La meilleure ville canadienne pour les femmes est…

- 23 avril 2014

Vous vous plaignez souvent que les chroniqueurs ne parlent que de choses négatives. Erreur !

Hier, j’ai écrit que la classe moyenne canadienne était désormais plus prospère que la classe moyenne américaine. En d’autres mots, le fossé entre les riches et les pauvres au Canada est moins prononcé qu’aux États-Unis. Cette nouvelle n’a fait vibrer personne.

OK. Voici une autre bonne nouvelle, plus près de nous. Pour faire passer la pilule des huit femmes au conseil des ministres de Philippe Couillard, pour ceux et celles que cela excite. Pas moi.

Le Canadian Centre for Policy Alternatives (CCPA), un think tank de gauche, dévoilait sa liste des meilleures et des pires villes canadiennes où être une femme.

C’est le maire Labeaume qui va être content : la ville de Québec se classe au premier rang des meilleures villes canadiennes pour les femmes. Montréal arrive au 4e rang et Sherbrooke au 8e. Le Québec est la seule province avec autant de villes parmi les dix premières et se mérite donc la palme de la province la plus progressive en matière d’égalité hommes-femmes. Alors que l’Alberta se classe au dernier rang avec Calgary et Edmonton qui occupent respectivement la 17e et la 20e place.

Le top dix se décline ainsi :

1-      Ville de Québec

2-      Saskatoon

3-      St John’s, Terre-Neuve

4-      Montréal

5-      Victoria

6-      Toronto

7-      Ottawa-Gatineau

8-      Sherbrooke

9-      Halifax

10-   Hamilton

Pourquoi Québec ?  

Québec fait bonne figure au chapitre de l’emploi, du salaire – tout comme Gatineau-Ottawa – en raison de la prépondérance d’emplois gouvernementaux syndiqués dans ces villes. En fait, du point de vue du bien-être économique pour les femmes, la ville de Québec domine le paysage canadien. Les chercheurs du CCPA notent aussi que le conseil municipal est presqu’également constitué d’hommes et de femmes (mais ils ne disent pas qu’un seul homme détient réellement le pouvoir…)

Québec est la seule ville canadienne où les hommes seraient plus stressés que les femmes. Et la ville où on rapporte le moins d’incidents de violence conjugale et de violence sexuelle au pays.

La situation à Montréal

Montréal est la grande ville canadienne qui se classe le mieux, dépassant Toronto et Vancouver au classement général. La pauvreté  n’est que légèrement plus marqué chez les femmes que les hommes (15 pour cent des femmes contre 13 pour cent des hommes). Les hommes et les femmes sont stressés à part égale. Montréal se classe sous la moyenne canadienne au chapitre des cas rapportés de violence conjugale et d’agressions sexuelles. Et les femmes sont légèrement plus scolarisées que les hommes.

Par contre, trois postes de direction sur quatre sont encore occupés par des hommes et les femmes ne représentent que le tiers du conseil municipal.

Ailleurs au Canada

Les femmes les plus stressées vivent dans la région de Kitchener-Waterloo en Ontario. C’est à Régina, en Saskatchewan qu’on trouve le plus grand nombre de cas de violence conjugale alors que le taux de signalement d’agressions sexuelles est le élevé à Winnipeg.

Au chapitre des écarts de salaires entre les hommes et les femmes, Calgary et Edmonton font très mauvaise figure bien que Calgary affiche le taux le plus élevé d’emploi chez les femmes canadiennes. Mais elles sont surtout cantonnées dans des métiers traditionnels peu payés, l’écart de salaire moyen entre les hommes et les femmes étant de 17 000$

Éducation, santé et leadership

C’est au chapitre de l’éducation que l’écart est le plus faible entre les hommes et les femmes au Canada. En fait, les femmes dans l’ensemble du pays sont plus susceptibles que les hommes de détenir un diplôme d’études secondaires, collégiales et universitaires alors que deux fois plus d’hommes que de femmes ont reçu une formation technique ou professionnelle.

En matière de santé, encore là, peu d’écarts entre les sexes, sauf pour ce qui est du stress. À Oshawa, les femmes seraient deux fois plus stressées que les hommes. Et c’est à Vancouver que les femmes vivent le plus longtemps.

Toronto offre le moins de cliniques de santé sexuelle et reproductive à ses résidentes, soit une pour 432 000 femmes et St John’s à Terre-Neuve arrive bonne première, avec une clinique pour 34 000 femmes. Par contre, St John’s n’a aucune conseillère municipale de sexe féminin alors qu’à Waterloo et Victoria, plus de femmes que d’hommes siègent aux conseils de leur ville.

Les points à améliorer

Même si dans l’ensemble, le Canada s’en tire assez bien, il traîne de la patte sur deux données importantes : la violence contre les femmes, conjugale et/ou sexuelle et la participation des femmes en politique et à la direction des entreprises et organismes. Par exemple, à Hamilton, les postes de direction sont occupées à 80 pour cent par des hommes, alors qu’à Québec, même si cette ville occupe le premier rang parmi les villes où il fait bon d’être une femme, trois postes de direction sur quatre sont encore occupés par des hommes.

Sur les cinq critères utilisés par le CCPA pour réaliser cette étude, soit la sécurité économique, l’éducation, la santé, le leadership et la sécurité personnelle, l’égalité hommes-femmes n’est atteinte qu’au chapitre de l’éducation. Par contre, l’écart économique rapetisse, tout comme celui de la santé.

Nous sommes encore loin de l’égalité en matière de leadership mais en ce qui a trait à la sécurité des femmes, le fossé est vertigineux pour une société aussi avancée que la nôtre. Et ces données n’incluent pas les femmes autochtones vivant sur les réserves où la situation est tout simplement scandaleuse.

Le rapport complet est ici:

https://www.policyalternatives.ca/sites/default/files/uploads/publications/National%20Office/2014/04/le_meilleur_et_le_pire_endroit_ou_etre_une_femme_au_Canada.pdf

La classe moyenne la plus riche au monde

- 22 avril 2014

Quel pays a la classe moyenne la plus prospère sur la planète ? Par ici la réponse.

Les Américains viennent de tomber de leur perche du pays ayant la classe moyenne la plus riche au monde.

Ils y trônaient depuis 35 ans, depuis que cette chose est mesurée. Quelques fois talonnés par la Norvège, l’Autriche, les Pays-Bas ou le Danemark mais sans que leur position dominante soit vraiment remise en cause.

Or, le Canada vient de les en déloger, selon la Luxembourg Income Study, une étude indépendante sur les revenus des individus à laquelle participent 40 pays industrialisés dont la Chine, la Russie, la Suisse, l’Inde, le Mexique, les États-Unis et le Canada.

Le New York Times, sur son nouveau site Upshot, a voulu comprendre pourquoi un tel cataclysme est venu ébranler Forteresse America. Surtout au profit du Great White North, un pays sans intérêt pour la majorité des Américains. Pépinière de vortex polaires, de bières toujours extrêmement froides, plus que de millionnaires.

Au chapitre des riches et très riches, les États-Unis continuent de dominer la planète. Mais l’écart grandissant entre les riches et les pauvres fait très mal à la classe moyenne, la colonne vertébrale de l’économie américaine. Un pays comme les États-Unis ne peut vivre que de la consommation des plus riches. Ce n’est pas Monaco.

Depuis l’an 2000, le revenu médian des familles de la classe moyenne a augmenté de manière stable dans tous les pays industrialisés, sauf un, les États-Unis. Dans le cas du Canada, l’augmentation du revenu médian a été de 19,7 pour cent, pour atteindre 69 000$ après impôts. Le revenu médian familial stagne entre 50 000$ et 57 000$ par année, dépendant des analystes.

Comment expliquer la performance du Canada ? Les auteurs de l’article du NYT citent le système d’éducation canadien qui serait supérieur au système américain et à bien d’autres dans le monde. Les salaires de la classe moyenne canadienne qui ont connu une plus forte croissance que les salaires de la classe moyenne américaine. Et le Canada, comme la majorité des pays du nord de l’Europe, qui redistribue mieux la richesse que les États-Unis.

Cette analyse américaine vient contredire une une étude interne du ministère fédéral de l’Emploi dévoilée en février dernier qui annonçait plutôt la mort du rêve canadien pour la classe moyenne.

J’aime mieux la version américaine…

 

 

 

Retour à l’essentiel

- 22 avril 2014

L’essentiel, l’authentique, le vrai : dans un monde où le futile, le fumeux et le faux dominent, où la réalité est souvent passée au Photoshop, nous sommes nombreux à espérer que ces valeurs reprennent du service pour guider les rapports humains en société.

Nous ne sommes pas tombés subitement amoureux fou de la vérité intégrale — le mensonge comme émollient pour lubrifier les interactions entre les êtres humains n’est pas à la veille d’être retiré du marché. Mais la complexité sans cesse croissante du monde qui nous entoure nous pousse à chercher des lieux de refuge où nous pourrons être à nouveau vrais, humains, faillibles, hésitants, moches le matin, au ras des pâquerettes quand c’est nécessaire, sans être montrés du doigt par tous ces «améliorateurs» professionnels qui veulent notre bien. Et leur profit, en nous vendant des couches de vernis qui, à la longue, deviennent non seulement lourdes à porter, mais qui distortionnent l’essence des choses.

Notre quête de vrai et d’essentiel nous fait rêver d’espaces mentaux tranquilles où nous ne sommes pas que des consommateurs qui font baver les marchands, des âmes perdues en quête de rédemption, des cerveaux en attente d’une opinion à la mode ou des électeurs dans la mire de stratèges politiques. Sans être obligés de s’installer dans une cabane au Yukon.

La politique du vrai

En portant les libéraux au pouvoir, les Québécois auraient-ils fait le choix de se mettre à l’abri du futile, du fumeux et du faux, en quête de politique-vérité? Les «vraies affaires» auraient-elles triomphé de l’idéologie?

Si on en croit les commentaires depuis le 7 avril, les Québécois ont trouvé la campagne électorale difficile. Et pour cause. Le discours a été dominé par la promotion, que dis-je, la vente à pression de solutions à fort indice d’émotions dont le succès aurait été difficile à mesurer.

Un budget équilibré, une baisse du chômage, des routes mieux pavées, une réduction du taux d’analphabétisme fonctionnel, un PIB en santé, voilà des objectifs qui rallient tous les Québécois. Échecs et succès se mesurent objectivement. 1+1 fera toujours 2, même chez Québec solidaire.

Par contre, le degré de laïcité, d’équité, de justice et même la souveraineté d’un état dans un monde interdépendant, voilà qui est beaucoup plus difficile à évaluer. Surtout lorsque le peuple manque de repères historiques pour juger des progrès accomplis, d’ancrages académiques pour bien comprendre les enjeux et que des politiciens faussement authentiques préfèrent un succédané de pensée à la rigueur intellectuelle.

Il n’y a rien de mal à souhaiter l’éradication des nids-de-poule avant la disparition des foulards dans la fonction publique. Rien de répréhensible à vouloir que le français soit enseigné correctement à l’école avant d’imposer la loi 101 dans les PME. Rien de honteux à vouloir réduire les listes d’attente dans les hôpitaux avant de sortir le privé de la santé.

Les Québécois ont misé sur l’essentiel et rejeté les solutions fumeuses de faux prophètes qui croient qu’il existe des solutions simples à des problèmes complexes.

Ça sent la «vous-savez-quoi».

- 21 avril 2014

Voilà, c’est fait. Miss Harley a vrombi aujourd’hui. Enfin. Il n’y a rien comme la première sortie à moto pour nettoyer les derniers fils d’araignées de l’hiver. Mais rouler à deux roues à Montréal, surtout au printemps, c’est du sport…

En parlant de sport – admirez ici l’habile transition de la blogueuse – vous n’avez pas remarqué que l’atmosphère a changé au Québec depuis quelques jours ? Depuis le début des séries éliminatoires ? Depuis que le Canadien domine cette première ronde contre le Lightning de Tampa Bay ?

En temps normal, je suis plutôt du genre à questionner l’engouement des foules pour le sport professionnel. À réclamer moins de violence au hockey. À dénoncer la rudesse excessive au football. Je vous entends penser «ouais, le genre matante qui ne comprend rien aux passions que suscitent les sports virils». Sans doute.

Et puis, il se passe quelque chose de magique : quand le CH se met à gagner, je me surprends à dire que ça sent peut-être la «vous-savez-quoi», le cœur battant d’espoir. J’entre en religion le temps que le CH enfile les victoires. Je communie avec des millions de Québécois qui eux aussi se mettent à espérer, à croire, à prier s’il le faut pour que le Canadien redevienne à nouveau une équipe capable de remporter la Coupe Stanley. Comme autrefois.

La ferveur du hockey en séries éliminatoires, c’est comme des vacances de la grisaille. Impossible de ne pas se laisser happer par la joie pure des partisans hier soir. Impossible de ne pas hurler comme une folle quand Bourque a compté à 11 secondes du début. La Ligue aurait dû attribuer une «assistance» à Ginette Reno. Ça vous galvanise une équipe une voix comme celle-là ! Si son cardiologue le lui permet, elle va revenir demain soir chanter pour ses «p’tits gars», comme elle les appelle. Appuyée par une chorale de 21 000 spectateurs. «J’avais le cœur gonflé d’amour», a-t-elle dit à Réjean Tremblay.

Nous avons tous le cœur gonflé d’amour pour cette équipe qui incarne les espoirs des Québécois, tous les Québécois – mon collègue de CJAD, Dan Delmar, a twitté hier soir: GINETTE RENO. BAM. We can’t lose - - depuis plus d’un siècle. J’aurai beau, le reste de l’année, pontifier sur les effets négatifs du sport devenu le nouvel opium du peuple,  je dois concéder, qu’à certains moments, quelques gouttes d’anesthésiant social peuvent faire plus de bien que de mal.

La preuve ? En gagnant les trois premières parties de cette première ronde des séries éliminatoires, le Canadien nous a fait oublier l’interminable hiver 2013-2014, les élections, les débats acrimonieux de la campagne, la charte, la saison des impôts. Même les nids de poule semblent moins profonds…

Puisse la magie s’opérer aussi longtemps que possible.

Laïcité: on fait quoi maintenant ?

- 18 avril 2014

Les grands titres des journaux cette semaine nous ont rappelé que si la charte des valeurs, ou charte de laïcité, est bel et bien morte et enterrée, en même temps que le gouvernement Marois, les «problèmes» qu’elle était censée régler, eux, n’ont pas disparu. De la une des journaux.

Le dossier des mutilations génitales a refait surface lorsqu’un quotidien a révélé que la Société des obstétriciens gynécologues du Canada semblait, de manière extrêmement hypothétique, vouloir ouvrir la porte à l’excision et l’infibulation, pour «les rendre plus culturellement acceptables».

Il n’en fallait pas plus pour que des nostalgiques de la charte montent aux barricades.

Pour rien.

L’excision et l’infibulation sont expressément interdites par le Code criminel du Canada, lorsque pratiquées pour des raisons culturelles. Ce n’est pas une opinion, c’est un fait. Article 268, section 3

  • 268. (1) Commet des voies de fait graves quiconque blesse, mutile ou défigure le plaignant ou met sa vie en danger.
  • Note marginale :Peine

(2) Quiconque commet des voies de fait graves est coupable d’un acte criminel et passible d’un emprisonnement maximal de quatorze ans.

  • Note marginale :Excision

(3) Il demeure entendu que l’excision, l’infibulation ou la mutilation totale ou partielle des grandes lèvres, des petites lèvres ou du clitoris d’une personne constituent une blessure ou une mutilation au sens du présent article, sauf dans les cas suivants :

  • a) une opération chirurgicale qui est pratiquée, par une personne qui a le droit d’exercer la médecine en vertu des lois de la province, pour la santé physique de la personne ou pour lui permettre d’avoir des fonctions reproductives normales, ou une apparence sexuelle ou des fonctions sexuelles normales;

Pas mal plus déterminant qu’une charte de la laïcité ou des valeurs québécoises. Et d’une efficacité aveuglante: 14 ans de prison…

Des lois existent

Le Code criminel du Canada, le Code civil du Québec, les chartes des droits et la jurisprudence contiennent de nombreuses dispositions qui permettent aux autorités de dire «non» à la majorité des demandes déraisonnables.

Le meurtre, qu’il s’agisse d’un crime d’honneur ou d’un règlement de compte entre malfrats, est illégal. La discrimination basée sur le sexe est interdite. Même la résolution de demandes d’accommodements religieux est déjà codifiée par la jurisprudence québécoise. À part l’interdiction du port de signes ostentatoires par les employés de l’État, le seul élément du projet de loi qui posait problème, il n’y avait rien de neuf dans la charte telle que proposée.

Cela dit, le gouvernement devra trouver un moyen de rassembler les dispositions raisonnables du projet de loi 60 dans un texte unificateur et pacificateur. Revenir à Bouchard-Taylor. Parce que les problèmes, réels ou hypothétiques, ne disparaîtront pas de l’optique populaire et risquent d’interpeller le gouvernement Couillard pendant les quatre années à venir.

Parallèlement, le gouvernement devra se pencher sérieusement sur la question de l’intégrisme religieux à saveur politique, un réel problème – pas pour débusquer des pratiques qui ne font de mal à personne – en allant dans le sens des recommandations de Fatima Houda-Pepin sur la question. Bien des gens seraient rassurés de la voir diriger un Bureau de lutte à l’intégrisme religieux. Moi la première. Car elle s’y connait. On peut toujours rêver…

Des faits, pas des impressions

Il faudra à monsieur Couillard énormément de doigté pour remettre le dossier de la laïcité et des accommodements religieux à l’ordre du jour. Personne n’a envie de reprendre le débat là où on l’a laissé le 6 avril. Il devra se baser sur des faits avérés, et non pas sur les qu’en-dira-t-on chers à Bernard Drainville. Tenir compte de la Charte québécoise des droits et libertés, ainsi que de la Charte canadienne, mais aussi prendre au sérieux les inquiétudes de la population. Il ne peut faire comme si elles n’existaient pas. Comme si l’élection du 7 avril avait vidé la question. Ce n’est pas la charte qui a coulé le paquebot du PQ, mais une approche libérale«multiculturaliste» à tout crin aurait des effets tout aussi dévastateurs sur la crédibilité du gouvernement et sur la santé de la société québécoise.

Certains d’entre nous pouvons bien croire qu’il n’y a pas de crise sociale majeure – un ami me faisait remarquer ce midi que les scandales d’accommodements religieux se font rares depuis la crise de 2007 – tant qu’une majorité de Québécois verront les choses autrement, Philippe Couillard doit agir. Il ne peut laisser le dossier s’envenimer à nouveau.

Mais il ne peut non plus traiter de cette question comme s’il s’agissait du plus grand défi auquel le Québec fait face en 2014.  Surtout que la très grande majorité des ces demandes d’accommodements religieux proviennent de Québécois de souche canadienne-française, Chrétiens protestants, Catholiques, Mormons ou évangéliques ainsi que de Témoins de Jéhovah. On ne saurait le répéter trop souvent. Des parents évangéliques qui refusent que leur enfant fête l’Halloween à l’école, il en existe plus qu’on ne le pense.

Mais au final, le nombre de cas problématiques est minuscule, et en décroissance, comparé à l’espace médiatique qu’occupe la question. Pourquoi Bernard Drainville ne citait-il que des exemples vieux de six ou sept ans pour justifier la nécessité de «mettre nos culottes» ? Parce que les cas problématiques sont très rares.

À témoin: entre 2009 et 2013, la Commission des droits de la personne du Québec, l’organisme responsable de traiter les dossiers non résolus de demandes d’accommodements raisonnables, a reçu 3 582 plaintes. Dont seulement 25 portaient sur des accommodements religieux. Le reste portait sur le sexe, un handicap, l’origine ethnique, etc. mais sans lien avec l’accommodement pour des motifs religieux.

Fini le débat toxique

Ce qui me rassure, par ailleurs, c’est que l’approche libérale face à la résolution des conflits issus du pluralisme ne sera pas liée à la défense de l’identité québécoise. Cette approche a rendu le débat sur la charte aussi odieux et toxique par moments.

Parce qu’on en a fait une question de vie ou de mort, tous les excès étaient permis.

Si une telle chose est possible, le PLQ devrait songer à dépolitiser le débat sur le vivre-ensemble. Pourquoi pas une approche pragmatique non-partisane, en suivant le chemin tracé par le comité chargé d’étudier les soins en fin de vie? Malgré les aspects moraux et religieux au cœur de cette difficile question, les parlementaires impliqués ont réussi à unir leurs forces, au-delà des lignes de leurs partis respectifs, pour accoucher d’un projet de loi qui a fait consensus dès son dévoilement.

Qu’est-ce qui a fait la différence dans ce dossier? Le désir d’éduquer et la volonté d’éviter à tout prix la division au sein de la population.

Le temps est peut-être aussi venu de revoir les seuils d’immigration et de financer adéquatement les programmes d’intégration et d’enseignement du français. Dans lesquels le Parti québécois a coupé allègrement au fil des ans. Qui a aboli les Centre d’orientation et d’intégration des immigrants, les COFI, une formule éprouvée qui a bien servi le Québec pendant 25 ans ? Le gouvernement de Lucien Bouchard.

Quelle était l’idée de génie de la dernière ministre de l’Immigration du PQ, Diane de Courcy, pour améliorer la francisation des immigrants ? Des cours par Internet ! Tout seuls chez eux, devant un écran, quelle formidable idée pour encourager l’intégration !