Les grandes entrevues – L’indépendantiste : questions à Robert Laplante, directeur de L’Action nationale

- 18 juin 2012

J’ajouterai désormais à ce blogue une rubrique. J’y ferai de temps en temps des entrevues avec des intellectuels (chroniqueurs, journalistes, universitaires ou autres) ou des hommes politiques que j’admire ou dont j’estime la contribution au débat public. Avec les premiers, je chercherai à mieux comprendre notre époque, les questions qu’elle pose. Avec les seconds, je chercherai à voir comment, derrière leurs déclarations publiques habituelles, soumises au format du clip et de la déclaration vite fait bien fait, se trouve une pensée politique, une vision du monde, qui fonde leur action, qui l’inspire.

Cela ne veut pas dire que toutes ces personnalités seront d’accord entre elles. Ou que je serai d’accord avec chacune d’elles. Loin de là. Mais le désaccord intellectuel n’est pas contradictoire avec la discussion fructueuse. Cela veut surtout dire que je crois que dans une société dont le sens nous échappe de plus, où l’actualité est asséchée par un culte de l’instant présent qui ne veut rien connaître d’autre que la réalité au jour le jour, où le travail des idées est écartelé entre une université trop souvent repliée sur elle-même et des revues intellectuelles aussi nécessaires que confidentielles, il faut créer des espaces où la pensée se manifeste dans l’espace public. Le format blogue permet cela.

Vous lirez donc des entrevues longues, beaucoup plus longues qu’à l’habitude. Aucune n’entrerait dans un format twitter de 140 caractères. Aucune ne se lira intégralement en 5 minutes. Les questions appellent de longs développements. J’espère que vous y trouverez une nourriture intellectuelle intéressante.

Je commencerai cette série avec le directeur du mensuel nationaliste L’Action nationale, le sociologue Robert Laplante, un penseur indépendantiste brillant qui hérite de la grande tradition intellectuelle du nationalisme québécois. On trouvera dans cet entretien une réflexion sur l’idée d’indépendance, sur son histoire et sur sa situation dans la conjoncture actuelle. Que l’on partage ou non son approche, son propos devrait intéresser tous ceux qui prennent au sérieux la question nationale.

 

robert laplante

 

1. Robert Laplante, vous dirigez L’Action nationale depuis près de quinze ans. Sous votre direction, la revue s’est renouvelée, tout en poursuivant une tradition intellectuelle. Elle a renouvelé en profondeur la pensée indépendantiste. Elle a joué un rôle de premier plan dans la critique du multiculturalisme. Plusieurs figures intellectuelles qui émergent ces années-ci sont passées par ses rangs. J’en parle de l’intérieur puisque j’y collabore aussi depuis dix ans et que j’en ai fait mon «port d’attache». Mais je pose naïvement la question néanmoins : de quelle tradition L’Action nationale est-elle héritière au Québec ? Comment définit-elle son rôle dans notre société ? Quelles sont ses plus grandes réussites intellectuelles ces dernières années ?

 

L’Action nationale a été fondée et n’existe que pour la défense, la promotion et le développement de nos intérêts nationaux. Née au début du XXe siècle alors que le Canada commençait à célébrer le cinquantenaire de sa constitution, la revue paraît sur une déclaration de loyauté au Québec, au peuple né sur les bords du Saint-Laurent et qui combat farouchement pour maintenir sa langue et vivre selon son génie propre. L’Action française, comme elle s’appelle alors, constitue l’aboutissement logique des combats inaugurés par la Ligue des droits du français depuis 1913. Elle naît dans un climat d’effervescence intellectuelle qui aura déjà favorisé la fondation du journal Le Devoir et suscité l’émergence de plusieurs manifestations culturelles. C’est d’ailleurs Omer Héroux, éditorialiste à ce même journal, qui en sera le premier directeur. Lionel Groulx lui succèdera bientôt, consolidant les bases intellectuelles et organisationnelles de la revue,  lui donnant un programme éditorial ambitieux. Prenant de front les factions légitimistes de l’élite canadienne-française, la revue lance un énorme couac dans le concert de vœux pieux lancés pour embellir le bilan du premier cinquantenaire de l’Acte de l’Amérique du Nord britannique en réinscrivant dans le débat politique et le champ des possibles l’idée de la nécessaire indépendance.

Groulx et le comité de rédaction vont pointer un soleil que leur regard ne pourra soutenir bien longtemps, comme l’aura si bellement dit Guy Frégault. Convaincus que l’état de dépossession et la complète marginalisation de notre peuple rendent irréaliste à court terme la réalisation de l’indépendance, ces nationalistes vont délibérément choisir de s’inscrire dans la longue durée. Leur programme d’émancipation vise à conquérir, pièce par pièce, pouce par pouce, les moyens de se gouverner soi-même. Une telle ambition définie sur un aussi long horizon les exposera à bien des ambivalences : l’action réformiste dans le régime ne sera pas toujours capable, tant s’en faut, de se déployer en toute cohérence avec la critique du régime. C’est le sort des minorités canadiennes-françaises qui sera l’un des facteurs déterminants de l’engluement dans ces ambivalences. La nation canadienne-française renonce très difficilement à ses enracinements et il sera aisé de confondre la nostalgie de l’Amérique française avec le réalisme de la défense des avant-postes.

C’est la crise de 1929 qui provoquera les fissures qui viendront à bout du socle sur lequel les intellectuels de la revue pensaient la nation. Semant un désarroi au moins aussi noir que la misère, la Grande Crise fera vaciller bien des penseurs en plus de tétaniser les politiciens dans leur ensemble – et parmi eux, les nationaliste bien plus que les autres. La revue va connaître une grande métamorphose et L’Action nationale, désormais dirigée par Esdras Minville, va rénover sa pensée tout autant que sa programmatique. La grande ambition de reconquête va donner lieu à une intense réflexion stratégique. Ce travail conduira à l’énoncé du Programme de Restauration sociale, élément-clé de l’émergence de L’Action libérale nationale et de la recherche d’une voie politique explicitement construite sur la volonté d’émancipation. Cette orientation, on le sait, connaîtra un triste destin. Le programme sera dévoyé et l’Union nationale en aura usurpé et les intentions et les objectifs. La revue sera le théâtre – aussi bien le lieu que le spectacle – du ratatinement progressif de l’autonomie provinciale. Elle consacre des pages et des pages à tenter de faire la part des choses entre le pragmatisme imposé par le combat et le détournement des finalités. La conjoncture ne faisait pas de cadeau : l’État canadian déployait une énergie gigantesque à mettre en place les mesures centralisatrices que lui imposait la modernité d’après-guerre et la montée du keynésianisme. Richard Arès et François-Albert Angers mèneront un combat de tous les instants. Dans ces batailles va s’incuber l’essentiel des ambitions de ce qui deviendra la Révolution tranquille. Au programme de nationalisme économique des années 20 va succéder un travail de reformulation des objectifs qui fera une obligation de penser simultanément l’État national – et non plus seulement le gouvernement provincial – et l’émancipation aussi bien sociale qu’économique. Durant ces années d’incubation la revue ne tient plus la centralité qui avait longtemps été la sienne dans le champ intellectuel. Elle est un peu poussée de côté par Cité libre et les intellectuels modernisateurs qui y forment – la suite des choses le révèlera- de bien curieuses alliances.

C’est avec la convocation des États généraux du Canada français que L’Action nationale fait sa contribution la plus marquante à la Révolution tranquille. C’est au Québec seulement que se joue désormais le destin de la nation. Le foyer national ne peut se défendre et encore moins se développer sans rompre avec la logique minoritaire. Cela fera mal et laissera des traces. Sans jamais renier l’impératif de solidarité avec les minorités, la revue s’inscrit dès lors dans le seul cadre compatible avec le désir d’émancipation, celui de l’État-nation québécois. Le combat pour la langue se recentre sur l’État du Québec et ses obligations, le bouillonnement culturel est accueilli et interprété dans une logique de rupture qui ne sera pas sans danger. Les Québécois ne se définiront plus par rapport à quelqu’un d’autre mais bien par rapport à eux-mêmes. Exit le Canadien français. Avec bien d’autres en ces années chaudes, L’Action nationale s’attaque à faire primer la référence québécoise.

Il restera un défi considérable à relever : faire la part des choses entres les ruptures nécessaires et les risques de l’amnésie. Il fallait se dépouiller de la perception minoritaire et conserver de l’héritage ce qui méritait de l’être, c’est-à-dire ce qui témoignait de la volonté de vivre par soi-même, ce qui était héritage de persévérance et d’enracinement. C’est à Rosaire Morin que revient le mérite d’avoir réalisé cette transition. Le Québec est loin d’avoir réussi cette opération. On en tient pour preuve et illustration, le retour de cette désignation  de Québécois francophone, que le multiculturalisme et l’État canadian tentent farouchement d’imposer, réduisant encore notre existence à celle d’une partie d’un tout, forçant encore le dédoublement minoritaire. Mais la revue, plus sans doute que tout autre lieu de réflexion, en a fait de la réussite de cette transition un chantier majeur, refusant tout autant les présentismes de la table rase que la nostalgie de la survivance. C’est sans doute par ce travail de tri et de réinterprétation que peut le mieux se décrire la caractéristique principale de ses efforts pour penser l’indépendantisme comme projet d’émancipation.

Cet indépendantisme la revue l’a depuis les États généraux pensé dans un dialogue constant avec les partis politiques qui se sont réclamé de cet idéal. Travail critique exigeant, ce dialogue n’a pas toujours été de tout repos et il n’a pas non plus toujours été, loin de là, très apprécié des élites politiques souverainistes. Il est difficile et il serait sans doute présomptueux de tenter ici de dresser le bilan de ces échanges. Une chose est claire cependant, la revue continue de s’inscrire dans cet acquis historique que constitue l’affranchissement identitaire minoritaire. Le peuple québécois doit se gouverner par lui-même, agir par lui-même, décider pour lui-même. L’indépendance n’est pas un quelconque objectif évanescent ou un rêve réconfortant. C’est un combat. Quel que soit son niveau de confort, quelles que soient même les illusions qu’il peut chercher à entretenir sur lui-même, le Québec est une société dominée. Notre peuple vit sous le joug d’une nation étrangère qui ne lui concèdera jamais qu’une existence diminuée, folklorique. Pour la revue, toute proposition politique qui prône l’accommodement, ne serait-ce que temporairement, avec la logique de subordonné est et sera combattue énergiquement. En ce sens, L’Action nationale se fait certainement la gardienne de l’idéal indépendantiste et combattra farouchement  son dévoiement dans l’autonomisme ou dans le repli identitaire dicté par le consentement à la minorisation.

C’est sous le signe de la confiance en soi et dans le cadre des exigences morales de la dignité que le travail intellectuel de l’Action nationale s’accomplit. Et à cet égard j’assume pleinement les thèses de Pierre Vadeboncoeur sur l’obligation que nous fait notre héritage de choisir « la ligne du risque ». Les textes qu’il a fait paraître dans la revue au cours des quatre ou cinq dernières années de sa vie dressent un horizon exigeant : avec lui je partage la pensée et la conviction que notre destin ne se peut dénouer que par une pensée du dépassement, par des décisions radicales, des gestes de rupture, ai-je déjà écrit. Mais cela ne se fera pas en vase clos,  pas plus que cela ne sera décrété par quelque esprit éclairé. C’est une tâche collective. Et c’est dans l’invitation à s’y atteler que réside la plus grande contribution de la revue dans la conjoncture présente. Et c’est dans la réponse que L’Action nationale obtient de ses lecteurs, de ses collaborateurs que réside son plus grand succès.

On peut mentionner des dizaines et des dizaines de textes et dossiers qui, ces dernières années ont fait la preuve de l’engagement, de l’intelligence et de la hauteur de vue de leurs auteurs. De la mobilisation contre le projet du Suroît aux dossiers sur James Joyce de Victor-Lévy Beaulieu, des numéros spéciaux sur le gaz de schiste ou sur renouvellement du souverainisme en passant par les articles sur le surfinancement des universités anglaises, la revue, au fil des ans, est devenue un véritable carrefour où se croisent les idées et les aspirations nationales, un forum où se pense le Québec dans un large éventail de positions. Et dans tous les domaines de sa vie. Pour L’Action nationale, le Québec est au centre de son propre monde, sa culture lui fournit sa référence et dirige son regard sur l’univers.

 

2. Les revues d’idées ont une vertu fondamentale. Elles permettent de prendre une distance avec l’actualité pour la penser en profondeur. Elles permettent de comprendre ce qui nous arrive, de «penser l’histoire qui se fait», selon la formule de Raymond Aron. Elles constituent un espace public à l’abri du commérage au jour le jour dans une société où les médias ne parlent plus que d’eux-mêmes, bien souvent. Mais internet, aujourd’hui, menace les revues d’idées. Comment, selon vous, les revues d’idées pourront-elles survivre à la révolution numérique? Quelles sont les conditions de leur survie, et même, de leur renaissance ? Et qu’est-ce qui explique, par ailleurs, l’incroyable longévité de L’Action nationale?

 

Le travail d’une revue comme L’Action nationale se place et se comprend sous le signe du labeur sans cesse à recommencer. En prise sur le réel mais sans se faire avaler par l’actualité ou distraire par le babillage médiatique, une revue d’idée est un creuset où se combinent le retour sur les pratiques, la recherche des possibles et les voies de réalisation des aspirations. Ces éléments parfois fusionnent spontanément, parfois s’entrechoquent au point où certains se désagrègent sans que l’on connaisse la force  qui changera le plomb des déterminismes en or de la pensée. Pour ses artisans, la fécondité du travail éditorial ne se dévoile que très rarement au moment de la production d’un numéro, d’un dossier. Certes compte la satisfaction d’avoir fait une bonne besogne, mais je dirais que c’est surtout à l’occasion du bilan annuel que l’on peut vraiment prendre une certaine mesure des choses. Nous produisons dix numéros par année, cela suppose le recrutement et la collaboration de plusieurs dizaines d’auteurs, des échanges intenses dans un cadre dominé par les échéances et les exigences de la production. Au fil des mois l’écart entre les intentions du programme éditorial, les conditions d’accueil faits aux divers numéros et les nécessaires rajustements de parcours s’avère le lieu véritable de la stimulation intellectuelle. Ce sont ces variations qui donnent les contrastes qui permettent d’apprécier la pertinence de la démarche, de prendre la mesure de ce qui compte non pas seulement pour les auteurs et le comité de rédaction mais bien pour l’invisible et pourtant essentielle communauté qu’ils forment avec le lectorat.

J’insiste beaucoup sur cet aspect car il est déterminant pour L’Action nationale. Notre revue n’est pas subventionnée. Elle ne vit que du soutien de ses lecteurs et de quelques commanditaires. Chaque numéro est en quelque sorte un moment de renouvellement du pacte qui nous réunit dans un même espace de pensée, celui du destin de notre peuple. J’attache une importance particulière aux réactions de nos lecteurs, à leurs commentaires et je m’inquiète toujours quand un numéro ne les suscite pas ou, du moins, qu’il n’en suscite pas qui nous soient acheminés. Nos lecteurs ont un attachement à la revue qui ne cesse de m’épater. Cela nous fait honneur et nous stimule. Nous pouvons compter une fidélité d’abonnement qui est rare dans le milieu québécois des revues. Nous avons un tirage qui, toutes proportion gardée, équivaut à celui des plus grandes revues françaises, pratiquement toutes soutenues par des éditeurs et rémunérant leurs auteurs. Nous ne comptons que sur nos moyens et travaillons bénévolement. Mais nous avons le bonheur d’œuvrer dans un climat hautement créatif et stimulant.

Malgré nos moyens modestes nous avons pu créer un nouveau magazine Les Cahiers de lecture qui prolonge et complète le travail de la revue. Nous avions un surplus de textes pour alimenter notre chronique « livres » et nous voulions éviter de prendre trop de retard par rapport aux calendriers de parution. De plus, nous souhaitions donner un véritable cadre de traitement critique pour l’abondante et riche production des essais publiés au Québec. Nous n’avons eu aucun mal à réunir artisans et collaborateurs. Les Cahiers existent maintenant depuis bientôt six ans, nous publions trois fois par année un magazine grand format de 36 pages qui donne un panorama exceptionnel de la production qu’il traite avec une brochette de collaborateurs chevronnés. Tout franchement, on peut dire que la revue connaît une période extrêmement féconde.

Évidemment, comme tout le monde dans le milieu de l’édition nous subissons la révolution internet. Nous avons connu un certain tassement de nos abonnements mais je crois bien que les choses se stabilisent. D’une part, il faut constater que le format papier n’est pas tant condamné à disparaître qu’à se définir une place spécifique parmi les divers formats désormais disponibles. D’autre part, il faut aussi reconnaître que les nouveaux supports électroniques peuvent aussi nous ouvrir de nouvelles possibilités. Nous avons un site internet, nous offrons des abonnements électroniques et pour nous cela représente un prolongement et un complément à une édition papier qui reste appréciée de la très grande majorité de nos abonnés. Qu’en sera-t-il dans cinq ou dix ans, je ne peux le prédire. Je sais cependant que ce qui définit la revue ce n’est pas son format mais bien son esprit, sa mission et sa capacité de rester en phase avec une communauté de lecteurs suffisamment grande pour lui fournir les moyens d’une existence viable.

3. Question politique maintenant. Il y a six mois, le Québec semblait définitivement installé dans l’impuissance politique. Aujourd’hui, la crise étudiante, quoi qu’on en pense, réactive l’imagination politique, elle nous délivre du présent perpétuel, elle nous laisse croire que l’avenir peut s’écrire autrement, quel qu’il soit. Comment cette crise pourra-t-elle aboutir politiquement? Certains craignent, et j’en suis, que la question nationale soit évacuée durablement par la nouvelle conjoncture politique. Je devine que vous ne le croyez pas, que vous ne le craignez pas. En quoi, selon vous, la question nationale pourra-t-elle renaître de cette crise où elle n’est pas aux premières loges?

 

La crise exprime une formidable volonté de vivre selon ses normes à soi. Les étudiants l’ont dit et redit, ils n’en ont rien à faire de la moyenne canadienne. Aux arguments des politiciens et des zélotes du tout au marché qui cherchent à tout prix à normaliser le Québec et à l’aligner sur les choix canadian tournés sur le néolibéralisme, les étudiants ont rétorqué en plaçant le Québec et ses choix comme seule Norme de définition du bien commun. C’est une réponse saine et c’est elle qui a déclenché la vague d’appui qui a fait déferler des centaines de milliers de personnes dans les rues. Nous tenons à rester la seule mesure et les seuls maîtres de nos choix.

Le paradoxe cependant c’est que cette attitude tient  en quelque sorte davantage du réflexe culturel que de la lutte idéologique. Cette crise est pensée uniquement en référence au gouvernement du Québec : c’est vers lui que tout le monde est tourné et c’est de lui qu’on attend les solutions. C’est une autre confirmation que ce gouvernement est véritablement  notre gouvernement national. Jacques Parizeau a bien noté qu’il y avait quelque chose d’inédit sur le plan identitaire dans le fait de ne voir aucun drapeau  du Canada flotter sur les manifestations, quelque chose de prometteur pour la cohésion nationale. C’est vrai, mais on doit aussi noter que cela tient peut-être à un autre phénomène plus préoccupant : le conflit a très peu d’échos dans le monde académique anglais, ce qui révèle aussi une césure qui ne sera pas sans conséquences.  Ce qui reste le plus étrange dans cette crise c’est qu’elle n’est pas du tout inscrite dans un procès de régime. Personne ne fait référence au cadre canadian, aux contraintes budgétaires qu’il a imposé au Québec en réduisant unilatéralement de 50 % sa contribution au financement des études postsecondaires. Personne non plus ne se donne la peine d’expliquer qu’une grande partie des problèmes de financement de la recherche dans les universités est attribuable au fait que le Canada a littéralement confisqué le domaine et qu’il impose aux universités des frais considérables avec ses modalités de subventions et ses chaires de recherche du Canada dont il ne paie pas les dépenses afférentes, obligeant les universités à trouver les budgets pour les immobilisations, les postes de soutien et les frais généraux requis pour faire fonctionner les chaires. Une toute petite portion des sommes consacrées aux dépenses militaires suffirait pourtant à assurer la pleine gratuité universitaire, ou encore à financer un réseau complet de centre de la petite enfance. Personne ne formule une critique globale de l’affectation de nos impôts à des priorités qui ne correspondent en rien à notre volonté et à nous intérêts.

Refusant de faire la bataille contre Ottawa de crainte de mordre la main qui les nourrit, les universités se sont tournées vers Québec et surtout vers les étudiants. Dans les faits, on leur demande de financer le retrait d’Ottawa. Eux-mêmes n’ont jamais fait ce lien, du moins sur la place publique, les péquistes non plus, ce qui est aberrant. Aberrant mais  facile à comprendre : englué dans la politique provinciale, le Parti Québécois, carré rouge ou pas, sert très mal le combat. Ses tergiversations ne tiennent pas seulement qu’aux maladresses électoralistes qui l’ont fait valser pendant des mois avant d’avoir le début d’une position un claire au sujet de la hausse. Elles tiennent pour l’essentiel à son incapacité à placer au fondement de sa politique le procès du régime canadian. Il dénonce certes le Canada de temps à autre, mais c’est seulement sous le mode des lamentations. Sa posture est victimaire et non pas offensive. On comprend dès lors qu’il se réfugie dans les solutions comptables et cherche à ménager les finances de la province. Une approche critique véritable l’entraînerait  bien plus loin et l’obligerait à faire le constat que le système universitaire québécois n’obéit plus à la logique de développement du Québec et de ses finalités et qu’il est totalement intégré à une logique et un encadrement institutionnel canadian, étranger. Elle l’obligerait également à regarder en face le scandale du surfinancement des universités anglaises et de la stratégie de McGill qui cherche par tous les moyens à se désenclaver du Québec. Bref, il lui faudrait faire une lecture nationale qui donnerait à la crise à la fois son cadre d’analyse et un tout nouvel éclairage sur les voies de sortie.

À défaut de faire le procès de régime qui seul en dévoilerait la logique sous-jacente intégrale, cette crise reste en quelque sorte suspendue dans un terrible manque de vocabulaire. Elle contribue certes de façon exceptionnelle à faire le procès du néolibéralisme et de ses conséquences sur la destruction de notre héritage, tout comme elle canalise le haut-le-cœur que provoque ce gouvernement corrompu, mais elle ne parvient pas à tenir un langage clair sur les enjeux que servent les politiques qui s’en inspirent pour nous intégrer de force dans la logique continentale et nous normaliser dans le cadre canadian. Dans la mesure où elle se déploie sur des facteurs d’ordre structurel, cette crise finira fatalement par conduire à un examen rigoureux des conditions qu’impose le régime à notre système universitaire. On peut certainement reprocher au Parti Québécois de retarder ce moment. Comme on peut reprocher à nombre de commentateurs réputés avertis de faire semblant de croire  qu’une solution comptable pourrait se substituer à des choix politiques.

Il faut voir les choses comme elles sont : une bonne partie de l’élite se défile. Ce n’est pas surprenant de la part des fédéralistes, ce sont des inconditionnels du Canada et ils ne renonceront à aucune contorsion mentale ou compromission politicienne pour enrober leur consentement à notre normalisation minoritaire. Mais c’est affligeant de voir les ténors souverainistes faire preuve d’une telle indigence intellectuelle et d’une aussi grave maladresse politique. Plus le temps passe moins la crise est capable de se nommer, plus le malaise gagne. Les manœuvres velléitaires et clientélistes nous font perdre un temps précieux et gaspillent la conjoncture. Nous avons tellement l’habitude des rendez-vous sans cesse reportés. Mais les faits sont têtus. Il faudra tôt ou tard, y revenir à ce cadre national que les élites ne veulent pas utiliser pour faire bataille.

Il faudra y revenir parce que la volonté de vivre de ce peuple est beaucoup plus forte que ne le laisse entendre les raisonneurs mollassons qui voudraient nous dresser leur médiocrité comme horizon. Ceux qui renoncent à se battre ne renoncent guère à tout mettre en œuvre pour habiller leur démission. Notre histoire est pleine de ces personnages et il s’en trouve toujours chez Talisman ou ailleurs pour les faire parader sur les tribunes. Nous savons que le type de domination qui pèse sur notre peuple a la particularité de produire cette engeance de commis aux basses œuvres. C’est du connu et de l’insignifiant. Nous savons aussi la propension des impuissants à jouer les prophètes pour nous lire les oracles : à chaque fois que la nation se rebiffe il s’en trouve toujours pour dire que sa réaction nationale n’est pas vraiment nationale, que sa volonté n’est reconnaissable que si elle porte des idéologies accréditées. L’insistance sur le cadrage gauche-droite n’est qu’une parade d’occultation, une paresse intellectuelle par son refus de considérer le l’allocation des revenus de la nation passe toujours par sa capacité à décider des priorités. Comme ces moyens ne sont pas illimités et que le Québec ne les contrôle pas pleinement, aucune solution, ni de gauche ni de droit n’est une solution pleinement envisageable sans qu’elle apparaisse acceptable à une majorité qui contrôle le jeu. À gauche ou à droite nous ne sommes pas maîtres dans la maison, nous n’y vivons que sous permission – et c’est une chose que trop d’entre nous préfèrent oublier ou ne pas voir. Mais c’est aussi du connu, la diversion est le mode sournois de la défilade. Nous perdrons du temps.

Mais il faudra y revenir et vite parce que le Canada se déploie sur des logiques et des modèles qui ne nous permettront plus même de faire semblant de nous accommoder des compromis pragmatiques. Toutes nos institutions sont menacées car elles sont toutes susceptibles d’être évidées de ce qui en elle, dans leur mission, incarne la volonté nationale. La minorisation ne peut pas être indolore et même s’il s’en trouvera toujours pour minimiser les pertes, les coûts du renoncement à être soi vont être de plus en plus élevés et de plus en plus difficiles à nier. Je ne doute pas un seul instant que la question nationale va redevenir centrale. De fait, elle n’aura été périphérique ces dernières années que de la seule faute des souverainistes eux-mêmes, frileux qu’ils ont été, timorés et incapables de se penser dans l’adversité. Au point même d’être incapables de lire nos problèmes en les liant aux choix budgétaires d’un gouvernement étranger à qui nous confions plus de cinquante milliards de dollars chaque année. Nous avons dû subir les discours sur les valeurs, les entendre se gargariser du pacifisme pendant qu’Ottawa achète des avions de guerre, rebâtit sa flotte de navires militaires, se lance en Afghanistan. Nous les endurons encore à jongler avec un impossible budget provincial en se lamentant sur le sort de la jeunesse et les gros défis du financement des universités.

La question nationale va redevenir centrale parce que le divorce entre le peuple et ses élites démissionnaires se passe mal. La présente crise n’est qu’un premier épisode. Une question nationale se résout ou elle pourrit tout. Cela ne veut évidemment rien dire de l’issue de cette crise et pas davantage sur le sort de ce qui va survenir. Dire que la question nationale va retrouver une centralité que la brutalité des changements canadian lui imposera, ce n’est pas promettre qu’elle va se résoudre. Il n’y a pas de certitude. On a suffisamment entendu les discours sur l’indépendance inéluctable, sur le décompte des mille jours et autres balivernes. Rien n’est joué. Nous pourrions très bien rater encore nos prochains rendez-vous. Et glisser de plus en plus rapidement sur la pente de la louisianisation. Recul démographique, finances publiques anémiques, assujettissement consommé sous la botte outaouaise, cohésion nationale de plus en plus difficile en raison des tensions provoquées par les choix canadian et les manœuvres pour compromettre l’unité en multipliant les fronts de lutte et les mesures de clivage, la mécanique est relativement simple à prédire. Il se pourrait que la politique des lamentations ne devienne notre seul horizon politique.

Il se pourrait.

Comme il se pourrait aussi que la mobilisation se fasse, que des gestes inédits se posent. On n’en sait rien, sinon que le vocabulaire politique peut faire une différence. Mal nommer les choses ajoute au malheur du monde,  a dit Camus. Il faudra donc continuer sur la lancée de cette crise et rompre avec une rhétorique politique désincarnée tout en cessant de nous payer de mots. Les marges de tolérance canadian pour la différence québécoise se sont considérablement rétrécies et elles vont se réduire encore. Si nous ne nommons pas ce régime et ce qu’il nous réserve, il nous broiera. Et si nous définissons mieux les choses, nous aurons une chance raisonnable que nos talents et nos efforts portent fruit. L’avenir est incertain, mais il reste ouvert.

4. Question rituelle. Vous êtes certainement un des intellectuels québécois qui a mené une des réflexions les plus profondes sur la lutte indépendantiste. Vous en connaissez l’histoire, vous connaissez les controverses qui ont traversé l’histoire du mouvement. Deux questions : comment se porte, selon vous, le mouvement indépendantiste aujourd’hui? Et pourquoi, aujourd’hui, fait-on l’indépendance du Québec? Comment la lutte nationale québécoise s’inscrit-elle dans le nouveau contexte mondial, qui se caractérise par une crise de la mondialisation?

 

Il faut faire l’indépendance aujourd’hui pour les mêmes raisons qu’il fallait la faire il y a cent cinquante ans, pour la même raison que les Norvégiens ont fait la leur, que les Tchèques ont fait la leur, que les Brésiliens et tous les autres ont fait la leur : pour s’occuper de nos  affaires. C’est une question  de dignité et de liberté : ou un peuple se gouverne ou il est assujetti. Nous devons faire l’indépendance pour définir nos finalités, assumer nos choix. Toutes les arguties sur les nouveaux argumentaires, sur la nécessité de revamper les motifs ne changeront rien à la question fondamentale.

Cela dit, il est normal que le discours et les analyses s’ajustent aux changements du contexte et des modalités dans lesquelles s’exerce la domination qui pèse sur nous. Mais les paramètres de base restent les mêmes. Nous sommes une poussière sur le continent où notre volonté de vivre en français restera toujours perçue comme une incongruité. Nous avons besoin d’un État, d’un État complet, c’est un instrument essentiel à notre développement. Essentiel mais jamais suffisant. L’État nous donnera des garanties raisonnables de succès, mais nous devrons nous en servir avec clairvoyance et rigueur. C’est la volonté de vivre telle qu’elle s’incarne dans le dynamisme et la force de la culture qui nous les donneront. L’indépendance ne se réalisera qu’en français et c’est pourquoi le combat pour la langue est toujours le combat déterminant. Et il est évident plus que jamais que le temps presse : anglicisation, intégration déficientes des immigrants, volonté plus forte que jamais à Ottawa de détruire les arrangements institutionnels garantissant sur notre territoire le statut de notre langue, etc.

Au lendemain de chaque grand revers, c’est toujours le même scénario : les résignés nous donne toujours des leçons de choses nous apprenant que  notre combat a fait son temps, que les motifs qui le fondent sont périmés. C’est toujours au nom d’une pseudo-modernité et des supposées exigences de l’histoire contemporaine que nous sommes invités à nous effacer sans regimber. C’est ce qu’on nous sert depuis un moment avec les arguments de la mondialisation. Jacques Parizeau l’a rappelé avec justesse ces dernières années : la réalité des choses c’est que des pays, des indépendances, il y en a de plus en plus, pas de moins en moins. La mondialisation ne discrédite pas notre ambition, elle lui fixe de nouvelles conditions de réalisation. On connait l’argument développé par Jacques Parizeau : pourvu qu’il puisse accéder à un grand marché, un peuple, quelle que soit sa taille, peut très bien se tirer d’affaire et réaliser une indépendance prospère. Cela tient toujours. Mais il me semble encore plus important de réaliser que les convulsions récentes de l’Union européenne qui vacille sous les coups de boutoir de la crise financière nous enseignent quelque chose de plus fondamental : les réponses à la crise passent par le renouveau de l’État nation. Plusieurs voudraient bien n’y voir qu’une régression, un réflexe de repli, plaidant au contraire pour un renforcement des grands ensembles. Ils jouent les médecins qui devant un mal qu’ils sont incapables de comprendre et de soigner avec leur  médicament de prédilection n’en ont plus que pour la dose. Si le mal ne se résorbe pas c’est que la dose est trop faible. Et il s’en trouve pour l’augmenter toujours, négligeant les signes qui annoncent que le succès de la cure entraînera la mort du patient.

De fait, ce que les affrontements sur la crise révèlent de capital, c’est qu’aucune solution n’est viable si elle ne repose sur le sens de la communauté de destin. Ce qui se dit en Grèce et en Allemagne de l’une et de l’autre montre bien que la définition de la communauté politique n’est pas faite d’indicateurs économiques et de ratios financiers : elle renvoie à l’identité et à la culture. C’est sur le socle de l’État nation rénové, restauré que devra se refaire l’arrangement institutionnel requis pour la coordination globale des économies et des relations internationales. Cela ne sera pas sans risque, cela va de soi, mais la conscience des périls ne doit pas nous détourner des logiques qui les soulèvent : nous devons bien les comprendre pour éviter les écueils et tirer le meilleur parti des possibles que ces logiques laissent entrevoir. La mondialisation donc, loin de ruiner la pertinence de notre combat pour une existence nationale pleine et entière, nous fait plutôt l’obligation de penser notre projet d’État dans les termes du 21e siècle. Il faut quitter la pensée provinciale et cesser de nous penser d’abord dans le rapport au Canada : nous avons besoin d’un point de vue sur le monde et non pas d’une perspective provinciale élargie. Le Québec doit faire son indépendance pour mieux définir le rôle et profiter de l’espace des possibles que les restructurations vont rouvrir. Les négociations en cours sur l’Accord économique et commercial global que le Canada mène avec l’Union Européenne l’illustrent encore une fois : nous n’y sommes que des figurants alors que des engagements aux conséquences énormes seront pris en notre nom et dont nous subirons les impacts sans même être prévenus. On ne peut pas toujours détourner son regard, le monde se recompose et personne ne nous attendra. Il faudra bien un jour cesser de tergiverser et de procrastiner.

C’est pourtant ce que nous avons fait depuis plus de quinze ans. Le Québec et l’indépendantisme ont  beaucoup souffert de la conjoncture post-référendaire. Perdre n’est jamais sans conséquences. Et c’est principalement de la faute du Parti Québécois lui-même qui, sous la gouverne  de Lucien Bouchard,  a littéralement gaspillé la conjoncture. Même Ottawa craignait le contexte qu’avait créé le vol référendaire, au point de se lancer dans une manœuvre d’asphyxie financière, de déstabilisation politique et d’encerclement juridique – le plan B – pour prendre de vitesse un Bouchard à qui il accordait de bonnes chances de remporter un référendum lancé rapidement. Hélas, c’était un autre de ces rendez-vous manqués. Nous ne saurons probablement jamais ce qui a provoqué l’affalement de celui qui a fini comme représentant de commerce. Une chose est certaine cependant, son mandat  aura fait éclater ce qui restait de cohésion à l’intérieur du mouvement souverainiste. Le Parti Québécois est devenu erratique et s’est enfermé dans un  provincialisme d’impuissance franchement pathétique. Sa turpitude aura fait vaciller le Bloc Québécois qui ne parvenait plus à trouver ses pas quand l’orchestre péquiste passait de la valse au limbo. Tout imbibé de la culture politique velléitaire et bonne-ententiste de son fondateur, le Bloc s’est complètement fourvoyé dans une approche stratégique qui se refusait à la contestation du régime pour mieux s’installer dans la protestation à l’intérieur de ce dernier. Sous prétexte d’opposition responsable, il a servi de lubrifiant à la normalisation de crise inaugurée par le référendum volé alors qu’il aurait dû être un abrasif. Les couplets sur le Canada ami et grande démocratie, n’auront servi, somme toute, qu’à renouveler le  bonne-ententisme. On les a trop entendus  les bloquistes nous dire qu’il fallait éviter de souffler sur les braises et de provoquer plus de tensions dans la gouverne du Canada. Drôles de séparatistes, ces pragmatiques « responsables » qui craignent de causer des désagréments à l’adversaire qui lui ne recule devant aucun coup fourré!  Mais, de toute manière,  le Bloc était enfermé dans une situation absurde : il ne pouvait tout de même pas être plus volontaire que le PQ…On connaît le résultat.

Le combat pour l’indépendance se trouve aujourd’hui dans une situation paradoxale : la conjoncture lui rend disponible une énergie et des motifs qui lui seraient éminemment favorables, mais sa traduction politique partisane est plus confuse que jamais. Le Parti Québécois ayant refusé tout recadrage stratégique procédant du procès du régime canadian, il ne se présentera aux urnes que pour réclamer l’alternance au pouvoir. Même en face d’un parti usé, corrompu, indigne de gouverner, il risque pourtant de se retrouver encore dans l’opposition, victime de ses propres défilades passées sur le scrutin proportionnel, le PLQ pouvant toujours compter sur des votes ethniques qui, plus que jamais,  risquent de provoquer de graves tensions sociales et politiques. Si, par ailleurs, il se retrouve au pouvoir, – et il se pourrait qu’il forme un gouvernement minoritaire, ce qui serait le comble – ce ne sera que pour ployer sous le joug provincial, captif d’un État émasculé et délabré. Je ne doute pas qu’il s’appliquera avec talent et sens des responsabilités à tenter de sauver les meubles et préserver ce qui pourra l’être encore. Mais il ne sera là qu’en mode défensif. Peut-être pourra-t-il réussir une tentative de riposte indépendantiste, mais, tout franchement, cette hypothèse ne tient qu’à la condition de lui accorder le bénéfice du doute, chose qu’un très grand nombre d’indépendantistes hésitent certainement à faire, estimant que son union nationalisation est désormais irréversible. Même majoritaire, il  devrait vivre avec les conséquences de son impréparation : on ne construit pas la mobilisation pour faire l’indépendance en quatre semaines de campagne. Le comble, évidemment, c’est que même atténués son discours et sa posture lui vaudront des assauts fédéraux aussi impitoyables et de même intensité car le politique d’Ottawa est une politique d’éradication : conciliant ou pas, un gouvernement péquiste sera traité avec la même rudesse. Ce n’est pas seulement ce qu’il est qu’Ottawa combat, c’est ce qu’il représente – et l’idée, même évanescente de réaliser un jour l’indépendance est une idée désormais irrecevable.

Option nationale, on le sait, reprend le flambeau dans des conditions ingrates. Ce parti ne peut évidemment pas espérer prendre le pouvoir, c’est le moins qu’on puisse dire. Serait-il l’acteur de l’offensive indépendantiste ou simplement la mouche du coche qui provoquera une autre métamorphose du Parti Québécois? Il est trop tôt pour le dire. A l’heure actuelle plusieurs scénarios électoraux sont possibles. Une chose est certaine cependant, le Parti libéral de Jean Charest est décidé à pratiquer la politique de la terre brûlée. La démagogie dont il fait montre dans la manipulation de la crise étudiante et son absence totale de scrupule à tenter de faire voir les spectres de la violence en disent long sur son délabrement moral. Mais on ne casse pas une dynamique nationale à coup de mouchoirs de dentelle…

La révolution culturelle que nous a annoncée le budget Bachand de 2010 n’était pas une figure de rhétorique : ce gouvernement vise bel et bien à casser tout l’appareil institutionnel et les logiques étatiques qui font du gouvernement du Québec un instrument national. Ces inconditionnels du Canada ne font pas que se soumettre, silencieusement et docilement, aux dictats d’Ottawa, ce sont des agents actifs de destruction. L’expression n’est pas trop forte. En cherchant à réduire l’État à une simple agence de livraison de services – payables au tarif marchand – le gouvernement Charest ne fait pas que sacrifier aux idoles du néolibéralisme, il remplit une mission historique : nous intégrer de force dans un ordre où nous serons minorisés à jamais et privés des moyens de briser le carcan. Les Québécois ont bien du mal à  accepter d’envisager une telle chose mais il se pourrait bien que leur gouvernement les trahisse.

Le sort de la Coalition avenir Québec est déjà joué. L’option de réserve pour les tenants du maintien à tout prix du Québec dans la politique provinciale n’a pas d’avenir si ce n’est que de servir de lubrifiant à la louisianisation souhaitée. Pensant pouvoir se nicher dans les limbes François Legault ne trouvera finalement place que dans les reliquaires. Au bal de la démission, le Parti libéral est un meilleur valseur. La CAQ ne séduira que les segments de l’électorat les moins politisés mais que le spectacle de la corruption rebute. Évidemment, on ne parle ici que de l’électorat francophone. Pour une trop large part de la population anglophone et anglicisée chaque élection est un référendum sur le Canada et cela suffit pour faire fermer les yeux sur la mafia. On rappellera ici que lors de l’élection à la mairie de Montréal  des affirmations de ce genre ont abondamment nourri les tribunes radiophoniques et les éditoriaux.

Et Québec solidaire alors? Quoi qu’il en dise, c’est un parti du consentement canadian. L’appui au NPD le discrédite totalement. Un parti qui choisit de consentir délibérément à placer la représentation québécoise dans la logique minoritaire ne peut sérieusement prétendre donner une place centrale à l’indépendance. C’est une démonstration éloquente de l’instrumentalisation de la cause nationale. Québec solidaire ne mène pas un combat indépendantiste, tout au plus traite-t-il la question de la liberté de notre peuple comme une simple affaire de statut constitutionnel. On l’a vu à l’occasion des débat sur la loi C-38 : ni9 Québec solidaire ni le ND d’ailleurs, n’ont réclamé le rapatriement de l’assurance-emploi au Québec. Ce seul exemple résume à lui seul à quoi peut bien servir la popularité du NPD et les positions vertueuses de Québec solidaire. Le parti profitera sans doute un peu de la popularité de son tandem médiatique et de la très forte visibilité de son co-chef sur les écrans qui mettent en spectacle les manifestations. Sa contribution à  notre combat sera strictement celle de la nuisance conjoncturelle: déjà les permanents du NPD lui donnent de meilleures assises organisationnelles. Juste retour d’ascenseur. Retour canadian, tant s’en faut,  et comme ne le soupçonneront sans doute pas beaucoup d’électeurs plus sensibles à sa rhétorique qu’à sa politique.

En un mot comme en mille, la situation de l’indépendantisme est à la fois simple et complexe. Elle pointe tout autant les limites du volontarisme en politique qu’elle en incarne le potentiel. Le Canada est un pays étranger. Un pays étranger qui n’a plus peur du Québec – même s’il ne baisse pas la garde et qu’il met tout en œuvre pour que la grande frousse ne se reproduise plus jamais. Le gouvernement Harper avance résolument et sa politique de remodelage du Canada poursuit des objectifs à long terme. Tout porte à croire qu’il réussira à imposer des changements durables, des changements qui ne nous laisseront guère de place autre que celle d’une minorité régionale inoffensive. C’est le grand acquis du référendum de 1995 : le Canada a compris qu’il peut compter sur une faction d’inconditionnels qui toujours  justifieront ses actes de prédation à l’endroit de notre réalité nationale, il fonce donc sans se soucier des lamentations, aussi prévisibles que sans conséquence. Le gouvernement Charest est son allié circonstanciel le plus fiable et il y a fort à parier que l’establishment canadian, qui l’a bien compris, ne néglige rien pour se rendre utile à la prochaine campagne électorale. Convaincus que le sort de la proie pourra bientôt se régler, les forces fédéralistes viseront la jugulaire. Les choses se radicalisent, Pierre Vadeboncoeur avait raison.

Le combat pour l’indépendance est désormais entré dans une nouvelle phase. Pour l’instant, l’indépendance est une idée pour ainsi dire sans parti de gouvernement porteur. Tout au plus la thématique indépendantiste recommence-t-elle à revenir dans la rhétorique péquiste et tente-t-elle de se donner forme programmatique à Option nationale. La réalité politique lui donne pourtant un terreau plus que jamais fertile. Les Québécois ne pensent plus au Canada qu’à l’occasion et, le plus souvent, pour s’indigner des dépenses militaires, des modifications à l’assurance-emploi ou à d’autres mesures qui ne font qu’accentuer l’écart des mentalités et des intérêts. Les raisonnements courts attribuent la chose  au gouvernement conservateur, présumant implicitement que la minorisation serait plus tolérable sous le ND ou les libéraux. La vérité pourtant, c’est que les Québécois ne s’identifient plus que marginalement en tant que Canadian et, pis encore, ils ne le font que sur une idée du Canada qui a de moins en moins à voir avec le Canada réel. C’est étrange, les Québécois ont oblitéré le gouvernement et l’État canadian qui eux-mêmes pratiquent à l’égard de notre nation une politique d’oblitération radicale aussi systématique que sournoise. Il faudra que les Québécois recommencent à penser sérieusement au Canada pour que l’indépendance se fasse. Il est fini le temps où certains pouvaient prétendre que le combat cesse parce qu’on cesse de penser à l’adversaire.

Le combat pour l’indépendance est une lutte historique et c’est à l’échelle historique qu’il faut se situer pour le comprendre et le mener. Pour l’instant, les choses sont encore embrouillées mais le Québec a commencé à se sortir de la morose médiocrité post-référendaire. Combien de temps faudra-t-il mettre pour que l’indépendantisme puisse reprendre l’initiative? Bien malin qui pourrait le dire. Tout ce que nous savons, c’est pour la reprendre il faut en nourrir l’intention et en prendre les moyens. Et pour ce faire, il faut bien distinguer l’action historique et l’agitation politicienne. L’Action nationale s’efforce d’inscrire sont travail dans cette distinction et de lire les conjonctures dans la longue durée. La revue assume pleinement la rupture historique à laquelle elle a participé et jamais elle n’acceptera de souscrire aux thèses qui plaident en faveur du consentement minoritaire.  Nous sommes un peuple et un jour nous serons maîtres chez nous. Nous savons que nous en sommes capables. Et nous avons la conviction que nous réussirons à mener à son terme l’ambition pluriséculaire qui nous a menés  jusqu’ici.

5. Question boutique. Fort importante, toutefois. L’Action nationale est en campagne de financement. Comment fait-on pour y participer? Et comment s’y abonne-t-on? Et surtout, pourquoi s’y abonne-t-on?

 

La revue, je l’ai dit, ne vit que du soutien de ses lecteurs. Chaque année nous faisons appel à leur générosité à l’occasion d’une campagne de financement qui s’échelonne de mai à septembre. Nous avons l’honneur de recevoir des dons de plusieurs centaines de personnes qui, en plus de leur abonnement, nous donnent des moyens de poursuivre notre travail. On peut faire un don en ligne à partir de notre site internet ou par la poste. Nous avons le statut d’organisme d’éducation politique et nous pouvons un émettre pour ces dons un reçu fiscal qui est accepté par le gouvernement du Québec.

 

Ces dons sont d’une grande importance, mais les abonnements, eux, sont essentiels. La revue n’est pas distribuée en librairie, elle n’est disponible que sur abonnement. C’est une question de viabilité, il nous en coûterait trop cher de produire un assez grand tirage pour couvrir les réseaux que desservent les distributeurs. L’abonnement est évidemment un engagement réciproque. Nous nous engageons à faire une revue de grande qualité, offrant des articles rigoureux, couvrant tous les domaines de la vie nationale, de la culture à l’économie en passant par la démographie, le développement régional ou les échanges internationaux. L’abonné témoigne par son geste de son attachement à la démarche d’explicitation de nos intérêts nationaux, il témoigne aussi et tout autant  de sa volonté de remplir son devoir civique fondamental, celui de s’informer pour exercer adéquatement son droit de vote. La revue offre  chaque mois, pour un prix fort modique  (73$ pour dix numéros) une matière riche et diversifiée, servie par des auteurs provenant des horizons les plus divers.

 

 

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14 commentaires

  1. San Orel dit :

    Vous rehaussez le niveau du JdM ! Entrevue incroyablement intéressante !

  2. colombe L'écuyer dit :

    je vais m’ABONNER….MAIS au papier…
    Merci pour cette délicate attention envers des lecteurs de journal.
    Puis-je vous suggérez Gérard Bouchard.
    Merci encore. Et longue vie!

  3. lydia dit :

    Réflexion fort intéressante, qui nous change des gens au pouvoir! En espérant que les partis indépendantistes s’en inspirent!

  4. Hélène Beaulieu dit :

    “Il faudra y revenir parce que la volonté de vivre de ce peuple est beaucoup plus forte que ne le laisse entendre les raisonneurs mollassons qui voudraient nous dresser la médiocrité comme horizon.”

    Je suis complètement estomaquée par l’outrecuidance du discours indépendantiste. Tellement réducteur envers la majorité des citoyens québécois… C’est un projet élitiste…. C’est là où le bât blesse.

    Les gens sont trop éduqués aujourd’hui pour ne pas reconnaître leur disqualification de la doctrine ésotérique indépendantiste.

    La pensée nationaliste de Robert Laplante carbure à la mauvaise foi.

    Renoncement à être soi, “canadian”, notre peuple vit sous le joug d’une nation étrangère. toutes ces formules incantatoires fleurent le mépris..

    J’y vois un parallèle avec la très faible estime dont Jacques Parizeau témoigne envers la majorité silencieuse qui de toute évidence représente pour lui la plèbe. La famille souverainiste dont il se proclame le père et dont les membres sont ses enfants…. Les jeunes, dit-il, nous échappent. Ce sont eux qu’il faut aller chercher.. Les plus vieux (quantité négligeable) “comment dire” dit-il “laissez-les moi je m’en occupe”…

    Il avait un jour déclaré que c’est une crise que ça prendrait pour saisir comme condition gagnante.. Une crise on doit l’attendre malheureusement.. Eh! bien la crise étudiante a été saisie au vol. L’intelligentsia gauchiste fourbit ses armes. Artistes, syndicalistes, souverainstes, communistes forment une coalition contre le gouvernement Charest.

    De tels plans sont une insulte à l’intelligence des Québécois…. Le Peuple dont les indépendantistes parlent et les qualités presque surnaturelles qu’ils lui prêtent, ils n’existent que dans leur imagination..

    Il est faux de prétendre que les Québécois renoncent à eux-mêmes parce que leur vision d’eux-même ne correspond pas à celle victimaire véhiculée par les indépendantistes.

    Notre langue on y tient et notre société francophone est bien vivante. Nous disons non à la médiocrité.

    Nous avons le courage de nos ambitions dans toutes les sphères de la société. Les Québécois n’ont rien à envier.. Dans bien des domaines ils se classent parmi les meilleurs au monde… Et pour eux le Canada n’est pas un obstacle.. Et l’essence francophone d’Amérique qui est la leur en fait leur singularité et ils en sont fiers..

    Je lis présentement “Les visages de l’intolérance au Québec” Textes d’hier et d’aujourd’hui d’André Lussier, psychanalyste.
    .
    On sait bien il ne vient pas de la bonne école de pensée. Cité Libre avait accepté de publier son livre qui avait soulevé tout un tollé chez les bien-pensants.

    Le délire de la rue en ce moment me faisait me questionner sur la psyché québécoise. J’ai découvert le livre écrit en 2002 par le même auteur intitulé “Le nationalisme québécois sur le divan”. Cet autre livre a aussi été très mal reçu.

    Quoi de mieux que de se frotter à…

  5. Victor H dit :

    Merci à Bock-Côté.Honneur au Journal de Montréal.

  6. La Peste dit :

    Ah ce cher Laplante. On peut résumer le contenu de ses texte selon la formule suivante «Système; domination; canadian» + Shuffle

    Il a bien fait ca sauf qu’il a pas pus s’empecher de commencer sa maudite cassette à la question 3.

    @Cher Hélène

    Un psychanaliste qui joue les sociologue, ce n’est pas sérieux. C’est donné un peu trop de crédit à un tata dont la job est de préscrire des comprimés. Si c’est le mieux que le camp fédéraliste à a offrir en matière «d’intellectuel» pour défendre son option. Ca va mal à choppe, comme on dit.

    Le «rêve» des indépendantiste que vous parler est on ne peu plus concret. Une nation, un état. Si c’est bon pour les norvégien… Faudrait leur demander s’ils se sentent *médiocre* maintenant qu’il ne sont plus sous la tutelle de la Suède. Franchement!

    Faudrait rappeler à madame que les Québecois francophone ont voté en majorité en faveur de l’indépendance en 1995. Pour fin de démonstration il est utile de soustraite les québecois anglophone parlons de canadien, puisqu’il ne s’identifie pas au Québec (au Canada d’abord, et/ou à une identité montrealaise). Donc oui la nation est majoritairement en faveur de l’Indépendance. C’est le cas à chaque fois que vous lisez que l’option tourne autour de 43% ou plus.

    Un coup soustrait du vote ethnique et canadien, il reste quoi de votre multiculturalisme, de votre Canada bilingue et Libéral? Allez faite l’exercise!

    Puisque vous aimez la psychoanalyse de pacotille, une bonus; Je vous analyse! Pronostic: En d’autre lieu et à une autre époque, des gens comme vous trouvais ces cher soldats allemand tellement poli et tellement mignon avec leur larges épaules et leur cheveux blond. Et valeureux, pas comme leur compatriote couard!

  7. Victor H dit :

    @ La Peste

    Merci pour la deuxième partie de votre intervention. Y a des gens comme ça qui croient que d’avoir un seul genou par terre qu’ils ne sont pas agenouillés.Les mêmes qui,à une autre époque-mais ils sont de toutes les époques-les mêmes qui ont osé dire que même agenouillés,ils avaient permis que le général De Gaule soit sauvé. Une immense prétention. Comme le multiculturalisme canadian.

  8. Hélène Beaulieu dit :

    Cher La Peste, le dernier recensement sur la francophonie canadienne sortira à l’automne 2012…

    Le Canada compte 9,590,700 francophones… J’ai lu les statistiques détaillées par province en date du 17 août 2011.

    Ce n’est pas le Canada qui est la plus grande menace pour la survie de notre culture francophone, ce sont les 330 millions d’Américains.

    Les francos canadiens existent. Ils tiennent tout autant que nous à la culture francophone. Ils font partie prenante de la francophonie internationale.. Au Québec. on a cru les enterrer le jour où on a décidé de se distancer d’eux en désormais s’identifiant “québécois”. Ça n’a pas marché…

    Ils se sont battus pour l’Hôpital Montfort et ont gagné. Ils se battent en ce moment contre des coupures de bourses pour l’apprentissage des langues que les mesures d’austérité du gouvernement Ontarien vise.

    Le CRTC a été saisi d’une demande pour une nouvelle chaîne francophone pancanadienne. Pourquoi? Parce qu’ils ont sans cesse à défendre leurs droits à Radio-Canada dont les décisions se prennent à Montréal.

    Quand en Amérique du Nord il existe 9,590,700 francophones et que la province qui en compte 7.028,740 a la prétention de porter toute seule le flambeau de la culture francophone en Amérique du Nord on peut se permettre de douter de la noblesse de ses intentions.

    Moi je rêve de réconciliation non de division…

  9. Hélène Beaulieu dit :

    Cher La Pest, en plus du fait francophone qui me tiient à coeur il y a celui de l’économie..

    On sait bien l’économie c’est tellement “achalant” pour les idéologues souverainstes..

    Au cas où un moment de lucidité vous atteignait, je vous réfère à la réplique que Martin Coiteux, économiste, a faite au jovialiste Stéphane Gobeil” .. “Le gouvernement de trop du scribe de Pauline Marois, prise 2″ le 20 juin 2012…

    Je ne vise pas à recevoir en tant que fédéraliste une reconnaissance intellectuelle quelconque de votre part.

    Je veux juste tenter de vous sensibiliser au fait que la cause souverainiste revêt un caractère religieux… Crois ou meurs!

    J’ai des petits-enfants et je me sentirais complètement irresponsable d’adhérer au projet souverainiste structuré de façon autant amateure que jovialiste.. Retournez à votre planche à desssins.

  10. colombe L'écuyer dit :

    Très chère, j’ai l’outrecuidance de vous adresser ces mots:
    La plus grande menace pour le québécois c’est sa peur d’ÊTRE!
    Les Allemands sont fiers d’être Allemands,
    Les Turcs sont fiers d’être Turcs,
    Les Algériens sont fiers d’être Algériens,
    Les Russes sont fiers d’être Russes,
    Les Britanniques sont fiers d’être Britanniques,
    mais, le Québécois lui a HONTE d’être Québécois, il se contente
    d’être a Stranger in a paradise…Etranger au Canada. Il se rejoue
    l’histoire du vilain petit canard…..alors, que nous savons tous,
    que c’est la révélation de sa vraie nature, qui pose problème.
    Y a pas de division dans le fait
    d’être ou un canard ou un cygne…s’agit de s’assumer.
    Je m’excuse ” encore ” d’avoir brouillée votre vue.
    une grand-mère de 63 ans.

  11. Hélène Beaulieu dit :

    Très chère grand-mère de 63 ans, vous les souverainstes, pour ne pas perdre votre élan et votre inspiration vous vous voyez contraints à tourner le dos à vos concitoyens canadiens, à tout ce qui est canadien, à tout ce qui n’est pas québécois, souvent hélas! à ce qui n’est pas québécois de souche, ce qui fait que finalement vous vous enchantez de votre propre émotion et vous y laissez immerger.

    Poussé à sa limite, cette attitude annonce une mort une destruction de soi comme dans le mythe du beau Narcisse. Ce besoin de glorification de soi ne doit jamais prendre les commandes, Les Allemands, les Italiens, les Serbes nous interpellent et nous préviennent.

    Quand un peuple partage une même surévaluation et projette sur la destinée de tout un groupe un même idéal de grandeur cela risque de produire une collectivité de l’idéalisation, source des plus dangereuses désillusions, soit personnelles, soit collectives.

    Le nationalisme est toujours le regret d’un âge d’or réinventé..

    Vous dites les Allemands sont fiers d’être Allemands.. Si vous lisez la chronique de Mathieu Bock Côté qui suit vous verrez que les Allemands tout en étant fiers d’être Allemands prônent l’intégration européenne.

    Tout est question de perception, moi je me perçois et m’assume comme un cygne blanc… Vous les souverainistes vous vous percevez comme le vilain petit canard…

    Je me sens fière d’être une Québécoise du Canada et je l’assume…

    Je n’ai pas la prétention de vous atteindre.. Vous cherchez votre lumière… J’ai trouvé la mienne!

    Une grand’mère de 66 ans de quatre petites merveilles québécoises de souche, décomplexées de leurs racines canadiennes.

  12. La Peste dit :

    @HBeaulieu

    Mon dieu! On peut pas quitter le Canada parce qu’ils ont les franco-canadien en otage. On a vu des déclaration d’amour plus éloquante! Je vous promet que tous ces cher franco-canadien seront les bienvenue lorsque, l’Indépendance faite, le Canada décidera de leur enlever les quelques privilèges qui leur restes.

    Ah l’économie, la vous nous montrer votre age! Un peu plus, vous nous parliez des camions de la Brinks! Y a pas un fédéraliste sérieux qui, en 2012, doute que le Québec a une économie assez forte pour etre un état indépendant. Vous savez que le produit national brut du Québec lui donne le 30eme rang mondial environ? Par Capita c’est encore mieux avec un 25eme place. Pauvre danois, Pauvre finlandais. Il savent pas qu’il sont trop pauvres pour être indépendant…

    Coitieux, ah Coiteux! Voyez vous, je suis évaluateur: je travaille avec des économistes tous les jours. Ce texte a fait le tour du bureau et nous a bien fait rire! Des «turbulances» bien sur qu’il y en aura. Même le fameux déficit de Coiteux, mettons qu’il s’avèrait, j’espère que vous réalisé que le 6.76 milliard c’est très loin d’être apocalptique. Vous êtes au courant que le revenu annuel total d’un Québec indépendant serais au dessus de 130 milliard? Dans un exercise qui compte bien d’hypothèse et bien de «si», entre un bénéfice de 1 milliard ou un déficit de 6, on est dans la marge d’erreur. Un peu de perspective svp!

    Parlons de «religion»! L’électeur libéral moyen, je vous garantit qu’il peut remplir d’avance les bulletins de votes des 500 prochaines élection. PLC-PLQ jusqu’a la fin des temps. C’est fort probablement votre cas aussi, comme une forte majorité de leur «croyant». Comme la gazette (ou la Presse) qui dit: Tremblay est corrompu et/ou incompétent mais c’est mieux qu’un séparatiste. Il referont le meme coup pour Charest. Pendant la meme période, le vote nationaliste québecois a pu voté pour 5 parti différent PPC-BQ-PQ-ADQ-CAQ dépendament des enjeux. Qui est dogmatique ici?

    Le plus drôle dans tout ca. C’est que depuis Trudeau, le Canada version PLC-PLQ a véritablement une vocation messianique. C’est lui qui va mener l’occident dans le paradis béat du multiculuralisme et du gouvernement des juges. L’idéal a pris une méchante débarque ces dernière années. On peut remercié Bock-Côté d’avoir contribué à le déboulonné!

  13. Hélène Beaulieu dit :

    Cher La Peste, Un jour la France nous a laissés tomber.. L’indépendance du Québec équivaudrait à un geste d’abandon envers le million de francophones de souche hors Québec.

    Le français est une des deux langues “officielles” du Canada. Des milliards sont dépensés justement pour que les droits aux institutions francophones soient respectés dans chaque province. C’est ça aussi la portée du bilinguisme.

    Je trouve complètement amoral pour un “Leader” de lancer les citoyens dans un projet de pays sur fond de division.

    C’est ce qu’ont fait les péquistes. En 1994 ils ont remporté les élections.. Malgré un nombre de comtés supérieurs, cette victoire a été vécue comme une défaite. Pourquoi? Parce qu’ils avaient récolté moins de votes que les Libéraux…44.3% contre 44.7%.

    Ils ont malgré ce décompte aussi polarisé tenu le référendum l’année suivante. Comment se surprendre des résultats?

    Depuis, les souverainistes dans leurs tentatives de réveiller l’ardeur souverainste continuent à s’appuyer sur le vote francophone du référendum 1995.. Pourtant, devant un enjeu aussi grand que l’indépendance seulement 50.58% des citoyens s’étaient déplacés pour voter. En tentant de décortiquer qui avait voté Oui et qui avait voté non les Souverainistes on fait montre d’une certaine forme de racisme. L’argent et les ethnies ont été pointés du doigt..

    Le projet souverainiste a échoué à sa mission. Ce projet, tel que mené, n’a jamais été rassembleur. On est en 2012, les derniers sondages démontrent que la souveraineté stagne dans les mêmes eaux dormantes qu’en 1995.

    La crise étudiante a été honteusement récupérée par les vieux souverainistes nostalgiques. On en est là..

    Je trouve complètement amoral pour un “Leader de lancer des citoyens dans un projet de pays sur fond de division.

    C’est que s’apprête à répéter les Péquistes.. Qui plus est ils le feraient cette fois-là avec un manque de rigueur indécent quand ont tient compte du niveau d’endettement du Québec et de la crise économique mondiale.

    Je me sens rassurée de voir de vrais “Leaders” qui ont l’intérêt des citoyens du peuple canadien à coeur mettre de côté leurs différends et de se préparer à peut-être une prise 2 de 1995…

    A méditer: Dans les jours qui suivent le référendum 1995 des transferts de capitaux sont signalés. Le dollar canadien chute. Le Secrétaire d’Etat aux USA affirme que les liens commerciaux ne sont pas acquis pour le pays qui succéderait à la confédération canadienne advenant l’indépendance du Québec.

  14. La Peste dit :

    Bonne St-Jean Hélène!

    Je commence à voir la manière dont vous «argumenter». Dès qu’un argument est déboulonné, c’est la fuite en avant. On ne retourne pas ce qui a été contredis, mais plutot on part d’autre «feux» en espérant qu’un pogne et que vous pouvez proclamer victoire. Donc oui, plutot d’avoir des contre-arguments, vous nous sortez, encore, une liste d’accusation sans cohérence ni fil conducteur. On voit que vous êtes en forme pour la dernière récolte! Il vous reste encore nombre de mantra de fédéraliste dans votre sac. Donc allons-y gaiement, jouons les pompiers!

    1-La France nous as abandonné…

    Ah le mythe du Québec abandonné par la France, mythe qui a été fabriqué pour masquer la francophobie de certain et pour absoudre le conquérant. La France a perdu, ne pouvais pas récupéré toute ses possessions, mais dans la défaite elle s’est au moins assuré que la pratique de la religion catholique soit protégé.

    2-La participation au référendum de 95 est de 93,52% non 50.58%. Tentative de désinformation délibéré ou bêtise? C’est bien entendu le second, vous confondez avec % pour le non.

    Au sujet de «l’argent et du vote ethnique». Nier vous que:

    I) , le gouvernement fédéral ait accordé la citoyeneté en série a des dizaine de millier d’immigrant en prévision du référendum pour augmenter le vote du non?

    II) le camp du non a dépenser au dela des limite permise en dépit de la loi québecoise qui permettait un budget de 5 millions pour chaque côté?

    Je demande si vous nier parce que ces deux choses sont facilement démontrable. En définitive, si la déclaration de Pariseau est inélégante, elle n’est pas factuellement fausse.

    3) Dans les jours qui suivent le référendum de 1995 le dollar chute? Ah, je pensais que c’était BON pour l’économie de l’avoir perdu. I guess qu’il aurait fallu le gagné pour qu’il monte!

    Plus sérieusement, Howard Dean gouverneur du Vermont à cette époque a fait quelque déclaration disant: «Peu importe ce qui va se passer, le québec demeura un important partenaire commercial pour nous». Et en gros, en dehors du posturing fait par les uns et les autres dans les fait ya des évidences qui reste. Le Québec ne disparaitera pas au lendemain d’un référandum gagnant et les liens commerciaux demeureront après.

    Si vous voulez rêgler l’insertitude une bonne fois pour toute, c’est très simple. Un québec indépendant, la question est rêglé!

    4) Le conflit étudiant? Vraiment? C’est quoi le lien?

    Je vais vous dire une évidence mais qui semble vous échapper: La valeur intrinsecte de l’indépendance ne se réduit pas aux posititions politique d’un parti. Selon votre logique, si on n’est pas d’accord avec 100% d’un programme d’un parti un peut pas etre indépendantiste. Vous êtes au courant qu’il va avoir des élection dans un québec indépendant?

    Bon que nous réserver nous pour la prochaine fois?

    Je crois qu’il vous reste la menace de la partition et on va avoir faite le tour de…

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