Laïcité: on fait quoi maintenant ?

- 18 avril 2014

Les grands titres des journaux cette semaine nous ont rappelé que si la charte des valeurs, ou charte de laïcité, est bel et bien morte et enterrée, en même temps que le gouvernement Marois, les «problèmes» qu’elle était censée régler, eux, n’ont pas disparu. De la une des journaux.

Le dossier des mutilations génitales a refait surface lorsqu’un quotidien a révélé que la Société des obstétriciens gynécologues du Canada semblait, de manière extrêmement hypothétique, vouloir ouvrir la porte à l’excision et l’infibulation, pour «les rendre plus culturellement acceptables».

Il n’en fallait pas plus pour que des nostalgiques de la charte montent aux barricades.

Pour rien.

L’excision et l’infibulation sont expressément interdites par le Code criminel du Canada, lorsque pratiquées pour des raisons culturelles. Ce n’est pas une opinion, c’est un fait. Article 268, section 3

  • 268. (1) Commet des voies de fait graves quiconque blesse, mutile ou défigure le plaignant ou met sa vie en danger.
  • Note marginale :Peine

(2) Quiconque commet des voies de fait graves est coupable d’un acte criminel et passible d’un emprisonnement maximal de quatorze ans.

  • Note marginale :Excision

(3) Il demeure entendu que l’excision, l’infibulation ou la mutilation totale ou partielle des grandes lèvres, des petites lèvres ou du clitoris d’une personne constituent une blessure ou une mutilation au sens du présent article, sauf dans les cas suivants :

  • a) une opération chirurgicale qui est pratiquée, par une personne qui a le droit d’exercer la médecine en vertu des lois de la province, pour la santé physique de la personne ou pour lui permettre d’avoir des fonctions reproductives normales, ou une apparence sexuelle ou des fonctions sexuelles normales;

Pas mal plus déterminant qu’une charte de la laïcité ou des valeurs québécoises. Et d’une efficacité aveuglante: 14 ans de prison…

Des lois existent

Le Code criminel du Canada, le Code civil du Québec, les chartes des droits et la jurisprudence contiennent de nombreuses dispositions qui permettent aux autorités de dire «non» à la majorité des demandes déraisonnables.

Le meurtre, qu’il s’agisse d’un crime d’honneur ou d’un règlement de compte entre malfrats, est illégal. La discrimination basée sur le sexe est interdite. Même la résolution de demandes d’accommodements religieux est déjà codifiée par la jurisprudence québécoise. À part l’interdiction du port de signes ostentatoires par les employés de l’État, le seul élément du projet de loi qui posait problème, il n’y avait rien de neuf dans la charte telle que proposée.

Cela dit, le gouvernement devra trouver un moyen de rassembler les dispositions raisonnables du projet de loi 60 dans un texte unificateur et pacificateur. Revenir à Bouchard-Taylor. Parce que les problèmes, réels ou hypothétiques, ne disparaîtront pas de l’optique populaire et risquent d’interpeller le gouvernement Couillard pendant les quatre années à venir.

Parallèlement, le gouvernement devra se pencher sérieusement sur la question de l’intégrisme religieux à saveur politique, un réel problème – pas pour débusquer des pratiques qui ne font de mal à personne – en allant dans le sens des recommandations de Fatima Houda-Pepin sur la question. Bien des gens seraient rassurés de la voir diriger un Bureau de lutte à l’intégrisme religieux. Moi la première. Car elle s’y connait. On peut toujours rêver…

Des faits, pas des impressions

Il faudra à monsieur Couillard énormément de doigté pour remettre le dossier de la laïcité et des accommodements religieux à l’ordre du jour. Personne n’a envie de reprendre le débat là où on l’a laissé le 6 avril. Il devra se baser sur des faits avérés, et non pas sur les qu’en-dira-t-on chers à Bernard Drainville. Tenir compte de la Charte québécoise des droits et libertés, ainsi que de la Charte canadienne, mais aussi prendre au sérieux les inquiétudes de la population. Il ne peut faire comme si elles n’existaient pas. Comme si l’élection du 7 avril avait vidé la question. Ce n’est pas la charte qui a coulé le paquebot du PQ, mais une approche libérale«multiculturaliste» à tout crin aurait des effets tout aussi dévastateurs sur la crédibilité du gouvernement et sur la santé de la société québécoise.

Certains d’entre nous pouvons bien croire qu’il n’y a pas de crise sociale majeure – un ami me faisait remarquer ce midi que les scandales d’accommodements religieux se font rares depuis la crise de 2007 – tant qu’une majorité de Québécois verront les choses autrement, Philippe Couillard doit agir. Il ne peut laisser le dossier s’envenimer à nouveau.

Mais il ne peut non plus traiter de cette question comme s’il s’agissait du plus grand défi auquel le Québec fait face en 2014.  Surtout que la très grande majorité des ces demandes d’accommodements religieux proviennent de Québécois de souche canadienne-française, Chrétiens protestants, Catholiques, Mormons ou évangéliques ainsi que de Témoins de Jéhovah. On ne saurait le répéter trop souvent. Des parents évangéliques qui refusent que leur enfant fête l’Halloween à l’école, il en existe plus qu’on ne le pense.

Mais au final, le nombre de cas problématiques est minuscule, et en décroissance, comparé à l’espace médiatique qu’occupe la question. Pourquoi Bernard Drainville ne citait-il que des exemples vieux de six ou sept ans pour justifier la nécessité de «mettre nos culottes» ? Parce que les cas problématiques sont très rares.

À témoin: entre 2009 et 2013, la Commission des droits de la personne du Québec, l’organisme responsable de traiter les dossiers non résolus de demandes d’accommodements raisonnables, a reçu 3 582 plaintes. Dont seulement 25 portaient sur des accommodements religieux. Le reste portait sur le sexe, un handicap, l’origine ethnique, etc. mais sans lien avec l’accommodement pour des motifs religieux.

Fini le débat toxique

Ce qui me rassure, par ailleurs, c’est que l’approche libérale face à la résolution des conflits issus du pluralisme ne sera pas liée à la défense de l’identité québécoise. Cette approche a rendu le débat sur la charte aussi odieux et toxique par moments.

Parce qu’on en a fait une question de vie ou de mort, tous les excès étaient permis.

Si une telle chose est possible, le PLQ devrait songer à dépolitiser le débat sur le vivre-ensemble. Pourquoi pas une approche pragmatique non-partisane, en suivant le chemin tracé par le comité chargé d’étudier les soins en fin de vie? Malgré les aspects moraux et religieux au cœur de cette difficile question, les parlementaires impliqués ont réussi à unir leurs forces, au-delà des lignes de leurs partis respectifs, pour accoucher d’un projet de loi qui a fait consensus dès son dévoilement.

Qu’est-ce qui a fait la différence dans ce dossier? Le désir d’éduquer et la volonté d’éviter à tout prix la division au sein de la population.

Le temps est peut-être aussi venu de revoir les seuils d’immigration et de financer adéquatement les programmes d’intégration et d’enseignement du français. Dans lesquels le Parti québécois a coupé allègrement au fil des ans. Qui a aboli les Centre d’orientation et d’intégration des immigrants, les COFI, une formule éprouvée qui a bien servi le Québec pendant 25 ans ? Le gouvernement de Lucien Bouchard.

Quelle était l’idée de génie de la dernière ministre de l’Immigration du PQ, Diane de Courcy, pour améliorer la francisation des immigrants ? Des cours par Internet ! Tout seuls chez eux, devant un écran, quelle formidable idée pour encourager l’intégration !

 

 

 

 

LA question: que savait Jean Charest ?

- 17 avril 2014

Normandeau, Côté, Lortie, Zambito, Trépanier, Gauthier. Bibeau, Boivin : des noms qui ressortent depuis des mois, sinon des années, en lien avec des allégations de malversations au Parti Libéral du Québec, à l’époque de Jean Charest. Les choses commencent à se préciser mais nous sommes loin de tout savoir.

Je suis persuadée que la vérité va émerger un jour.  L’UPAC, à ce jour, a démontré une efficacité redoutable et les médias veillent au grain. C’est grâce aux efforts conjoints des grands médias québécois que l’ordonnance de non-publication a été levée sur les documents de perquisition reliés aux enquêtes «Joug», «Lierre» et, la petite dernière, le projet «Justesse» qui porte sur des soupçons d’abus de confiance, de corruption, de fraude, de transactions illégales et de financement illégal du PLQ.

Personne n’a encore été arrêté, encore moins accusé, on ne saurait le répéter trop souvent mais ça sent mauvais. Il semble qu’un député libéral réélu le 7 avril est cité dans le projet «Joug». Je souhaite à Philippe Couillard de pouvoir démasquer le suspect avant de former son conseil des ministres.

Mais au-delà de ces révélations croustillantes, une information d’importance capitale manque toujours à l’appel.

La Commission Gomery, aux yeux de bien des gens, aurait été un échec car au final, aucun politicien n’a été sanctionné. Jamais on ne saura quel rôle Jean Chrétien a joué dans le scandale des commandites. Que savait-il ? Que savait Paul Martin ?

Et maintenant, que savait Jean Charest ?

Chère madame Marois,

- 16 avril 2014

Je ne ferai pas semblant, maintenant que vous avez tiré votre révérence, d’avoir été une admiratrice secrète de votre œuvre politique. Mais vous m’avez touchée aujourd’hui, dans votre veston rose, quand vous avez dit adieu à la politique et aux Québécois en tant que première ministre. Comme vous m’aviez émue le 7 avril au soir.

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(photo Jean-François Desgagnés, Le Journal)

Et puis le rose vous va si bien. Vous n’auriez pas dû écouter ces «faiseux» d’image qui vous ont conseillé de vous draper de gris pendant la campagne. J’espère aussi que vous allez ressortir vos foulards français, une passion que nous partageons. Enfin, vous allez pouvoir vivre pour vous.

La politique est un des métiers les plus durs qui soient pour l’âme humaine. Vous l’avez pratiqué pendant trente-trois ans. Personne ne peut endurer trois décennies et des poussières sous le regard impitoyable des électeurs, des journalistes et des adversaires politiques dans le seul but de nourrir un ego surdimensionné. Les plus belles victoires ne diminuent pas l’amertume des défaites, des trahisons et la peine de ne pouvoir donner vie aux projets auxquels on croit. L’ambition la plus dévorante ne peut expliquer non plus un engagement politique d’une telle durée, d’une telle constance. Que l’on soit d’accord ou pas avec vos orientations, ou les politiques que vous avez défendues, vous avez servi le Québec.

On a même tenté de vous tuer, parce que vous aviez choisi de servir le Québec. Ne l’oublions pas.

Le Québec, sans égard aux opinions politiques de chacun, doit vous dire merci. Je laisserai aux autres journalistes et chroniqueurs le soin de dresser la liste de vos réalisations et de vos échecs. Mon intention n’est pas de vous réhabiliter aux yeux de ceux et celles qui, déçus de vous voir ministre ou première ministre, ont souvent manqué de respect envers vous et la fonction que vous occupiez, ou de me faire pardonner les commentaires très durs que j’ai eu envers votre gouvernement. Je veux tout simplement vous dire merci pour votre engagement, pour avoir tenu tête au destin qui vous a fait naître femme dans un monde encore dominé par les hommes, pour être allée au bout de vos ambitions. À part la passion des foulards, vous et moi savons à quel point l’ambition chez les femmes est mal vue.

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(photo La Presse)

Il m’arrivait, au plus fort des tempêtes des dix-huit derniers mois, de regarder cette photo de vous, toute jeune, assise à côté de René Lévesque, et de me demander «que reste t-il des idéaux dont cette jeune femme était porteuse et qui l’ont nourri pendant toutes ces années ? Que reste t-il de cette Pauline Marois ?»

Lundi soir dernier, et aujourd’hui quand vous avez tiré votre révérence, j’ai eu la réponse à mes questions. Lorsque vous retirez votre armure de politicienne, que vous vous présentez à nous en tant que membre du genre humain, il est clair que cette jeune femme vit toujours en vous. Mais que vous avez dû apprendre, au fil des ans, à la mettre à l’abri.

Je vous ai souvent reproché votre manque de naturel devant des foules, à la télévision, pendant les débats, à l’Assemblée nationale, alors qu’en privé, je vous sais chaleureuse, humaine. Vous avez ce rare talent de pouvoir établir, en quelques instants, un rapport authentique avec votre interlocuteur. Vous m’aviez fait le coup lors de notre première rencontre. J’en avais été désarçonnée.

Mais voilà, comme disait une amie que je ne vois plus et qui me manque, «on ne peut pas se promener dans la vie les trippes à l’air tout le temps !»

Surtout quand la moitié de la population aimerait mieux nous voir disparaître de l’écran radar politique.

Ce jour est venu, trop tôt sans doute pour celle qui aurait aimé mener la barque un peu plus longtemps, mais vous pouvez quitter la tête haute.

Merci, madame Marois. Merci d’avoir consacré votre vie au service du Québec. Et que votre exemple puisse inspirer des jeunes femmes, et des jeunes hommes, mus par le désir de changer le monde, à suivre vos traces.

 

 

Point final sur la charte

- 15 avril 2014

Vous ne me verrez pas danser sur la tombe de la charte de la laïcité car je ne crois pas que le débat sur la séparation de l’Église et de l’État et sur la meilleure manière de régler le problème des accommodements religieux soient terminés non plus. Par contre, je comprends qu’il importe pour le Parti Québécois de savoir si la charte a joué un rôle important dans sa défaite du 7 avril. À ce chapitre, je suis d’accord avec la conclusion tirée par Bernard Drainville dans une lettre publiée hier dans Le Devoir: «Un élément important, certes, mais loin, très loin, de la question de l’urne.»

Mais mon accord avec son premier bilan sur la charte des valeurs commence et s’arrête là. Une analyse plus pointue de sa lettre révèle que le député de Marie-Victorin continue à brandir les mêmes demi-vérités, afficher la même mauvaise foi pour justifier son défunt projet de loi. À ses yeux, il n’a pas commis d’erreurs de parcours. Aucun mea culpa de son côté.

Ni faux, ni vrai

Il commence par défendre le choix du gouvernement de proposer au départ une charte des valeurs plutôt qu’une charte de la laïcité, comparant même l’affirmation des valeurs québécoises à la devise «liberté, égalité, fraternité» de l’État français. Rien de moins. Manque de respect pour l’histoire ou ignorance crasse du cheminement d’une devise controversée qui a mis 169 ans à s’imposer en France ? Un peu des deux, sans doute mais surtout, une autre démonstration du talent rare qu’a Bernard Drainville pour exploiter  le flou vendeur qui se cache quelque part entre les demi-vérités et les semi-mensonge lors de débats complexes.

Plus loin dans son texte, il évoque avoir «proposé cinq orientations aux Québécois afin de connaître leur point de vue» sur le projet de charte. Une bien grande phrase pour décrire la consultation bancale, sans aucun fondement scientifique tenue l’automne dernier. Installer des boîtes vocales et publier des adresses de courriel pour recueillir l’opinion des gens, ce n’est pas une consultation sérieuse. D’ailleurs, l’ex-ministre n’a jamais voulu rendre publics les commentaires reçus, afin de protéger l’anonymat des intervenants, disait-il. Encore, une fois, la méthode Drainville dans toute sa splendeur. À première vue, on peut dire «oui, il a raison» jusqu’à ce qu’on réalise qu’il n’avait qu’à publier les commentaires sans les noms de ses auteurs !

Plus loin dans sa lettre, il essaie de nous convaincre de l’intention rassembleuse derrière l’interdiction du port de signes religieux, en évoquant le méchant multiculturalisme canadien qui, écrit-il, préconise une forme de cohabitation côte à côte dans laquelle les différentes communautés vivent séparément. Il n’y a pas dans le multiculturalisme de volonté de construire une fondation commune.»

La définition qu’offre le député de Marie-Victorin de cette doctrine made in Canada est tout simplement fausse. Même si je ne crois pas que le multiculturalisme soit un modèle viable pour le Québec, en raison de notre histoire, reconnaître l’apport des cultures minoritaires à la nation, ce n’est pas préconiser une société atomisée, divisée par des frontières ethniques invisibles, tel que décrite par Bernard Drainville. La loi canadienne de 1985 reconnait «… que le multiculturalisme est une caractéristique fondamentale de l’identité et du patrimoine canadiens.» (3 (1)b) Qu’il est précisément la fondation commune du Canada. Fierté nationale et diversité culturelle ne sont pas des éléments mutuellement exclusifs.

L’apex de la mauvaise foi

Mais là où la mauvaise foi de l’ex-ministre s’affiche tel un néon qui flashe dans la nuit, c’est quand il affirme au sein du même paragraphe : «Et malgré le fait que nous n’étions pas prêts à faire de compromis sur le principe…» et «J’ai la profonde conviction que, si les partis d’opposition n’avaient pas voté contre le budget Marceau, nous aurions pu, avec la CAQ, en arriver à un compromis qui aurait permis l’adoption de la charte.»

Ah bon.

Il semble aussi que sur la planète Drainville, le désir brûlant de madame Marois de tenir des élections hâtives, persuadée que le PQ irait chercher une majorité, n’a joué aucun rôle dans le déclenchement des élections… Strictement la faute des partis d’opposition.

Je ne vais pas danser sur la tombe de la charte de la laïcité mais je ne m’ennuierai pas de son parrain qui n’a jamais jugé souhaitable de défendre son projet de loi avec des arguments cohérents et logiques. Préférant la démagogie, la caricature et un rare mépris pour les faits au débat rationnel auxquels nous avions droit.

 

Tant qu’à vivre au Canada…

- 14 avril 2014

Indirectement, le Québec, lundi dernier, a fait le choix de garder sa place au sein de la Confédération canadienne. On imagine mal la perspective d’un référendum au cours de la prochaine décennie. À moins de se déclarer officiellement masochistes, il serait donc dans notre intérêt de s’intéresser à nouveau à la politique fédérale.

Se donner l’impression d’être autonomes en agissant comme si le Québec était de facto un pays souverain, sans députation bloquiste à Ottawa pour tout au moins défendre nos intérêts en propre, ne mène qu’à un mur.

Qui en paie le prix ? Les Albertains ? Les Terre-Neuviens ? la Ford Nation ? Bien sûr que non.

NOUS, les Québécois, en payons le prix. Pas besoin d’être en amour avec les Rocheuses pour le comprendre. Parlez-en aux résidents de Lac-Mégantic. Aux usagers du pont Champlain et du Pont Mercier qui lui aussi tombe en ruines. À ceux et celles qui se battent pour la préservation du contenu québécois du registre des armes à feu ou contre la création d’une Commission nationale des valeurs mobilières.

Le fond du baril

Mais il y a pire encore : la loi C-23 sur l’intégrité des élections présentement débattue à Ottawa, viendra modifier substantiellement les règles en ce qui a trait au droit de vote, au financement des partis politiques – et pas dans la bonne direction – et aux pouvoir accordés à Élections Canada. Les Conservateurs semblent déterminer à faire payer au Directeur général des élections, le prix de leurs propres scandales électoraux, comme les robocalls, une affaire toujours non-résolue.Le DGE eu l’audace de demander plus de pouvoirs pour enquêter : C-23 réduirait les pouvoirs des enquêteurs.

Ce n’est pas tout. Au lieu d’être redevable au Parlement, comme c’est le cas présentement, le Directeur général des élections, dans son rôle judiciaire, tomberait sous la responsabilité ministère de la Justice. En d’autres mots, du gouvernement. Ce qui est absolument insensé et dangereux.

La levée de boucliers est généralisée au Canada anglais contre ce projet de loi qui divise même les plus conservateurs parmi les Conservateurs. Un projet de loi qui ne vient régler aucun problème identifié. Et qui a mené à des gestes disgracieux la semaine dernière aux communes. Un député conservateur qui a traversé la Chambre pour aller parler «dans le nez» à un collègue du NPD a dû être retenu par la force.

Les méthodes Harper discréditent le conservatisme canadien historique.

Le ministre d’État à la Réforme démocratique, responsable de C-23 et député de la région d’Ottawa, Pierre Poilièvre, plus partisan que Stephen Harper lui-même, n’arrête pas de jeter de l’huile sur le feu à la défense de son projet de loi, qui, selon de nombreux experts, va surtout empêcher des populations peu favorables aux politiques conservatrices, de voter. Le député de 35 ans, qui ne manque pas de toupet, a même accusé l’actuel DGE, Marc Mayrand, qui n’a jamais été consulté sur ce projet de loi et qui s’oppose à plusieurs changements, d’agir ainsi dans le d’obtenir plus de pouvoirs, plus d’argent avec moins d’imputabilité. Marc Mayrand a pourtant été nommé à ce poste par la Chambre des communes, en 2007, à l’unanimité.

Incompréhensible aux yeux de plusieurs, incluant des Conservateurs de longue date, le gouvernement veut retirer à Élections Canada le droit de mener des campagnes d’éducation et de sensibilisation auprès de populations qui votent moins que la moyenne canadienne. Traditionnellement, ces campagnes d’encouragement visaient surtout les autochtones, les jeunes de moins de 30 ans, les minorités ethniques et les personnes ayant un handicap.

Au nom de quel principe serait-il désormais interdit de faire la promotion du droit de vote ? Que trop de gens vont voter ?

Une sénatrice conservatrice, Linda Frum, a même twitté la semaine dernière qu’Élections Canada se plaçait en conflit d’intérêt en voulant augmenter le taux de participation aux élections. Mais où Stephen Harper va-t-il donc chercher des sénateurs aussi obtus ?

Haro sur les personnes âgées

C-23 – un autre projet de loi omnibus, cette fois de 242 pages, dont les Conservateurs ont le secret –  contient des aussi éléments très controversés sur l’identification des électeurs, changements qui touchent directement les pauvres, les jeunes et les personnes âgées. Le 9 avril, la FADOQ (Fédération de l’âge d’or du Québec) a publié sur notre blogue Opinions un texte qui explique clairement comment le projet de loi va rendre plus difficile l’accès au scrutin aux personnes vivant en CHSLD, en résidences privées ou chez des parents. Sans oublier les nombreux aînés qui passent leurs hivers au soleil.

On estime à un demi-million le nombre de Canadiens éligibles qui pourraient être empêchés de voter à cause des nouvelles règles alors qu’aucun cas de fraude généralisée n’a jamais été démontré.

Malgré toutes les protestations – même l’ancienne vérificatrice générale du Canada Sheila Fraser a témoigné contre C-23 en commission parlementaire – et les démonstrations scientifiquement validées et non partisanes des effets négatifs du projet de loi sur la démocratie, les Conservateurs s’entêtent, comme ils le font toujours lorsqu’ils partent en mission pour modifier ce Canada qu’ils jugent trop «libéral», agissant de manière bornée, entêtée, ultra partisane et démontrant une absence total de respect pour les institutions démocratiques du pays.

En mode attaque

Le weekend dernier, de passage à Montréal pour fouetter les troupes «oranges» québécoises, Thomas Mulcair a rappelé que le NPD se battrait jusqu’au dernier souffle contre C-23 et qu’il en fera un enjeu lors des prochaines élections fédérales, en octobre 2015. Pour sa part, Justin Trudeau, a déclaré qu’il annulerait cette loi s’il était porté au pouvoiren 2015.

C-23 pourrait bien être le plus gros clou dans le cercueil conservateur. La goutte qui, ajoutée aux récents scandales, pourrait faire déborder le vase.

Tom Flanagan, un ancien proche conseiller du premier ministre Harper, va publier en mai Persona non grata, un livre «dévastateur» sur son ancien patron. Il décrit Stephen Harper comme ayant des tendances «nixoniennes», qui pourraient un jour le faire tomber. «C’est un homme qui croit que la politique se joue aux limites de l’acceptable, éthiquement et légalement, ce qui signifie que ses collaborateurs eux les dépasseront pour plaire au patron.»

Le Québec a le choix : retourner dans son coin ou participer à nouveau au processus électoral canadien en votant pour un parti qui peut défaire les Conservateurs. Si, bien entendu, tel est le souhait de la majorité.