Nos étés

- 4 juillet 2012

L’été est la saison qui me fait le plus réaliser à quel point mon enfance et celle de mes enfants semblent séparées par quelques millénaires.

Les étés de mon enfance et de ma préadolescence étaient remplis de longs moments de flânerie langoureuse, interrompus par une occasionnelle partie de soccer.

À la sauvette, on avisait nos parents qu’on serait au parc ou dans la ruelle. La gang s’y retrouvait automatiquement : jeux, bousculades, premiers émois amoureux.

Deux semaines par été, on allait au camp de vacances. On avait énormément de temps libre.

Aujourd’hui, mes enfants ont un agenda collé sur le réfrigérateur, que ma femme et moi gérons à leur place : compétitions, entraînements, excursions ici et là, cours de ceci et de cela. Ça n’arrête pas ou à peine.

Nous disons faire cela pour leur bien : épanouissement, socialisation, patati et patata. On se construit un tas de rationalisations psychopédagogiques pour se justifier.

Nous n’aimons pas trop admettre que nous encadrons aussi leurs vies pour savoir où ils sont, pour les mettre à l’abri du danger autant que possible.

Je ne sais pas pour vous, mais moi, je ne peux m’empêcher de soumettre mes enfants, quand ils sortent de la maison, à un véritable barrage de questions.  Tu seras où ? Avec qui ? En train de faire quoi ? Tu rentres quand ? Tu rentres comment ?

Je n’ai aucun souvenir de mes parents, qui furent formidables, me demandant de leur rendre continuellement compte de toutes mes allées et venues.

Nous vivons dans une culture de la peur. On craint toujours le fou de la route, l’agresseur sexuel qui rôde, la bande de voyous qui pourrait tabasser notre enfant.  

Je dis tellement aux miens d’être prudents en traversant la rue ou en prenant leur vélo qu’ils n’en peuvent plus de m’entendre. Je suis un père-poule.

J’ai des amis dont les enfants commencent à conduire et à aller à leurs premiers partys alcoolisés. Ils ne vont pas se coucher tant que leur ado n’est pas rentré.

Pourtant, nos sociétés sont plus sécuritaires que jamais. Les bilans routiers s’améliorent. Le nombre de crimes violents baisse. La responsabilisation et la prévention ont fait des pas de géant. Mais on se dit toujours : et si c’était le mien ?

Une partie de moi est favorable à tous ces efforts des autorités pour réduire le danger.

Une autre partie de moi se demande à quoi ressembleront ces adultes de demain qui auront grandi sous une cloche de verre protectrice, sans jamais s’être frottés à des réalités plus dures qu’un sermon parental après un bulletin décevant ou une contusion sur une cuisse après un match de soccer.

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12 commentaires

  1. Julien dit :

    Je ne prétends surtout pas à une compétence particulière en psychologie. Je risque ceci: se pourrait-il qu’en réaction à leur enfance, les enfants couvés d’aujourd’hui soient des non conventionnels ou même des rebelles une fois adultes ?

  2. gillac dit :

    À ma question un ami m’a fait hier la réponse suivante: je n’ai pas l’heure mais j’ai du temps. Curieusement cette boutade et cette chronique m’ont ramené dans mon enfance à ce que j’appelerais ses périodes presque délicieuses d’ennui où le temps semblait presque arrêté: le dimanche après-midi sur mon balcon à regarder circuler les autos ou à observer les fourmis travailler… Et si regarder le temps passer faisait aussi partie de l’expérience humaine…

  3. amanee dit :

    Je me rappelle aussi de mes étés à jouer durant toute la journée au parc. On s’organisait des tournois de soccer ou baseball entre différents quartiers ou on se baladait dans la forêt pour ramasser des cannettes vides qu’on échangeait apres pour s acheter des sucettes au Perrette du coin. Que de beau souvenir!.

    On se creeait des randonnees en bicyclette pour explorer les autres quartiers. Le thrill de tenter de rentrer au Dome avec les cartes d’un plus vieux. Que de beau souvenir!

    Aujourdhui, j ai deux petites filles et je suis pas certain que je leur accorderai autant de libertés. J ai tellement peur de ceux sur quoi elles risquent de rencontrer. Je suis tout comme Joseph, un vrai pére-poule.

    Peut-être que l’omni présence des technologies dans nos vies, a rendu les plus jeunes moins inventif. Je me souviens qu on avait pas besoin de grand chose pour s’amuser. Aujourdhui, ils ont tout ou prespre mais ils trouvent quand meme le temps de s ennuyer.

  4. popole dit :

    L’échec de la surprotection saute aux yeux ,les carrés rouges sont une génération vouée à l,échec et accrochée à la mamelle de l’état comme fut leurs enfances surcouvée.

  5. Michel Marceau dit :

    Vivre et laisser vivre. Nous avons le même âge tout comme nos enfants. Avec raison l’avenir nous semble précaire, et nous sommes familier avec la planification que nous voulons apporter du travail vers la maison. C’est sans doute une faute. Nous devons faire confiance a nos enfants et ils vont nous surprendre. Nous recevons trop d’informations ce qui nous pousse a croire que nous vivons dans un monde très dangeureux, ce qui est faux.

    Par contre le monde ne change pas autant que ça. Ma grand-mère alors qu’elle avait 85 ans disait à mon père qui en avait 60 “ne conduit pas trop vite et ne rentre pas trop tard”. Alors que mon père a toujours scrupuleusement respecté le code de la route et je pense qu’il n’est jamais rentré à la maison après 22h.

  6. S. Dufour dit :

    De tout temps les parents se sont inquiétés pour leurs enfants. Plusieurs amies m’ont dit que tant qu’on n’a pas d’enfant, on ne sait pas ce que c’est de vraiment s’inquiéter et de freaker en dedans à l’idée de tout ce qui peut leur arriver. À ce qu’ils disent, c’est pire que de s’imaginer que ça arrive à soi-même. Je les crois sur parole, même si je n’ai pas d’enfant.
    Moi aussi j’ai le souvenir de longue journées de vacances avec les autres enfants à improviser des activités à mesure que le temps passait. Mais être enfant il y a 30-35 ans, c’était une autre époque. Entre autres, y avait beaucoup moins de familles où les deux parents travaillaient. Maintenant oui, et lorsque papa et maman ont chacun 2 semaines de vacances seulement entre fin juin et début septembre, et pas toujours en même temps, alors le reste du temps, faut bien que quelqu’un s’occupe des enfants, d’où la multitude de camps de jour, activiés, cours, etc. Est-ce mieux que nous ou pire? C’est en tout cas différent, et on ne pourra pas y changer grand chose.

  7. Jippy dit :

    Il fait bon de constater qu’un certain nombre de parents, encore de nos jours malgré le rythme démentiel de nos vies (société oblige), prennent du temps pour leurs enfants: Montrer de l’intérêt pour leurs activités, les féliciter pour leurs bons coups (succès académiques ou sportifs), dialoguer, leur faire ressentir qu’ils sont aimés. Voilà les conditions favorables à une jeunesse joyeuse et équilibrée! Dans un tel contexte familial, le rappel fréquent des consignes (conseils?) de sécurité va de soi… la reconnaissance saura venir en son temps, avec les souvenirs de certains jours plus marquants!

  8. Salut, ça faisait un bout de temps que je n’étais pas venu sur qui est toujours aussi – peut-être même plus – beau.
    Aux regrets de ne pas passer plus de temps pour donner mes nouvelles à la communauté, je te souhaite bonne journée et te dis encore bravo pour ce magnifique travail !

  9. Louis Lecomte dit :

    Il y a le zéro, le neutre de l’addition. Il y a le un, le neutre le la multiplication. Et il y a la flânerie, le neutre de l’activité humaine. La conception du zéro est perçue comme l’une des plus grandes révolutions de la pensée humaine. Je crois qu’il faudra bien admettre un jour que la flânerie a autant d’importance pour notre santé, que le zéro et le un pour l’algèbre. Ce sera notre révolution sociale. Apprendre à nos enfants à ne rien faire de temps en temps. Rien. Vraiment rien.

  10. Nicole M. dit :

    M. Facal, parent un jour, parent toujours. Ma fille est partie toute seule, sans son conjoint en Espagne pour faire de la randonnée en montagne. Elle demeurait seule à Barcelone, San Sebastian et Madrid avant d’être rejointe par une amie qui faisait du vélo en Corse. Vous dire à quel point j’étais inquiète pour elle, ça ne se peut pas. Pourtant elle est appelée à voyager beaucoup pour on travail, mais là, ce n’était pas pareil. Vu le contexte économique et la voir en campagne, j’avais peur. Mais elle a rapporté les plus belles photos du monde et est revenue en pleine forme.

  11. Julie Boucher dit :

    Les miens ont 14 et 16. Nous sommes dans l’ère de faire confiance, de commencer à leur laisser ouvrir leurs ailes. Leur ont donné une forte base d’amour avec des parents qui s’aiment passionnément depuis plus de 20 ans, avec aussi un foi inébranlable (bien oui, ça existe encore!) que nous avons leur père et moi. Nous les aimons et nous aimons leur vie. Nous nous impliquons dans leur «social» en ayant des bandes d’hormones sur notre balcon et notre piscine, en s’occupant du groupe de jeunes de notre église dont ils font partie durant les temps froids et nuits hâtives. Nous les connaissons et ils nous connaissent. Nous avons pris la décision de leur faire confiance, parce que bien que personne n’ait digne de confiance à 100%, ils ont droit à l’erreur. Nous avons aussi appris à lâcher prise tant aux résultats de nos investissements d’amour et de temps. En essayant de tout contrôler, quel euphémisme, on perd plus souvent qu’autrement le contrôle de tout. J’ai aimé toutes les étapes de leurs enfances mais j’avoue que l’adolescence est ma préférée.

  12. Johanne Audrey Johnson dit :

    Vous dites: “Une autre partie de moi se demande à quoi ressembleront ces adultes de demain qui auront grandi sous une cloche de verre protectrice”. Nous aussi on a surveillé, reconduit et escorté les enfants et ce que je peux vous dire, c’est que malgré cette supervision et cette sur-protection parfois, ils ont réussi à en faire pas mal sans qu’on le sache. On l’apprend maintenant.

    C’est comme la police et les bandits, quand la police apprend à déjouer une fraude, les bandits en créent une nouvelle. Les bandits ont toujours un coup d’avance, les enfants aussi, parce qu’ils sont de “petits bandits” qui veulent expérimenter en dehors de la loi et l’ordre que représente les parents. Une loi très injuste à leur yeux, d’ailleurs Alors, quand ils veulent, ils trouvent la façon de nous déjouer pour sortir à des endroits non permis et être avec les personnes qu’on ne voudrait pas qu’ils fréquentent.

    Sincèrement, quand une ado s’en va rencontrer un gars de 10 ans son ainé, un peu bum et un peu pusher, pensez-vous qu’elle va dire la vérité à ses parents? Non, elle fricotte une histoire et se couvre avec son réseau d’amis et/ou son cell.

    Il faut les mettre en garde au maximum, faire de la prévention, maintenir un dialogue, les informer des dangers de ceci ou des conséquences de cela, leur faire développer leur jugement critique, mais même à ça, s’ils veulent expérimenter quelque chose de défendu, ils vont le faire, même s’ils ont toute l’information et que logiquement ils devraient nous écouter! ;o)

    On a toujours dit que l’expérience ne s’achète pas, et, malheureusement pour les parents, c’est vrai.

    À un moment donné, il faut faire confiance à la vie et leur faire confiance. Je pense qu’on est mieux de pas tout savoir ce qu’ils font réellement car, on dormirait encore plus mal la nuit!!

    C’est sans doute notre punition pour avoir nous-mêmes menti à nos parents!

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