Quelques observations électorales : retour sur les élections partielles

- 12 juin 2012

Les souverainistes viennent de reprendre contact avec la réalité. Depuis quelques semaines, ils s’étaient laissés hypnotiser par la rue. Ils croyaient nécessaires d’épouser ses humeurs, ses mouvements, ses colères, ses slogans. Même d’emprunter ses casseroles.

La chose était compréhensible pendant un temps. La crise étudiante a révélé tout à la fois l’aveuglement, l’incompétence et le cynisme du gouvernement Charest. N’est-ce pas le travail de toute opposition de s’opposer? Un vrai malaise social s’est exprimé. Il n’est pas ridicule.

Mais à mesure où la crise s’enfonce, se radicalise et pourrit, le PQ devrait s’en détacher. La population en a marre de vivre dans une société confisquée par une rue où la gauche radicale impose sa loi et rêve pour l’automne d’une grève générale pour paralyser le Québec.

Le peuple des urnes n’est pas celui de la rue. Le Québec ne s’enthousiasme pas unanimement devant une crise sociale qui excite et mobilise certainement une frange importante de notre société (et plus encore, les milieux médiatiques, culturels et intellectuels) mais qui exaspère peut-être le commun des mortels. Le spectacle de la pagaille urbaine, le délire rhétorique qui pollue le débat public, la violence qui revient en boucle dans les rues de Montréal ne donne pas toujours une image aimable du Québec. Cela fait longtemps que la crise a livré ses effets positifs. Maintenant, elle engendre surtout des effets pervers.

Les élections partielles de lundi soir permettent trois observations principales.  

D’abord, le taux de participation est famélique. Les partis se combattent, certes. Mais pour les électeurs, ils se ressemblent. Le cynisme place toute la classe politique dans une même catégorie. Cela donne une responsabilité de plus aux chefs de formuler de vrais projets politiques.

Ensuite, les résultats dans Lafontaine confirment que le vote anglophone et allophone, peu importe les circonstances, ne se reportera jamais sur les partis soupçonnés de souverainisme ou de crypto-souverainisme. La peur de séparatisme est plus forte que tout chez eux.

Enfin, mis à part quelques comtés montréalais où on prend Amir Khadir pour un demi-dieu, ce n’est pas l’ultragauche qui menace le PQ, mais la CAQ. La menace électorale pour le PQ est à droite, pas à gauche de la gauche. Les résultats d’Argenteuil annoncent les acteurs de la prochaine bataille électorale.

Quelles leçons en tirer pour le PQ?

Une première, toute simple. Qui demandera du tact, toutefois. Il est temps que Pauline Marois retire son carré rouge. Il ne s’agit pas pour elle de renier la cause étudiante mais de comprendre que ce carré a changé de signification et qu’il deviendra un boulet dans une élection générale.  

Ce serait aussi un signal envoyé aux électeurs qui s’inquiètent de la trop grande proximité du PQ avec les corporatismes, qu’ils soient étudiants, syndicaux ou bureaucratiques. Le PQ ne devrait pas être prisonnier de ses alliances sociales.

Car le PQ n’est pas qu’un parti de gauche. Son premier objectif, ce n’est pas le maintien et la consolidation de la social-démocratie, mais la défense des intérêts nationaux québécois. Les deux ne se recoupent pas toujours.

L’endettement massif de l’État, les corporatismes qui entravent l’exercice du pouvoir, la bureaucratisation du modèle québécois font mal au Québec. Le PQ au pouvoir devra aussi confronter ces problèmes. La fuite à gauche ne pourra pas durer longtemps.

On en revient à une vérité oubliée. Si le mouvement souverainiste trouve des appuis organisationnels privilégiés «à gauche», il trouve ses électeurs dans toutes les catégories idéologiques. D’ailleurs, en région, l’électorat nationaliste est plutôt conservateur.

En fait, bâtir une coalition, cela ne veut pas dire ouvrir grand les portes à la gauche radicale comme le souhaitent ceux qui veulent voir le PQ défiler le tapis rouge à QS dans les comtés montréalais. Cela veut dire rassembler les nationalistes de gauche, de centre et de droite.

Plus largement, le PQ devrait se rappeler que son programme déborde largement la question des frais de scolarité. Madame Marois ne devrait pas non plus concéder le monopole de la loi et de l’ordre au gouvernement et à la CAQ.

Dernier mot. En forme de reproche. Dans quatre ans, le jeu politique changera peut-être. Mais pour l’instant, pour les souverainistes, il n’y en a qu’une option. Ceux qui voteront pour QS ou pour Option nationale, préfèrent voir Charest que Marois au pouvoir. Ils ne devraient pas en être fiers.

Le purisme idéologique se prend pour une forme éveillée de citoyenneté. Il témoigne en fait d’une préférence pour les fantasmes politiques plutôt que pour l’amélioration tangible et graduelle de notre société.

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7 commentaires

  1. “Dans quatre ans, le jeu politique changera peut-être. Mais pour l’instant, pour les souverainistes, il n’y en a qu’une option. Ceux qui voteront pour QS ou pour Option nationale, préfèrent voir Charest que Marois au pouvoir. Ils ne devraient pas en être fiers.”

    C’est exactement ce je pense en ce moment. Je ne suis pas un fan de Marois, mais l’institution du PQ, bien qu’ébranlée à plusieurs reprises par de nombreuses crises au cours de son existence, reste l’option nationaliste #1. Option Nationale est un jeune parti qui rallie le vote des jeunes pour le moment et il ne faut pas oublier que si les jeunes (18-30 ans) deviennent massivement souverainistes, cela pourrait bien augurer pour la prochaine décennie. Démographiquement, c’est l’une des cartes qu’il faudra jouer, car les 35-55 ans sont les plus souverainiste du lot et les 55 ans et plus penche beaucoup plus vers le PLQ et la fédération.

    J’suis d’accord sur le fait qu’on doit arrêter de se tirailler sur la gauche ou la droite. C’est vain tant qu’on reste dans le Canada. Un Québec de gauche avec Harper au pouvoir? Du surplace. Un Québec de droite avec le NPD au pouvoir? Du surplace. Or, le Québec ne décide pas qui est élu à Ottawa. Ça, il va falloir que ça nous rentre dans le coco.

  2. Pierre Péloquin dit :

    Le PQ n’est pas prisonnier de ses alliances sociales, voyons. Il a voté pour la loi 33, contre les syndicats de la construction, il a voté une loi spéciale pour ramener les infirmières au travail, sous Bouchard. Même René Lévesque a coupé dans les salaires de la fonction publique de 20%, quand c’était le temps.
    Le PQ, vu de la perspective de la vraie gauche, c’est un parti de centre droit.
    Marx appelait cela “le socialisme bourgeois”, qui “cherche à porter remède aux anomalies sociales, afin de consolider la société bourgeoise. Dans cette catégorie se rangent les économistes, les philanthropes, les humanitaires, les gens qui s’occupent d’améliorer le sort de la classe ouvrière, d’organiser la bienfaisance, de protéger les animaux…” Bref, tous ceux qui s’occupent des opprimés pour rendre l’exploitation capitaliste acceptable. J’ai trouvé très drôle de me reconnaître dans une catégorie de Karl Marx (et fustigée par lui)… Mais si je dis que je suis un socialiste bourgeois, personne ne va comprendre…

  3. @antiillumi dit :

    Vraiment ta appris sa toute seul as ton age ta quoi toi 30 ans les manifs sont anti Charest est sa loi 78 c rendue plus gros qu’une simple gréve d’étudiant tu vis ou toi? le monde qui croit que c’est seulment mouvement étudiant se trompe. Même si il y as un reglement avec les étudiants les manifs resteront tant que la loi78 réstera . en passant PLQ PQ CAQ c tout du pareil juste pas les même controlleur.

  4. Elisabeth Doyon dit :

    SVP, M. Bock-Côté, critiquer le cynisme à outrance et colorer son vocabulaire pour le provoquer ne font que ruiner toute crédibilité et vide de quelconque trait constructif ce nouvel éditorial. Vous savez pourquoi c’est aux profs qu’on demande de faire la leçon… et non aux journalistes? C’est parce que faire apprendre qque chose requiert tact et diplomatie, en plus, donner des leçons demande aussi un effort d’imagination et d’ouverture pour comprendre celui à qui vous voulez faire ladite leçon. Un peu de rigueur M. Bock-Côté, votre popularité devrait vous y obliger. Ou, est-ce aussi que la rigueur, et l’éthique ne sont plus exigées ailleurs qu’à l’ardoise et sur les bancs d’école?

  5. Vincent dit :

    Excellente critique, j’avais hâte de lire ce que vous auriez à dire là-dessus.

    Les trois observations formulées m’apparaissent justes. Pour ce qui est des leçons. Nous n’avons pas la même perception du conflit étudiant, cela va sans dire. Je ne crois pas que Pauline Marois devrait retirer le carré rouge. Ceux qui lui reproche de l’avoir arboré sont déjà vexés alors que cet abandon aliénera les rares qui avait été touché par cette sympathie (preuve par ailleurs que de commencer à le porter fut un piètre calcul politique). De plus, Marois s’est toujours campée sur sa position programmatique, plutôt que d’embrasser les élans des leaders étudiants.

    Face à la CAQ, il est indéniable que le PQ doit veiller à ne pas être dépassé par la droite, le parti de François Legault n’est peut-être pas le péril qu’on nous avait laissé entendre, mais il sera plus redoutable que l’ADQ, ce qui signifie que le PQ n’est pas à l’abri de redevenir un tiers parti s’il n’a d’yeux que pour son aile gauche. L’an dernier, on accusait (et on accuse encore, dans certains cercles) le PQ se vendre son intégrité à l’empire Québécor pour quelques votes dans la Vieille Capitale. Aujourd’hui, on craindrait qu’il brade l’État aux syndicats et aux fédérations étudiantes ? Il faut constater que le Parti Québécois, tant qu’il sera un véhicule politique viable, va susciter les passions. Le projet qu’il porte est si cher à certains qu’ils trouveront toujours une imperfection à sa gouverne. Cela vaut également pour ceux qui se complaisent à laisser un fédéraliste être Premier ministre au nom de la pureté de l’indépendantisme.

  6. Marc Gauthier dit :

    Franchement, votre texte est incroyablement aveuglant. Je ne comprends d’ailleurs pas cette démonisation constante de la gauche qui caractérise tant de gens qui se croient de droite mais qui ne sont que les outils serviles de l’immobilisme qui sert seulement et uniquement la classe corporatiste qui corromp tout notre système politique.

    Vous écrivez:

    “la gauche radicale impose sa loi et rêve pour l’automne d’une grève générale pour paralyser le Québec.”

    “Le purisme idéologique se prend pour une forme éveillée de citoyenneté. Il témoigne en fait d’une préférence pour les fantasmes politiques plutôt que pour l’amélioration tangible et graduelle de notre société.”

    Incroyable! Comment peut-on songer que la rue veut la grève? On fait la grève pour une raison, pas pour faire la grève éternellement!!! Les étudiants réclamaient tout d’abord un gel d’un an seulement, afin de permettre une démarche démocratique saine, comme des états généraux ou une commission d’étude sur le sujet, ce qui tombe sous le sens. En effet, les frais de scolarité sont gelés au Québec depuis longtemps pour plusieurs bonnes raisons: premièrement le rapport Parent. Si le gouvernement veut vraiment aller complètement à l’encontre des recommandations de ce document si important qui a forgé une partie de notre société il y a plusieurs années, sous prétexte par exemple qu’il est trop dépassé ou vieux et que on doit absolument procéder immédiatement à une marchandisation de notre système public d’éducation… Et bien soit, mais argumentez un peu et expliquez le tout de facon crédible à la population… Cette augmentation, on en veut pas.

    Le purisme idéologique se prend effectivement pour une forme éveillée de citoyenneté et les arguments économiques sont les seuls à contrecarrer constamment nos idéaux de justice sociale et de préservation environnementale. Et non ce ne sont là ni du communisme ni du refus de développement économique mais un entêtement à vouloir bien faire les choses. Ce sont en fait des fantasmes politiques démocratiques menant à l’amélioration tangible et graduelle de notre société grâce au dialogue avec la population et consultation d’experts. Tout le contraire de l’attitude actuelle qui tente d’imposer par la force de mauvaises décisions qui briment la justice sociale en utilisant des lois qui briment nos droits démocratiques les plus fondamentaux.

    Un gel des frais, gel déjà en place depuis de nombreuses années, pour une année supplémentaire aurait couté combien? Et une commission spéciale sur les frais de scolarité aurait couté combien? Les deux auraient couté infiniment moins cher que la situation actuelle mais le véritable prix à payer pour les néo-libéraux aurait été de mettre en plein jour l’absence totale de logique derrière leur politiques destructrices qui profite aux mieux nantis uniquement. Charest et ses amis, élus ou non, y ont donc préférés une crise sociale sans précédent ou coule le sang de nos enfants dont on tente…

  7. Jeffrey Monger dit :

    juste une petite note sur le carré rouge… il n’a pas changer de signification on le lui a donner une autre… Cela dit, disons que je suis d’accord avec vous pour ce qui est le temps de l,enlever, je crois cependant qu’il y a une manière de le faire… je crois que tlm le monde devrait l’enlever de sur son chandail mais le garder très ancré a l’intérieur… car dites vous une chose très réel et très concrète que sans lutte étudiante argenteuil n’éxiste pas pour le PQ… Et pour cela madamme Marois ne doit pas tasser les étudiants mais plutot les engager comme militants!!! on leur expliquant qu’elle a mis sa tête sur le bucher pour leur cause et que maintenant c’est le temps du retour… (vous savez du copinage lolll mais pour le bien de tous….) Il faut faire comprendre au étudiants qu’ils on réussi leur victoire de faire lever le peuple…. ils ont assez tirer c’est le temps de pousser…. aussi si vous voulez la plus belle victoire de tous les temps… alors composez le numéro de tous ceux que vous connaissez et militer!!! Duceppe, lisée, parizeau. beaudoin, nommez les tous ça les prend tous… le bloc aussi!! Madamme marois mérite aujourdhui le statu de chef du PQ!!! elle a passer le test!!! (La seule dans les 3 parti!) mais de voir Mr. Duceppe se présenter comme candidat au coté de pauline… pour être un de ses futurs ministre…. c’est ce que ça va prendre… ça prend tout le monde possible a bord… pour le pq il faut monter la plus grosse la meilleure équipe de souvrainiste jamais vu dans l’histoire du québec… il faut mélanger les générations et voir a quelque point l’équipe est grande!!!! en 1995 il ne manquait que les jeunes…. aujourdhui ils ont prouver qu’ils pouvaient défendre honorablement une cause qui leur tenait a coeur..(a part certains) il ne sufit que de faire que le pays soi dans leur coeur également… Et oui il faut absolument que tout le monde se range derriere pauline car malgré tout ce qu’on a pu dire elle mérit notre appui… et je dirai surtout avec tout ce qu’on a pu dire elle mérite notre appui!!!

    Moi j’aimerais que GND relise son texte de la journée du nous!!!! il comprendrais qu’il a réussit a faire de sa lutte un tremplain pour quelque chose de beaucoup plus grand!!! et peut-être cela l’encouragerait-il a reprendre les rangs ou il les avait laisser pour continuer de se battre et en récolter la gloire le moment venu!!!! :) VIVE LE QUÉBEC LIBRE!!!

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