Pourquoi c’est la classe moyenne qui paie

- 23 novembre 2014

Au delà des savantes analyses de mes collègues économistes, il me semble que la principale raison pour laquelle la classe moyenne – une notion qui reste à définir à la satisfaction de tous – se retrouve toujours à payer est facile à comprendre.

Primo: les pauvres n’ont pas d’argent. Au Québec, près d’un adulte sur deux ne paie aucun impôt parce que ses revenus trop bas ou inexistants. De plus, dans le cas des CPE, la moitié des enfants dont les parents vivent de l’aide sociale ne les fréquentent pas.

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Il y a très peu de vrais riches –  une autre notion mal comprise – au Québec. Quatre pour cent de la population gagne 100 000$ par année (mais paie le tiers des impôts) et un pour cent des Québécois gagnent 175 000 $

On ne saurait parler de riches mais de hauts salariés, qui sont souvent très endettés.

Environ 2 500 Québécois ont des revenus d’un million $ ou plus, soit un demi pour cent de la population. Au chapitre des milliardaires, ils sont à peine 15.

De plus, les enfants des vrais riches ne fréquent pas un CPE. Ils ont une nounou à la maison.

Qui sont les principaux utilisateurs du service ?

La classe moyenne.

Qui reste-t-il pour ramasser la facture parmi les utilisateurs ?

La classe moyenne.

Certainement pas les pauvres qui  n’ont pas d’argent ou les riches qui n’existent pas.

Nous ne sommes pas des Suédois

- 21 novembre 2014

Saviez-vous que la Suède, le pays le plus social-démocrate et le plus égalitaire au monde, module les tarifs en garderie selon les revenus des parents (incluant la valeur des avantages sociaux) facturant l’équivalent de 3% du salaire, jusqu’à concurrence de 2 000$ par année ? Ceux qui n’ont pas de revenus ne  paient donc rien.

De plus, la Suède garantit une place à tous les enfants jusqu’à six ans. Et permet au privé de concurrencer le public même si c’est l’État qui ramasse le gros de toutes les factures. Cette concurrence a permis de stabiliser les coûts du système.

Les Suédois paient très chers pour leurs programmes sociaux (vraiment) universels, mais ils ne rechignent pas. Par exemple, la nourriture est frappée d’une TVA de 12% (c’est 25% pour tout le reste), l’impôt sur le revenu des particuliers atteint 57% (contre 48% ici)  alors que les impôts aux entreprises sont parmi les plus bas en Europe à 22% (contre 33% en France) dans le but avoué de stimuler l’entrepreneuriat et la création d’emploi.

On ne parle pas ici d’un socialisme à la Québec solidaire.

Tout n’est pas parfait car rien n’est parfait, mais les Suédois, règle générale, aiment leur social-démocratie et les services sont de grande qualité. De plus, ils sont entourés de pays aux mœurs économiques similaires, le Danemark, la Norvège et la Finlande qui tous maintiennent des taux d’imposition et de taxation élevés. Ce qui n’est pas notre cas.

Une réforme spectaculaire

Quand la Suède a traversé une crise économique majeure au début des années 90, l’idée de réformer l’État de fond en comble, dans le but explicite de sauver le modèle suédois, s’est imposée à tous les acteurs politiques et sociaux, des associations de patrons aux syndicats de travailleurs. Il y a eu des pleurs et des grincements de dents mais l’esprit consensuel typiquement suédois a finit par triompher des divisions politiques.

Ce consensus a permis à la Suède d’abattre certaines vaches sacrées social-démocrates coûteuses pour l’ensemble de la société comme les pensions à prestations déterminées, et même d’abolir la sécurité d’emploi dans la fonction publique dont la taille a été réduite de 25%.

Il n’y a pas de loi imposant un salaire minimum en Suède.

L’État a aussi ouvert toute grande la porte au secteur privé qui offre désormais des services concurrentiels qui continuent néanmoins d’être payés par les impôts, notamment en santé, en éducation, dans les services de garde et même dans les transports collectifs, au nom de la liberté de choix des utilisateurs.

Le taux de syndicalisation, soit près de 80% de la population active, n’a pas empêché l’accomplissement de ces réformes.

Depuis, la Suède pète de santé économique. C’est un des pays au monde qui a le moins souffert de la crise de 2008-2009. Là-bas, l’objectif du gouvernement n’est pas d’atteindre le déficit zéro mais de dégager un surplus budgétaire à chaque cycle économique. La productivité reste au beau fixe, la Suède est un joueur majeur dans l’économie globale avec des entreprises comme IKEA, Ericsson, ASEA/ABB. Elle gère bien sa dette et arrive à contrôler, même à réduire ses dépenses publiques tout en maintenant les services. Tout cela avec une croissance du PIB semblable à la nôtre.

Le plus gros problème suédois en ce moment, c’est l’intégration économique et sociale des immigrants et des réfugiés qui affluent en vertu d’une politique d’accueil très très très généreuse. Ce qui explique en partie un taux de chômage à la hausse, de nouvelles tensions sociales et la montée d’un parti nationaliste et anti-immigration aux récentes élections, les Démocrates suédois, la version suédoise du Front National en France.

Le surplace du Québec

Depuis l’avènement du Parti Québécois et de son orientation social-démocrate, le Québec se perçoit comme la Suède de l’Amérique du nord. Mais les différences sont nombreuses. Tout d’abord, tous nos voisins sont de confession économique libérale, ce qui impose une pression à a baisse sur les taux d’imposition et de taxation. Fiscalement, nous ne pouvons sortir du troupeau sans en payer le prix.

Culturellement, nous sommes latins, en proie à l’émotion. Géographiquement, nous sommes nord-américains et fondamentalement individualistes. Les Scandinaves sont luthériens, gouvernés par la raison et culturellement collectivistes.

Nous ne sommes pas et ne serons jamais la Suède, mais il y a des enseignements à tirer des réformes des années 90. Mais tant que notre vision de l’état providence – et du syndicalisme – va demeurer figée dans les années 60-70, quand les rues étaient pavées d’or et que nous étions portés par les rêves fraternels de l’après-guerre qui nous ont donné l’assurance-maladie, la démocratisation de l’éducation et le féminisme, l’économie du Québec va stagner.

Le monde a bien changé depuis 50 ans mais le Québec n’a jamais su examiner de fond en comble ses structures, son système, ses priorités. Et quand un gouvernement ose tant soit peu remettre en question certains dogmes soixante-huitards, les syndicats, protecteurs de la puissante fonction publique, barrent le chemin au nom des acquis.

La gauche québécoise se bat encore contre la mondialisation !

C’est bien beau le village gaulois qui résiste à l’empire mais contrairement à Astérix et Obélix, nous n’avons pas de potion magique pour nous sortir du pétrin quand ça va mal.

Alors, poussés à l’action par des crises économiques ponctuelles, nos dirigeants ont appris à louvoyer entre les obstacles, à introduire ici et là des réformes à la pièce, espérant ne pas réveiller le monstre mieux connu sous le nom de «front commun syndical». Et en donnant à la bête du nanane compensatoire, comme les CPE offerts par le PQ en contrepartie de l’atteinte du déficit zéro en 1998.

Et depuis, on pelte allègement les conséquences dans la cour du prochain gouvernement. Et des générations futures.

Et le CPE dans tout cela ?

Si le Québec veut préserver son modèle, il devra un jour ou l’autre entreprendre des réformes importantes qui ne seront «socialement acceptables» que si le gouvernement en place a le courage de dire toute la vérité sur les objectifs, les moyens et les conséquences. Au lieu de prétendre que les choses se feront à coût nul ou n’auront aucun impact sur les services.

Même si les plus conservateurs parmi nous, et j’en suis, rêvent d’une société moins étatisée, je crois que les Québécois sont attachés à leur modèle hybride de social-démocratie à la sauce nord-américaine. Les gouvernements, libéral, péquiste ou peut-être un jour caquiste, doivent en tenir compte et jouer franc-jeu avec l’électorat. Si l’objectif est de sauver notre société distincte, ils doivent le dire et expliquer comment cela peut se réaliser. Si l’objectif est d’apporter des modifications profondes, ils doivent être aussi, sinon plus, transparents.

Ce qui n’est pas le cas actuellement avec le gouvernement Couillard qui semble naviguer dans le brouillard. Et c’est pourquoi je m’oppose à la modulation des frais en CPE tel qu’annoncé hier.

1-      Les Libéraux n’ont n’a pas été honnêtes en compagne électorale.

2-      Ils ont vendu aux Québécois un programmel qui reposait en partie sur l’assainissement des finances publiques – je demeure persuadée que la majorité des Québécois comprennent que la situation actuelle est intenable -  mais jamais on ne leur a parlé d’une réforme idéologique.

3-      Or, le premier ministre Couillard hier a admis que cette modulation est plus idéologique qu’économique. Mais encore ?

4-       Le gouvernement a choisi d’appliquer cette modulation via la fiscalité, la méthode la plus bureaucratique et la plus coûteuse de faire des économies.

4-      Et la question qui me turlupine depuis le début : pourquoi les CPE échappent-ils à l’analyse des programmes entrepris par le comité de Lucienne Robillard ? Faire cavalier seul sur les CPE va mettre du plomb dans l’aile de ce rapport attendu début décembre. Dont nous sommes de plus en plus nombreux à croire que c’est un exercice de relations publiques d’abord et avant tout.

Je ne suis pas contre une augmentation, voire une modulation des tarifs. La Suède le fait, et le fait bien. Mais une  fois encore, nous assistons à une séance de raboudinage, de travail de coin de table, de tractations de caucus. L’équivalent politique de réaménager les chaises longues sur le pont du Titanic.

Tout cela ne fait que reporter l’échéance du travail de fond qui devra être entrepris un jour ou l’autre et de rendre une vraie réforme encore plus difficile à réaliser.

À chaque semi-réforme, qui donne naturellement des semi-résultats (ce que j’anticipe aussi avec la loi 10), la population s’enfonce dans le cynisme, au point de ne plus être capable d’entendre le mot réforme sans faire une crise d’urticaire.

Non, nous ne sommes pas des Suédois.

 

Une lecture essentielle pour tout ceux et celles que l’avenir du modèle québécois intéresse: Social-démocratie 2.0 Le Québec comparé aux pays scandinaves (PUM) sous la direction de Stéphane Paquin et Pier-Luc Lévesque, préface de Pierre Fortin.

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PKP chez le dentiste, 2e partie

- 19 novembre 2014

La suite de mon blogue de ce midi. Voici pourquoi, à mon avis, édenter PKP nous priverait de l’émergence au Québec d’un nouveau type de ce race de politiciens affranchis qu’on appelle «The New Politicians» (le phénomène est surtout anglo-saxon pour l’instant).

Il n’y a pas qu’ici que les gens en ont plein leur casque de la langue de bois et du packaging des politiciens par les spin doctors qui ont aspiré beaucoup de crédibilité et de vitalité dans la vie démocratique depuis une trentaine d’années.

À l’ère des spin doctors, un Charles-de-Gaulle, un Winston Churchill ou un René Lévesque auraient été dilués jusqu’à en devenir inodores, incolores et sans saveur. On aurait probablement hésité à les présenter comme candidats. Je ne compare pas PKP, ou qui que ce soit, à ces grands personnages de l’histoire. Je souligne seulement que les électeurs ont soif de politiciens affranchis.

Plus vrais, moins formatés, imprévisibles et souvent de tempérament sanguin, les nouveaux politiciens s’intéressent plus aux réseaux sociaux qu’aux sondages. Ce sont des électrons libre. Que cela plaise ou non, ils sont en adéquation avec leur époque. Et ils ont compris d’instinct que les oreilles de l’électeur moyen se ferment automatiquement dès que se fait entendre la langue de bois.  Denis Coderre et de Régis Labeaume le savent.

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Le maire de Londres, Alexander Boris de Pfeffel Johnson, prototype du Nouveau Politicien

 

Le plus bel exemple de ce «politicien nouveau» est sans contredit l’actuel maire de Londres, l’increvable Boris «Bojo» Johnson, 50 ans, dont le style politique est aussi échevelé que sa tignasse blonde, un maître es gaffes qui finit toujours par retomber sur ses pattes mais sans avoir à se compromettre. Ancien député conservateur qui va se présenter comme député en 2015, il pourrait très bien devenir premier ministre de la Grande-Bretagne d’ici 2020.

Aux États-Unis, les «nouveaux politiciens» se retrouvent surtout du côté du Tea Party. On aura beau ne pas aimer cette pensée politique mais il faut néanmoins avouer que le succès leur colle aux fesses. Rand Paul, potentiel candidat républicain aux élections présidentielles de 2016, représente selon moi le modèle américain, plus sobre que le britannique, du «nouveau politicien». Ses chances de devenir le prochain «commander-in-chief» des États-Unis d’Amérique sont bien réelles.

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Rand Paul, fils du libertarien Ron Paul, est moins à droite que son père

 

N’est pas donné à tous d’être un «nouveau politicien». Il faut autant de confiance en soi que d’humilité, selon les circonstances. Beaucoup de générosité et un cerveau plus rapide que la moyenne – un outil essentiel quand on travaille sur la corde raide sans filet. Du charisme oui, mais tempéré par une certaine maladresse dans les contacts humains qui se traduit par une vulnérabilité à laquelle le commun des mortels peut  s’identifier.

Exactement ce qu’a fait PKP dans son échange avec le journaliste Denis Lessard.

En tant que journaliste, j’estime qu’il a tort – et il a tort – mais la citoyenne en moi tire un gros «yessss» dans son for intérieur.

 

PKP chez le dentiste

- 19 novembre 2014

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photo Marie-Ève Tremblay (C’est pas trop tôt)

 

Au sujet de sa volte-face sur la pertinence du Bloc Québécois, Le Devoir titre ce matin : «PKP se range derrière les ténors péquistes». En d’autres mots, la machine du parti est en train de mettre PKP à sa main.

Je ne suis ni péquiste ni pékapiste mais cettnouvelle m’attriste. Pas pour sa composante Bloc, un parti naguère important et qui a rendu de fiers services au Québec mais dont l’avenir appartient ultimement aux électeurs.

Je m’inquiète plutôt de l’intervention de ces «ténors» péquistes dans la carrière politique du chef annoncé. Ces mêmes «ténors» qui ont amené le parti là où il se trouve aujourd’hui, c’est-à-dire en train de ramasser les miettes de la pire défaite électorale de son histoire. Voilà qu’il oeuvrent maintenant à transformer la tornade Péladeau en douce brise printanière. Le genre qui fait à peine frémir les rideaux.

Comme d’autres essaient de contrôler la bouche du candidat Lisée qui aime appeler un chat un chat quand il voit un chat. 

Bien sûr, la politique est de nature plus contraignante que l’entreprenariat, et le député de Saint-Jérome a bien des croutes à manger, mais de grâce ne l’édentez pas.

Je vis Montréal

- 17 novembre 2014

Je sais, le thème du pow wow d’aujourd’hui sur Montréal est Je vois Montréal, pas Je vis Montréal.

Mais moi, c’est ma réalité. Je vis Montréal, tous les jours, depuis près de six décennies, à part quelques escapades londoniennes, albertaines, britannico-colombiennes et torontoises, pour voir si j’y étais mieux. Mais je suis revenue, comme Charlebois, comme Ariane Moffat et comme ma fille aînée qui revient à Montréal cette semaine après une année en Ontario où elle a constaté 1- que les rues là-bas ne sont pas toutes pavées d’or 2- que, malgré tout ce qui ne fonctionne pas, la vie est beaucoup plus agréable ici.

Je ne crois pas tellement à ces grandes messes de la créativité mais laissons la chance aux coureurs. J’espère que de bonnes idées émergeront et surtout, surtout, que nous aurons l’audace et l’argent pour leur donner vie. De plus, il est réjouissant de constater qu’autant de gens croient encore à Montréal, malgré la morosité ambiante, et réfléchissent activement à des manières de la rendre plus belle, plus intelligente, plus excitante.

Mais moi, je n’en demande pas tant. Je veux tout d’abord que les choses de base fonctionnent comme elles doivent fonctionner.

Que les rues ne soient pas défoncées, que les terrains vagues ne soient pas envahis par l’herbe à poux l’été, que la neige soit enlevée quand il le faut, comme il le faut. Que les policiers n’agressent pas les citoyens pour un oui ou pour un non, ou pour rien du tout. Que ça ne prenne pas deux ans à refaire un coin de rue, comme le coin nord-est de l’intersection Gouin et Lajeunesse. Qu’il existe une politique cohérente et bien financée de lutte à l’itinérance. Que le centre-ville redevienne attirant.

Que les rues Saint-Denis et Saint-Laurent entre Sherbrooke et Saint-Joseph ne se vident pas de leurs commerces et de leur vitalité. Que les propriétaires véreux soient sanctionnés. Que les cyclistes puissent rouler sous un viaduc sans se retrouver sous les rues d’un mastodonte. Qu’on cesse de construire des tours à condos sans égards aux réels besoins des Montréalais. Que les familles puissent trouver des logements abordables avec trois chambres à coucher. Que la Ville joue un rôle concret dans l’intégration des immigrants.

Que les viaducs ne nous tombent pas sur la tête. Que les conduites ne pissent plus 40% de l’eau potable. Que les tagueurs sans talent rangent leurs bonbonnes de peinture et cessent de tout défigurer. Que les commerçants puissent décorer leurs rues sans se faire dire non pas des bureaucrates sans vision. Qu’on ne vandalise plus les patinoires de ruelles. Qu’on libère les camions de bouffe de rue de tous ces règlements stupides et contraignants. Qu’on impose des normes plus strictes aux taxis.

Qu’on nous débarrasse de ces arrondissements et de leurs roitelets égocentriques qui tirent la couverture chacun de son côté. De tous ces paliers décisionnels qui tirent la couverture chacun de son côté.

Montréal a besoin d’empêcheurs de tourner en rond, pas de défonceurs de portes ouvertes.

Quand l’essentiel va bien, tout va mieux.

Ensuite on peut se concentrer sur le rêve, les projets fous comme l’avenir du silo no 5, le déménagement l’Homme de Calder en ville, l’aménagement d’une vraie plage-ville dans le Vieux-Montréal et les 1001 projets qui émergeront de la rencontre Je vois Montréal. Les idées ne manquent pas, le savoir-faire non plus.

Le problème, c’est le vouloir faire.