Dimanche, Pauline Marois a réitéré son souhait d’augmenter le nombre d’heures consacrées à l’enseignement de l’histoire.
Je suis évidemment pour. La question est cependant plus complexe qu’on ne le croit généralement.
D’abord, l’enseignement de l’histoire est un sujet controversé absolument partout.
Quand l’actuel ministre britannique de l’Éducation, Michael Gove, a fait connaître ses intentions, on l’a accusé de vouloir privilégier un récit épique trop centré sur les mâles blancs protestants.
Au Canada anglais, l’écrivaine Margaret Atwood et la cheffe chef du Parti Vert, Elizabeth May, trouvent que les livres d’histoire ne parlent pas assez des autochtones.
Le gouvernement Harper, lui, voudrait que l’on parle plus de 1812 et de l’héroïsme des soldats canadiens à Vimy.
Au Québec, tout cela glisse toujours vers un débat entre souverainistes et fédéralistes.
Les premiers voudront mettre en lumière la trajectoire difficile des francophones et la construction d’une identité nationale distincte.
Les fédéralistes préféreront insister sur l’apport de toutes les minorités à l’édification d’un Canada multiculturel et harmonieux.
Inévitables, ces controverses tiennent beaucoup à la nature même de la matière.
L’Histoire n’est pas un savoir du même type que les mathématiques. Cela pose au moins deux problèmes.
Le premier est que l’ensemble des faits est trop vaste pour être entièrement couvert.
Il faut donc décider de quoi on parlera et de quoi on ne parlera pas. Forcément, cette sélection engage le point de vue personnel de l’historien.
Le deuxième problème porte sur l’interprétation des faits.
La Conquête de 1760 fut-elle un traumatisme majeur aux effets durables ou un changement de régime qui affecta assez peu la vie quotidienne des gens ? Les deux thèses ont été soutenues avec force et talent.
Aux questions du nombre d’heures et des inclinaisons personnelles de l’enseignant, il faut ajouter un autre aspect qui tient à la méthode d’enseignement elle-même.
Ces dernières décennies, on s’est éloigné du récit chronologique.
L’enseignant aborde la matière par thèmes : les femmes, la démocratie, les minorités ethniques, etc. Il regarde ensuite comment un thème se présentait à chaque époque.
Ce n’est pas nécessairement mieux : dans la tête de l’étudiant, toutes les époques seront mélangées et il plaquera sa sensibilité moderne sur les mentalités du passé.
Que les femmes n’aient pas eu le droit de vote pendant longtemps ne faisait pas pour autant des hommes du passé de parfaits salauds.
Avec cette approche, on fabrique des jeunes emmurés dans les valeurs d’aujourd’hui, convaincus que leurs ancêtres étaient des tarés desquels il n’y a rien à apprendre.
Avec les années, j’ai acquis une certitude. Oui, il faut revoir cela et faire plus. Mais parlez à des jeunes et ils vous donneront la clé : c’est le professeur qui fait la différence.
Avez-vous récemment entendu un ministre de l’Éducation chez nous aborder la question de la formation des futurs maîtres ?