Denis Coderre dit que Montréal a besoin d’un chef d’orchestre et non d’un sauveur. Est-il l’homme qui pourrait accorder les violons de notre cacophonique métropole ?
Dans leur tête, les électeurs se font souvent un portrait-robot du candidat idéal.
Expérimenté, mais pas usé jusqu’à la corde. Digne, mais proche du monde.
Instruit, pour ne pas nous faire honte, mais pas trop, car il pourrait pelleter des nuages. Bien entouré, mais pas une marionnette.
Ces temps-ci, s’il n’a aucun ami ingénieur et s’il n’a jamais été vu au Centre Bell en compagnie de quelqu’un qui a réussi, c’est encore mieux.
Évidemment, toutes ces bonnes âmes qui voudraient quelqu’un comme ceci ou comme cela n’enfileront jamais les gants pour monter elles-mêmes dans le ring. Ça pourrait faire mal.
C’est plus commode de dessiner l’avenir la télécommande à la main.
Denis Coderre n’a rien du candidat fantasmé. Il a un long passé politique et les cicatrices qui vont avec.
Il est populiste et accro aux réseaux sociaux. Est-ce un défaut ou simplement qu’il a accepté notre époque comme elle est ?
Ses idées sont simples et peu nombreuses. Et depuis quand avoir des idées nombreuses et compliquées est-il nécessaire en politique ?
Décrit comme «chaotique», son lancement a plutôt tourné en sa faveur. Une solide majorité de Montréalais en a ras-le-pompon des militants professionnels et des imbéciles masqués.
La vérité est qu’en politique, l’électeur doit choisir parmi les plats au menu.
Louise Harel semble inoxydable. Mais je ne vois tout simplement pas comment une souverainiste, mère des fusions municipales et unilingue française, pourrait être élue à Montréal. Vous me l’expliquerez.
Richard Bergeron a visiblement beaucoup travaillé sur lui-même.
Quand il est apparu sur la scène municipale, il tenait des propos bizarres et donnait l’impression d’avoir oublié de prendre ses médicaments.
Il a mûri et s’est assagi. Mais on échappe difficilement à l’impression d’être devant une sorte de gourou entouré d’un cercle d’admirateurs passionnés de vélo et de fèves germées.
Michael Applebaum s’est mérité, ces derniers temps, une sorte d’estime.
Après un Gérald Tremblay qui jouait de la lyre pendant que l’hôtel de ville brûlait, Applebaum donne au moins l’impression de ne pas vivre dans un univers parallèle.
Il a promis qu’il ne serait pas candidat. Remarquez, Jean Chrétien avait promis d’abolir la TPS et Gaétan Barrette disait qu’il ferait disparaître l’attente dans les hôpitaux en deux ans.
Coderre déplace de l’air (tiens, ça rime), peut donner des coups de pied dans les culs qui le méritent, et n’a plus aucune espèce d’illusion sur la nature humaine.
C’est peut-être ce dont Montréal a besoin, en attendant qu’on change ses structures de gouvernance ubuesques.
Vous trouvez normal que le maire d’arrondissement du Plateau puisse bloquer un projet de ligne d’autobus qui traverserait son micro-royaume ?
Si d’autres joueurs entrent dans la course, il sera toujours temps de réévaluer.
On peut certes faire la fine bouche devant un ou une telle, mais VOUS, plongeriez-vous ?
Hmm, c’est bien ce que je pensais.