Le mois dernier, j’étais en Israël. Dans les journaux, on y discutait ouvertement quoi faire face aux efforts de l’Iran pour se doter de l’arme nucléaire.
Pour les Israéliens, la question a une dimension proprement existentielle que nous avons de la peine à appréhender d’ici. Mettez-vous un instant à leur place.
L’Iran joue au chat et à la souris avec les inspecteurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique de l’ONU. Mais il est pratiquement établi que son programme nucléaire a une finalité militaire et non civile.
L’Iran est aux mains d’un régime théocratique. Plusieurs ayatollahs ont appelé à la destruction d’Israël.
Le président Ahmadinejad a nié l’Holocauste. Le régime soutient déjà le Hezbollah, considéré comme une organisation terroriste par les pays occidentaux.
Ce régime veut bientôt pouvoir pointer des missiles nucléaires en direction d’Israël. Regardez une carte et voyez la proximité. Imaginez qu’un voisin hostile se comporte ainsi avec nous.
Il s’en trouvera pour dire que les Iraniens ont autant droit à l’arme nucléaire que ceux qui l’ont déjà. Malheureusement, on ne réécrit pas le passé.
Si on suivait cette logique simpliste, on encouragerait une course à l’armement nucléaire qui rendrait le monde encore plus dangereux, surtout si ces armes se retrouvaient entre les mains de pays agressifs.
La vieille logique de la dissuasion mutuelle entre les USA et l’URSS pendant la guerre froide ne tiendrait plus.
Si le régime iranien parvenait à ses fins, avoir défié l’ONU et la communauté internationale lui donnerait un ascendant accru aux yeux des extrémistes islamistes.
Son agressivité régionale augmenterait. Tout accord de paix au Moyen-Orient deviendrait encore plus hypothétique.
On ne peut non plus exclure – cauchemar ultime – que l’Iran en vienne à utiliser ces armes qu’il a mis tant d’efforts à obtenir.
En Israël, personne ne nie que des frappes aériennes sur les installations nucléaires iraniennes soient une option de dernier recours.
Elles soulèveraient certes d’immenses problèmes, sauf qu’il y a déjà un immense problème sur la table.
Tous admettent aussi qu’il faudrait attendre jusqu’au moment où ces frappes seraient absolument nécessaires.
Elles auraient plus de légitimité s’il est clair que la menace iranienne est un problème pour toute la communauté internationale et pas seulement pour Israël.
Le premier choix est évidemment que les sanctions économiques fonctionnent, sauf qu’elles n’ont rien donné jusqu’ici. Les ayatollahs ne voient aucun inconvénient à ce que le peuple iranien souffre tant que le régime n’est pas menacé.
Pour que les sanctions aient une chance de fonctionner, il faut cependant que l’option de la frappe militaire soit présente. On fait des compromis quand les conséquences de ne pas en faire sont jugées pires.
Par contre, une attaque israélienne pourrait rallier le peuple iranien autour de ses dirigeants actuels, même si le mécontentement gronde.
De plus, elle ne ferait peut-être que retarder le programme iranien. Comme l’expertise est acquise, l’Iran chercherait un moyen de recommencer.
Mais ce gain de temps n’est pas pour autant négligeable. Dans cette partie du monde, des tas de choses peuvent survenir en quelques années, y compris un changement de régime à Téhéran.