Un jour, demain, après-demain, dans un mois ou dans un an, la crise étudiante se terminera. Les étudiants recommenceront à étudier, les policiers recommenceront à coller des amendes inutiles à ceux qui roulent à 121 km/h sur l’autoroute, les anarchistes retourneront dans l’ombre et la marginalité, les politiciens cesseront de gonfler leurs muscles, les intellectuels de gauche cesseront de croire que le fascisme nous menace, les militants de droite cesseront de s’imaginer que le communisme est à nos portes. À ce moment, j’ai l’impression que nous ressentirons les violentes déchirures du lien social auxquelles nous assistons en ce moment. Des amitiés se seront rompues, des familles se seront divisées, des réputations auront été détruites. Ne dit-on pas que la guerre civile (même la guerre civile médiatiquement fantasmée, comme celle qui se déroule en ce moment) est la pire d’entre toutes parce qu’elle déchire les familles? On s’en fout? Pas vraiment. Ce sont pourtant ces liens humains, qui se dérobent à l’idéologie, qui se dérobent à la politique, qui rendent la vie vivable, qui évitent le repli de chacun dans une intimité vide de sens. Un ami, un frère, un père, une mère, ne devraient jamais perdre ce titre précieux pour se transformer en ennemis politiques. Lorsque les désaccords deviennent haineux, ils pourrissent. Une société ne devrait jamais se laisser avaler par un fantasme idéologique, qu’il soit de gauche, qu’il soit de droite. Une société libérale est justement faite pour préserver le lien humain, pas pour l’abimer. Surtout, nous devrions nous rappeler qu’une société se défait plus rapidement qu’elle ne se refait. À ce moment, je crains que nous ressentions une gueule de bois politique, celle qui suit toujours l’ivresse idéologique. À ce moment, je crains surtout que notre société ne se retrouve plus divisée qu’elle ne l’était auparavant. On ne joue pas à la guerre civile sans finir par en payer le prix.
Le blogue de Mathieu Bock-Côté
À propos de Mathieu
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Mathieu Bock-Côté est sociologue et chargé de cours au département de sociologie de l’UQAM. Il est l’auteur de La dénationalisation tranquille (Boréal, 2007) et de La cité identitaire (Athéna, 2007) en plus de nombreux chapitres de livres et articles scientifiques portant sur l’histoire de l’identité québécoise, les idées politiques et la question du conservatisme.
Il a aussi travaillé comme rédacteur au cabinet de Bernard Landry de 2003 à 2004.
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C’est pas si grave, les référendums étaient beacoup plus divisifs que la situation actuelle. Et le débat a complètement changé avec l’introduction de la ”loi spéciale”, sur lequel droite et gauche sont plus unis que sur les frais de scolarité.
Le débat est empoisonné par les démagogues, les extrémistes et ceux qui sont malhonnêtes intellectuellement. Et il y en a beaucoup dans les médias. (Pas vous évidamment, vous êtes un des rares ”intellectuels” qu’on a..)
Les chroniqueurs devraient se placer au dessus de la mêlée au lieu de rabaisser au plus bas dénominateur ; ils devraient être des leader d’opinion, au lieu d’être le porte-voix d’une masse frustrée.
C’est pour cela qu’il est fortement déconseillé de parler de politique dans des réunions familiales, amicales et sur les réseaux sociaux. En ce moment, les gens sont particulièrement émotifs, voire même agressifs à cause du climat social actuel.
J’ai personnellement beaucoup de difficulté à endurer les gens qui cautionnent ou excusent la violence des manifestants, en prétendant que tout est de la faute de Charest et de la police en inventant des théories de conspirations sans preuves. Mais dans l’autre camp, ils croient que je suis quelqu’un qui approuve l’injustice sociale, la corruption et le banditisme institutionnel, en plus d’être une personne individualiste et sans morale. Bref, leur cause est tellement “noble” que je deviens l’ennemi à détruire, même si je suis au fond, une amie, une soeur ou tout simplement un être humain ordinaire n’ayant aucun pouvoir dans cette histoire.
Au fond, je voudrais juste qu’ils cessent leur psychodrame et qu’ils retrouvent la raison, mais ce sont des dialogues de sourds voués à l’échec.
Ainsi des amitiés se brisent et c’est très dommage. Je leur ai dit d’aller se reposer et réfléchir, en attendant que la tension sociale se calme au Québec. Car je sais que ça va bien finir un jour, et que ça ne vaut pas le peine de détruire des amitiés seulement pour une opinion politique divergeante.
Et surtout, j’ai compris que je n’avais pas le droit de parler. Seuls les Rouges en ont le droit, au risque d’être attaqués. C’est ainsi qu’ils imposent leur idéologie radicale à tous: Par l’intimidation, le dénigrement, les fausses accusations, et la menace d’amitiés brisées à jamais.
Pour avoir vu à Ste-Thérèse des «rouges» offrir une bière à une étudiante «verte» bouleversée par les effets de son injonction, j’ai l’impression que ces jeunes pourront passer outre leur division idéologique dans un court laps de temps. C’est quand les positions sont pétrifiées dans de vieilles humeurs idéologiques qu’il est difficile de s’ouvrir aux positions adverses. Or, ici, il n’y a rien de vieux.
Aussi, j’ai bien peur que les débats sur la souveraineté fassent le même effet qui est ici dénoncé. Bref, ces périodes d’oppositions idéologiques sont constitutives des nations politiquement mûres je crois.
Tu as parfaitement raison…mais…parce qu’il y a toujours un mais, cette virtuelle guerre civile que l’on vit actuellement au Québec est elle provoquée planifiée, préméditée de toute pièce par un parti politique, et je vise très précisément le Parti Libéral du Québec (PLQ)?
Dans la mesure que ta, que la réponse des lecteurs est OUI, il faut se poser après ce oui…
Pourquoi cette crise a été fabriqué par le PLQ?
Si ta , la réponse des lecteurs est NON alors nous sommes en face de l’anarchie complète et ca c’est encore plus dangereux.
Ma réponse est OUI. Tout a été planifié par le PLQ afin de faire diversion à la commission Charbonneau qui est ouverte à l’heure où j’écris ce commentaire. Cette virtuelle guerre civile planifiée est une énorme indice que les dossiers de corruption, de collusion et de lien direct avec le financement illicite, mafieux du PLQ sont vrais et accablants…La chaos social actuel au Québec…historique dans sa finalité…
Parce que c’est ce que je pense…ce chaos social va se terminer par un référendum gagnant sur la Souveraineté du Québec. L’allumette que décrivait Lucien Bouchard dans ses discours enflammés lorsqu’il était PM et président du PQ, pour rallumer la ferveur POUR un Québec Souverain…on la vit présentement.
Et ma foi, s’il faut passer par ce chaos…pour en arriver à l’objectif commun, la pleine Souveraineté du Québec.
Je suis un rouge, dans le moment, je suis en train de me faire un tas d’amis verts parce que, comme de plus en plus de gens, je trouve important le point de vue des gens qui ne pensent pas comme moi et j’ai plus tendance à vouloir parler avec des gens aux diverses opinions que de me faire dire “t’as tout à fait raison sur tout!”
La société, c’est la diversité dans ce qu’elle a de plus beau et mes soeurs, bien que vertes ainsi que ma mère, bien que jaune pâle, garderont leur status respectifs d’avant crise, mais j’aurai pleins de nouveaux amis de toutes les couleurs.
Ne pourrait-on pas apprendre à se respecter humainement sans nécessairement être d’accord politiquement? N’y a-t-il pas des cultures qui s’amusent à argumenter sur les terrases en prenant leur Ricard?
S’il y a un bon point dans tout ca, c’est que les médias qui se disent journalistes, mais qui ne font que blogger, sont maintenant à vue de tous. Comme Lapresse, JdM, JdQ… ils ont tous des journalistes qui font part de leur point de vue, ils cessent donc d’être un journal selon moi.
J’espère seulement que les gens n’oubliront pas et continurons d’en parler même après que ca soit fini, ne serait-ce que pour leur faire perdre la recognition de journal qu’ils ne méritent pas.
Il est très important de parler de ce sujet en ce moment.
Un texte qui parle de l’essentiel!
Ne nous éloignons pas de nos frères, de nos soeurs de nos amis pour des raisons idéologiques. Car les liens que nous avons créés au fil des ans sont ce que nous avons de plus précieux et vont nous nourrir jusqu’à la fin de nos jours.
Toute cette affaire a fini par démasquer bien du monde. Pour la division, les 2 référendums séparatistes ont déjà fait la job.
Le mouvement étudiant est instrumentalisé par les anarchistes, les syndicats et les partisans de Québec solidaire. On veut faire passer par la force le programme d’un parti qui n’est pas capable de gagner les élections.
Les 2 referendums ont divisé des familles et des amis. Dans ma famille, c’était 50-50. On est restés unis malgré tout même s’il y a eu des discussions très vives autour de la table (et que parfois, ma mère nous forçait à changer de sujet).
Les Québécois sont une peuple d’une résilience exceptionnelle. Il n’y a pas de raison pour qu’on ne surmonte pas cette crise, même si ça peut prendre un certain temps.
Je pense que Daniel Weinstock, qui a publié une justification de la désobéissance civile (réfutée brillamment par Yves Boisvert dans sa chronique d’aujourd’hui) devrait être dénoncé comme un intellectuel dangereux. Le fait de savoir que nos jeunes sont endoctrinés dans les universités par des professeurs ayant une éthique aussi dangereuse que celle de Weinstock suffit à me convaincre qu’il ne faut surtout pas offrir la gratuité universitaire.
Mathieu et les autres,
On ne parle plus de politique au souper, ça divise la famille
On ne parle plus des étudiants au souper, ça divise la famille
On ne parle plus de hockey et des Nordiques, ça divise la famille
Qu’est-ce qu’on fait?
On va tweeter, texter, anyway, ça fait longtemps qu’on ne se parle plus…
Le principal problème en cette période de crise, c’est l’absence d’un premier ministre ayant une forte autorité morale et qui s’adresserait à la nation de façon solennelle. Et je ne vois pas dans l’opposition, de leaders qui auraient cette autorité morale. Nous sommes un peuple laissé à lui-même, à la dérive, il n’y a pas de capitaine à bord.
@Maude Tremblay (n’ayez crainte, ceci n’est pas une attaque, seulement une autre perspective):
J’ai vécu sensiblement la même hargne que vous sur les réseaux sociaux (Facebook, en fait), mais de «l’autre côté de la clôture», si je puis dire. Je suis plutôt favorable à la cause étudiante, et j’ai essayé à quelques reprises de débattre de la question sur un ton posé, en présentant mes arguments et mes sources. Or, ce ne sont pas des «rouges» qui m’ont lancé des répliques cinglantes, mais des «verts» (si tant est qu’on puisse diviser toute une société en seulement deux couleurs).
Je ne pense pas que le problème de l’intolérance des points de vue vienne plus d’un camp que de l’autre; je crois qu’il vient plutôt, justement, de notre tendance au manichéisme, à croire que tout relève soit du bien le plus pur, soit du mal le plus vil, et à se permettre dès lors les licences de langages qui vont avec (pourquoi aller dans la dentelle quand on s’adresse à un suppôt de Satan?).
Bref, peu importe le côté qu’on critique, on risque de se faire pourfendre sommairement par ceux de l’autre camp, alors que ceux qui pensent comme nous se contenteront de cliquer sur «J’aime»… ou simplement d’éviter la confrontation. Dans le climat irrationnel que nous vivons, c’est peut-être la meilleure solution, finalement.
Mais comme je l’ai dit maintes fois, si on avait fait ouvertement ce grand débat de société AVANT de décréter la hausse, je persiste à croire que les discussions auraient été plus sereines et rationnelles, car elles ne s’inscriraient pas dans un climat de paralysie sociale ponctué de violences quotidiennes, perpétrées par des anarchistes trop heureux de profiter de la crise… n’importe quelle crise qui s’éternise, à vrai dire.
Je suppose que pour que les amitiés ne soient pas rompues, il faut au minimum que nous puissions respecter nos “amis”. Certains ont prouvé qu’ils ne l’étaient pas. Une purge est parfois nécessaire.
Mathieu,
Tous les étudiants et leurs familles sont d’accord… personne aime se faire monter brusquement les frais de scolarité de 82%…tout couleur confondu…blancs, verts, rouges,
Certains étudiants qui peuvent payer ont décidé de suivre leurs cours à la place de respecter la grève décidé par leurs associations…mais personne aime payer beaucoup plus.
Il est sur que quand certains brisent des grèves, ça fait des ”froids”.
Vous avez probablement raison M. Bock-Côté. Les cicatrices de ce conflit ne vont pas guérir.
Auparavant, les Québécois revenaient à leurs vies paisibles et oubliaient les guerres idéologiques. Cette fois, ce sera différent. Il ne faut pas être devin pour voir que la prochaine crise économique, celle qui se dessine sournoisement, aura des répercussions catastrophiques en raison du surendettement des particuliers et de l’État.
Si l’on se déchire pour une simple question de financement des études supérieures, je frémis à l’idée de ce qui va se passer lorsque nous devrons accomplir une refonte du modèle Québécois. Ce conflit est un test sur la robustesse de notre démocratie. Pour l’instant, le Québec échoue…
Pourtant, certains se seront mis à parler à d’autres, ou juste à écouter un peu plus…..
Ce n’est qu’en constatant qu’un être cher et proche peut avoir un idéal complètement opposé et tout de même nous être cher qu’on peut sortir de la pensée égoïste, celle qui empêche de réfléchir au collectif. S’il est vrai que le Québec présentement s’offre comme un cours accéléré de démocratie, les brisures que vous soulignez M. Bock Côté, c’est le malheur de ceux refuse et refuseront d’apprendre. Cette affirmation est vraie, peu importe l’opinion défendue. Une des prémisses de la démocratie est d’être capable de respecter, voire d’aimer son prochain, et ce, même s’il n’est pas de notre avis. Cessez de faire le prophète de malheur je vous en pris, j’aimerais bien mieux lire vos suggestions de solution de temps en temps.
Bonjour Mathieu,
Je trouve que tu es meilleur socio-politologue que moraliste… On ne devrait pas rater l’occasion que les jeunes nous offrent d’enfin aborder quelques uns des vrais problèmes qui confrontent aujourd’hui nos sociétés. Si l’on veut qu’il y ait des débats de société, il faut accepter qu’il y ait confrontations d’idées différentes; jusqu’ici, les étudiants nous donnent un exemple de leur capacité de débattre de façon civilisée. Ça nous change des débats parlementaires! Ça fait ressortir de façon fort éloquente la petitesse de nos dirigeants actuels.
Les gens oublient peut-être beaucoup plus vite qu’on pense. Notre (JE ME SOUVIENS) si bien visible sur les plaques minéralogiques, ne représente aucunement le peuple Québécois. Avec tout les abus que nos dirigeants ou nos politiciens se permettent, après 2 ou 3 semaines, les gens sont déjà passé à autres choses.
Quelle belle réflexion en ces temps troubles. Il ne faut jamais oublier qu’après la nuit vient le jour…
J’ai remarqué une offensive débile dans Facebook sur la cause des rouges. Un ou des individus inconnus se faufilent adroitement dans les conversations pour venir passer leur salade révolutionnaire. J’ai vu l’expression ” débattre jusqu’aux souches” et j’ai réussi à virer cet opportun assez vite en insistant pour qu’il ait le courage de ses opinions en formant avec des pensants comme lui un parti politique. C’est alors qu’on verra si tes bottines suivent tes babines. J’ai pu me libérer moi et mes contacts de cette mouche politique. Ca ne veut pas discuter ca veut avoir raison en nous noyant dans un vocabulaire sociologique aussi déroutant que déstabilisateur. Loin de m’impressionner, j’ai pu résister par autant d’entêtement que mon adversaire. Pcq c’était rendu un adversaire …
Je viens de faire ce que je fais rarement : lire une centaine de commentaires de lecteurs d’un article du Globe portant sur la rébellion en cours au Québec. Je les ai tous trouvés, à une ou deux exceptions près, très lucides et bien raisonnés. Ils y voient une autre manifestation de l’échec du modèle québécois. Je n’ai lu aucun commentaire justifiant la casse ou remettant en cause la légitimité des institutions démocratiques. Les lecteurs blâment les médias moralement ineptes qui présentent les anarchistes comme des héros. Je suis très impressionnée par la qualité des commentaires, et ça me peine d’autant de constater le contraste avec tant de commentaires lus sur les blogs du Québec qui me rendent inquiète pour l’avenir de notre démocratie. .
Je reviens sur mes impressions de la lecture des commentaires des lecteurs du Globe and Mail. Les anglophones ont les idées beaucoup plus claires que les Québécois francophones, ils décrivent beaucoup mieux que nous le cadre du problème. Le contraste est vraiment frappant. Et désolant pour nous. .
@Sarah Lemieux
Pouvez-vous nous donner le lien, que l’on puisse juger par nous-mêmes ? J’ai peine à trouver un blogue du ROC où les commentaires vis-à-vis du Québec ne se limitent pas aux transferts de péréquation albertains.
Faut pas se chicaner, ça fait pleurer le P’tit Jésus…..
Combien de fois, la bonne mère de famille a suspendu les engueulades et les empoignades
en disant “Arrêtez de vous chicaner, ça fait pleurer le P’tit Jésus”…..Les étudiants d’aujourd’hui
ne peuvent pas dire qu’ils avaient cette sorte de mère, et c’est tant mieux, je crois. A force
d’éviter les affrontements on devient frileux. Et “PISSOU” comme disait Ferland. S’il y a une
fracture dans la CITÉ présentement, c’est dans la façon de penser l’avenir de notre “système,
capitalisme à outrance ou social démocratie.