Carton rouge au carré rouge

- 20 juin 2012

Dans le Code da Vinci, le héros, Robert Langdon, est un symbologiste de Harvard. Ça tombe bien parce que l’histoire tourne autour de symboles impossibles à déchiffrer. Or, un symbologiste universitaire, ça n’existe pas dans la vraie vie. Ce qui existe par contre, c’est la sémiologie, “la science qui étudie la vie des signes au sein de la vie sociale”, une discipline inventée au 19e siècle.

Aujourd’hui, je me transforme en sémiologue d’opérette, n’essayant nullement de concurrencer les Umberto Eco, Bertrand Russell ou Roland Barthes, des géants de notre culture. Loin de moi cette idée ridicule ! Mais je suis préoccupée par la question du port du carré rouge chez Renaud-Bray et dans d’autres milieux où on sert le public et le sens qu’on doit donner à ce signe.

Mon collègue Benoît Aubin l’a expliqué ce matin chez Paul Arcand, la “lutte” chez RB est portée par un représentant syndical. On est pas dans le geste spontané, disons. Ce même représentant, insatisfait par la réponse de l’employeur, a par la suite demandé aux clients de se plaindre à la direction de RB, ce qui, aux oreilles de plusieurs, suggérait le boycottage. Jamais une bonne idée quand des emplois précaires sont en jeu.  On se rappelera aussi que la FTQ a investit dans la relance de Renaud-Bray en 1995.

Le carré rouge n’est pas banal. Il hurle que la personne qui le porte a une opinion tranchée dans une confrontation polarisée. On ne peut faire une comparaison avec le port du ruban rose ou du coquelicot rouge. On n’est pas pour ou contre le cancer du sein, ni pour ou contre la fin de la Grande Guerre. Porter ces symboles constitue un appui neutre à des causes universelles. (Mis à part certains, comme Amir Khadir, qui refusent de porter le coquelicot rouge parce que ça serait un symbole militariste et d’appui à la guerre.)

Le carré rouge, lui, dénote un appui militant à une “cause” qui divise la société. Ce qui justifie selon moi d’en interdire le port dans des situations où la neutralité est de bien meilleur goût.

Pas tout le monde veut savoir ce que pense un employé de la crise étudiante pendant qu’il explique pourquoi le dernier Janette Bertrand se vend si bien. Comme on dit en anglais “too much information”. Certains clients pourraient se sentir agressés par l’expression d’opinions qui les mettent en colère alors qu’ils ne veulent que bouquiner en paix et aller acheter leurs livres ailleurs. Moins de clients=moins d’emplois.

Sur les réseaux sociaux, on accuse Renaud-Bray d’avoir pris une décision qui brimerait la liberté d’expression uniquement pour protéger ses profits. Le crime ultime chez ceux qui combattent le néolibéralisme capitaliste. Bien sûr. Monsanto, Renaud Bray, même combat… Vite, appelons l’ONU à la rescousse. On leur parlera du maire Labeaume en même temps.

Le Québec va les tenir occupés, ces bureaucrates fainéants de l’ONU.

Revenons à notre symbole. Chacun y voit bien ce qu’il veut y voir. Pour Pauline Marois, porter le carré rouge a signifié “gagner des appuis politiques”. Pour Jean Charest, c’est tout le contraire. Pour les verts qui voulaient étudier en paix, c’est un signe d’oppression. Pour les étudiants en boycott, c’est un cri du coeur. Pour ma voisine de gauche, c’est un symbole de justice sociale. Pour mon voisin de droite, c’est un signe de désordre social.  Pour un touriste au centre-ville, c’est rien du tout. Ce qui n’est pas le cas avec le coquelicot rouge, un symbole universel qui rassemble.

Avec le temps, le carré rouge a été récupéré pour servir des tas de causes qui n’ont rien ou si peu à voir avec la hausse des frais de scolarité. Il va finir par sombrer dans l’insignifiance. Quand on s’en sert d’un symbole pour tout dire, il finit par ne rien dire du tout. Les sémiologues professionnels ne s’en préoccuperont certes pas. Mais comme moi, ils questionneraient peut-être en privé le choix du rouge pour le carré. Vieux réflexe marxiste inconscient ? Symbole de l’immobilisme québécois ?

Le vert aurait été tellement plus éloquent pour appuyer l’accessibilité aux études supérieures, ne trouvez-vous pas ?

Merci à Marie-Claude Ducas qui m’a inspiré ce billet. http://goo.gl/Vzifw

 

 

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17 commentaires

  1. Pierre K. Malouf dit :

    Je ne suis pas un «carré rouge» (dont vous expliquez très bien la polysémie), mais je me demande si le fait de l’interdire ne va pas surtout permettre à ceux qui l’arborent de poser de nouveau en pauvres victimes. C’est une décision d’affaire de la part d’une entreprise privée, qui devra en assumer les conséquences. Je ne peux ni l’approuver ni la désapprouver, mais je crains ses effets pervers.

  2. monger dit :

    interdire le carré rouge??? parce que vous ne l’aimez pas???? et si on obligeait les gens a le porter…. car interdire a ceux qui le veulent c’est comme l’obliger a ceux qui ne veulent pas… c’est obliger les gens d’être neutre qquand il n’en ont pas envie… votre neutralité factice elle n’existera plus jamais la seule neutralité qui pourra subsister de tout ça aura été celle forgé par TOUT le monde et non un rêve dont on ne fais même pas l’effort pour qu’il se réalise…. vous savez comme dire que votre enfant sera un joueur de la ligue national mais sans jamais vouloir passer 5 min sur la patinoir le soir avec lui….

  3. Lise Ravary dit :

    Monsieur Malouf, vous avez raison. La victimite au Québec, on connait ça. Mais je pense que les Québécois sont de moins en moins réceptifs au discours des pauvres victimes. Mais c’est vrai, RB devra assumer ses décisions !

  4. Rachel Hamel dit :

    Comme M. Malouf, je ne suis pas “carré rouge” mais personnellement je laisserais faire ….

    RB n’y perdrait pas de clients je pense car on voit ces carrés rouges un peu partout même à la messe! Le Théâtre du Rideau Vert a essayé de l’interdire à ses employés …sans succès.

    Je pense que les positions sont encore trop polarisées et les émotions encore exacerbées,,,vaut mieux ne pas jeter de l’huile sur le feu.

    Je sui prof. de chant et psychothérapeute et je n’ose aborder le sujet inutilement avec mes clients et élèves en ce moment, à moins quI’ls se sentent intimement interpellés par la complexité de la crise, et qu’ils veuillent en parler.

  5. André Guérard dit :

    Madame Ravary. Je pense aussi que monsieur Malouf a raison. Je ne mange plus de viande préparée par Olymel et par Lafleur depuis qu’elle est béni. Je viens tout juste d’acheter par internet des livres chez Renaud Bray et ce sera la dernière fois. Je ne prends plus Air Canada parce que je ne sais jamais si je pourrai revenir, etc. etc. Il y a longtemps que je n’accepte plus d’être manipulé par des groupes d’individus, par des entreprises, par des syndicalistes qui croient m’imposer leur vision de ma vie et de ce que je dois en penser. Quels qu’ils soient, je déteste tous les symboles affichés sur les personnes. C’est comme si ces gens me disaient: “Moi, j’affiche mon opinion et celle-ci est la quintessence des opinions. Toi, tu es un trou du cul”.

  6. Benoit P dit :

    Je crois que vous exagérez Mme Ravary dans votre demonisation des porteurs du carré rouge. Ils hurlent leur opinion dites vous. Dites moi en quoi c’est dérangeant de savoir que le jeune homme/femme qui travaille, entres autres choses pour payer leurs études porte le carré rouge. Cela vous choque parcque vous n’êtes pas d’accord? Est-ce que ce serait pas de l’intolérance ? Une incapacité à accepter les opinions contraires?

    On parle pas de gens qui font des discours ou distribue des tracts ou qui tentent d’amener les clients dans le débat. On parle d’un bout de feutre attaché à un vêtement.

    Votre livre sera t’il moins bon parcqu’il est passé dans les mains d’un vilain carré rouge.
    L’employé ou les employés sont-ils compétents , courtois et à votre service , si la réponse est oui , le carré rouge n’est d’aucune importance.

  7. Martin Mimeault dit :

    Bien que je sois aussi vert que la forêt amazonienne (du moins ce qui en reste…), et que je comprend que les décisions d’affaires pourront être sanctionnés par qui le voudra bien, je reste mal a l’aise avec le port du tissu rouge par des gens dans l’exercice de leurs fonctions pour deux raisons :

    1) C’est une minorité les gens qui effectivement vont se faire voir ailleurs lorsque leurs valeurs sont heurtés. Les québécois sont dont trop gentils et répondent (malheureusement) encore en anglais à la “méchante” vendeuse de chez La Baie centre ville… Les boycotts (saufs étudiants, misère…) ont des chances qui frisent le zéro d’avoir un quelconque effet. Ce ne sont pas les quelques exemples de citoyens exemplaires qui y changeront quelque chose

    2) Cela rejoint le concept de laïcité dans la sphère publique. Pas de drapeau du “oui” ou du “non” en période référendaire sur les lieux de travail. Pas de foulard islamique au guichet d’un point de service gouvernemental, ect, ect. Chez toi, sur ton balcon, dans la rue, fais ce que tu veut, mais seulement la. Ailleurs, pas de prosélytisme quel qu’il soit. De “mon” bord ou du tien. De tout les bords. Question de principe. J’ai beau avoir refusé les suggestions du commis du club vidéo parce qu’il portait ce chiffon rouge, ca n’a pas empêché qu’il est encore la avec la même patente jour après jour. Ca doit pas achaler grand monde. (faut dire que sur l’ineffable Plateau Mont-Royal…)

  8. Jean-Baptiste Botul dit :

    Bien sur que la justification est arbitraire pour interdire le port du carré rouge dans l’espace du travail. Un pouvoir détermine la valeur de vérité d’un comportement socialement acceptable. Dans une boutique de mode sur le plateau Mont-Royale chaque robe qui est unique est épinglé du carré rouge motivation commerciale et sociale à la fois.

    Une jeune femme à l’époque a poursuis un photographe qui la prise en photo dans un lieu public. Elle a gagné sa cause puisque son image même prise dans un espace public lui appartient et ne peut être peut reproduite sans son consentement.

    Est-ce que ma liberté permet de refusé le port d’un logo de la compagnie avec mon Prénom et parfois le prénom et le nom ?

    Est-ce que la surface corporel d’une personne perd sa valeur privé et sa liberté individuel lorsque celle-ci rendre dans espace public et professionnel. Quand j’offre mes services professionnel inclus automatiquement que ma surface corporel soit neutre et sans motivation politique, religieuse, sociale quand on m’oblige de porté un uniforme de l’entreprise ?

  9. Joseph simard dit :

    Moi j’ai une tête de cochon et une très bonne mémoire. Tous les artistes qui arborent le carré rouge, pour moi c’est terminé, plus aucun encouragement. Ici au Saguenay on voit personne avec le carré rouge et au plus fort du boycott à peine 50 personnes aux manifestations donc, aucun service avec carré rouge, je crois qu’ici ça serait très mal vu.

  10. Marc Tremblay dit :

    Je suis en complet désaccord avec votre vision du carré rouge et de ses porteurs.

    Toutefois, je voudrais vous dire qu’il n’y a pas seulement des Européens qui s’y connaissent en sémiologie.

    Nous avons ici un grand Québécois qui est un maître en sémiologie, qui dirige le département d’arts visuels de l’Université Laval et qui a fondé une des plus importantes firmes de communication au monde. J’ai nommé Claude Cossette.

  11. Sylvain Latulippe dit :

    Ainsi Mme Ravary, vous n’êtes ni contre, ni pour le cancer ! Ni pour, ni contre la guerre ! Il faut toujours rester neutre ? Donc, pas de croix au cou, pas de boucles d’oreilles inspiré de l’art égyptien (il y a des troubles en Égypte), pas de signes autres que ceux étant neutre. Avoir un tatouage de guerrier tribal est un signe de guerre, avoir un percing dans le nez comme certains guerriers africains doit être synonyme de violence, porter un béret vert voudrait dire que nous sommes pour la guerre et l’armée. Est-ce que porter un signe de “peace & love” veut dire qu’on consomme du LSD et qu’on pratique l’amour libre ? Attention à tous ceux qui porteront le fleur de lys dans les prochains jours, car vous serez catalogués comme des séparatistes, des nationalistes et des sympathisant du FLQ.

  12. l gagne dit :

    Si tu veux afficher tes couleurs, fais le dans le privé et non sur ton lieu de travail. Comme cliente, je ne veux pas savoir tes opinions politiques ou autres. Comme employeur, les décisions me reviennent. Si tu n’es pas d’accord, démissionne. Quand on voit la FECQ donner un ULTIMATUM au gouvernement, on réalise a qui nous avons a faire. Faudrait peut etre arreter de donner de l’importance a cette bande d’enfants indisciplinés et grossiers. Ignorez un enfant qui fait une crise et vous allez voir qu’en peu de temps il va se trouver ridicule et réaliser qu’il n’est plus le centre d’intéret.

  13. dgj dit :

    Mme Marois abandonne son carré rouge incroyable…….une robe plein de carrés de toutes les couleurs.
    À chacun son carré sa couleur et sa cause= INGOUVERNABLE
    Àprès son foulard blanc ,son carré rouge……….à suivre quel sera le prochain symbole??????????

  14. Nelson dit :

    POSITIF ;

    Que les étudiants protestent face à une hausse sauvage de 85% des frais de scolarité,

    Que le PQ s’engage avec la proteste légitime face à une hausse sauvage des frais de scolarité,

    Que les étudiants et le PQ demandent sans arrêt de négociations pour régler le conflit étudiant,

    Que les citoyens sortent en grand nombre, par des centaines des milliers dans la rue pour protester de la hausse sauvage des frais de scolarité, le très lourd bilan négatif du gouvernement Charest, et la Loi Indigne d’une démocratie anticonstitutionnelle contraire aux Chartes,

    Que Pauline enlève hier le carré rouge parce il est devenu un symbole autre que la causse étudiante uniquement,

    Que la ONU proteste concernant la Loi indigne d’une démocratie, anticonstititionnelle et contraire aux Chartes, (il ne faut pas se sentir vexé dans son orgueil personnel, c’est n’est pas nous qu’on a eu l’idée),

    HORRIBLE :

    Mépriser, insulter, manipuler la jeunesse de Québec pour des mesquins intérêts politiques répugnants,

    Confronter les étudiants entre eux et les étudiants avec la population, les ”payeurs de taxes”,

    Provoquer les mal aimés, les violents, les casseurs, pour profiter politiquement et de façon répugnante de leurs réactions prévisibles,

    Jamais négocier concernant un enjeu de ” 50 sous indignes par jour ”, selon vos paroles, Lise Ravary , et empoisonner le climat social du Québec pour faire peur, et gagner des appuis politiques de façon répugnante de la part de peureux, fragiles et faibles de esprit,

    Loi indigne contraire aux chartes dénoncé pas juste par la ONU mais aussi par des centaines des milliers des gens dans la rue, et des nombreux juristes.

    Absolument immoral rire du monde, insulter leur intelligence, manipuler tout le monde pour des abjectes, répugnants, mesquins intérêts personnels et politiques.

  15. Jg dit :

    En réponse à votre question sur le choix de couleur du carré rouge, lorsque j’étais aux études il y a plusieurs années, le carré rouge faisait sa première apparition et il signifiait “carrément dans le rouge”, manière de dire qu’une hausse des frais de scolarité allait surendetter les étudiants.

  16. André Guérard dit :

    @monsieur Nelson.

    Je crois que vous n’avez rien compris. Le Gouvernement ne peut pas reculer, même s’il le voulait. J’attend justement qu’Il le fasse pour sortir mon carré or de petit vieux, car je n’accepte pas de payer de l’impôt au Québec, sur le suplément de revenu attribué par le Gouvernement Fédéral parce que je suis trop pauvre. Peut-être que si les étudiants payaient $0.50 de plus par jour pour leur étude, je n’aurais pas à le payer pour eux avec l’impôt sur mon supplément de revenu? Vous êtes jeunes, vous avez la force physique de gagner ce maudit 50 cents, moi pas!

  17. Nelson dit :

    M. André Guérard

    Évidement il ne faut pas encore des taxes et des impôts pour ceux qui ont des petites revenus.

    Et surtout pas pour payer les études aux bien nantis de la société.

    Je ne crois pas dans la gratuité ou gel pour ceux qu’ont des familles avec des revenus de plus de 150 mille par année.

    La formule proposé par Bernard Landry m’apparait intéressant…

    Que les étudiants paient après finir les diplômes, les taxer quand ils travaillent…selon le coût de leur formation…pas pareil médicine – ingiénierie que d’autres en sciences sociales….et les salaires non plus !!

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