La Presse, les retraites et l’hystérie

- 16 février 2012

Après le bon, la brute et le truand, viennent La Presse, les retraites et l’hystérie. Admettez que ça ferait un bon sujet de documentaire.

 

Intérêts intéressés ?

La Presse et Le Soleil sont des filiales de Power Corp. Cette transnationale canadienne, en plus de recevoir au domaine de son propriétaire Paul Desmarais, notre premier ministre, le président de la Caisse de dépôt et leur charmante petite famille est, entre autres, très présente dans la santé et les pensions privées. Comment ? Par le biais de ses filiales : Great West Life, London Life, Canada Life, Groupe Investors et Groupe Mackenzie.

 

Bien évidemment, et comme il se doit, Power (et ses courageux chroniqueurs et éditorialistes) militent vigoureusement pour la privatisation des pensions de vieillesse et de la santé publique.

 

Non, non, je vous en prie, ne me prêtez pas, encore une fois, des intentions malveillantes. C’est pas moi qui le dit, c’est elle-même dans son propre journal, La Presse du 16 mai 1997 : «La Financière Power investira dans les services publics». Pour qu’elle puisse investir allègrement dans les services publics, il faut, par simple déduction, qu’ils soient de moins en moins publics. C’est là que La Presse et ses autres médias doivent intervenir afin de brainwasher le monde. Élémentaire mon cher Watson.

 

Déjà, en 1996, La Presse et ses mercenaires commençaient à farcir les cervelles en interviewant Maurice Marchon, un économiste universitaire des HEC et farouche partisan de l’État-néant, comme l’indique clairement le titre de cet article du 2 mai 1996 : «Les régimes publics de pensions devront être moins généreux». Et ce même si le pays connaissait alors une croissance économique époustouflante et que les compagnies réalisaient des profits records. Il faut ce qu’il faut pour le bien-être des actionnaires et des dirigeants !

 

Tiens, tiens, un autre article idéologique et intéressé dans La Presse du 30 janvier 1996 : «C.D. Howe (organisme de recherche patronal) préconise le remplacement des régimes de rentes d’État par des REER». Vous m’en direz tant… Comme par hasard, les REER et tous les autres abris fiscaux sont très très payants pour Power Corp. Par ici la bonne soupe !

 

Une poignée dans le dos

Une autre plogue publicitaire, présentée comme un article de fond, dans La Presse du 29 mai 2007 intitulé : «Retraite : préparez-vous à manquer d’argent». Dans cette infopublicité, il est écrit : «Les assureurs peuvent faire leur part pour aider les futurs retraités». Des assureurs privés qui veulent nous aider. Bientôt elles se présenteront comme des organismes de bienfaisance, quoi ? SVP., enlevez moi la poignée que j’ai dans le dos ! Et comme le Nouveau parti démocratique veut augmenter les pensions de vieillesse fédérales et les régimes de santé publique, ça ne fait pas du tout l’affaire de Power, comme l’illustre le titre suivant d’un énième article daté du 13 mai 2011 : «La Financière Power craint une éventuelle réforme du régime de retraite à la sauce NPD». En somme, Power veut nous aider en coupant les pensions de retraite publiques. Avec des amis comme ça, on a pas besoin d’ennemis.

 

Vous le savez, je suis de nature très réservée et modérée. Porté même  à faire dans la dentelle. Mais ma patience infinie a ses limites ! Depuis que Stephen Harper veut varger dans les pensions de vieillesse publiques, en nous servant des mensonges gros comme le bras, Power, La Presse et cie mettent le paquet afin d’accélérer le processus de privatisation des retraites publiques en adoptant une politique de désinformation, d’intoxication et de démagogie idéologique honteuse pour un organisme de presse. Shame on you, comme disent les Anglais.

 

À soir, on fait peur au monde

Vous voulez des preuves ? Alors en voici. En l’espace d’un peu plus d’une semaine en février 2012, plusieurs titres d’articles parus dans La Presse auraient pu faire partie d’une série intitulée «À soir on fait peur au monde».

 

Ÿ«Régimes de pension des employés du fédéral. Un fardeau de 143 milliards». – Là vous devez réagir en sacrant après les fonctionnaires et en rageant que l’État n’a pas les moyens de payer ce moton. Faut donc privatiser à tout prix ! Tiens, pourquoi pas à Power ?

 

Ÿ«Le système des retraites a besoin de souplesse» – Souplesse rime avec quoi selon vous ? C’est la question que je vous pose.

 

Ÿ«Les PME en faveur d’un régime de retraite obligatoire» – Contribution obligatoire des employés et volontaire pour l’employeur s’entend, et surtout régime administré par des assureurs privés comme Power dont les frais de gestion seront uniquement défrayés par les travailleurs. Vraiment, le klondike… pour qui au juste ?

 

Ÿ«Caisse de retraite des parlementaires. 1 milliard de déficit» – Un parlement privé coûterait moins cher… peut-être ?

 

C’est comme ça (et c’est honteux) que La Presse sème un climat d’hystérie et de panique chez la population afin que Power parvienne à satisfaire ses propres intérêts en fomentant la privatisation de nos services publics en général et des pensions de vieillisse en particulier.

 

Le vieillissement de la population a le dos large

Le directeur fédéral du budget, Kevin Page, a contredit ces épouvantails à moineaux. La semaine dernière, il a affirmé qu’il est absolument faux de prétendre que le gouvernement fédéral n’aura pas les moyens dans le futur d’honorer le coût des pensions de vieillesse publiques, même en présence du vieillissement de la population (9 février 2012). Le vieillissement de la population a le dos très large quand vient le temps de faire peur au monde. Il constitue même le prétexte préféré de la grosse droite qui clame haut et fort qu’il y a péril en la demeure et qu’il faut couper encore et encore dans tous les services publics. Mieux encore, il faut tout privatiser au «bienveillant» marché.

 

En passant, Statistique Canada a affirmé que les compagnies canadiennes n’ont jamais été aussi riches qu’au cours des quarante dernières années.  C’est d’ailleurs parce que Statistique Canada nous informe objectivement que les conservateurs veulent faire disparaître cet organisme de recherche public au profit de leurs instituts de recherche affranchis comme le Fraser Institute, C.D. Howe, Cirano et l’Institut économique de Montréal.

 

Le gros cash

Les compagnies sont très riches, mais le cash est versé en dividendes à leurs actionnaires et sert a racheter des milliards et des milliards de leurs propres actions sur le marché. Et après le patronat vient nous seriner que les entreprises n’ont pas une cenne pour défrayer un plan de retraite aux employés ? Poser la question c’est y répondre. Comme s’interroger de l’intérêt de Power Corp. et de La Presse dans la santé et les plans de retraite ; selon vous, préférent-elles qu’ils soient publics ou privés, et au bénéfice de qui ? C’est Power qui s’excite le plus dans tout ça en créant de toute pièce une hystérie collective.

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19 commentaires

  1. Marc Chabot dit :

    Wow, c’est éclairant!
    Merci M. Lauzon, ça va me porter à réfléchir à ce que je lis sur ces sujets dans les mois à venir…
    Vraiment, je ne l’avais pas vu comme ça, mais ça se tient ce que vous dénoncez là.

    Marc Chabot de Sherbrooke

  2. Jacques Lamarche dit :

    Vous ne serez pas invité à Sagard monsieur Lauzon!

  3. popo dit :

    MERCI,M.LAUZON. C’EST À SE DEMANDER,SI LES DÉMOGRAPHES ET LES ACTUAIRES,NE SONT PAS PAYÉ,POUR SORTIR DES STATISTIQUES ALARMANTES….COMME SI, ILS POUVAIENT PRÉDIRE L’AVENIR…JE N’AI AUCUNE CONFIANCE EN CES GENS LÀ.

  4. Bernard Ouellet dit :

    bonjour, bien que je n’ai pas de respect pour l’ensembles des gens qui écrivent pour ce journal, c’est toujours avec plaisir que je lis vos chroniques, et je partage totalement votre pensée. Faudrait peut-être que Radio Can vous inviter au lieu de leurs insipides chroniqueurs invités, tous inféodés au nouveau crédo, 0 % d’impôt aux sociétés et riches, et tout le fardeau aux tit-culs.

  5. paulverreault dit :

    Et vous avez oublié de souligner que « Power Corp.et Al » dénoncent les méchants « Baby-Boomers » qui, avec l’aide de leurs parents il faut le dire, ont créé une société québécoise plus équitable, moins violente et surtout plus généreuse pour eux-mêmes et pour leurs descendants, mais cela, aux dépens de ces vautours (Power cop.et Al) qui rêvent de prendre le contrôle de tous ces gains sociaux, à leur bénéfice et contre l’intérêt du peuple québécois…

  6. Gilles Laplante dit :

    « Les compagnies sont très riches, mais le cash est versé en dividendes à leurs actionnaires. »
    Mais ce que monsieur Lauzon omet de dire c’est que ces actionnaires sont aussi les fonds de pension des travailleurs et les petits épargnants qui comptent là-dessus pour espérer une pension acceptable. Ne pas oublier aussi que le petit épargnant paie de l’impôt sur ces « généreux » dividendes.

  7. Spartatux dit :

    Vous savez ce qu’il faudrait? Une grève générale illimité pan-canadienne. Avec grève d’une telle ampleur, peut-être qu’ils comprendraient. En France ça prend ben moins que ça pour déclencher une grève général.

  8. alain dallaire dit :

    Quoi dire de la suggestion de M.Castonguat …

    Pour parler du système a Claude Castonguay. Il faut dire qu’il suggérait un REER obligatoire sans cotisation de l’employeur
    Il a travailler pour la Laurentienne dont il a rejoint la direction en 1977.
    Est-ce que M.Castonguay a un parti pris pour les banques ?
    Pour leur permettre de faire des profits sur le dos des contribuables ?
    .« Je n’ai aucune leçon à recevoir des profiteurs du milieu des affaires ! », lance René Lévesque à Claude Castonguay lors d’une prise de bec publique en 1978 au Grand Théâtre de Québec. C’est Castonguay lui-même qui relate l’anecdote dans « Mémoires d’un révolutionnaire tranquille » publié chez Boréal en 2005

  9. Yves Yves dit :

    Y aura toujours un comique de service pour venir nous dire le plus sérieusement du monde que les empires financiers sont le remède à nos problèmes.
    Le pire c’est que certains vont les croire. Le capitalisme au secours du peuple!!! . Le blues de la bêtise humaineeee……Vaut mieux en rire que de pleurer (comme le chante Plume.)

  10. Yvon dit :

    M. Lauzon,

    Merci pour moi et pour notre jeunesse, j’espère qu’elle vous décrypte!

    Salutations!

  11. Alain Mallette dit :

    Merci M.Lauzon pour ces infos.Moi qui suis de droite sais apprécier vos iddées.Les Desmarais tirent sur les ficelles de la politique Qué.becoise.Je redoute leur influence fédéraliste.

  12. Jean-Guy Dell'Aniello dit :

    je ne crois qu’aucun régime public ou privé ne soit complet individuellement. je pense que ces système doivent etre revus. ( exp, le pont de la 25 qui n’a pas depassé les couts ). a oui, j’oubliais, les dépassement de coût, les usagers vont les payer à la journée. En fin de compte on finit par payer a quelques parts

  13. jean tremblay dit :

    Les banques sont sous-capitalisés, les compagnies d’assurances ne peuvent s’en sortir( et empêcher l’effet domino de leur chute) qu’en recrutant de nouveaux clients(effet Ponzi)

    C’est donc une offensive tout azimut sur les pensions. On nous dit, vous n’aurez pas vos pensions, il vous faut démarrer un autre plan.

    Pour ce qui est des dividendes: le rendement exigé des administrateurs est passé de 8% à 17%
    Le gain en capital(rachat d’action) lui est pour bonifier les options d’achats des administrateurs et sécuriser leur poste et leur réputation

  14. audrey dépault dit :

    Ne déresponsabiliser pas les individus plus qu’ils ne le sont déjà. Vous voulez, vraiment, que le Québec devienne la Grèce de l’Amérique. Les Grecs avaient des plans de retraite, mur à mur, mais là, ils ont frappé le MUR. C’est ce que vous souhaitez pour le Québec.

    Quand les Compagnies contribuent à un fond de pension, cela fait partie de votre rémunération. Que les Compagnies ajustent votre paie de ce montant, et que le citoyen s’occupe de son fonds de pension. Pourquoi attendent que d’autres s’occupent de votre bien-être. Et ainsi, tous et chacun seront à égalité.

  15. Nelson Roy dit :

    Si c’étaient les chroniqueurs du Journal de Montréal (Québécor) qui proposaient la privatisation des régimes publics, serait-ce moins pire ou trouveriez vous une autre raison pour dire que ça n’a pas de bon sens? Votre ennemie jurée Elgrably le fait pourtant…

    Ainsi un journaliste ou un chroniqueur de La Presse devrait être pro-Tout-Au-Public parce que le patron du patron du patron du patron de son patron possède des entreprises privées concurrençant avec le public? Les chroniqueurs de la Presse devraient-ils renoncer à leurs convictions parce que le grand patron est un homme d’affaires exceptionnel?

    N’êtes-vous pas un idéologue de gauche? Est-ce moins pire?

  16. Martin Dulac dit :

    Bonjour M. Lauzon,

    J’aimerai ajouter à votre propos fort pertinent que le journal dans lequel vous écrivez aujourd’hui a produit une série d’article sur le Québec dans le rouge. D’après vous, quels intérêts sert-il? Ne trouvez-vous pas que nos grands médias ont une tendance plutôt à droite et une vision de fin du monde pour le Québec? Peut-on dire que ça aussi c’est faire peur au monde dans le but de mousser une certaine idéologie favorable au patronat?

    Je tiens toutefois a félicité le journal de votre embauche afin de remettre les choses en perspective.

  17. Nelson Roy dit :

    eh bin, mon commentaire respectueux mais non idéologiquement à gauche datant d’hier soir semble avoir été censuré……

  18. alain dallaire dit :

    M.LauzonPourquoi ne pas faire ca….???

    Voici la solution facile et la moins dispendieuse.

    Ce n’est pas compliqué pourtant on a déjà le système en place, le RRQ, qui marche à merveille tout en étant peu coûteux.
    Il faut instituer un régime de retraite collectif et obligatoire avec cotisation de l’employé et de l’employeur comme ça se fait actuellement.
    Toutefois, il faudra augmenter les cotisations aux régimes selon les paramètres gouvernementaux qui assureront la pérennité du régime.
    La cotisation facultative sera autorisée pour les particulier qui en font la demande. Toutefois, un plafond sera imposer. Tous les autres systèmes de retraites disponibles seront abolis, sans pénaliser les citoyens qui y auront cotisé. Les sommes investis dans ces programmes seront remboursés aux épargnants à leur retraite.
    Pour les mieux nantis, ils pourront toujours économiser selon leurs besoins, mais cette fois, sans abri fiscal.
    Voilà un système équitable, simple et facile à comprendre. Tout le monde travaille en protégeant son avenir. C’est un programme facile à comprendre et facile à accepter car il ne cause pas de classe de citoyens.
    Je ne comprends pas pourquoi un Ministre des finances n’est pas capable de comprendre ca.
    Ca prend pas un actuaire pour comprendre cette réalité! Un simple citoyen comme moi, peut le comprendre….
    M.Bachand , Il faut revoir au complet le système d’abris fiscaux pour les retraites(Céli ,Reer,ect..) qui profite au plus nantis de la société québécoises.
    Il faut augmenter les pensions de vieillesse publiques pour tout le monde.
    Les politiciens se doivent de montrer L’exemple et de projeter aux contribuables une image de confiance.
    Pourquoi se lancent-ils en politique? Pour leur régime de retraite. J’espère que non.
    Les politiciens s’ils veulent regagner de la crédibilité auprès du contribuable devront accepter ce système. Terminer les fonds de retraite dorés pour les politiciens. Tout le monde devient sur le même pied face à la retraite.
    Il faudra, sans doute, augmenter substantiellement le salaire des politiciens pour attirer des gens de conviction et d’idées, mais les économies seront au même niveau avec les économies au Trésor de l’état en pension de retraite pour les ex-politiciens. Ajoutons que les démissions et congédiement ne donnent plus droit à de primes de séparation. Une fois le contrat terminé, l’état ne doit plus rien aux politiciens.
    Si les politiciens continuent à imiter l’autruche, le Québec se dirige vers un mur dans un avenir rapproché. Les politiciens ne peuvent plus gérer en pensant à leurs intérêts et aux intérêts des groupes de pression. Il faut que les politiciens travaillent pour le contribuable. Sinon la retraite sera pénible pour plusieurs. Le gouvernement a la responsabilité d’agir et promptement. Il ne peut plus feindre d’ ignorer ce problème. Il faut agir, pas dans 10 ans, maintenant.

  19. alain dallaire dit :

    Voici un article qui parle de la bonification du RRQ
    « Pas besoin d’être actuaire pour comprendre que la sécurité financière à la retraite vient des sommes investies dans ces véhicules financiers par les employés et les employeurs. Point à la ligne. Dans la mesure où ni l’employeur ni l’employé ne sont tenus de contribuer à un RVER, il est difficile de voir en quoi il peut contribuer à améliorer l’épargne. »

    http://www.ledevoir.com/economie/actualites-economiques/345351/regime-volontaire-d-epargne-retraite-est-ce-bien-necessaire

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