Ma chronique dans le National Post sur Lucien Bouchard

- 28 août 2014

Voici ma traduction de ma chronique d’aujourd’hui dans le National Post sur le documentaire Nation, huis clos avec Lucien Bouchard, présenté lundi à Télé-Québec.

Pourquoi les Québécois sont toujours fascinés par Lucien Bouchard (Comment, National Post, 28 août 2014)

Il est 21h, 190 000 Québécois sont scotchés à leur téléviseur. Cette fois, ce n’est pas leur amour du hockey qui les garde à l’intérieur par un beau soir d’été, mais leur autre passion, la politique québécoise.

Lundi dernier, Télé-Québec présentait Nation, huis clos avec Lucien Bouchard, un documentaire-entrevue de 9o minutes avec le fondateur du Bloc Québécois qui demeure, à 75 ans, une personnalité publique à la fois adulée et détestée au Québec.

Qu’allait-il dévoiler ? Donner un coup de pied sur la boîte de conserve marquée «souveraineté» ? Dénoncer le nouveau chef du Bloc, l’abrasif Mario Beaulieu ? Avec Lucien Bouchard, tout est possible. Après tout, cet homme est passé de souverainiste à fédéraliste à souverainiste sans jamais s’excuser.

Plusieurs sont trop jeunes, ou trop nouveaux au Canada pour se souvenir du bel orateur enflammé qui a mené le pays au bord de la rupture en qualité de chef du camp du Oui pour le référendum de 1995. Des gens frémissent – ou gémissent – encore en se rappelant le résultat final : 49,42 pour cent Oui et 50,58 pour cent Non.

Un parcours hors norme

Lucien Bouchard, aussi appelé Lulu, est né dans une famille ouvrière au Saguenay, une région si majestueuse qu’on l’appelle Le Royaume. Il a étudié le droit à l’université Laval où il s’est lié d’amitié avec un autre étudiant en droit, Brian Mulroney.

Avocat et membre du Parti Québécois depuis la Crise d’octobre, Lucien Bouchard a soutenu le camp du Oui lors du référendum de 1980. En 1982, quand Pierre Trudeau a rapatrié la Constitution sans l’approbation du Québec, créant une crise constitutionnelle toujours non réglée à ce jour, Bouchard a été profondément blessé de voir une des nations fondatrices du Canada être mise de côté de façon aussi cavalière à un moment charnière de l’histoire du pays.

Mais en 1984, Lucien Bouchard a prêté main forte à son ami Brian Mulroney dans sa course à la direction du pays parce que ce dernier promettait de tout mettre en œuvre, une fois élu, pour ramener le Québec dans le giron constitutionnel. En 1985, Mulroney a n0mmé son ami Lucien Bouchard ambassadeur du Canada en France. À son retour au Canada en 1988, il a été élu député progressiste-conservateur dans son comté de Lac-Saint-Jean. Dans le documentaire, il nous rappelle qu’il croyait que le Québec pouvait avoir une place dans une fédération canadienne renouvelée.

L’édifice s’est écroulé en 1990 quand le Manitoba et Terre-Neuve, encouragés par Trudeau et Chrétien, ont refusé de signer l’entente du Lac Meech qui aurait permis la reconnaissance du Québec comme société distincte au sein du Canada.

Lucien Bouchard a démissionné comme député fédéral, brisant ainsi son amitié avec Brian Mulroney. Les deux hommes ne se sont jamais reparlés et Lucien Bouchard doute qu’ils le feront un jour.

En 1991, il a fondé le Bloc Québécois. «Cela ne devait pas durer. C’était un «one shot» avant la souveraineté, dit-il. En 1993, le Bloc a remporté 54 sièges à Québec et Lucien Bouchard est devenu chef de l’Opposition à Ottawa.

L’année suivante, terrassé par la bactérie mangeuse de chair, Lucien Bouchard doit se battre pour sa vie. On lui amputera une jambe, in extremis. Pendant qu’il est à l’hôpital, Jacques Parizeau annonce un référendum pour 1995.

«Je me suis fait poser une jambe et c’est reparti», dit-il en riant dans le film.

Lucien Bouchard a accepté de diriger le camp du Oui et la victoire semblait à portée de main. Mais le 30 octobre 1995, après une défaite crève-cœur, les Québécois ont entendu Jacques Parizeau donner son fameux discours «la faute de l’argent et du vote ethnique». Ce qui a laissé Lucien Bouchard stupéfait et en colère. «Nous avons perdu deux fois ce soir-là». (Lucien Bouchard n’a pas soutenu le projet de charte des valeurs du PQ)

Parizeau a démissionné dès le lendemain et Lucien Bouchard a été «couronné» premier ministre du Québec. Premier item à l’agenda : remettre les finances de la province en ordre. «Le croisé est devenu un comptable», dit-il. Si le Oui l’avait remporté, avoue-t-il à son intervieweur, le Québec aurait été en fâcheuse position économique.

Mais Lucien Bouchard n’était pas au goût de tous. Trop ceci, pas assez cela. Ses critiques ne l’ont jamais épargné, surtout la gauche qui n’a pas digéré les coupures douloureuses qu’il estimait nécessaires à l’atteinte du déficit zéro.

Mais le 11 janvier 2011, Lucien Bouchard quitte la politique. Il ne veut pas subir le même sort que René Lévesque, malmené par son propre parti, conspué par ses ennemis. «Je ne voulais pas finir comme ça».

La nostalgie de Lucien Bouchard

Malgré ce parcours, il existe encore des Québécois qui voient en lui un messie qui pourrait raviver la flamme nationaliste. Mais Lucien Bouchard ne veut plus entendre parler de référendums. «Ce n’est pas au menu», dit-il.

Il parle par contre avec émotion de ses deux fils, Simon et Alexandre. Il leur souhaite d’être lucides d’abord et avant tout, responsables et tendres. «La vie est dure, il faut compenser avec de la tendresse».

C’est le genre de paroles qui explique pourquoi tant de Québécois aiment Lucien Bouchard. Comme nous tous, c’est un être pragmatique, au point de devenir de l’ambivalence. Les Québécois ne sont pas des extrémistes, lui non plus. Il combattrait les souverainistes absolument souverainistes, dit celui qui se décrit pendant le film comme un souverainiste prudent et responsable.

Un homme instruit, avec des manières de chef d’État, Lucien Bouchard n’a jamais été condescendant avec les gens du peuple, où se trouvaient ses plus grands supporteurs.

Personne ne peut dire la vérité aux Québécois comme Lucien Bouchard, un politicien de cœur qui n’a jamais maquillé ses déceptions. Nous ne pourrions imaginer qu’il puisse commencer à nous mentir aujourd’hui.

 

Comment enlaidir nos villes, par Postes Canada

- 28 août 2014

Je dédie cette chronique à la mémoire de Frédéric Metz, designer et professeur de design graphique, qui, venu de Suisse en 1967, a toujours défendu avec fougue et passion la beauté et l’harmonie visuelle au Québec, et surtout qui n’a jamais hésité à dénoncer les trop nombreux empereurs nus en matière de design urbain.

Il nous a quittés, trop jeune, trop vite, le 9 août dernier. RIP

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Frédéric Metz, 1944-2014

 

Avant de commencer:  Une des raisons pour laquelle nous ne recevrons plus notre courrier à la maison d’ici peu s’appelle le «déficit actuariel du régime de retraite des employés de Postes Canada». Atteignant 6,3  milliards $, malgré un retour sur investissement de 16,9 pour cent en 2013, il est plus élevé que le déficit de toutes les caisses de retraite des employés municipaux du Québec.

Je dis ça comme ça, en passant, pour faire réfléchir les jovialistes qui croient que les déficits des régimes de retraites dans le secteur public n’entraîneront pas de baisse de services.

 

Comment enlaidir nos villes, par Postes Canada

Depuis l’annonce par Postes Canada de l’abolition mur à mur de la livraison du courrier à domicile, une première parmi les pays du G8, la question de la gestion de l’implantation des boîtes communautaires en milieu urbain me taraude.

C’est une chose d’installer des boîtes communautaires pour desservir des secteurs à faible densité de population, comme les banlieues ou les régions rurales, où une maison détachée ou semi-détachée abrite une seule famille, où l’espace abonde, une autre d’imposer des centaines de milliers de super boîtes en ville, où vivent des dizaines, voire des centaines de familles dans un seul édifice. Où les logis sont tassés les unes sur les autres, à la verticale comme à l’horizontal.

Où les espaces verts sont peu nombreux. Ou l’espace se fait rare, point.

Je pense aux tours à logements de Ville Saint-Laurent, aux duplex, triplex et quadruplex dans Hochelaga-Maisonneuve, Montréal-nord, Verdun ou Villeray. Ils vont les mettre où leurs super boîtes super laides ?

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Une rue dans Hochelaga-Maisonneuve.

 

Aux abords des parcs ? Là où il y le moindre petit espace vert ? Où, bordel ? À côté des poubelles, des gros bacs à recyclage, des carcasses de vélos abandonnés ?

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Comme toujours, ce sera encore plus laid chez les pauvres

 

Graffiti City

J’ai un malaise visuel en pensant à quoi ressembleront les rues des quartiers populaires enguirlandés de ces affreuses choses qui seront rapidement couvertes de graffitis, quand elles ne seront pas carrément vandalisées, sans oublier la circulation automobile accrue, les attroupements, les circulaires, le junk mail et autres déchets postaux que plusieurs se feront un plaisir de laisser sur place, comme en témoigne cette photo prise à Toronto.

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Il y a quelques années, Postes Canada a décidé de couvrir les boîtes où l’on dépose les lettres de codes postaux multicolores pour décourager les tagueurs. Et voilà qu’on leur offre de belles surfaces gris perle pour pratiquer leur «art».

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J’imagine l’impact visuel de ces boîtes dans des quartiers historiques comme le Vieux-Montréal, le Vieux-Longueuil, le vieux Lachine, le Vieux-Québec !!! Sur le Plateau ! Le maire Ferrandez, heureusement bien garni côté folliculaire, risque de s’arracher les cheveux sur la tête.

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Imaginez une super boîte juste à côté du lampadaire

 

Le maire de Westmount, Peter Trent, a raison de dénoncer la pollution visuelles que ces boîtes vont engendrer dans son îlot de verdure sur la montagne et menace de refuser d’accorder les permis nécessaires pour l’érection de ces horreurs sur le territoire de sa municipalité. Certains tordus se feront un plaisir de se moquer de la misère des riches mais au-delà de ces petites mesquineries bien de chez nous, l’enlaidissement de nos villes et de nos quartiers urbains, riches ou pauvres, se fera au détriment de tous.

Nos villes aux cent clochers deviendront les villes aux milliers de super boîtes postales. Cela ne vous donne pas un petit frisson dans le dos ?

Nous pourrions au moins harmoniser leur apparence au mobilier urbain. Orange et blanc, comme les cônes.

Selon le dernier recensement, il y a au Canada 13 320 615 ménages privés. Donc 13 320 615 boîtes aux lettres dans nos rues et nos campagnes. Le Québec compte 3 395 340 ménages privés. Ce qui veut dire 3 395 340 boîtes aux lettres sur le bord des rues et des routes.

J’aimerais bien voir le contrat de fabrication et d’installation de ces boîtes. Il y a quelqu’un, quelque part qui va faire beaucoup beaucoup, beaucoup d’argent. Sans compter les entreprises qui seront mandatées de les nettoyer, de les réparer, etc.

Puisqu’on apprenait que Postes Canada a repris le chemin de la rentabilité en déclarant un profit de 55 $M au dernier trimestre, ils auront amplement les moyens d’entretenir cette folie.

D’autres solutions existent

Est-ce que quelqu’un réfléchit à Postes Canada ? Ou la société d’État est-elle devenue le quartier général de la crétinerie corporative au Canada ? Les papiers de médecin, les marches qui sont bonnes pour les aînés… et maintenant le défigurement des villes, là où il n’y a pas d’espaces inoccupés où parker ces horreurs.

Ce qui est déjà laid sera sur-enlaidi et ce qui est joli sera scrappé.

Il doit bien y avoir une autre solution, comme l’ouverture à la concurrence pour la livraison du courrier, pas seulement des colis, la privatisation, totale ou partielle. Nombre de pays européens, bien plus socialistes que le Canada de Stephen Harper, notamment la Suède, le Danemark et la Hollande, se sont tournés vers des solutions capitalistes pour régler chez eux le problème mondial de baisse du volume du courrier.

Même la Grande-Bretagne a privatisé la vénérable Royal Mail en 2013, tout en améliorant les salaires de ses employés et en continuant d’accorder au Parlement le pouvoir de réglementer le service postal de base. De plus, la transaction a rapporté 2 milliards $  au Trésor britannique.

Et tout le monde continue de recevoir son courrier à la maison, même le samedi, avec livraison en 24 heures dans 95 pour cent des cas. Et s’ils ne sont pas satisfaits du service, il y a d’autres entreprises, comme la TNT Post, de propriété néerlandaise, qui livrent aussi le courrier à la maison dans certains secteurs à forte densité, là où la concurrence est rentable.

La cerise sur le sundae ? Dans son premier exercice comme société privatisée, la Royal Mail Ltd. a réalisé un profit de 1,22 milliards de livres (environ 2,5 milliards $ CAD) contre 379 millions de livres (environ 750 milliards $CAD) l’année précédente. Ce qui veut dire une transaction à coût nul pour le l’État qui récupère les profits perdus par le biais de l’impôt sur les sociétés.

Et en prime, les magnifiques villes et villages historiques du pays se seront pas défigurés par des millions de super boîtes laides à s’en ouvrir les veines.

 

Les livres, c’est tout

- 25 août 2014

La niaiserie dite par Yves Bolduc au sujet des livres dans les bibliothèques scolaires devrait lui valoir un siège d’arrière banc à l’Assemblée nationale. Une autre erreur de jugement qui entache sa crédibilité de demeurer ministre, de l’Éducation par surcroît.

Comment un homme aussi dépourvu d’intelligence critique a pu réussir des études aussi exigeantes que celles qui mènent au titre de docteur en médecine? Mais c’est aussi la preuve que les études, ce n’est pas tout.

Mais les livres, oui. Gardiens de la totalité des connaissances et des expériences humaines depuis l’invention de l’écriture il y a 5 000 ans en Mésopotamie, aujourd’hui l’Irak, les livres sont vénérés, sacralisés, par tous les êtres en quête de savoir et de liberté.

Plus de livres, moins de fous de Dieu

Il n’existe aucune arme d’évolution massive plus puissante que le livre, surtout quand il est diffusé gratuitement par les bibliothèques.

Et aucun lien n’est plus facile à tracer que celui qui relie pauvreté, ignorance, tyrannie et accès limité aux livres. C’est en contrôlant le contenu, la production et la distribution des livres, ces satanés passeurs d’idées dangereuses, que les dictatures politiques ou religieuses réussissent à subjuguer les peuples.

Je pense au monde arabe, qui représente 5 pour cent de la population mondiale mais qui ne publie que 1,1 pour cent de tous les livres produits – dont 17 pour cent sont religieux – * Son retard scientifique, économique et démocratique est flagrant.

Les pays où il se publie le plus de livres par habitant sont tous des démocraties abouties, prospères et laïques. Au premier rang, l’Islande, suivi du Danemark et de la Norvège. Le Canada se classe au 24e rang et le Québec arriverait en 35e place sur 94 pays étudiés **. Au dernier rang, l’Indonésie et ses 250 millions de de musulmans, malgré un taux d’alphabétisme de plus de 70 pour cent.

Rien sans les livres

Pour marquer mon arrivée, mes parents ont acheté une encyclopédie. Sans mon amour des livres, je ne serais rien car je suis autodidacte.

Sans les livres, comment un apprenti-pâtissier du nom de Bernard Clavel, prix Goncourt 1968, serait-il devenu un des romanciers les plus connus de la francophonie ? Sans l’amour des livres transmis par sa mère, comment l’Américain William Faulkner, qui n’a jamais terminé son secondaire, aurait-il pu obtenir le Nobel de littérature ?

C’est un ouvrage de science pour adolescents, lu à dix ans, qui a allumé la passion d’Einstein pour la lumière, ce qui l’a mené à la théorie de la relativité.

Le livre en papier ira bientôt rejoindre les tablettes sumériennes, les papyrus, les rouleaux et codex d’autrefois dans les musées. Mais l’idée des livres survivra tant que les hommes voudront sauvegarder ce qu’ils savent déjà et la liste des questions qu’il reste à poser.

Ce qui serait catastrophique, c’est qu’on cesse de leur accorder l’importance qu’ils méritent.

 

Des femmes en cage

- 23 août 2014

Vous ne trouverez pas mon nom sur une pétition réclamant le retrait de l’émission Quel âge me donnez-vous ? des ondes de Canal Vie ou l’envoi de Jean Airoldi au peloton d’exécution de l’opinion publique bien-pensante. L’opinion de ces gens qui, comme le disait René Lévesque, prétendent aimer le peuple tout en détestant ce que le peuple aime.

De toute façon, la controverse a été payante pour l’émission car elle a obtenu de très bonnes cotes d’écoute dans sa catégorie.

Le vieux dicton «qu’on en parle en bien ou qu’on en parle en mal, l’important c’est qu’on en parle» est plus vrai que jamais, surtout à l’ère des réseaux sociaux.

Un malaise, malgré tout

En dépit de ma tolérance face à une émission qui ne m’intéresse aucunement, le concept, en particulier l’idée de mettre une femme dans une boîte de verre au milieu d’un centre commercial en invitant les passants à deviner son âge suscite en moi un certain malaise. Surtout que ces femmes, comme certains d’entre vous le soulignent, sont de condition modeste.

Il n’y a pas que leur âge qui est en cause, mais on expose aussi leur manque de ressources.

Le plus simple à expliquer d’abord.

Pourquoi que des femmes ? Il y a autant, sinon plus, d’hommes que de femmes d’un certain âge pour qui un relooking serait bénéfique. Une bonne coupe de cheveux, un pantalon bien taillé, un jeans de la bonne grandeur, une chemises sobre ou un t-shirt destiné aux adultes – un décalquage des Ninja Turtles passé 14 ans, c’est off, surtout quand étiré sur une bédaine de bière – suivi d’une séance dans la chaise du dentiste pour retirer 30 de nicotine sur les dents, et hop, le p’tit monsieur se verrait rajeunir d’une décennie tout au moins et madame, ou la blonde à venir, serait ravie.

Je confierais l’animation à Geneviève St-Germain. Elle a de la poigne, du goût et déteste les minauderies.

Relooking d’hommes

Quand je dirigeais Elle-Québec, à la fin des années 90,  dans un numéro spécial Hommes, j’ai commandé le premier reportage de transformation sur des gars dans la vingtaine et trentaine. Garde-robe, cheveux, barbe, bijoux, soins de la peau et maquillage même, rien n’avait été négligé pour relooker ces garçons qui ne savaient pas se mettre en valeur. Un d’entre eux avait même demandé qu’on lui pose des rallonges… de cheveux.

Les lectrices ont adoré ! Les gars aussi.

Les annonceurs, moins. Il y a eu des plaintes de leur part. Ce qui ne m’a pas empêchée de dormir et de recommencer.

Le poids du jugement

Le second malaise est plus difficile à expliquer.

L’intersection entre l’estime de soi et l’image corporelle comporte sa part d’accidents de parcours, petits et grands, surtout chez les femmes. Dès l’enfance, on apprend aux petites filles qu’une partie de leur valeur intrinsèque en tant qu’êtres humains de sexe féminin repose sur leur apparence et leur jeunesse, garantes de leur pouvoir de séduction et de reproduction.

Et quand elles vieillissent, que la gravité s’empare de leur corps que les hormones jouent à cache-cache avec leur sexualité, le monde moderne leur ordonne néanmoins de demeurer jeunes et belles au-delà de toutes les limites tracées par la nature. C’est à ce moment que la science et les pseudo sciences nous font des signes de manière insistante. Alors, on coupe dans les chairs, on remonte, on injecte, on aplatit, on greffe, on charcute les visages, on efface les vilaines taches brunes avec des produits chimiques que nous garderions pas dans nos armoires si nous savions ce qu’ils contiennent. Pendant ce temps, on ne cesse de nous dire que l’acceptation de soi constitue un haut fait d’armes chez la femme moderne. Belle affaire…

Gras de genou et autres traumatismes

Qu’importe. Nous échangeons le plaisir de manger pour la stricte rectitude alimentaire, nous nous remettons à la course à pied à 50 ans et nous engloutissons des centaines, que dis-je, des milliers de dollars par année pour des crèmes, des sérums, des potions magiques essentiellement composées d’eau, qui, si on en croit la publicité, viendront atténuer rides et ridules en quelques jours alors qu’elles ont mis 50 ans à se creuser.

Si à 30 ans, une femme commence à se préoccuper de ses rides, à 50, c’est la chute des chairs qui la tourmente. Les rides, y’a rien là. Le (ou les !) menton et la définition de la mâchoire par contre. Maudites bajoues…

Pour ma part, c’est le gras des genoux qui me dérange et je ne porte jamais de vêtements qui pourrait révéler son existence au monde.

La business de l’âge

Les marchands de jeunesse savent que nous détestons nos cous, nos ventres, nos cuisses, nos fesses, nos hanches, nos pieds craquelés. Et que nous craignons plus que tout que l’homme de notre vie nous remplace par un modèle plus récent, plus sexy.

Et les cheveux. Trop courts, trop longs, trop frisés ou pas assez, combien de belles journées de belles jeunes filles ont été gâchées par leurs cheveux ! Mais une fois la fraîcheur de la jeunesse passée, les choses empirent. Toujours trop longs, trop courts, trop frisés ou pas assez, il faut aussi surveiller la couleur, les repousses, les frisous et l’éclaircissement que nous remarquons un jour aux tempes et sur le haut de la tête, quand la raie de séparation semble plus blanche, parce que plus large.

Oui, les femmes perdent leurs cheveux. Pas autant que les hommes, mais assez pour nous lancer à la chasse aux produits épaississants, aux sérums de croissance, aux gélules de calcium, aux poudres gonflantes qui masquent l’inévitable tout en observant la progression de la calvitie en temps réel dans le miroir tous les matins. Avec le même poids dans l’estomac que nous ressentions quand, plus jeunes, nous regardions nos premières rides envahir le coin de l’oeil.

Et puis, à moins de disposer d’assez d’argent pour s’habiller à la boutique «Femmes» chez Ogilvy et ses semblables, nous sommes condamnées aux blouses pastel en polyester, aux pantalons avec un élastique à la taille et aux chaussures orthopédiques. Le reste ne nous fait plus. Ou ne nous va plus. Pas nécessairement parce que nous avons pris du poids, ce qui arrive aussi avec l’âge, mais parce que les monts et vallées du corps féminin changent de place avec le temps. Et que notre appréciation de l’esthétique change. Jean Airoldi ne me fera jamais porter un imprimé fleuri ou animal !

Libérée, enfin

Pour ma part, j’ai réglé le problème en retournant à mon uniforme de jeunesse, jeans noirs, bottes, chemisier et veston. Pas très féminin, du moins pas dans le sens classique du terme, mais terriblement moi, une femme unique. Libre.

Je n’ai plus de temps à perdre sur la chaise de la manicuriste. J’aime mieux lire – j’ai remplacé mon anxiété face au vieillissement par l’angoisse de savoir que je ne vivrai pas assez longtemps pour lire tous les livres qui m’intéressent – respirer l’air du temps, rouler en moto et rire avec mon amoureux de mari. Faire de la musique. Écrire. La vie passe si vite.

Je laisse allonger mes cheveux parce que quand je serai vraiment vieille, je les porterai gris et montés en chignon parce que c’est digne. Plus tard, je serai la plus digne des vieilles dames indignes.

Je mange bien mais avec plaisir, j’ai recommencé à m’entraîner, j’hydrate ma peau mais je me maquille peu.

Plus jamais je ne me soumettrai à la dictature du regard l’autre.  Il n’y a rien de plus désolant qu’une femme qui approche la soixantaine qui galère pour garder son apparence de trentenaire. Tant et aussi longtemps que l’homme qui m’aime et qui m’a épousée à 55 ans me trouve attirante et que mes filles sont fières de moi, ce que les autres pensent de mon apparence ne m’effleure plus. Ou moins.

Je suis presque libérée de ma cage de verre mais je suis triste en pensant à celles qui ne le sont pas encore.

Voler avec des dindons

- 19 août 2014

Je me suis farçie – le terme est juste, j’avais l’impression qu’on me prenait pour une valise – l’écoute de deux conférences de presse aujourd’hui. Celle de Marc Parent, le chef du SPVM, sur les événements d’hier à l’Hôtel de ville et celle de Lisa Raitt, ministre fédérale des Transports, en réaction au rapport du Bureau de la sécurité des transports sur la tragédie de Lac-Mégantic.

Rapport qu’elle n’avait pas lu.

Face à ces tristes spectacles, ce dicton américain m’est revenu en mémoire : It’s hard to soar like eagles when you’re flying with turkeys. Difficile de s’élever comme des aigles quand nous volons avec des dindons.

Je sais, je suis dure, mais l’évidence m’a sauté au visage : notre chef de police est un technocrate bon chic bon genre, sans doute très intelligent et bon gestionnaire, un gars de processus, avec de belles lunettes à la mode, qui parle une belle langue de bois prudente – avec beaucoup de si, de peut-être, de verbes au conditionnel et de phrases aussi creuses qu’imprécises – et qui doit faire aussi peur à ses troupes que je fais peur à mon chat quand je lui dis que je vais l’étriper… C’est-à-dire pas du tout. Il n’y croit pas et moi non plus.

Des syndiqués, certains masqués, ont envahi l’Hôtel de ville et posé des gestes de vandalisme et d’intimidation sous le nez de policiers qui sont restés les bras croisés et tout ce que le chef de police trouve à faire, c’est : «… j’ai écrit à mes policiers et policières pour leur dire qu’ils doivent voir au maintien de la paix en tout temps, en toutes circonstances, conformément aux lois et règlements en vigueur et surtout, sans égard à leurs opinions personnelles».

Wow. Je suis certaine que le monde marchait les fesses serrées après ça.

Pas des matamores

Loin de moi l’idée de suggérer de nommer des goons à la tête des corps de police mais pourrions-nous au moins choisir des gens qui savent parler aux goons, des hommes ou des femmes qui respirent l’autorité, la détermination ? Des êtres d’exception habités par une force intérieure insaisissable mais palpable. Des êtres qui savant à la fois rassurer les vulnérables et faire trembler les puissants.

Pas des gros crétins comme certains chefs de police américains mais des êtres d’exception. Des leaders, des chefs, des meneurs d’hommes et de femmes. Et dans le cas de policiers, des leaders d’hommes et de femmes armés. Ne l’oublions jamais.

Après avoir entendu Marc Parent ce matin, je sais qu’il n’y aura pas de conséquences graves pour les fautifs d’hier. Pas plus qu’il n’y en a à ce jour pour matricule 728 ou pour ces autres policiers mal engueulés – et je persiste à croire que c’est une minorité – qui ne savent faire la différence entre l’autorité et l’intimidation.

Vous avez dit «indignée» ?

Par la suite, j’ai regardé la conférence de presse de la ministre des Transport, Lisa Raitt. Cette fois, mon niveau d’indignation est resté collé dans le rouge toute la journée.

Mais où Stephen Harper prend-t-il ces poules mouillées ?

On l’entendait presque ses dents claquer de peur face à la réaction de son patron. Je la comprends, la commande était difficile à livrer : même si une partie des 18 recommandations du BST touchaient de près ou de loin Transports Canada, il ne fallait surtout pas que le gouvernement fédéral ait l’air coupable ou responsable de quoi que ce soit et mette en péril le dogme de la dérèglementation tout azimut.

«Rien à voir avec nous, c’est la faute de la MMA et de son personnel qui n’a pas suivi les règles», résume bien la conférence de presse de la ministre. Quelle honte, surtout de la part d’une personne qui n’a même pas pris la peine de lire le rapport avant de le commenter.

Pas de félicitations

Après avoir exprimé sa sympathie – avec toute l’empathie d’un cadre de porte – pour les résidents et les proches des victimes de Lac-Mégantic, elle a commencé sa conférence de presse en pointant du doigt le conducteur de la locomotive, sans le nommer, contre qui pèsent des accusations au criminel. Malaise. Les tribunaux décideront de sa part de responsabilité, pas la ministre des Transports. C’était un commentaire aussi déplacé que déresponsabilisant.

Elle a poursuivi en dressant la liste des actions formidables prises par son ministère depuis l’accident, dont la décision au sujet des wagons DOT-111, applaudies même si l’échéancier est on peu plus généreux, mais quand elle a souligné que Transports Canada avait décidé d’imposer deux conducteurs par trains transportant des matières dangereuses, j’ai failli m’évanouir.

La décision d’autoriser un seul conducteur avait été prise par Transport Canada sous le gouvernement conservateur !

Le rapport du BST démontre que la MMA avait une faible culture de sécurité. Ce constat aurait pu aussi s’appliquer à Transports Canada qui connaissait les gros problèmes de la MMA mais qui s’est contenté de se croiser les bras et de laisser aller.

Résultat, 47 personnes sont mortes.

Et la personne ultimement responsable de la sécurité des Canadiens en matière de transport, est incapable d’avouer que son gouvernement a failli à la tâche de les protéger.

Après les politiciens se demandent pourquoi les gens votent de moins en moins et perdent confiance dans la classe politique.