Avant qu’on ne parle plus que du tueur…

- 22 octobre 2014

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… voici le jeune homme qui est mort aujourd’hui, pendant qu’il gardait le monument érigé devant le Parlement canadien à la mémoire des soldats canadiens tués en temps de guerre. Un lieu sacré, nous rappelait le premier ministre. Ce soldat n’avait que 24 ans, il était natif de Hamilton en Ontario et s’appelait Nathan Cirillo. Il servait son pays comme réserviste au sein du régiment des Highlanders d’Argyll and Sutherland. 

Il n’était pas armé. Pas plus que ne l’était l’adjudant Patrice Vincent tué à Saint-Jean-sur Richelieu.

Dans quel monde vivons-nous? Autrefois, les soldats allaient mourir sur des champs de bataille lointains. Aujourd’hui, ils tombent au combat dans le stationnement d’un centre commercial dans une petite ville tranquille et devant l’assemblée du peuple canadien. Tués par des compatriotes égarés.

Mes pensées vont à tout ceux et celles qui ont connu et aimé ces hommes courageux qui ont donné leur vie pour leur pays, ne l’oublions jamais.

Quel gâchis. Quelle tristesse. Quelle folie.

Mohammed, Jean-Pierre ou Peter ?

- 22 octobre 2014

Entendre des coups de feu retentir dans les corridors du Parlement canadien glace le sang.

(Nous savons maintenant que des coups de feu ont été tirés à trois endroits: au cénotaphe, à l’intérieur du Parlement et au centre commercial Rideau, tout près du Parlement.)

Allez, avouez-le, vous aussi êtes assis sur le bout de votre chaise à attendre l’identité du tireur qui aurait été abattu au Parlement. S’appelait-il Mohammed, Jean-Pierre ou Peter ? (Je doute que ce soit une femme, mais rien n’est impossible.)

Nous voulons tous savoir si l’islam est en cause et c’est normal au lendemain d’un attentat terroriste au Québec, même s’il ne faut pas sauter aux conclusions. Rappelons-nous de l’attentat d’Oklahoma City.

(Et pour ceux et celles qui pointent Stephen Harper du doigt, puis-je vous rappeler que n’est pas lui qui est entré au Parlement armé d’une grosse carabine ce matin ? L’heure est à la solidarité, c’est le Parlement qui a été attaqué. L’assemblée du peuple canadien.)

Soyons honnêtes: Nous brûlons tous d’impatience de savoir si le ou les tireurs ont des pages Facebook tapissées de drapeaux noirs du groupe armé l’État islamique et de passages du Coran appelant au djihad.

Cela nous donnerait une piste pour «expliquer» ce qui se passe aujourd’hui à Ottawa, n’est-ce pas ?

Des coups de feu qui résonnent dans les couloirs du Parlement canadien, pour la majorité d’entre nous, dépasse l’entendement.

AJOUT: Un média américain dévoile l’identité du tueur allégué: Michael Zehaf-Bibeau. Si l’information est confirmée, mon titre était prophétique: un peu de Mohammed (Zehaf), de Jean-Pierre (Bibeau) et de Peter (Michael).

 

Était-ce un geste terroriste ?

- 21 octobre 2014

Voyons voir ce que des instances neutres ont à dire sur le sujet.

Larousse nous apprend que le terrorisme est «Un ensemble d’actes de violence (attentats, prises d’otage, etc.) commis par une organisation pour créer un climat d’insécurité, pour exercer un chantage sur un gouvernement, pour satisfaire une haine à l’égard d’une communauté, d’un pays d’un système».

Selon Le Petit Robert, le terrorisme est «L’emploi systématique de la violence pour atteindre un but politique et spécialement ensemble des actes de violence, des attentats, des prises d’otages civils qu’une organisation politique commet pour impressionner un pays (le sien ou celui d’un autre).»

L’Oxford English Dictionary dit que le terrorisme est une «politique ayant pour but de frapper de terreur ceux contre laquelle elle est adoptée».

Et l’Oxford Concise Dictionary of Politics définit le terrorisme comme étant un «terme sans accord parmi les analystes gouvernementaux ou académiques, mais presqu’invariablement utilisé dans un sens péjoratif, la plupart du temps pour décrire des actions menaçant la vie perpétrées par des groupes sous-étatiques auto-légimités à buts politiques».

Enfin, l’American Heritage Dictionnary propose que le terrorisme est «L’utilisation ou menace d’utilisation illégale de la force ou de la violence par une personne ou un groupe organisé contre des personnes ou des biens avec l’intention d’intimider ou de forcer des sociétés ou des gouvernements, souvent pour des raisons idéologiques ou politiques.»

Le sociologue français Raymond Aron, un des phares de la pensée au XXe siècle, croyait pour sa part que le terrorisme était «Une action violente dont les effets psychologiques sont hors de proportion avec ses résultats purement physiques».

L’ONU pour sa part n’arrive pas à s’entendre sur une définition du terrorisme.

Je repose donc la question : Le geste de Martin Rouleau était-il un acte terroriste ?

Je ne vois pas au nom de quelle définition on pourrait dire non.

Était-il fou ? C’est sans importance. Fou ou pas, un terroriste demeure un terroriste.

Il y a fort à parier que Martin Rouleau se percevait comme un terroriste.

Pensez-vous que les types qui ont piloté des avions sur les tours du World Trade Center, sur le Pentagon et possiblement vers la Maison Blanche avant de s’écraser dans un champ en Virginie étaient sains d’esprit ?

Who cares ?

Ils ont tué et leurs gestes inspirent la terreur depuis. Leur santé mentale, on s’en tartine.

 

L’hypocrisie de Brébeuf

- 20 octobre 2014

Dimanche, le Collège Jean-de-Brébeuf a émis un communiqué pour expliquer sa décision de ne pas renouveller le contrat de son animatrice de théâtre Jacqueline Laurent-Auger parce qu’elle a joué dans des films érotiques il y a 50 ans.

Expliquer, peut-être. Se caler encore plus, certainement.

Ce communiqué confirme que la direction du collège s’intéresse beaucoup plus à la valeur de son image de marque qu’aux valeurs de ses étudiants, utilisant la morale et la tradition comme paravent à l’hypocrisie de sa direction.

Ces deux paragraphes, tirés du communiqué, en témoignent avec éloquence:

«Le non-renouvellement du contrat de Mme Jacqueline Laurent-Auger comme animatrice d’ateliers de théâtre au Collège Jean-de-Brébeuf a soulevé plusieurs commentaires dans les médias et sur les réseaux sociaux. Ces commentaires, nous les accueillons avec respect, sachant très bien qu’en matière d’éducation et de valeurs morales (mes italiques), il est très difficile de faire l’unanimité et que la confrontation des idées aide à former des esprits éclairés.»

«Est-ce que les films Le journal intime d’une nymphomane ou La bonzesse, dans lesquels Mme Laurent-Auger est en vedette et où on la voit dans des scènes érotiques, même dites softs, sont des modèles à suivre pour des élèves du secondaire qui s’initient au théâtre et aux arts en général ? On ne parle pas ici de peintures ou de sculptures de corps nus, réalisés dans un contexte esthétique et artistique, mais bien de scènes érotiques destinées à un public adulte.»

Il est clair que la direction du c0llège craint que son «brand» prestigieux ne soit entaché par un mini-scandale à saveur porno et s’enveloppe dans la vertu pour s’en protéger. La marque Brébeuf est sans contredit, dans l’esprit du public, la plus prestigieuse qui soit en éducation au Québec. Or, le Apple des collèges privés québécois, ça se protège.

Mais c’est raté. À la décision de se départir des services de cette animatrice aux compétences reconnues, après 15 ans de service,  la direction fait preuve d’une faiblesse intellectuelle navrante pour justifier sa décision, comme en témoigne cette phrase à la limite du débile:

«Grâce à l’Internet, cette filmographie des années 70 est, semble-t-il, redevenue à la mode et, si les films sont anciens, le regain de popularité pour ce type de cinéma, lui, est bien contemporain.»

Pardon ?

Et pour ce qui est de la cohérence, on repassera.

Après avoir expressément nommé deux des films dans lesquels l’animatrice aurait joué – Le journal d’une nymphomane c’est plus porteur que Nathalie rescapée de l’enfer –  les auteurs du communiqué affirment ceci:

«Nous ne portons pas de jugement sur les mérites artistiques ou la moralité des films dans lesquels Mme Laurent-Auger a tourné. Mais l’Internet ayant ramené dans le présent le volet érotique de sa carrière, nous devions déterminer si cela lui permettait de poursuivre son accompagnement auprès de nos élèves dans un contexte serein et dépourvu d’allusions ou d’inconforts non propices à notre mission éducative.»

Tant qu’à soigner son image de marque. je prie le ciel jésuite pour que le collège, à la recherche d’une logique qui semble lui faire défaut, n’aille pas jusqu’à abolir le Fonds de bourse établi par Coeur de pirate parce que des photos d’elle nue circulent sur Internet… comme le signale mon collègue blogueur Claude Villeneuve.

Misère.

 

Brébeuf est un collège catho-pudique

- 18 octobre 2014

 

Surprise d’apprendre que la direction du collège Jean-de-Brébeuf a congédié une animatrice en théâtre parce qu’elle avait joué dans des films érotiques il y a près d’un demi-siècle ?

Choquée, fâchée, oui. C’est un geste d’une stupidité et d’une méchanceté sans nom. Mais surprise ? Non.

C’est mal connaître l’historique de ce collège fondé par les Jésuites en 1928. Même si l’institution appartient  depuis 1986 à une corporation laïque sans but lucratif, son orientation actuelle demeure  chrétienne, comme en témoigne la mission de l’institution de la Côte-Sainte-Catherine:

«D’inspiration chrétienne, fondé par les Jésuites et poursuivant la tradition pédagogique qu’ils ont cultivée, le Collège Jean-de-Brébeuf se consacre au développement intégral de la personne et plus particulièrement à celui des capacités intellectuelles, à l’acquisition du savoir et du jugement ainsi qu’à la promotion des valeurs humanistes, et se doit d’être parmi les meilleures institutions nord-américaines d’enseignement.»

De plus, deux pères jésuites siègent toujours au conseil d’administration de la Corporation.

Les garçons et les filles étudient dans des pavillons séparés de la première année jusqu’en secondaire 4.

Je n’ai rien contre les collèges d’inspiration chrétienne ou les écoles non-mixtes. Ni même contre les Jésuites. Encore moins contre Brébeuf. Une de mes filles y a étudié au niveau collégial, un investissement pour lequel je n’ai jamais regretté de m’être m’endettée (une année à Brébeuf coûte moins cher qu’une semaine pour deux dans un tout-inclus 5 étoiles en République dominicaine l’hiver).

Imaginez un instant que toutes les écoles publiques du Québec offrent une éducation d’une telle qualité à tous !  En fait, je ne vois pas pourquoi ce n’est pas possible mais ça, c’est le sujet d’un autre billet.

Tout ça pour dire qu’un vieux réflexe catho-pudique, conjugué à un désir d’éviter un scandale (trop tard !) pour cette institution d’élite a sans doute motivé le geste de la direction.

Mais la direction du collège a manqué de charité chrétienne envers Jacqueline Laurent-Auger.

Le genre de charité chrétienne dont parle le pape François, le premier pape jésuite de l’histoire, quand il demande: «Qui suis-je pour juger ?»