’entrer dans l’espace public mais le connecte plutôt à ses pulsions, ce qui peut entrainer des dérapages verbaux qui ne sont pas que des dérapages mais autant de symptômes de l’effritement de la civilité démocratique. Il y avait du bon, quoi qu’on en dise, même s’il n’y avait pas que du bon, évidemment, à la régulation du débat public par des gens qui avaient de bonnes manières.

La tentation est forte d’embarquer dans la kermesse. De s’enthousiasmer et de se jeter à corps perdu dans le grand tout, en jouant la casserole contre le pouvoir. On comprend pourquoi. Qui a envie de se dérober à l’enthousiasme collectif? Qui a envie de ne pas croire avec les autres qu’un nouveau jour va se lever, et qu’il annonce, chaque soir, le grand soir de la fraternité révolutionnaire? Qui a envie de douter quand il est si facile de croire? Qui a envie de rappeler la nécessaire écriture de l’histoire en prose quand partout, s’exprime un élan poétique censé réenchanter le monde et la cité? Plus simplement dit, qui a envie de se sentir ringardisé dans une époque où ne pas être considéré comme un moderne, comme un branché, est probablement la pire chose qui puisse arriver à quelqu’un évoluant dans l’espace public?

Mais cette volonté d’occuper tout l’espace par le bruit témoigne aussi d’un mépris de la vie privée pour ceux qui ne veulent pas se laisser conscrire par la société, quelquefois par indifférence, d’autres fois pour d’excellentes raisons. La société libérale a pourtant un génie : elle permet à chacun de se dérober de l’enthousiasme collectif. De ne pas se laisser saisir de force par les fantasmes de la foule, aussi nombreuse soit elle. La logique du «vous-êtes-avec-nous-ou-contre-nous» correspond à une dégradation inquiétante du débat public. Jamais le collectif ne  devrait être si hégémonique qu’il empêche aux gens le droit de se replier dans l’intimité et de dire non merci à ceux qui rêvent à la mobilisation générale. Il s’agit d’un acquis historique. Depuis trente ans, le citoyen s’était effacé devant l’individu. Il est bien qu’il reprenne se place. Il ne devrait pas pour autant contester au second le droit à son espace privé.

C’est donc une crise majeure qui frappe le Québec en ce moment. Elle devra pourtant cesser. Une société peut suspendre pendant quelques semaines, pendant quelques mois, les règles de la vie ordinaire. Mais celles-ci devront finir par s’imposer à nouveau. Mais comment? Serge Bouchard l’a correctement noté, la contestation est devenue symbolique. La réponse des autorités devra être de même nature. Nous le savons, la crise sociale n’a plus qu’un rapport lointain avec son point d’origine: la question des frais de scolarité. Tout cela devrait relativiser la confiance technocratique de ceux qui s’imaginent que la politique n’est qu’affaire de chiffres.

Le discours de la loi et de l’ordre trouve ici ses limites. Je suis de ceux qui ont condamné la loi 78. Je suis aussi de ceux qui croyaient qu’il fallait néanmoins lui obéir. Mais manifestement, nous n’étions pas assez nombreux à le croire. Et à moins de continuer à encager des centaines et des centaines de gens chaque soir, à moins de consentir à multiplier les arrestations policières, ce qui froisse, j’en suis certain, la conscience libérale de chacun, il faudra bien convenir que la loi 78 ne tient plus. Surtout, la loi 78, allègrement transgressé par la foule au nom de la désobéissance civile, tourne en ridicule l’autorité de la loi et de l’État, autorité pourtant nécessaire dans une société libérale ordonnée. L’inefficacité de cette loi massivement rejetée discrédite l’autorité de l’État alors que celui-ci devrait justement chercher à la restaurer.

Il ne sert à rien de se braquer sur l’ordre légal tel que nous le connaissons et de miser sur la répression policière (sauf pour les casseurs, évidemment, mais ce n’est pas d’eux dont je parlais dans ce texte, on l’aura compris). Et à moins d’un essoufflement soudain de la foule que les beaux jours de mai n’annonce pas, il faudra bien convenir que c’est à un authentique moment politique que nous faisons face. Ce moment politique déborde les catégories habituelles de l’entendement politique. À moins d’habiter une théorie rigide et figée, déconnectée du réel, il nous faut penser les événements à chaud, comprendre l’histoire qui s’écrit en ce moment.

Nous sommes au cœur d’un moment où le droit est suspendu, où la foule est mobilisé, où les autorités sont débordées, où le peuple est divisé entre l’enthousiasme et l’exaspération. Nous sommes devant un moment fondamentalement politique. Il appartient à tous, et d’abord au premier ministre, d’être à la hauteur de telles circonstances. Il n’en a pas l’habitude, mais il pourrait essayer. Comment? Cela reste à voir. Mais on devine bien qu’il devra tendre la main à la foule. À moins d’aller en élections maintenant. Sans quoi notre société pourrait être intimement et durablement blessée pour longtemps. Pour très longtemps.

 

casserole

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28 commentaires

  1. Jean Rochette dit :

    Bonjour monsieur.

    Un temps, vous m’avez fait peur.

    J’ai vraiment pensé un temps, que, lentement, vous vous dirigiez vers une banalisation de ce qui se passe, vers un appel graduel à minimiser tout cela.

    Soit je ne vous avais pas compris, ce qui est fort possible, soir vous vous êtes ravisé.

    J’en suis ravi. Dans un cas comme de l’autre.

    J’adore ce texte. Merci de l’avoir écrit.

  2. Isabelle dit :

    Excellente analyse M. Bock-Côté. Merci !

  3. David Fortier dit :

    Monsieur, j’admire votre plume et votre capacité de réflexion. Bravo et merci de souligner les nuances de la situation.

  4. David Descartes dit :

    Je tiens tout simplement à dire que votre prose, M. Bock-Côté, est chaque jour un peu plus belle et elle n’enlève rien au contenu. C’est tout un plaisir que de vous lire!

  5. Sarah Lemieux dit :

    Charest devrait faire un sermon en paraboles.

  6. Sarah Lemieux dit :

    Charest devrait dire aux jeunes : “voyez, c’est grâce à moi que vous marchez dans les rues et avez tant de plaisir. Quand j’ai cru que le mouvement allait s’essouffler, je vous ai donné la loi 78. Et c’est reparti de plus belle ! C’était mon rêve : un Québec debout, sorti de sa torpeur, de la morosité ambiante, en marche vers l’accomplissement de son destin. Merci les jeunes !”

  7. Damien Biot-Pelletier dit :

    Je vous lis souvent, M. Bock-Côté, et la qualité des textes et des analyses que vous produisez m’inspire un grand respect. Ce texte ne fait que renforcer ce sentiment. Vous faites preuve de beaucoup de pondération, vous restez nuancé, et ne vous êtes toujours pas laissé emporter par la politique de la division, qui pourtant a happé certains des plus sages de nos intellectuels publics. Cela est tout à votre honneur, et j’ajouterais, à l’honneur de votre jeunesse.

    Je me permets malgré tout un petite critique. Vous affirmez ceci: “Une société peut suspendre pendant quelques semaines, pendant quelques mois, les règles de la vie ordinaire. Mais celles-ci devront finir par s’imposer à nouveau.”

    M. Bock-Cöté, vous avez noté avec justesse et à maintes reprises que c’est l’imaginaire révolutionnaire qui habite beaucoup de ceux qui descendent dans la rue. Mais la véritable révolution, bien entendu, est bien loin de se montrer le bout du nez. Aussi, j’aimerais vous faire remarquer que les règles de la vie ordinaire ne sont pas suspendue et ne l’ont jamais été. La vie normale suit son cours, pour l’immense majorité d’entre nous, y compris ceux qui, comme moi, descendent dans la rue pour manifester.

    J’ajouterais que ceux qui défient la loi 78 ne transgresse rien du tout, ou si peu. Vous le remarquez vous-même : l’autorité de l’État est tournée en ridicule. Et pour cause : dans le gouvernement des égaux, en démocratie bref, le respect et l’obéissance à l’autorité repose sur le consentement éclairé des gouvernés. Cela suppose des leaders crédibles, ce qui nous fait défaut depuis un bout de temps. Ainsi, en promulgant sa loi d’exception, le gouvernement actuel n’a pas vraiment abusé de son pouvoir ou de son autorité. Il s’est plutôt illusionné sur la portée de son pouvoir. Il a crié un ordre dans le vide, et le peuple a sorti ses casseroles pour se moquer de lui.

    L’ordre et le tissu socials se portent à merveille, M. Bock-Côté, ce ne sont que les leaders qui sont usés. Des hommes d’État d’une trempe un peu moins médiocre auraient su gérer cette crise, et en moins de temps . Je ne nie pas que nous vivons un moment politique fort, mais je crois sincèrement que vous faites dans l’emphase en affirmant que “Ce moment politique déborde les catégories habituelles de l’entendement politique.” ou que “Nous sommes au cœur d’un moment où le droit est suspendu”.

  8. Sonia B dit :

    Je comprend le propos…
    Mais quel arguement les gens en faveur de la loi 73 (même si elle comporte des erreurs)
    En faveur de la hausse des frais de scolarité…
    En faveur du retour à la paix sociale ont ?
    Je n’ai aucun intérêt voter à des élections bâclées pour une ((((minorité)))) d’insatisfaits…

    La majorité silencieuse devra sortir elle aussi dans la rue ??
    Si c’est la seule solution …C’est ce qui va arriver … J’ai juste peur des conséquences…
    Si les carrés rouges décident d’empêcher les verts de manifester…

    Je sais pas mais y a t-il une autre solution?

  9. A.Morin dit :

    Un très bon texte qui fait réfléchir et qui n’a pas besoin de mot agressif pour parler de la situation actuelle.Merci!

  10. Sonia B dit :

    Quand j’écris minorité… Je suis bien consciente du 200 000 manifestants…Nous sommes beaucoup beaucoup plus que 200 000 au Québec…Les sondages montrent une réalité d’opinion différente que celle de la rue présentement…C’est pathétique et bien triste ! Quand on aime la paix la liberté des une ET des autres il faudra désormais le faire à la loi de la jungle dans la rue? Se faire justice soi-même? Car cela ressemble à cette situation depuis 102 jours…

  11. Sarah Lemieux dit :

    Je pense que le mouvement rouge, qui dépasse largement la question des droits de scolarité, est une sorte de fleuve qui coule dans la cité, et qu’il va finir par trouver le cours qui lui permet la plus grande fluidité, il va naturellement se fondre dans la cité, ne pas nuire à la vie normale mais s’y adapter et la cité va s’adapter à son tour, dans un mouvement réciproque. Ceux qui tenteront de récupérer ce mouvement pour détourner le fleuve à leur avantage, qu’il s’agisse des syndicats, des anarcho-communistes ou des casseurs nihilistes, se feront dévorer par le mouvement. Le mouvement aspire à la liberté, à la fraternité, à la démocratie.

  12. Sarah Lemieux dit :

    J’étais réfractaire aux carrés rouges au début, mais après avoir marché dans la rue le jour, avec des rouges, j’ai quelque peu changé ma perspective. Les marcheurs sont de gauche et de droite, fédéralistes et souverainistes. Le mouvement n’a pas de but en soi, sauf le mouvement,, et il mènera où il mènera. Les gens à qui j’ai parlé en ont contre tous les partis politiques actuels. Je pense qu’avec le temps, il y aura une reconfiguration de l’espace politique et de nouveaux partis. Des partis qui vibrent en harmonie avec le fleuve représenté par la couleur rouge, et les autres.

  13. Sarah Lemieux dit :

    Les marcheurs que j’ai rencontrés n’ont pas d’affect de rage violente. C’est joyeux, festif, familial, les générations se côtoient et fraternisent. La pire chose qui pourrait arriver au mouvement rouge est qu’il soit animé par un affect de rage. Les Black Bloc sont animés par la rage destructrice. Ce sont des “noirs” et par définition, ils sont des non-rouges.

  14. jean-pierre payette dit :

    C’est la Révolution Électronique!

    C’est la rencontre sur écrans géants HD des IMAGES électroniques éphémères, colorées, animées, sonores d’une jeunesse branchée avec leurs téléphones/cameras/gps
    avec
    une génération dépassée, prisonnière de ses vieux classeurs passés date, remplis de dossiers périmés et de feuilles couverts de signes abstraits en noir et blanc dans des enveloppes brunes.

    André Comte-Sponville, philosophe français : « Ce serait se tromper que de se protéger contre la jeunesse, quand c’est la jeunesse qu’il faut protéger, contre elle-même et contre tous ! »

  15. Mary Webb dit :

    Ce que cette crise sociale fait apparaître surtout, c’est que l’utopie ne se trouve pas chez les sonneurs de casseroles, elle se trouve chez les idéologues néolibéraux qui sacralisent le marché, et qui considèrent la mondialisation comme l’état «naturel» des choses humaines. Ce sont eux les utopistes, eux qui essaient de nous faire croire qu’en renonçant à nos droits syndicaux, en délocalisant les emplois manufacturiers vers des pays où l’on offre des salaires de famine, en réduisant les impôts des entreprises et quelque taxe sur le capital, en dérèglementant tout ce qui concerne les banques, les médias et en livrant tout ce qui existe à l’appétit dévorant du privé, on créera une société magique, ardente comme une ruche bourdonnante de saine compétitivité. Ouf! Les voilà, ce sont eux les fanatiques aveugles, pas les étudiants, pas les travailleurs, pas les gens qui descendent dans la rue. Les apôtres fidéistes du marché à tout crin sont de dangereux sectaires qui ruinent la société. C’est cela que comprennent les citoyens en colère, ce sont eux les réalistes, pas ce gouvernement de déconnectés qui ne sait qu’évoquer ceux qui n’ont rien à dire, la mythique «majorité silencieuse», pour appuyer leurs lubies.

  16. Paul Gagnon dit :

    Nous attendions la société des loisirs… Nous avons eu la société du divertissement, du spectacle, de l’Entertainment, bref des festivals. Mais des festivals qui n’en sont pas des vrais puisque divisant le monde en amuseurs et en amusés. Alors vient la kermesse des chaudrons. Il y en a qui veulent participer!!

    Jadis, aux temps anciens, les festivals jouaient un rôle de soupape dans une société. Ils permettaient d’inverser, pour une courte période, les rapports sociaux (et moraux). Après tout rentrait dans l’ordre, du moins en surface… Qui saurait dire ce qui se passait dans les caboches?

    Dans notre monde qui a connu les kermesses sanglantes des chemises rouges, brunes et noires, qui sait où les déséquilibre du monde peuvent conduire?

  17. Sarah Lemieux dit :

    C’est faire fausse route, à mon avis, que de penser que le mouvement rouge aspire à une société encadrée par les syndicats. Je suis pour le mouvement rouge et anti-syndicaliste en même temps parce que les syndicats représentent une caste qui défend ses intérêts corporatistes, au même titre que les affairistes et banksters.

    Mon aspiration à la liberté ne passe pas par une main-mise de ma vie par les syndicats, mais par une réduction de la taille de la bureaucratie qui enrégimente nos vies et étouffe le Québec. Je voudrais pouvoir vendre des merguez sur le Mont-Royal pendant les tam-tam, mais la ville ne le permet pas à cause de la réglementation sur l’hygiène. La police va m’arrêter si je manifeste ma liberté de vendre des merguez. Je voudrais me débarrasser de la police des vendeurs ambulants de merguez. Si les gens tombent malades pour des raisons d’hygiène, ils n’ont qu’à assumer les conséquences de leur choix. En ce qui me concerne, c’est l’État-nounou qui m’oppresse et entrave ma liberté.

  18. Sarah Lemieux dit :

    Des fanatiques “noirs” ont menacé de perturber le Festival juste pour rire à cause des positions de Rozon. Encore là, je pense que ces esprits noirs ne comprennent pas ce qui fait vibrer le mouvement rouge tel que je l’ai perçu en marchant à côté des rouges. Les casseroles devraient plutôt s’intégrer dans le Festival, et le Festival devrait leur faire de la place, dans un mouvement réciproque.

  19. Nelson dit :

    Salut Mathieu,

    Quelques ”feelings”…sentiments…

    Attention au mot ”révolutionnaire”….mmmmm…trop proche de révolution…violence….anarchisme….gauche extrême…DANGER

    Je sent surtout et avant dans tout ce qu’arrive DES VALEURS QUÉBÉÇOIS BAFOUÉS ET LA RIPOSTE QUÉBÉCOISE….

    Pour les québécois le vol, la mensonge, l’arnaque, la corruption et les collusions SONT INACCEPTABLES….

    Ils sont également inacceptables pour les québécois LA MÉPRISE, L’ABUS, L’ARROGANCE,SE FAIRE MANQUER DE RESPECT…

    82% de hausse SAUVAGE des frais de scolarité, sans consultation,
    La Loi 86
    Le refus de négocier avec les étudiants, et leurs parents, et la société entière derrière eux, et manque de respect pour les centaines des milliers DES CITOYENS HONNÊTES ET RESPONSABLES sur la rue,
    Le matracage et arrestations de DE NOS ENFANTS, de notre jeunesse instruite, les responsables de la société de demain,

    Les québécois ont assez et sortent dans la rue…c’est tout…rien d’autre.

    Les québécois n’aiment pas se faire voler et abuser.

    C’est n’est pas plus compliqué que ça.

  20. Anonyme dit :

    (1) “Tout cela devrait relativiser la confiance technocratique de ceux qui s’imaginent que la politique n’est qu’affaire de chiffres.”

    Est-ce que ça peut seulement la renforcer?

    C’est dire, depuis le début de toute cette affaire, nous n’avons jamais entamer le débat technocratique, le débat des chiffres. La direction a toujours été du concret vers le vague, du rigoureux vers le poétique.

    Soit que cela n’intéresse personne, soit que cela fait peur à tout le monde, soit que tout le monde est trop incompétent pour le faire.

    (2) “En ce sens, la protestation des derniers jours est devenue une fin en elle-même.”

    Comme si ce n’était pas le cas depuis le début (voir: le mouvement occupy).

    À partir du moment où l’on reconnaît que manifester est la fin et pas le moyen, qu’y a-t-il à négocier? La hausse des frais est une excuse à la manifestation mais est sans importance même pour ceux qui manifestent.

    Note: je vois plusieurs personnes sur les réseaux sociaux qui SOUHAITENT activement un mort. J’entends par “souhait” n’importe quelle phrase comme “j’ai peur qu’il y ait un mort” et “attendent-ils un mort” et “cela m’étonne qu’il n’y ait pas eu de mort”. Ça participerait au décors. (Je traduis les phrases assez librement.)

    (3)”Dans une société morose, où la vie quotidienne est soumise à la frénésie du temps qui manque, où chacun est replié sur une vie qui ne lui appartient plus, où repères moraux et culturels sont déréglés, dans une société où la question du sens a été confisqué par les gourous de la croissance personnelle, dans une société où l’économie mondiale se déploie à une échelle inhumaine, où le pouvoir politique semble confisqué par la technocratie, il arrive que le peuple veuille resurgir sur la scène de l’histoire et faire la preuve de sa propre existence, en se manifestant, en manifestant.”

    Le but de ce genre de phrase est habituellement de rejeter sur une entité extérieur un problème personnel. De fait, à peu près à chaque fois que quelqu’un en construit une, la solution à tout ces prétendus problèmes n’est que très rarement avancée et, si elle l’est, c’est le plus souvent un appel à un système pire que celui dans lequel nous vivons présentement.

  21. Lou811 dit :

    Vous écrivez que ” la loi 78 est massivement rejetée “, mais par qui ? Les milliers de manifestants, alors que nous sommes près de 8 000 000 au Québec ! Attendons que la majorité silencieuse se lève … En passant, j’aime bien vous lire. Vos propos sont souvent inspirants.

  22. France D dit :

    Tout à fait d’accord avec Damien. La légitimité d’un gouvernement et de ses lois reposent en grande partie sur le consensus social; le peuple consent à se faire diriger. Si ce consensus est rompu par des lois jugées injustes ou un gouvernement indigne de diriger, ce consensus est inévitablement ébranlé.

  23. sébastien bilodeau dit :

    ça me rend mal à l’aise de voir des enfants de 5 ans «manifester»

  24. Christian C dit :

    J’avoue que c’est une réflexion d’une hauteur d’esprit (aussi) nécessaire en cette période à la fois enlevante et trouble, remplie à la fois d’espoir et d’incertitude. Bravo

  25. Hélène Massé dit :

    C’est une sortie de crise comme une autre que de transformer la violence en concert de casseroles; transformer la crise en fête. Mais un jour, il faudra bien redonner aux citoyens le droit de vivre en paix dans leur quartier…et s’astreindre à notre “devoir de citoyen” : étudier sérieusement les tenants et aboutissants de ces questions et “aller voter” .

    Pour un gouvernement providence qui trouvera un arbre magique où l’argent pousse par magie afin de nous donner tout tout tout gratuitement ?!?!

    Il y a quelque chose qui me gène dans nos “demandes”, dans nos “exigences” , surtout quand je vois ce qui se passe ailleurs… On se “paye” une révolution alors que d’autres crèvent de faim ! Il me semble que cet argent aurait pu être mieux dépensé.

  26. David Marchand dit :

    Un texte intelligent et magnifique. Du grand Bock-Côté, sans nul doute gagné par l’enthousiasme lui aussi.

  27. Je joins ma voix à ce cortège de commentaires élogieux. Ce texte profond, analytique et structuré, mariant l’évocation poétique et la raison, esquisse un trait d’union entre le camp de l’espoir et celui de l’exaspération. Le peuple québécois, que j’observe d’autant mieux que je n’en fais partie que par association, doit mobiliser ses proverbiales qualités de tolérance et d’inclusion afin de résoudre cette crise. La souplesse dont il a su faire preuve dans le passé ne traduit nullement sa faiblesse mais, au contraire, sa formidable capacité d’adaptation à la [remise en?] marche de l’histoire.

  28. C Moa Bob dit :

    Bon, me voilà (presque entièrement) d’accord avec M. MBC…

    ‘Cou’ don’, les poules doivent avoir des dents en cette semaine de quatre jeudis ! : )

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