Gaza: entre la tête et le coeur

- 24 juillet 2014

Je souhaite par ce texte de répondre à des commentaires reçus suite à mon blogue «Incidents antisémites à Montréal». 

Désolée, ce sera un peu long.

Il est évident qu’on ne peut comparer une douzaine d’incidents, certains violents, impliquant des Juifs montréalais et la situation humanitaire à Gaza. Mais cela fait partie de la même cellule de haine. Du même cancer.

Je viens de me taper 500 pages d’un ouvrage écrit par un ancien prof de Harvard sur le retour de l’antisémitisme dans le monde, et principalement en Europe. Il se passe quelque chose.

Mais revenons à Gaza. Vous dites que je ne me suis pas exprimée sur les femmes et les enfants, innocentes victimes du conflit. Ce n’est pas tout à fait vrai. J’ai écrit à plusieurs reprises, dans mon blogue, à l’intérieur de textes explicatifs, sur Facebook ou Twitter à quel point j’étais peinée, déchirée par ce que vivent les Gazaouis en ce moment. Je ne suis pas un monstre d’inhumanité, bordel ! Mais je n’ai pas signé de texte humanitaire comme tel, c’est vrai.

Mais ma position sur le conflit comme tel est bien connue: je suis en faveur de la solution des deux états, contre la colonisation, pour un retrait négocié des territoires occupés – le retrait de Gaza n’a pas été négocié et on en voit les conséquences – et je ne suis pas une fan de Netanyhaou. OK ?

Une mission pédagogique

La mission que je me suis donnée dans le dossier du conflit israélo-palestinien, c’est d’analyser, de tenter d’expliquer la situation dans un cadre géopolitique. Mon côté pédagogue est plus fort que mon côté mère Theresa.

Les Québécois sont très émotifs, rien de mal à cela, mais ce n’est pas parce qu’on ne se concentre pas sur la dimension humanitaire d’un dossiercomme Gaza qu’on se fiche des victimes.

Ce n’est pas parce que je ne préface pas chaque texte d’une déclaration à cet effet, que je ne suis pas profondément affectée par ce qui se passe là-bas.

D’autre part, je suis ici.  Or, un reportage humanitaire, ça se fait sur le terrain. J’ai trouvé Marie-Ève Bédard, correspondante à Gaza de Radio-Canada, très forte hier soir. C’est très dangereux, d’une part, et d’autre part, le Hamas contrôle les journalistes qui disposent de très peu de marge de manoeuvre. Avez-vous remarqué qu’on ne voit jamais d’images de combattants du Hamas ou de lance-roquettes ?

De mon côté, j’essaie de comprendre la dynamique des forces en présence.

Événements isolés

J’essaie aussi de ne pas m’attarder à des micro phénomènes comme ces crétins qui regardent les bombardements israéliens sur Gaza dans leurs chaises de jardin. Même si je me doute bien que si tout cela se passait ici, disons entre Khanawake et Ville La Salle, certains de mes concitoyens sortiraient leurs chaises pliantes aussi. Pour la même raison qu’on regarde les accidents. Un côté sombre de la nature humaine.

Et pourquoi est-ce que je ne commente pas cette dérive ?

1- Parce que je sais que ça ne représente pas l’état d’esprit de la majorité des Israéliens mais celui de gens exaspérés qui vivent à côté de Gaza et qui ont reçu des milliers de roquettes par la tête depuis 2008. Depuis 2012, 2 530 roquettes sont tombées sur des sites habités, proche de la bande de Gaza. Il y a des enfants en Israël qui n’ont jamais dormi ailleurs que dans un abri de toute leur vie. La violence répétée déshumanise tout le monde. Le même phénomène touche les Palestiniens, déshumanisés par l’occupation, les guerres et les erreurs de leur leadership. J’y reviendrai plus loin.

2- Je pourrais, mais je le ferai pas, publier des photos de Palestiniens en Cisjordanie qui se réunissent sur le haut des collines pour applaudir les roquettes qui pleuvent sur Israël. Ou qui dansent dans la rue quand un soldat est enlevé. Comme si un seul soldat, qui a probablement 18 ou 19 ans, était responsable de la guerre. Et puis, c’est interdit par la convention de Genève.

Ni blanc, ni noir

Chaque côté a ses tordus. Chaque côté a ses jusqu’au-bouttistes, ses fanatiques religieux, ses têtes brûlées mais une chose demeure: Au moment même où les roquettes arrêteront, les tirs israéliens cesseront aussi.

Mais si Israël cesse son offensive, encore plus de roquettes seront lançées.

Seule une véritable paix peut résoudre la situation, une paix impossible tant que le Hamas, et le Hezbollah, continueront de se battre pour la destruction d’Israël au lieu de chercher un moyen de se partager le territoire.

Les Palestiniens ne disparaîtront pas, les Israéliens non plus. Un jour, il va bien falloir vivre ensemble. Et n’ayez crainte, à part les plus extrémistes parmi les Juifs religieux, soit moins de 10 pour cent de la population, personne ne croit que le Grand Israël va renaître. Comme le disait Itzhak Rabin: La Bible n’est pas un cadastre.

Un travail éprouvant

Hier, je rédigeais un texte pour une revue juive qui paraîtra au Nouvel An, à l’automne. Ce fut un exercice souffrant. Car si la société palestinienne se durçit, la société israélienne change aussi. Israël n’est plus le pays qu’il était dans les années 50, 60 ou 70, la réalisation du rêve des premiers sionistes, des idéalistes de gauche, laïcs, qui voulaient faire fleurir le désert, un kibboutz à la fois.

Les causes de ces changements sont nombreuses  et complexes. Par exemple, l’arrivée massive des Juifs de Russie après la chute de l’Union soviétique a changé le visage politique du pays. Habitués à un régime brutal, les immigrants russes ont tendance à être plus à droite, plus radicaux. Aussi, le pays a pris un virage plus bling bling, plus matérialiste, une conséquence du succès entrepreneurial israélien, ce qu’on ne peut lui reprocher. C’est un pays extrêmement dynamique à qui ont doit des inventions aussi utiles que… le téléphone cellulaire.

Mais ce n’est pas tout. Le philosophe sioniste ultraorthodoxe Yeshayahou Leibowitz, surnommé le «prophète de la colère» avertissait la nation en 1967, après la guerre des Six Jours qu’elle risquait de perdre son âme dans les territoires occupés:  Gaza, (et le désert du Sinaï) qui appartenait à l’Égypte, la Cisjordanie, qui appartenait à la Jordanie et le plateau du Golan qui appartenait à la Syrie.

Il craignait que la fièvre nationaliste ne gangrène «l’âme juive». Leibowitz est demeuré sioniste jusqu’à la fin de ses jours, mais, comme beaucoup d’intellectuels israéliens, n’a jamais raté une occasion de dire au gouvernement et au peuple juif ses quatre vérités.

Ils sont nombreux aujourd’hui à se demander si sa «prophétie» serait en train de se réaliser.

Cul-de-sac

Permettez-moi un petit détour pédagogique: Pourquoi Israël n’a-t-elle pas remis ces territoires à leurs propriétaires après la guerre dans laquelle les armées arabes ont été battues à plates coutures ? Parce qu’Israël était en situation d’invasion imminente, donc de légitime défense. Et parce que pour remettre du territoire, il faut négocier une paix. Un cesser-le-feu ne suffit pas. Et pourquoi n’y a -t-il pas eu de négociations ? La réponse s’appelle la Résolution de Khartoum, adoptée par La Ligue Arabe en 1967: Pas de paix avec Israël, pas de négociations avec Israël, pas de reconnaissance d’Israël.

Ce qui exactement la position du Hamas aujourd’hui, qui a ajouté «pas de pays appelé Israël, pas de Juifs au Moyen-Orient».

Malgré l’intransigeance initiale des pays arabes, Israël a accepté la main tendue par l’Égypte, son plus puissant ennemi et conclu un accord de paix et accepté de remettre le Sinaï à l’Égypte en échange. Cette paix dure depuis 1979. En 1994, Israël et la Jordanie ont signé un accord de paix.

Les oiseaux de malheur qui croassent que la paix n’est pas possible oublient ces «détails de l’histoire».

Vouloir la paix plus que tout

Mais pour faire la paix, il faut que toutes les parties la désirent à parts égales et plus que tout.

Quelques semaines avant le début des hostilités fin juin, un sondage face-à-face a été réalisée à Gaza: 70 pour cent des Gazaouis disaient souhaiter que la trève de 2012 avec Israël soit maintenue, ce que le Hamas n’a pas respecté, et 57 pour cent se disaient prêts à reconnaître Israël, dans le respect des accords internationaux et à renoncer à la violence.

Par contre, 68 pour cent des Palestiniens rejetent la solution des deux états, un juif, l’autre palestinien. Un sondage réalisé en Israël en novembre par l’université de Tel Aviv indiquait que 60 pour cent des Israéliens appuient la solution des deux états. Une proportion qui a peu changé au fil des ans, même si les Israéliens y croient de moins en moins. Cela fait partie du durcissement de la société israélienne

Regarder les choses en face

Je le répète, il faut pleurer les morts, brandir le poing pour réclamer la fin des hostilité, dénoncer l’injustifiable, punir tous les coupables de crimes de guerre. Mais il faut aussi essayer de comprendre comment et pourquoi on  s’est mis dans le pétrin si on veut trouver la sortie.

L’outrage aux victimes, c’est de ne pas tout faire pour que cesse la violence. Y compris la regarder froidement par moments, pour mieux la combattre.

Incidents antisémites à Montréal

- 23 juillet 2014

Cette photo à été prise à Outremont lundi. Les occupants de l’auto brandissent des drapeaux palestiniens.

Comme le soulignait mon amie Émilie Dubreuil, les Juifs d’Outremont sont pour la majorité opposés à l’État d’Israël. Une partie des Juifs hassidiques croient qu’Israël ne peut exister tant que le Messie n’est pas venu. Donc, mauvais quartier.

fisraehellcar

 

Une douzaine d’incidents ont été rapportés au cours des derniers jours. La police a dû intervenir dans certains cas.

Des femmes, des familles, des personnes âgées, ont été frappées ou injuriées. À Outremont, dans le Mile End. dans Côte-des-Neiges, sur Van Horne près de Décarie, à Ville Saint-Laurent, même au parc Préfontaine !

Dire qu’il y a six mois, on s’en prenait aux Musulmans… Et je le dénonçais haut et fort.

Du calme ! Paix, peace, shalom, salam, mir.

Je partage avec vous cette page de l’université Columbia qui donne la traduction de «peace» dans toutes les langues. Ou presque.

 

La saga Louise Mailloux, prise 3

- 22 juillet 2014

Décidement, Louise Mailloux devrait apprendre à mieux choisir ses amis.

Pendant la campagne électorale, l’ancien ministre péquiste Rodrigue Tremblay et ex-député de Gouin avait décidé d’apporter son soutien à la candidate Mailloux dans son ancien comté.

Manque de pot, au même moment, je suis tombée sur des écrits de cet économiste de renommée mondiale qui, malgré son érudition et ses disctinctions, adhère à des théories du complot aux odeurs bizarres.

Sinistres complots

Des exemples du credo Tremblay ? Les États-Unis seraient un régime fasciste qui cherche à imposer un Nouvel Empire Américain, le titre de son bestseller, partout sur la planète. La guerre au terrorisme suite au 11 septembre 2001 serait une guerre sainte contre l’islam politique menée par les chrétiens fondamentalistes américains. Si les États-Unis partent si souvent en guerre, c’est peut-être en raison de la religiosité des citoyens pour qui les conflits armés seraient une soupape émotionnelle pour les soustraire au stress ou aux problèmes de la nation. L’OTAN devrait être abolie car c’est un outil américain de domination planétaire (les Ukrainiens et autres Européens de l’est ne seraient peut-être pas d’accord). Le Canada est une colonie américaine, et, bien entendu, Israël contrôle les États-Unis via le «lobby» juif qui contrôle le bureau du vice-président, la politique étrangère, les médias et les membres du Congrès.

Bref, la bonne vieille théorie du complot juif.

Pas un partenariat gagnant pour Louise Mailloux qui ne faisait pas dans la dentelle dans son livre La laïcité ça s’impose pour dénoncer l’avidité juive dans le dossier de la certification cacher.

(pour en savoir plus : http://blogues.journaldemontreal.com/politique/actualites/une-integriste-de-la-charte-candidate-pour-le-pq/ ET http://blogues.journaldemontreal.com/liseravary/societe/louise-mailloux-prise-2/)

Passons, les élections sont terminées et elle a perdu au profit de Françoise David.

Louise Mailloux poursuivie

Peu de temps après, Dalila Awada, la passionaria du voile, a lancé une poursuite pour diffamation contre Louise Mailloux, la passionaria de la laïcité ainsi que contre Philippe Magnan de Poste de Veille et le site souverainiste Vigile.net (qui publie les blogues – en anglais- de Rodrigue Tremblay) pour avoir véhiculé des faussetés à son sujet. L’associant, à tort dit-elle, à des groupes islamistes, ce qui aurait attisé la haine à son endroit suite à son passage à Tout le monde en parle.

Poste de veille décrit cette poursuite comme un «djihad juridique» même si c’est le cabinet de l’avocate de confession juive Anne-France Goldwater qui représente Mlle Awada.

Le droit d’expression comprend-t-il le droit de dire n’importe quoi ? Un juge tranchera.

Être à la rescousse

Mais une poursuite de ce genre coûte cher et Louise Mailloux ne roule pas sur l’or. Elle enseigne la philo au Vieux-Montréal. Voilà donc que s’amène un autre de ses supporteurs, un certain André Gagnon, qui lui a offert son aide via le magazine Être, un magazine «lifestyle» s’adressant à la communauté LGBT.

Le magazine vend des certificats-cadeaux obtenus dans le cadre d’échanges publicitaires avec ses annonceurs et remettra 50 pour cent des revenus à un fond de défense pour Louise Mailloux, «soutenant une bonne cause, la laïcité» peut-on lire sur le site du magazine.

Rien de mal, rien d’illégal à cela sauf que ce monsieur Gagnon n’a pas averti ses clients que leur entreprise ou leur commerce, principalement des restaurants et des hôtels haut de gamme, seraient ainsi associés à la défense de Louise Mailloux.

La librairie L’Échange n’a pas aimé la tactique et a publié ce message sur sa page Facebook hier soir :

Nous venons d’apprendre aujourd’hui qu’un certain magazine dont nous ne citerons pas le nom vend nos certificats cadeaux afin de supporter Louise Mailloux ainsi que la charte de la laïcité.

Nous tenons à dire à tous que la politique de la librairie l’Échange est de ne prendre aucune position politique.

Bien que nous ayons donné des certificats cadeaux à ce magazine dans le passé, nous n’avions aucune idée que ceux-ci seraient utilisés de manière à laisser sous-entendre un quelconque support à une cause politique.

Cela étant dit, nous ne ferons plus jamais affaire avec ce magazine.

Merci à tous de votre compréhension!

Être ou ne pas être ?

La défense du magazine ? «Ces chèques-cadeaux nous appartiennent. Je crois que nous pouvons en faire ce que nous voulons». Peut-être, mais quel faux pas d’affaires qui mine ce qui est au cœur de toute relation commerciale gagnante, la confiance.

Je souhaite à l’éditeur de bonnes et fructueuses affaires avec ses clients-annonceurs. Pas fort pour un magazine qui vit de la publicité.

Vraiment, Louise Mailloux devrait faire le ménage dans son carnet d’adresses. Avec des amis comme ça… vous connaissez la suite.

Le Plateau le nez dans l’eau

- 22 juillet 2014

C’est l’été, il fait chaud (perso je suis contre, je souffre de la chaleur mais bon…), les nouvelles sont mauvaises à l’international, il y a trop d’autos transformées en tas de ferraille sur nos routes, avec des êtres humains à l’intérieur,  un tueur à gages qui a abattu 28 personnes lance un cri du coeur (il en a un ?) parce qu’il ne recoit ses «pelules» en prison et qu’il n’est pas traité avec tous les égards, des cyclistes meurent sous les routes de camions, les fraisiers ont des virus, les algues bleues continuent de pousser, des p’tits vieux se font frapper par des autobus, les ascenseurs pour handicappés du métro Bonaventure ne fonctionnent pas depuis 2009, des enfants sont maltraités et abusés par des parents écoeurants, d’autres sont laissés dans des autos sous le soleil, bref, ça va mal.

Je suis d’accord avec les bouddhistes – et je ne veux pas lancer ici une polémique religieuse – qui croient que la vie est souffrance. Mais heureusement qu’ il y a quand même des nouvelles qui font un peu rigoler.

Le Plateau doit retirer ses deux dispositifs Borneo qui permettaient aux Montréalais de boire à même une borne-fontaine. Le cerceau de métal incliné, oeuvre de l’Association des designers industriels de Québec, pourrait constituer un danger public selon le Service des incendies de Montréal. L’arrondissement clame que le SIM avait donné son accord à l’étrange bidule mais quoi qu’il en soit, les Borneo ont été démantelés le temps que le SIM étudie la situation plus en profondeur.

Les bornes fontaine existent tout d’abord pour permettre aux pompiers de s’approvisionner en eau.

Ce n’est pas la première fois que la république du Plateau croise le fer avec le Service des incendies au sujet des rues mal déneigées l’hiver, la multiplication des dos d’âne, les sens uniques et autres dispositifs qui visent à réduire la circulation automobile sur le Plateau. De nos jours, les pompiers ne font pas qu’éteindre des feux: ils agissent aussi comme premiers répondants. Et quand chaque seconde compte, toute entrave à la circulation peut devenir rapidement problématique. Des vies pourraient être mises en jeu.

Je n’ai contre l’innovation, le design, même de l’eau pour les bobos, mais l’arrogance de certains par contre…

Allez, ne prenez pas tout ceci trop au sérieux, il fait si chaud.

 

Dans un pays près de chez vous

- 20 juillet 2014

Prenez un ancien journaliste-vedette devenu sénateur conservateur, le premier ministre qui l’a nommé à ce poste, son ex-chef de cabinet, un millionnaire au cœur d’or, et un légendaire corps policier connu pour ses tuniques rouges. Brassez le tout pendant 18 mois et servez chaud à l’été 2014.

Voilà une recette parfaite pour un soufflé médiatique qui lève partout, sauf au Québec.

Jusqu’à maintenant. Or, les choses pourraient changer. Le scandale entourant l’ex-journaliste Mike Duffy mettra-t-il fin au règne conservateur à Ottawa? La question se fait insistante depuis que la GRC a confirmé que 31 accusations criminelles seront déposées contre Duffy pour abus de confiance, corruption et fraude.

Demi-vérités, semi-mensonges

En cause? Plus de 200 000 $ en frais de voyages bidon, des contrats fantômes accordés à des amis ainsi qu’un «cadeau» de 90 000 $ reçu de l’ex-chef de cabinet de Stephen Harper, Nigel Wright pour permettre au sénateur de rembourser des sommes perçues illégalement pour des frais de subsistance reliés à sa résidence. Le tout enveloppé dans un épais tissu de demi-vérités et de semi-mensonges.

Au Québec, quand on s’y intéresse, l’affaire fait rigoler plus qu’elle n’afflige ou ne scandalise. Après tout, cela se passe au Canada, ce pays limitrophe auquel le Québec appartient toujours d’un point de vue technique, mais dont il s’est éloigné de manière peut-être irréversible depuis l’arrivée de Stephen Harper au pouvoir.

La fin des Conservateurs ?

Mais voilà que l’affaire Duffy pourrait constituer une occasion unique de rapprochement entre le Québec et un Canada post-Harper. À un an des élections fédérales, la nouvelle de ces graves accusations contre le sénateur Duffy – suspendu sans salaire pour deux ans – est tombée avec l’élégance d’un météorite sur les troupes conservatrices. Il est probable que le premier ministre, qui a toujours prétendu tout ignorer du cadeau de 90 000 $ de Nigel Wright à Mike Duffy, soit appelé à témoigner. Un échange de courriels en février dernier porte à croire que le premier ministre en savait plus long sur cet arrangement que ce qu’il a répété en chambre à Thomas Mulcair, qui l’a talonné pendant des semaines pour connaître la vérité.

L’affaire Duffy pourrait marquer le point d’arrêt de la carrière politique de Stephen Harper. Et possiblement la défaite du gouvernement conservateur. Depuis le début, Duffy dit qu’il ne tombera pas seul, qu’il possède des documents incriminants. Le premier ministre pourrait refuser de témoigner – la loi le lui permet si le procès se déroule en cours de session parlementaire – mais il est coincé. Potentiellement maudit s’il témoigne, et certainement maudit s’il refuse.

Il s’agit d’une triste fin de carrière pour Mike Duffy, un journaliste de renom qui a troqué l’objectivité pour la partisanerie, avec les résultats qu’on connaît, mais peut-être aussi la fin d’un gouvernement élu dans la foulée du scandale des commandites, mais qui n’aurait pas su tenir sa promesse de gouverner de manière propre et transparente.

La réponse dans un pays près de chez vous.