J’ai toujours cru que la question nationale québécoise s’éclairait bien à la lumière de celle des petites nations, qui cherchent à obtenir leur indépendance pour une première fois, à la restaurer après l’avoir perdu, ou à la conserver alors que certaines les invitent à la sacrifier.
Il y a des années, j’ai lu passionnément chaque numéro de la revue Le messager européen, dirigée par Alain Finkielkraut, qui cherchait à jeter un nouveau regard à la modernité européenne à partir de l’expérience des petites nations d’Europe centrale, ou d’Europe de l’est.
Ce qui se passe en Catalogne, de ce point de vue, est passionnant. Le contexte catalan et le contexte québécois ne sont pas identiques, évidemment. L’Espagne est un vrai pays, une réalité historique singulière, bien plus difficile à démanteler que d’autres entité comme le Canada ou la défunte Tchécoslovaquie.
Et l’indépendantisme catalan est d’autant plus vigoureux qu’il ne porte pas le poids d’un double échec référendaire. L’indépendantisme catalan ne semble pas essoufflé – et l’idée d’indépendance semble pour l’instant contagieuse, bien qu’on puisse difficilement prophétiser sa réalisation.
J’ajoute qu’en Catalogne, l’indépendance a longtemps représenté une tentation sans devenir un projet politique majeur, comme elle l’est devenue au Québec, avec la Révolution tranquille. Elle a, pour cela, l’allure d’une idée neuve. Elle enthousiasme les foules, comme les grandes manifestations populaires l’ont confirmé.
Mais je crois que ceux qui invitent les souverainistes à «s’ouvrir au monde» devraient eux-mêmes ouvrir leurs yeux et constater que partout dans le monde, l’aspiration nationale recommence à se faire valoir. Après 20 ans à subir la mystique de la mondialisation obligatoire, certaines réalités reprennent leurs droits.
On redécouvre une chose: la vie profonde des peuples suit un autre rythme que celui de l’actualité frénétique des médias. De vieux désirs longtemps refoulés ou réprimés peuvent resurgir quand les circonstances historiques le permettent. Le sentiment national n’est pas une fiction idéologique.
On en redécouvre une autre: le désir d’indépendance, pour un peuple, est l’expression plus ou moins articulée de sa pulsion vitale. Et un peuple qui ne désire plus d’une manière ou d’une autre son indépendance consent à sa marginalisation historique.
On pourrait explorer à nouveau l’histoire du Québec à la lumière de ce désir jamais complètement refoulé de souveraineté. Notre histoire s’éclairerait alors bien différemment, que l’on pense aux Patriotes, aux années Mercier, au lendemain de la première guerre avec les années, 1920, ou à la Révolution tranquille.
Je parlais des petites nations. Qui incarnent en un sens la diversité du monde, alors que les grandes ont souvent la prétention étrange d’exercer un monopole sur l’universel, comme si la vie ne valait la peine d’être vécue qu’à partir de deux ou trois métropoles cosmopolites contemporaines.
Pourtant, les grandes nations elles-mêmes redécouvrent peu à peu les vertus de la souveraineté nationale, comme on le voit avec la crise de l’Union européenne. D’un coup, on constate que la citoyenneté démocratique ne peut s’affranchir de ses assises historiques et culturelles sans s’assécher, sans s’appauvrir.
Quoi qu’il en soit, à ceux qui disent que le nationalisme est «dépassé», que la souveraineté l’est aussi, que le citoyen du monde est le seul horizon légitime de la démocratie, et qu’il serait temps de tourner la page de l’indépendance, je n’ai qu’un seul conseil à donner: ouvrez un journal.
Bravo Mathieu,quelle beau texte rafraichissant
Je pense la même chose que toi
Il aurait été intéressant d’aborder la réalité économique de la Catalogne, fort différente de celle du Québec. Quand on n’arrive pas à se faire vivre, comment amener les gens à croire qu’on sera mieux hors du giron nouricier? La Catalogne est riche, un peu comme l’Alberta au Canada. Elle peut aspirer à plus de liberté, à se départir de ses boulets.
Le gouvernement Marois qui minoritaire accorde ses violons principalement avec la CAQ dans une évacuation de ses orientations qui sème le doute sur sa crédibilité donne l’impression que le patriotisme souverainiste est mort au Québec n’étant de l’existence d’Option Nationale qui tient la flamme du pays du Québec. Seul le mouvement étudiant a manifesté une vigueur politique convaincante depuis 16 ans toutefois hélas ce mouvement n’échappe pas à un inévitable corporatisme individualiste intéressé.
L’individualisme est dominant au Québec et semble compatible avec une population qui n’en n’est pas moins majoritairement vieillissante. En Europe, des manifestations sociales existent mais pas particulièrement nationales contre le dictat de l’Euro et de l’Allemagne hégémonique. À part les cas de la Catalogne et de l’Écosse, la résurgence du sentiment national des peuples d’Europe reste à prouver. Il faudra une crise économique et peut être écologique gravissime pire encore que celle actuelle pour que le sentiment collectif renaisse en Occident.
En attendant, la division politique au Québec et aux É.U témoigne de la crise du politique en Occident comme de l’incommunicabilité sociale dans cette époque de communication en circuit fermé d’internet.
L’optimisme politique est à voir car présentement au Québec, le leadership de P.Marois en situation de gouvernement minoritaire est navrant tandis qu’au moins en Amérique celui de B.Obama face aux républicains sera sans doute supérieur.
Catalans —16% de l’espagne—19 % du PIB
Quebec — 22% du canada—- 18% du PIB.
ouvrez donc un journal economique serieux….
C’est le propre de ceux qui ne veulent pas voir, qui nient la réalité d’affirmer que l’idée de la souveraineté est désuète. En fait, même Michael Ignatieff admettait en entrevue à la BBC que l’indépendance du Québec est inévitable au grand dam de celui-ci. Prenez l’exemple de la Norgève qui fut tour à tour sous le joug du Danemark puis de la Suède. Il a fallut 400 ans à la Norvège pour accéder à son indépendance en 1905. La marche des nations est lente, mais inexorable.
Si nous avions suivit René lors du référendum de ’80……… Où en serions nous en 2012 ? Sûrement pas pire qu’aujourd’hui …..
Le Canada est aussi un vrai pays. C’est tellement révoltant ce déni puéril. Le Canada possède tous les atouts des pays décideurs sur la planète. Facile à démanteler? Vraiment?
D’ailleurs le résultat des élections en Catalogne contredit votre analyse. La crise économique est plus importante pour les Catalans que l’indépendance.. La Catalogne, se compare à l’Alberta. La Catalogne a en a assez de payer pour l’Espagne. La noblesse nationaliste identitaire mercantile? On repassera.. La solidarité? Bof!
Démanteler le Canada facile? C’est faire fi des anglophones pour qui la brisure du Canada signifierait ce contre quoi ils ont toujours combattu: une annexion aux USA.. Et surtout, c’est complètement faire table rase des conséquences de la brisure du pays pour les québécois eux-mêmes. Ce serait les précipiter inexorablement vers l’américanisation.
Si le Canada se tire bien d’affaires face à son voisin américain, c’est grâce à l’intégrité de son territoire. Le voisin est un géant qui ne ferait qu’une bouchée de l’ilot francophone québécois.
Le Québec et l’Ontario sont le coeur du Canada. Qu’une ou l’autre de ces provinces fassent le grand saut dans l’indépendance, c’est précipiter tout le Canada dans l’instabilité économique.
Les Catalans ne désirent pas plus que les Québécois mener leur peuple respectif au suicide. L’obstacle majeur à l’indépendance des petites nations c’est le confort de la démocratie..
Merçi….
Pour avoir été présent à Barcelona le 11 septembre 2011 dernier à fêter avec les Català dans Poble Sec (un genre de St-Henri si on veut) leur fête nationale, je n’avait pas été impressionné par “l’enthousiasme nationaliste” tant appréhendé : ailleurs dans la ville, peu de drapeaux ou de manifestations. Les gens rencontrés me disaient tous que la ferveur nationaliste était surfaite.
Après le vote d’aujourd’hui, il faut croire qu’ils disaient vrai.
Les nationalismes devront redouter encore plus fort les dogmes de la mondialisation…
Ni en Catalone, ni en Écosse, ni en Flandre il existe une majorité qui voterait pour l’indépendence. Comment vous pouvez interpreter ça comme une remontée du nationalisme?
La souveraineté du Québec ne se réalisera pas à gauche. Mais pas du tout. Elle ne se réalisera pas à droite non plus, avec les ticouns parvenus et lèche canadian. Il faut donc amener les souverainistes au moins un peu à droite, et les drettes vers le nationalisme. Méchante commande. En plus, on manque de temps. La Nation agonise mortellement. Êtes vous optimiste vous ? Moi non …
Toutes ces discussions évitent un problème sociologique fondamental : on peut trouver toutes les rationalisations que l’on veut pour vouloir faire l’indépendance (et je suis d’accord avec la majorité d’entre elles), mais un peuple qui ne fait plus d’enfants, ou plus assez, se condamne peu importe à devenir une note de bas de page de l’Histoire.
Oups! désolée j’aurais dû écrire “de changé” et non de “changer”.
Je suis fédéraliste, j’aime ma langue et ma conviction profonde est que sa survie est rattachée à notre appartenance au Canada et non à l’indépendance..
@Hélène Beaulieu. Merci. Je suis fédéralisme mais également anglophone. Je désire rester dans le Canada. Le plus beau pays du monde. Mon Canada comprend également le Québec.
Il y a bel et bien quatre groupes linguïstiques dans le péninsule Ibérique.
Hormis les Basques, les trois autres sont d’origine romane. On compte le groupe portugais, à l’ouest, qui déborde au nord de ce pays dans la région espagnole autonome de Galice. Il y a le groupe dominant, au centre, de langue castillane, communément appelée l’espagnol; et à l’est, la langue catalane dont il existe aussi des variantes valencienne et baléare. À noter que l’Andorre (moins de 100,000 habitants), membre en règle des Nations-Unies depuis 1993, a adopté le Catalan comme langue officielle. La langue catalane compte aujourd’hui plus de 12 millions de locuteurs, qui sont de fait plus nombreux que les Danois ou les Grecs…
Pourquoi le Portugal a-t-il obtenu son indépendance de l’Espagne en 1640, alors que la Catalogne est restée sous le joug de Madrid? On pourrait parler des alliances royales (le mariage d’isabelle de Castille avec Ferdinand d’Aragon en 1472), la guerre de Succession d’Espagne (début XVIIIème) , la main de fer du général Franco, etc. Mais la Catalogne n’en demeure pas moins une Nation minoritaire, tout comme le Québec,
Les États multinationaux fonctionnent mal. La liste des pays qui ont éclaté est trop longue ici. Le Canada et la Belgique sont des pays créés de toute pièce dont on ne sait s’ils survivront à l’épreuve du temps. On tente d’unir artificiellement l’Europe, et les peuples eux-mêmes réagissent négativement.
Espérons que les Québécois reniés, soumis ou frileux puissent voir en cette nation une nouvelle source d’inspiration; une déclaration d’indépendance n’est pas l’apocalypse que les unionistes nous annoncent, mais une marche en avant, et une prise en mains de nos responsabilités.
Moi j’ai hâte d’avoir mon pays , le Québec.
À ceux qui comparent la Catalogne à l’Alberta : vous êtes dans le champ. Oui la Catalogne est une région riche, mais pour l’Espagne!. Elle est beaucoup moins riche que l’Alberta au Canada. Si on mettais la Catalogne dans le Canada sa force économique serait comparable à celle du Québec!
“Moi j’ai hâte d’avoir mon pays , le Québec.”
Tu vais payer pour ton pays aux merveilles…N’attends pas que nous Canadiens payons pour ton rêve enfantin…
Pierre Bouchard dit :
25 novembre 2012 à 18 h 22 min
Le gouvernement Marois qui minoritaire accorde ses violons principalement avec la CAQ dans une évacuation de ses orientations qui sème le doute sur sa crédibilité donne l’impression que le patriotisme souverainiste est mort au Québec n’étant de l’existence d’Option Nationale qui tient la flamme du pays du Québec. Seul le mouvement étudiant a manifesté une vigueur politique convaincante depuis 16 ans toutefois hélas ce mouvement n’échappe pas à un inévitable corporatisme individualiste intéressé.
L’individualisme est dominant au Québec et semble compatible avec une population qui n’en n’est pas moins majoritairement vieillissante. En Europe, des manifestations sociales existent mais pas particulièrement nationales contre le dictat de l’Euro et de l’Allemagne hégémonique. À part les cas de la Catalogne et de l’Écosse, la résurgence du sentiment national des peuples d’Europe reste à prouver. Il faudra une crise économique et peut être écologique gravissime pire encore que celle actuelle pour que le sentiment collectif renaisse en Occident.
En attendant, la division politique au Québec et aux É.U témoigne de la crise du politique en Occident comme de l’incommunicabilité sociale dans cette époque de communication en circuit fermé d’internet.
L’optimisme politique est à voir car présentement au Québec, le leadership de P.Marois en situation de gouvernement minoritaire est navrant tandis qu’au moins en Amérique celui de B.Obama face aux républicains sera sans doute supérieur.
Je ne peux qu’être en accord avec vos commentaires.