La petite histoire de la merveilleuse privatisation du CN

- 1 novembre 2012

La privatisation en catimini

C’est en 1995 que le gouvernement libéral du Canada a privatisé la compagnie de chemin de fer Canadien National pour des pinottes. Comme dans le cas d’Air Canada et de Petro-Canada, la privatisation du Canadien National s’est faite sans véritable débat public. L’idéologie néolibérale a nettement primé sur l’analyse objective des faits démontrant l’importance cruciale de ce service public pour les régions, les trains de passagers et les compagnies de plusieurs secteurs d’activités. Dans d’autres pays la population serait descendue par millions dans la rie pour s’opposer à cet appauvrissement collectif que sont les services public privatisés. Mais ici, les Canadiens et les Québécois sont restés assis sur leur «steak». Dans d’autres pays, jamais il serait venu à l’esprit du gouvernement de brader de tels joyaux collectifs. Voyons dans les faits à qui a profité ce bradage et ce délestage de cet immense instrument collectif. Attachez votre capine.

 

Le Canadien National : un véritable monopole privé

Avec son semblant de concurrent au Canada qu’est le CP, le Canadien National et le Canadien Pacifique forment un véritable monopole qui dicte les prix et impose ses ordres aux gouvernements, ce qui est néfaste tant aux niveaux démocratiques qu’économiques. Oh, les amis, c’est pas moi qui le dis que le tandem CN-CP forme dans les faits un confortable monopole, mais bel et bien un comité d’experts mis en place par Stephen Harper et la Coalition des expéditeurs privés par rail (mines, papetières, céréales, chimiques, etc. ) (La Presse, 15 décembre 2010 et Les Affaires, 27 janvier 2001). Dire que certains nous serinent encore qu’il faut tout privatiser au nom de la «saine» concurrence. Concurrence mon œil !

 

Le CN contrôlé pour de vrai par des Américains

Dorénavant, le CN, autrefois une société d’État canadienne, est maintenant contrôlé à plus de 70% par des investisseurs américains : «Près de 70% des actions au Canadien National se retrouvent en mains américaines» (Les Affaires, 20 avril 1996). Ça c’était un article rédigé en 1996. Aujourd’hui, les Américains ont accru leur emprise. Et qui est, selon vous, le principal actionnaire individuel du CN avec plus de 10% du contrôle ? C’est le cofondateur et propriétaire de la compagnie américaine Microsoft : «Bill Gates devient le plus important actionnaire du CN» (La Presse, 26 avril 2011). C’est donc dire que les milliards en profits réalisés au Canada par le CN prennent le chemin des Etats-Unis. Plus colonisés que nous, tu meurs ! Ça fait que, comme le CN est détenu majoritairement par des Américains, le Canadien National n’a plus de canadien que le nom et ça fait qu’il tient ses assemblées annuelles d’actionnaires tant au Canada qu’aux States.

 

Oh, oh, comme le CN est devenu propriété américaine, la direction de la compagnie de chemin de fer Canadien National a ordonné à ses employés de ne plus utiliser le mot «Canadien» dans l’ensemble de ses communications, ce qui avait alors amené l’ancien ministre fédéral des Transports, le libéral David Collenette, a piqué une crise, uniquement pour la galerie, bien évidemment : «Collenette mis hors de lui par le CN. La compagnie de chemin de fer veut bannir le mot «Canadien» (La Presse, 20 septembre 2003). Les libéraux fédéraux qui privatisent sans consultation publique le Canadien National et qui, par après, nous jouent maladroitement le coup du gars très étonné qu’il soit maintenant contrôlé majoritairement par les Américains et offusqué que l’on veuille expurger de la raison sociale de la compagnie le mot «Canadien». Faut donner raison aux dirigeants de cette compagnie puisque le Canadien National n’est plus, justement, Canadien. Faut bien se rendre à l’évidence.

 

En passant, faut dire que le Canadien Pacifique est de plus en plus américain et qu’il est préférable aujourd’hui de parler du CP et non plus du Canadien Pacifique. D’ailleurs, le plus important actionnaire individuel du CP est le fonds d’investissement new-yorkais Pershing Square Capital Management, qui détient une participation d’un peu plus de 14% du contrôle juridique de l’entreprise. Faudrait nous, canadiens et québécois, arrêter de jouer à l’autruche et assumer pleinement ce que nous sommes vraiment en privatisant, afin de réduire les coûts et de nous moderniser tout en nous réingéniant, les parlements canadien et provinciaux aux Américains. Ainsi, on relèverait directement de la Maison Blanche à Washington et on éliminerait de nombreux intermédiaires inutiles et superflus que sont nos pantins de politiciens. On réduirait ainsi un peu les risques de corruption généralisée.

 

Gros profits, gros dividendes shippés aux States, peu d’impôt payés et mainmise sur le train public de banlieue

Dans ma prochaine chronique, on verra que le CN est déjà celui qui mène en dictateur, même dans les services publics comme les trains de banlieue puisqu’il est propriétaire des voies ferrées. Et nos laquais d’élus se soumettent gentiment sans rouspéter aux ordres de la compagnie américaine CN. Au moins, on aurait pu conserver les voies ferrées comme propriété collective. Ça prend pas une lumière pour comprendre que sur les voies ferrées circulent les trains de passagers et les trains de marchandises. Et comme les voies ferrées appartiennent au privé, en l’occurrence le CN et le CP, non seulement ils donnent priorité à «leurs» trains de marchandises avant les trains de passagers, mais ce sont eux qui décident des horaires, des tracés, etc. des trains de banlieue. Vais-je apparaître comme un irréductible communiste sir je vous dis qu’il faut absolument nationaliser les voies ferrées ou le rail et les louer par après au CN et au CP afin de prioriser le service public des trains de passagers ?

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14 commentaires

  1. Jean Martel dit :

    Encore un très bon article M. Lauzon. La petite histoire merveilleuse est plutôt une histoire d’horreur. Ça cadre bien en cette période de l’Halloween. :-) C’est fou ce que nous perdons avec ces privatisations (Air Canada, Pétro-Canada aussi). J’en ai des frissons !

  2. Jean Martel dit :

    Si vous êtes un irréductible communiste, j’en suis moi aussi, car c’est le genre de service à la population qui doit appartenir à la Nation (énergie et transport). Ce n’est pas d`être communiste que de souhaiter un enrichissement collectif et contrôler notre développement. Ceux qui ont vendu ces joyaux devraient se retrouver en prison pour vol et recel. :-) En passant, j’ai une solide formation universitaire en affaires, comptabilité, finances et économie et je suis toujours impressionné par vos articles. Bravo !

  3. Benton dit :

    J’ai déjà lu que le Canada est le seul pays au monde où la marchandise a priorité sur les gens dans le domaine ferroviaire…

    On a le sens des priorités!

  4. Alain Cro dit :

    Entièrement d’accord pour la nationalisation des chemins de fer et ensuite la gestion par nous de qui passe quand et à quel prix.

    Je vous cite : « Canadien National et le Canadien Pacifique forment un véritable monopole qui dicte les prix et impose ses ordres aux gouvernements »

    A quand la même analyse critique sur l’UPA, CSN et autre cartel syndical qui « dictent ses prix » et « imposent ses ordres aux gouvernements » ???

  5. Denis Richard dit :

    Dans les années 60, le CN avait emprunté 800 millions dans le fond de pension des employés pour l`achat de nouvelles locomotives.
    Quand il est venu le temps de remborser, bien le libéral ministre Gordon a conclu que la caisse des employés avait assé d`argent pour les retraités.
    Donc en bon père de famille, Gordon a autorisé le CN à rembourser QUE 350 millions sans intérêts dans le fond des employés.

    Pourtant à l`époque, il y avait des retraités du CN qui ne recevait que 50.00$ – 60.00$ par mois pour leur retraites..

    Ha les bons libéraux fédéraux et provinciaux….

  6. Nelson dit :

    Comment comprendre les décisions  »patriotiques » des patriotes canadiens qui vendent des choses essentiels comme transport et énergie à des étrangers pour deux fois rien ???

    Est-ce que avec des gouvernements autres que ceux qui font des choses pareils, nous pourrions nationaliser un paquet de nos ressources naturels et services essentiels ?.

    Seraient donc responsables les irresponsables qui votent pour des politiciens archi- connus proches des affairistes ?

  7. Dann dit :

    Bien voyons donc! Décidément, il y a vraiment du monde qui parle à travers leur chapeau ici. La marchandise n’a absolument pas priorité sur le passagers, en ce qui à trait au CP en tout cas. Je vous en pris, cesser de dire n’importe quoi juste pour écrire des mots. Ca c’est du sensationnalisme québécois pure et dure. Et pis après ca ya toute la gang de petit québécois qui embarque là dedans parce qu’un jour, pauvre petit bureaucrate à cravate, il est arrivé avec 2 minutes de retard à la station. Les québécois sont tellement misérables par bout, on à juste à leur placer les mots dans la bouche pis y partent au barricade sans même réfléchir. Des pantins!

    Les rails sont loué par des compagnies comme AMT, les contrats sont négocier à leur avantages. En plus, AMT est un client, et pas qu’un petit client en plus pour les compagnies ferroviaires. Alors vous savez ce que dit le dicton… Le client a toujours raisons !! Il devrait y en avoir un autre qui dit, ‘’Le client avant tout’’, et c’est exactement ce qui se passe dans le milieu ferroviaire. Si vous pensé que les passagers attendent à cause des marchandises qui passent en priorité, aller posez la question aux équipes de trains qui attendent des 2, 3 voir 4 heures des fois avant de sortir d’un triage avec un train de 10 000 pieds parce que la parade des trains de banlieue n’est pas terminé. Allez y et vous reviendrai me dire que la marchandise passe avant les passagers!

    Je vous laisse sur cette réflexion : ‘’ Combien de personnes sont touché quand un train de passagers arrive en retard VS un train de marchandises’’ Lequel de ses 2 trains affecterait le plus l’économie canadienne si le service prendrais fin aujourd’hui même?

  8. Benton dit :

    @Alain Cro

    L’UPA ne fixe pas grand prix et les « cartels » syndicaux ne sont pas bien puissant puisque les conditions de travaillent ne cesse de diminuer depuis 30 ans!

    @Dann

    Faut sortir de Montréal où le train de banlieue est inexistant!
    Prenez le train pour venir en région, vous serez surpris du nombre d’arrêt dans des voies de triages… pour laisser passer les trains de marchandises.

  9. Alain Cro dit :

    @Benton

    C’est vrai j’oubliais, ils ne fixent pas les prix, ils font de la gestion de l’offre … (quotas de lait, quotas d’oeuf, quotas de bois, quotas de sirop d’érable, quotas de etc …) via les fédérations. Un peu comme l’OPEP pour le pétrole. C’est pour cela que les fromages québecois coûtent plus chers que les fromage français à l’épicerie … et en décembre on envoi le lait dans les égouts pour ne pas défoncer ses quotas.

    Dans le privé, ils appellent cela de la collusion!

    Il faut comprendre que les centrales syndicales ne travaillent pas pour la qualité du membership mais pour la quantité, c’est bien plus payant.

    Pour le train 100% d’accord, ici c’est inexistant comparé à l’Europe; d’où la nécessité d’en prendre le contrôle collectivement.

  10. Benton dit :

    @Alain Cro

    Ce n’est pas l’UPA qui fixe les quotas de laits et d’oeuf, mais le gouvernement.

    Le fromage n’est pas régie par les quotas, c’est pourquoi les fermiers produisent de plus en plus de fromages… pour ne pas jeter le lait dans les égouts, ce qui explique l’explosion de fromagerie au Québec!

  11. Alain Cro dit :

    On est rendu dans le fromage … Voici comment ça marche : On produit de plus en plus de fromages fins (pas avec les surplus) et les prix ne baissent pas, raison = le producteur laitier qui décide de faire du fromage doit « s’acheter » son lait qu’il a produit au même prix que s’il avait livré le lait, et qu’il l’avait reçu après en livraison. Il doit d’ailleurs installer un compteur sur la ligne qui va à la fromagerie, d’où le prix élevé du fromage. Pas besoin de quota de fromage, la matière première est déjà contrôlée par le cartel.Résultat, le petit producteur laitier s’écœure de faire du fromage, il laisse le champ libre à Saputo et cie.

    Avec son lait en surplus de son quota (quota donné gratuitement au début …) il fait venir un maître fromager qui lui produit du cheddar pour sa consommation « personnelle ». Malheur s’il en vend « au noir » à la famille et voisins, l’UPA débarque et les amendes pleuvent car ils marchent main dans la main avec le gouvernement. Le MAPAQ en a fait la démonstration avec les fromages au lait cru, ils arrivaient dans la même voiture que l’UPA !!!

    C’est cela la réalité quotidienne en région; vous pouvez ajouter ce raisonnement à toute autre marchandise agricole. Pourquoi pensez-vous que l’union paysanne est bloquée partout ??? Faites juste essayer d’avoir une érablière et de vendre du sirop « sur le bord du chemin » sans la bénédiction (cote) de l’UPA. Eux aussi en ont des « rambos ».

    Ne vous méprenez pas, UPA et gouvernement ne font qu’un. Qu’a fait le ministre Lessard de l’agriculture avec le rapport Pronovost sur l’UPA et son influence ? Tablette, pour ne pas dire poubelle; il aurait probablement fallu le couler comme a fait M. Duchesneau.

    Loi unique au monde depuis 1972 ??? On est vraiment une société distincte on a des prix planchers partout mais pas de prix plafonds …

  12. Sylvain Lacroix dit :

    Très bon article Monsieur Lauzon. Cependant, je vais vous dire ceci et ça ne vient pas directement de moi mais je suis totalement d’accord ce qu’il a dit et je le cites, «Le CN d’avant 1992 n’allait nul part. Les chiffres de la compagnie étant épeurant pour n’importe quel fiscaliste.

    Puis est arrivé Paul Tellier avec le mandat clair de préparer le CN à la privatisation. Et oui, ça voulu dire mise à pied massive, abandons volontaires de clients et de mentalité de gestion. Lorsque ça s’est fait en 1995, le CN est devenu un success story. Il faut dire que le CN avait le mot «faillite» dans ses gènes : ne fût-il pas créé à partir d’une série de compagnies en tutelle par le gouvernement dans les années 1920 ? Au cours de son histoire, il y a eu quelques bons coups, comme la création de ce qui allait devenir Radio-Canada. Puis la création en 1979 de CNCP Télécom, un joueur majeur de l’industrie des télécoms encore aujourd’hui. Et l’exploitation des services de traversiers dans les Maritimes. Mais tout comme compagnie de la couronne, la bureaucratie s’est alourdie… et les dépenses aussi. La compagnie est rapidement redevenue déficitaire, mais comme elle assurait un service essentiel à l’économie (dans les années 30-40-50-60), difficile de s’en départir. Elle fut démembrée petit à petit, avec la création de Via Rail en 1978, de l’abandon du service à l’Î-P-É et à TN-L, de la création du NBEC/CFMG en 1992… l’occasion de vendre l’entreprise s’est présentée en 1995, quelques années après la déréglementation du camionnage qui ouvrait nos routes publiques au massacre des camions. Mis à part le Corridor, le réseau du CN reste essentiellement un réseau formé d’anciennes compagnies ayant fait faillites principalement pour des lignes non viables (faible population, longue distance entre les clients, région nordique), ce qui n’était pas le cas du CP, son rival. Le CP a «négocié le gun sur la tempe » avec le gouvernement pour hérité des plus beaux parcours…

  13. Sylvain Lacroix dit :

    Suite:.. sur le terrain vierge qu’était l’Ouest canadien en 1880… Regardez n’importe quelle carte géographique pour voir que les lignes du CP ont le meilleur des cas, pratiquement tout le temps (même y compris du temps que le CP se rendait à Halifax et avait le « privilège » de couper au travers du Maine!). Le trajet des deux compagnies dans les Rocheuses en est le meilleur exemple.

    Quand on regarde les chiffres d’emplois, on constate que le CN a « maigris » de plusieurs dizaines de milliers d’employés en à peine 30 ans.
    Mais du côté des bénéfices, le CN est passé d’un profit de 371 M$ en 15 ans à une somme identique en trois mois (un trimestre) en moins de 5 ans de privatisation.

    Je ne vais pas faire brailler personne, mais malgré les scandales des années 2000 (déraillements majeurs à répétition) et les ventes de feu de plusieurs lignes, le CN est la 6e compagnie en importance au pays, devant la BMO, Esso Canada, Bell, CIBC, Telus, Rogers… et le CP (30e). Pour une entreprise cliniquement morte il y a 20 ans, c’est pas si pire…

    L’industrie du chemin de fer est collé sur l’économie. Quand l’économie reprend, le CdF reprend.
    Est-ce réellement la privatisation du CN qui a apporté tous les problèmes de l’économie ferroviaire actuelle? Je ne crois pas.
    Est-ce qu’on peut reprocher à une compagnie de maintenir ou améliorer sa profitabilité? Une entreprise non rentable, ça fini par disparaître…

    Allez-vous boycotter l’achat de centaines de bien de consommation qui étaient livrés en train et qui sont maintenant livrés par camion pour prouver votre point? Je ne crois pas non plus…

    Là où je veux en venir, c’est que nos entreprises de communications (et de transport ferroviaire) voient leur environnement changer. Elles doivent s’adapter pour survire. Une baisse de 35%, c’est pas l’fun. Mais c’est mieux qu’une baisse de 100%. On peut ben chiâler que Rad-Can/TVA/V/CN/CP maltraite ses employés, mais dans le fond, faut mieux que…

  14. Sylvain Lacroix dit :

    , faut mieux que l’entreprise soit rentable qu’en faillite.

    À choisir son état, j’aime mieux travailler pour un boss qui s’en met plein les poches et m’en donne un peu que pour un boss qui fait faillite et ne m’en donne plus du tout…

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