Je reproduis ici ma chronique de la semaine dernière dans le Journal de Montréal. Nous savons depuis que le débat sur le statut juridique du foetus n’aura pas lieu, le Parlement en a ainsi décidé. Mais le dossier est-il clos pour autant ?
Il n’y a plus rien à dire sur l’avortement ? Vraiment ?
Il faut baliser l’avortement
L’avortement est au menu à Ottawa cet automne. Un député conservateur milite pour qu’une Commission parlementaire examine le statut juridique du foetus.
Les pro choix, et le premier ministre Harper, sont contre. “Il ne faut pas réouvrir ce débat. Juste d’en parler, c’est une pente savonneuse. L’avortement, c’est réglé.”
Un vide juridique
Soyons précis: L’avortement n’est pas légal au Canada. Ce n’est pas illégal non plus.
L’avortement a été décriminalisé en 1988 quand la Cour suprême a invalidé la très restrictive loi de 1969, contestée par le docteur Morgentaler. La Cour a ensuite retourné ce dossier au législateur, dont c’est la responsabilité, mais tous les gouvernements depuis se sont empressés de le ranger dans la filière 13, créant ainsi un vide juridique qui perdure.
Personne ne veut toucher à ça.
Or, le Canada est un des trois seuls pays au monde qui n’encadrent pas l’avortement. Les deux autres sont la Chine et la Corée du nord.
En France, l’avortement sur demande est disponible jusqu’à 12 semaines. Après, l’État impose des conditions. Même chose dans les pays scandinaves et autres sociétés progressistes occidentales.
Ici, en théorie, une femme peut se faire avorter jusqu’à cinq minutes avant son accouchement, et ce, pour n’importe quelle raison.
Au Québec, les cliniques pratiquent des avortements jusqu’à 13 semaines. Entre 14 et 24 semaines, quelques cliniques spéclialisées en avortements tardifs prennent le relai. Au-delà de 24 semaines, quand le feotus est viable, les femmes sont envoyées aux États-Unis et l’Assurance-maladie couvre les frais de 20 000$.
Environ 2 300 avortements tardifs sont pratiqués chaque année au Québec, sur 29 000 interventions environ.
L’association médicale canadienne recommande à ses membre de ne pas pratiquer d’avortements au-delà de 20 semaines. Mais qui a besoin d’un médecin de nos jours ?
Une Britannique, qui voulait cacher sa grossesse à son mari, vient d’être condamnée à huit ans de prison pour avoir elle-même avorté son enfant à une semaine de l’accouchement. Elle a pris un médicament à cette fin, acheté sur Internet. L’enfant est mort-né. Elle l’a enterré. Problème réglé. Pays horrifié.
La majorité des avortements tardifs sont pratiqués pour des raisons graves. Mais pas toujours. L’éthicienne Margaret Somerville de McGill m’a raconté l’histoire d’une étudiante qui voulait se faire avorter à 39 semaines, parce qu’elle “n’avait pas eu le temps de s’en occuper pendant son semestre.” À 34 semaines, un couple voulait se débarasser d’un foetus “défectueux”: L’enfant avait un bec-de-lièvre. Un déformation mineure qui se corrige facilement.
Les deux avortements ont été pratiqués.
Des choix déchirants
Le débat sur l’avortement va s’intensifier. Le multiculturalisme, le relativisme moral et la technologie vont créer des dilemnes moraux dont nous ne connaissons pas enncore l’ampleur. Dans le British Medical Journal, deux philosophes ont récemment défendu comme étant éthiquement acceptable la notion d’avortement après la naissance !
Les pro choix pures et dures , celles qui estiment qu’un foetus est un parasite du corps de la femme, devront bien se demander un jour si c’est OK ou pas d’avorter juste parce que l’enfant est de sexe féminin. Une pratique courante chez certaines cultures qui ont pris racines ici. Méchant dilemne pour une féministe.
La meilleure façon de protéger l’accès libre à l’avortement pour la majorité des Canadiennes, c’est de lui donner un cadre juridique clair et éthique, en adéquation avec nos valeurs actuelles. Parlez-en aux femmes de l’Île-du-Prince-Edouard où il est impossible de se faire avorter. Une loi pourrait garantir l’accès à toutes les femmes.
Il faut baliser pour ne pas banaliser.
Je suis d’accord avec un certain encadrement. Mais franchement, appuyer votre point en affirmant que les pro vie pures et dures croient que le foetus est un parasite tient de l’extrême droite américaine où on accuse les femmes qui se font avorter, même à moins de 10 semaines, de meurtrière qui n’ont aucun respect pour la vie. Votre exagération visant à faire passer certaines personnes pour des monstres est navrante, surtout que vous ne dites rien sur la procréation assistée, car dans les faits, avoir un enfants à 55 ou 60 ans, c’est de se foutre que ce dernier se retrouve orphelin avant le temps. Mais c’est votre style: Les carrés rouges sont des terroristes, la gauche est Stalliniste, et les pro-vie sont des monstre antiparasites.
J’appuie Sylvain Latulippe excepté son dernier commentaire un peu déplacé. C’est trop facile de tomber dans l’extrême que ce soit d’un côté comme de l’autre. Se faire avorter à 39 semaines? Vraiment? L’adoption serait un meilleur choix dans ces cas non? Il y a une méchante différence entre se faire avorter en début de grossesse et à 30 semaines passées. Je suis pas mal sûre que ce dernier cas est très isolé et que le bobo se situe dans la tête de la dame en question, pas dans nos codes de loi.
Monsieur Latulippe, je crois que vous voulez dire les pro-choix, n’est-ce-pas?
Très bon texte, Lise. Je pense qu’on a beaucoup de chance de vivre dans un pays où l’avortement peut être pratiqué sans danger et avec une grande accessibilité depuis déjà quelques décennies.
Mais il y a bon nombre de personnes qui voient cette pratique comme moyen de contraception.
Harper a voté contre la motion pour que les médias gauchistes (Radio-Canada/CBC en tête) ne déforment pas la signification de son vote. Dans le fond, il aimerait régler le problème, mais il est menotté par les médias gauchistes qui s’imaginent, à l’instar de Sandra Fluke, cette «étudiante» en Droit aux États-Unis qui a besoin de beaucoup de pilulles, de beaucoup d’avortements, de beaucoup de contraceptifs qui lui coûtent plusieurs milliers de dollars par année (???) et de beaucoup de mariages gais et qui a même prononcé un discours à la convention démocrate, que l’avortement au neuvième mois de la grossesse est un droit acquis et coulé dans le béton.
Baliser l’avortement? Ce sera toujours une décision individuelle et c’est la nature qui l’a voulu ainsi. Les avortements clandestins existent depuis toujours, comme les infanticides. A toujours paver l’enfer de bonnes intentions, on maintient l’enfer.
Le cadre juridique clair? Essayons d’abord de s’entendre sur un cadre clair pour l’euthanasie demandée par des adultes en pleine possession de leurs moyens. On a encore pour bien des années, je crois. Avant qu’on y arrive, bien des enfants non désirés naïtront….
Bravo, sincèrement et merci !
Merci de présenter des faits, de montrer l’incohérence de la situation, de poser la question telle qu’elle se présente au lieu de refuser les évidences de base comme certains le font dans ce débat, qu’ils veulent d’ailleurs étouffer à tout prix. Ne pas réfléchir et empêcher quiconque de le faire, du moins à voix haute ! En soi, cette dernière réaction, sur quelque question que ce soit d’ailleurs, est extraordinairement inquiétante. Dans un tel état d’esprit, aucun droit, aucune liberté fondamentale n’est plus à l’abri. C’est le dogmatisme le plus aveugle et brutal qui s’installe. C’est aussi la fin de la rationalité.
Décidément Mme Ravary, j’espère qu’on vous paie décemment parce que vous faites un travail que beaucoup trop de vos confrères ne font pas …
12 semaines, 3 mois de grossesse est la limite permise partout dans le monde concernant l’interruption de grossesses, sauf 3 pays, le Canada inclus ces trois…..
Il faut faire comme le reste du monde qui décriminalise l’interruption de grossesses avant 3 mois.
“Votre exagération visant à faire passer certaines personnes pour des monstres est navrante.”
Avorter à 39 semaines, c’est monstrueux. Cette femme est monstrueuse.
Je suis pour l’avortement, mais pour un encadrement rigoureux de la pratique, parce que ce que je lis ici me scandalise, m’écoeure et me révolte.
@allissia: vous parlez de l’euthanasie demandée par les adultes, mais on pourrait aussi ne pas légiférer, ne pas encadrer l’assassinat de nos aînés quand ils prennent trop de place dans nos vies, non? Puisque, après tout, “A toujours paver l’enfer de bonnes intentions, on maintient l’enfer.”
“Baliser l’avortement? Ce sera toujours une décision individuelle et c’est la nature qui l’a voulu ainsi. Les avortements clandestins existent depuis toujours, comme les infanticides.”
Nous voilà rassurés! libérons les tueurs d’enfants, ça a toujours existé. La nature parle.
Vous dormez bien la nuit, Allissia?
Vous montrez vers quel bord vous penchez quand vous citez Margaret Sommerville, Mme Ravary…
D’accord avec vous de donner un cadre juridique a l’avortement. Beaucoup trop de femmes se servent de ce moyen comme controle des naissances. C’est devenu un moyen de contraception banalisé. C’est ce qui arrive quand tout sens moral prend le bord.
“Les pro choix pures et dures , celles qui estiment qu’un foetus est un parasite du corps de la femme, devront bien se demander un jour si c’est OK ou pas d’avorter juste parce que l’enfant est de sexe féminin”
Tient, c’est justement une pratique très courante en Chine, qui “encadre” si bien l’avortement. Il manque environ 30 millions de femmes en Chine. L’avortement y est presque utilisé comme moyen de contraception (c’est aussi utilisé pour éliminer discrètement la population tibétaine).
Cela dit, je suis pour le droit de se faire avorter lorsqu’il s’agit du choix de la femme enceinte mais pas quand le fœtus est viable. Je crois que ce genre d’avortement est assez rare de toute façon. On doit continuer à promouvoir la contraception et au pire, la pilule du lendemain.
Comme si tous les pro-choix pensaient qu’un foetus était un parasite et que c’était correct de se faire avorter à 39 semaines pour rien! Vraiment stupide. Vous fondez vos arguments sur quelques cas d’espèce dont vous avez entendu parler. En réalité, c’est pas mal rare des avortements après 24 semaines.
Près de 2 500 par année au Québec. C’est quand même pas mal. Et c’est en augmentation.
“L’éthicienne Margaret Somerville de McGill m’a raconté l’histoire d’une étudiante qui voulait se faire avorter à 39 semaines, parce qu’elle “n’avait pas eu le temps de s’en occuper pendant son semestre.” À 34 semaines, un couple voulait se débarasser d’un foetus “défectueux”: L’enfant avait un bec-de-lièvre. Un déformation mineure qui se corrige facilement”
Je ne savais pas qu’on pouvais se faire avorter pour ces raisons là. Je connais quelques jeunes femmes irresponsables qui boivent et baisent sans condom (le gars est tout aussi responsable) et qui finissent par se faire avorter. Certaines ont eu jusqu’à 4-6 avortements. Je ne suis pas du tout pro-vie, mais un moment donné, ca suffit les avortements multiples. D’abord, l’avortement n’est pas un moyen de contraception. Dans ces cas-là, j’appuie l’idée que l’assurance-maladie ne payent plus à partir du 3e avortement par exemple.
“Près de 2 500 par année au Québec. C’est quand même pas mal. Et c’est en augmentation.”
Et surtout pour une société qui se reproduit de moins en moins….Et comme vous dites il faut règlementer l’avortement. Mais il n’est pas du tout nécessaire de réouvrir le débat sur le statut du vivant et du foetus.