Bref commentaire sur le sondage du JdM. Mon sentiment: le «virage à gauche» de début de mandat ne suffira pas au Parti Québécois pour obtenir une majorité. Il s’agissait d’une stratégie à courte vue qui se retournera tôt ou tard contre le gouvernement. D’abord parce qu’elle n’est pas tenable politiquement et ne tient pas compte des exigences de rigueur budgétaire qui rattrapent déjà l’État québécois. La crise des finances publiques est une réalité structurelle qui abîme en profondeur la société québécoise. Nulle part, on ne mise sérieusement sur l’expansion de l’État social pour sortir les sociétés occidentales de la crise. Le virage à gauche est typique de ce qu’on appelle ici et là une «bulle idéologique». Ensuite ce virage à gauche vient justifier la pression idéologique exercée par Québec solidaire (qui a louangé les premières mesures du gouvernement). Il donne aux électeurs de ce parti de bonnes raisons de le faire à nouveau.
Le PQ doit comprendre qu’il doit désormais «jouer au centre». Ce qui ne veut pas dire s’aplatir dans un discours strictement gestionnaire. Mais il doit chercher la classe moyenne, qui n’est pas une fiction idéologique, mais une réalité. Le PQ ne devrait pas concéder au PLQ et encore moins à la CAQ le monopole de la réforme du modèle québécois. Il ne devrait pas accepter l’image étrange qui lui colle à la peau en ce moment : celle d’un parti qui se permet un dernier tour de piste et qui sera contesté aux prochaines élections par ceux qui voudront «mettre un terme à la fête». J’ajoute que l’amateurisme des premières semaines de pouvoir n’a rien pour donner l’image d’un gouvernement sûr de ses moyens et prêt à relever le Québec. Il y a un art du gouvernement minoritaire. Il est temps que les péquistes l’apprennent.
Mais si le «recentrage» du PQ est nécessaire, il ne sera pas suffisant non plus. Ce parti devra, d’une certaine manière, se refonder, renaître, en quelque sorte. Car il est toujours à deux doigts de descendre en vrille qui lui ferait connaître le même sort que l’Union nationale sous Jean-Jacques Bertrand. Comment ? C’est la question que devraient se poser dès maintenant les penseurs du PQ. Qui devront aller au-delà des tactiques habituelles, des stratégies purement médiatiques. Ils devront moins se demander comment gagner 1, 2 ou 3 % de votes mais comment enclencher une nouvelle dynamique politique à l’avantage du nationalisme québécois. Il faut au Parti Québécois autre chose qu’une stratégie de survie, mais une stratégie de renaissance politique. Plus facile à dire qu’à faire? Oui. Encore faudrait-il y penser.
La question de l’unité des souverainistes se pose aussi. Elle ne ressort pas de ce sondage, mais elle joue en profondeur dans la politique québécoise. Il est temps que le PQ tende sérieusement la main à Option Nationale, ce petit parti qui attire en ce moment une frange significative de la jeunesse souverainiste et qui canalise beaucoup d’idéalisme dans le jeu politique. Il est temps que les péquistes cessent de mépriser ceux qui ont la tentation de la marge indépendantiste, en se rappelant que le camp national ne peut gagner que lorsqu’il ne se perd plus dans des guerres fratricides. Ils en veulent aux Onistes d’avoir foutu le camp? C’est compréhensible. Mais en politique, on fonctionne à partir des réalités. Il y a désormais des souverainistes à ramener au bercail. Il est temps que Pauline Marois téléphone à Jean-Martin Aussant.
Les Onistes, de leur côté, devront comprendre que diviser le vote souverainiste (ou diviser le souverainisme en plusieurs partis) n’est pas une manière sérieuse de faire la promotion de la souveraineté. En sont-ils capables? Sont-ils capables de renoncer au purisme idéologique qui les amène à se croire seuls porteurs de la foi souverainiste, contre un PQ qui aurait trahi son option? Sont-ils capables de faire preuve de réalisme politique sans y voir des combinaisons grossières exclusivement «électoralistes»? Sont-ils capables de penser à nouveau leur avenir dans la coalition péquiste? Sont-ils capables de comprendre qu’un mouvement national n’a pas intérêt à se fragmenter? Je disais que Pauline Marois devait téléphoner à Jean-Martin Aussant. Il est impérieux que celui-ci décroche le téléphone et accepte la conversation.
En tant que candidat ON défait, si le PQ veut arrêter de niaiser, j’en serais bien content! Je ne tiens pas à me représenter, mais le referai volontier, par obligation morale, si le PQ n’est même pas capable de parler d’indépendance et qu’il continue à avoir une peur phobique de son article 1.
Autrement, si le PQ cherche vraiment une voie pour canaliser les forces, il doit orienter le débat autour du concept républicain, de la démocratie par opposition au conservatisme/néolibéral/monarchique/etc. Tout ce qui est arriéré pour ainsi dire, refusant la démocratie au point de défendre la monarchie doit être isolé. Tout le reste, la société civile consciente de ses forces doit être canaliser dans une optique républicaine, de construction étatique. C’est sur cet axe que le PQ doit aller, il en a les moyens, ne lui manque que la volonté, la capacité. C’est le projet de société vers lequel il faut aller, la république. Où l’État sert le citoyen et non l’inverse.
Le PQ doit redevenir une coalition, avec un projet de société, avec des vraies discussions de fond plutôt que des congrès en carton préfabriqué où les conclusions sont connus d’avance, bref, le PQ doit redevenir ce qu’il était ou disparaître sans délais.
PS : La gouvernance souverainiste, on dit aux gens comment on va les convaincre plutôt que pourquoi il faut les convaincre. Beau plan, ça risque de marcher, tellement…
Bravo, encore une fois!
Il faudra peut-être aussi que le PQ amorce l’attaque frontale contre QS et ses fantasmes ridicules. Expliquer en quoi, la gratuité universelle mur à mur (cf frais de scolarité; cf faible tarification; etc), incluant des mesures sociales même pour les riches, sape la soi-disant Solidarité sociale revendiquée par QS; expliquer en quoi les ambitions de logement social pour tous est irréaliste; remettre à l’avant-scène l’image d’un PQ incorruptible (bravo à Me Tremblay pour son travail hier à la Commission Charbonneau); etc, etc.
Il faudrait aussi que l’on trouve un moyen de contrer la stratégie des “bombes puantes” libérales qui me font penser aux tactiques républicaines américaines.
Il faudra aussi discipliner les ministres et députés qui sollicitent l’opinion publique, au-delà de décisions du conseil des ministres pour faire passer des idées juvéniles.
Il faudrait vraiment prendre les commandes et agir “correctement”, mais les démarches politiques ne sont pas toujours celles annoncées ou celles qui faut…
Le PQ a compris que sa base électorale se situe au centre-gauche et vous avez tord de dire que le PQ fait dans l’amateurisme. Le PQ sait très bien ce qu’il fait: soit donner une culpabilité à tous ceux qui ont divisé le vote péquiste.
Pratiquement tous les jours, le PQ envoie des annonces destinées à être rejeté par l’opposition. Ce sont des ballons d’essai. Les émotions sont toujours à fleur de peau depuis le printemps dernier, les débats éclatent facilement. Premièrement, ça permet au PQ de raffermir sa base électorale afin de l’empêcher de chuter sous la bar des 33%, mais, surtout, le PQ fait la démonstration de tous ce qu’il aurait pu faire s’il avait été majoritaire.
Tous ceux qui ont voté pour QS, ON et même CAQ, malgré leur sympathie pour les idées du PQ, voit plusieurs projets importants annulés.
Ainsi, toux ceux qui souhaitaient l’abolition de la taxe santé doivent regretter que le PQ n’ait pas été majoritaire. Tout comme la gauche de gauche qui souhaitait une gouvernance souverainiste doivent être déçu de voir le PQ se replier dans une position autonomiste en raison de son statut minoritaire.
C’est une stratégie risquée. Le PQ tente de démontrer qu’on a supprimé son pouvoir d’effectuer des changements radicaux, ce qui convainc une forte partie de la population de rallier les forces souverainistes progressistes au sein d’un même partie, mais tôt ou tard il devra se recentrer, mais pas trop, pour donner l’allure d’un gouvernement responsable.
C’est un pari risqué, d’autant plus que le PLQ a gardé sa rhétorique guerrière et intransigeante, alors que le PQ essaie d’établir des dialogues et des consensus en montrant qu’il est capable de mettre de l’eau dans son vin, autre utilité des ballons d’essai.
Encore une fois Mathieu…tu es en plein dedans…Bravoooooooo
Toutefois ton questionnement sur les “sacrifices” que le PQ, que l’ON et que QS doivent faire sont trop élevés pour être réalisables. Les “ÉGOS” des protagonistes sont tellement gonflés ( et ils se prennent tellement au sérieux) qu’il m’apparaît utopique de penser…qu’ils sont capable de “gros bon sens nationalistes et souverainistes.
Je retiens un passage fondamentale de ton texte: je te cites:
“Mais si le «recentrage» du PQ est nécessaire, il ne sera pas suffisant non plus. Ce parti devra, d’une certaine manière, se refonder, renaître, en quelque sorte. Car il est toujours à deux doigts de descendre en vrille qui lui ferait connaître le même sort que l’Union nationale sous Jean-Jacques Bertrand”
Là tu fais fort. Ce risque de descente aux enfers est réel pour le PQ. Souhaitable? Inévitable? Je le penses…il faut que les Souverainistes se regroupent une fois pour toute dans un nouveau parti qui fait la promotion du nationalisme, de la souveraineté, tel que tu le décris dans ton livre “Fin de Cycle”..
.Le seul malheur dans tout ca…c’est le temps perdu à ne pas faire la souveraineté…Shit…
Tout ça fait bien du sens… dans une perspective à court terme. Aussant a plusieurs fois répété qu’il inscrivait son action à long terme. Tactique qui fait du sens à mon avis. Le problème du PQ en demeure un “électoraliste” comme vous dites. Plus intéressé à aller chercher le dernier 2-3% du vote pour aller acquérir une majorité.
En ce qui concerne une renaissance du PQ, faudrait pas rêver. Tant que le PQ sera proche du pouvoir (opposition officielle) ou au pouvoir, il ne sera pas en mesure de renaître. D’ailleurs, c’est vrai pour tout parti. Regardez le PLQ, plus intéressé à revenir coûte que coûte qu’à vouloir se redéfinir. Si le PQ n’a pas été capable de se redéfinir durant les 9 dernières années dans l’opposition, ce n’est pas en étant au pouvoir qu’il le fera.
En ce qui concerne les premières semaines au pouvoir du PQ, moi j’ai bien aimé. J’ai eu l’impression d’un gouvernement qui discutait avec la population, au lieu de tout garder secret jusqu’à temps d’annoncer de manière irrémédiable leurs politiques, comme le PLQ faisait. J’ai voté QS en septembre dernier et je pense maintenant voter PQ aux prochaines élections. La “réalité” du pouvoir va aligner correctement le PQ vers le centre, soyez sans crainte. C’est déjà commencé d’ailleurs (c.f. impôts sur le revenu et taxe santé).
Bertrand Toupin
Non! Une seule voix a conquit mon vote et ce depuis 15 ans, c’est à dire depuis que j’ai l’âge de voter, c’est JMA et OpNat.
Ce discours de peur, cette vieille réthorique péquiste ne sensibilisent pas la moindre corde chez moi!
Qui plus est, Marois aurait bien pu prendre ce téléphone pendant les élections et convenir, comme Qs, d’un accord de non agression dans Nicolet. C’est pour moi la preuve que l’unité souverainiste n’est pas plus importante pour elle que le pouvoir!
Autre chose aussi, le PQ est toujours incapable de ralier les immigrés, tout autant que les premières générations (dont je suis) au projet de souveraineté, ce que JMA réussit avec brio et intelligence!
Tout de même, merci pour vos analyses toujous intéréssantes.
Oui l’expansion de l’État pour sortir de la crise est envisagé nul part et, sans grande surprise, on se sort de la crise nul part, sauf dans les pays qui ont un état très interventionniste. Les réformes néo-libérales des 20 dernières années nous ont fait hériter d’une économie instable et fortement inégalitaire, je ne vois pas pourquoi on devrait essayer plus de ce qui ne fonctionne pas. Malgré des profits records pour les entreprises, de plus en plus de ménages de la classe moyenne glissent vers la pauvreté. Est-ce qu’il y a encore réellement des gens assez naïf pour faire confiance au marché? Ou pire, aux mafieux d’entrepreneurs? C’est l’expansion de l’état qui a amené les 30 glorieuses après la grande crise, provoquée par un capitalisme débridé et c’est l’expansion de l’état qui va ramener la prospérité.
Je DÉTESTE entendre parler de la division du vote souverainiste.
En toute logique, est-ce que le PQ empêcherait ON de faire l’indépendance? Est-ce que vous pensez sérieusement qu’ON mettrait des bâtons dans les roues du PQ pour un référendum?
Si t’es souverainiste, le jour venu, tu votes OUI un point c’est tout.
Personnellement, je ne crois plus au PQ et sa volonté de faire la souveraineté et je crois qu’ON y met plus de coeur. En plus de la souveraineté, la plate-forme d’ON et ses projets sont venus me chercher ce que le PQ et leur politique de girouette est incapable de faire.
Trop à gauche mais faire appel à Aussant et la gang à Patrick Bourgeois et Guillaume Wagner qui l’appuie. Compliqué votre affaire, vous seriez le premier à vous en scandaliser. N’importe quoi cette affaire.
Aucun virage à gauche du PQ, juste un peu de sensibilité social avec les étudiants et les foyers à faible revenu que n’ont pas d’argent pour payer la taxe santé.
PAULINE À RÉGLÉ LA LONGUE ET DANGEREUSE CRISE SOCIAL CRÉE PAR CHAREST, et elle mérite une médaille.
Pauline a trouvée FACILEMENT comment financer ses mesures :
Sommet sur l’Éducation pour chercher antre autres, le financement…
Tarif progressive-réaliste-solidaire-équitable pour financer LA TARIF SANTÉ CHAREST , chacun paie selon ses moyens.
Il ne faut jamais, jamais oublier ce qu’a dit un grand homme politique :
” Sans justice pour tous, il n’y a pas de sécurité pour personne.”
Petite précision sur mon NON:
Aux dernières questions de M. B-C, je réponds NON, non pas par incapacité, mais bien par choix! Avancer, ne veut pas dire fusionner, ni abdiquer, mais bien choisir et choisir (ce qui représente un risque; mais qui ne risque rien n’a rien) parce qu’ON y crois…
Les jeunes et les souverainistes déçus qui sont allés appuyer ON ne sont pas là pour rien. Ils ont soif d’un parti sincère, au message clair et qui comprend qu’être au pouvoir n’est pas en soi une bonne chose pour faire avancer la cause de la souveraineté. ON est plus moderne, plus inclusif (immigrants et anglos) et prend le temps de faire de la pédagogie souverainiste. Le PQ, lui, s’empêtre dans des combats d’arrière-garde: on ne réussira pas à convaincre le centre et la droite québécoise de faire la souveraineté en jouant dans les plate-bandes de QS ou en donnant l’impression qu’on est contre la langue anglaise.
Je crains que tant que le PQ n’aura pas reçu de râclée majeure, il continuera à vivre dans le déni de la réalité et à handicaper le mouvement souverainiste avec sa stratégie mal avisée. Dommage.
Je viens de voir les chiffres qui ressortent de ce sondage.
Si le PQ se trouve à 56% d’insatisfaction (et 37% de satisfaction), ce n’est pas en raison de son positionnement à gauche de l’échiquier politique, mais bien à cause de l’apparence d’amateurisme.
Si on regarde le reste des statistiques, on remarque que la population est majoritairement en faveur de tous les projets du PQ jusqu’à maintenant, excepté l’abolition de la hausse des frais de scolarité.
La fermeture de Gentilly-II, le moratoire sur les gaz de schiste, l’annulation du prêt à la mine Jeffrey, abaissement des dons politiques à 100$, abrogation de la loi 78 sont tous appuyé par une majorité de la population.
Même la première mouture des changements fiscaux proposés par Marceau reçoivent l’appui de 62% des répondants! Preuve que tout le tapage médiatique autour de la hausse des impôts au plus nantis n’était que de la poudre aux yeux envoyés par des chroniqueurs et des politiciens de l’opposition qui sont dans leur tour d’ivoire loin de la population.
Pire! Une majorité de Caquistes était en faveur de la première proposition de Marceau! Chez les Libéraux, l’appui est à 48%.
Le gouvernement du Parti québécois a donc été obligé de reculer à cause du chantage de l’opposition et de chroniqueurs populistes, alors qu’une majorité de 62% de la population était en accord avec le gouvernement.
On remarquera aussi que le taux de satisfaction est à 37%, mais les intentions de vote à 33%. Donc, il y a des caquistes, libéraux, solidaires et onistes qui sont satisfaits du gouvernement.
Le PQ, s’il peut gagner en rigueur et discipline, est sur la bonne voie pour remporter les prochaines élections. Et avec ce sondage, les démagogues vont cessez de faire croire que le gouvernement dirige pour une minorité alors qu’une majorité l’appui dans ses décisions. Les tirs à boulets rouges sur le PQ devrait diminuer.
@Kevin 16h33
Pas à dire,comme jongleur t’es pas battu! Impressionnant, ta magie des chiffres…
Le sondage n’ai rien à voir avec les partis politiques québécois ni la popularité du gouvernement mais bien et bel, comme toujours, avec la Question Nationale.
Toute élection, tout sondage au Québec, est ”référendaire”.
“Le Québec ne doit jamais devenir souverain”
-Le grand rabbin de Québec, 6 septembre 2012
@Jippy
Je ne fais que prendre les chiffres qui sont ressorties de ce sondage. On y voit que la population est majoritairement en faveur de TOUS les projets de loi du PQ, excepté l’annulation de la hausse des frais de scolarité.
Les politiques du PQ semblent largement appuyées par la population.
Mais le parti demeure impopulaire malgré tout.