Le Québec “no-fault”

- 2 octobre 2012

Voilà le maire Tremblay dans de beaux draps. Son parti, sans qu’il le sache bien entendu, aurait prélevé 3 pour cent sur les contrats d’infrastructures à Montréal, question de rester en bonne santé financière. Ça coûte cher, servir le peuple.

Vous en doutez ? Pendant un des débats, madame Marois a expliqué qu’une virée électorale en autobus – pour aller voir son monde partout au Québec – pouvait coûter de 11 à 12 millions de dollars.

Pour ce prix-là, je me paierais une croisière hyper luxe autour du monde sur le Queen Elizabeth 2. Ne vous demandez pas pourquoi je ne fais pas de politique. Je déteste les autobus…

Trève d’ironie. De retour au maire Tremblay et aux allégations de corruption.

Ça fait belle lurette que le maire pleurniche qu’il ignore ce qui se passe autour de lui. C’est peut-être vrai, c’est peut-être faux, mais dans un cas comme dans l’autre, ignorer la réalité s’avère une excellente façon de n’être responsable de rien du tout. “C’est pas de ma faute.” Refrain connu au Québec, le paradis du “no-fault”.

Tout a commencé avec le divorce “no-fault”, suivi de l’assurance-automobile “no-fault”.

Et le cancer de la déresponsabilisation s’est répandu dans tous les recoins de la société québécoise.

J’ai pris conscience de cette étrange pathologie après un accident sur le métropolitain dans lequel une femme avait perdu la vie quand son véhicule s’est retrouvée, à l’envers, sur la voie de service en bas. Tout ça en raison d’une accumulation de glace sur le rebord de la route et qui avait transformé le parapet en tremplin de saut à ski. Ça s’est passé pendant les années 90, je n’arrive plus à retrouver les détails. Mais l’accident avait été spectaculaire et plusieurs s’en souviendront.

L’enquête avait démontré qu’il y avait eu négligence de la part de Transport Québec, que l’entretien de la voie publique avait été mal fait. Bref, une personne avait perdu la vie parce que quelqu’un n’avait pas effectué le travail pour lequel il, ou elle, était payé.

Moi, j’appelle ça de la négligence criminelle.

Mais jamais personne n’a été trouvé responsable. Du moins, pas publiquement. L’identité des victimes est connue, mais les coupables, c’est sûrement confidentiel.

Je trouve que ça ressemble pas mal à du “no-fault”.

Ensuite, on se demande pourquoi la population perd confiance dans l’appareil étatique. Et pourquoi nos enfants nous regardent, ahuris, quand on les menace de conséquences…

Le viaduc de la Concorde à Laval s’effondre en 2006. Cinq personnes trouvent la mort. Grosse enquête, gros budgets, gros nom, celui de Pierre-Marc Johnson. Oui, les travaux de construction étaient déficients à plusieurs égards, non, cet “accident” n’aurait jamais dû arriver mais, comme dans les contrats d’assurance, ça devait être un acte de Dieu. Quatre personnes sont nommées par la Commission mais pour connaître les conséquence de leurs actions négligentes, c’est soit confidentiel ou il n’y en a eu aucune.

Dieu, encore une fois, seul le sait.

Je cite le rapport Johnson: “L’effondrement du viaduc de la Concorde résulte d’un enchaînement de causes qui ne
peut être attribué à l’intervention d’une seule personne, ou d’une seule organisation.”

Autrement dit, un autre accident “no fault”.

Et personne ne dit rien. Sauf quelques animateurs de radio qui parlent au mur de l’indifférence généralisée.

Nous voilà maintenant en plein psychodrame sur la corruption dans la construction au Québec. Une Commission hautement crédible siège. Elle entend des témoins volubiles à ce jour. Elle a des preuves en main, on le sait. Des gens importants, comme le maire Tremblay, sont déjà pointés du doigt. Bien sûr, il est impératif qu’on leur accorde, à titre individuel, la présomption d’innocence, c’est la base de notre système judiciaire.

Ignorer la loi n’excuse jamais un crime. Ignorer ce qui se passe autour de soi, quand on a la responsabilité de le savoir, ne devrait jamais excuser l’inaction non plus.

Mais dans une société qui communie à l’église du No-Fault, c’est peut-être trop demander.

 

 

 

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14 commentaires

  1. Jean-François Lacerte dit :

    Lise, si je suis d’accord avec ton texte de façon largement générale, je le suis moins avec le titre. La non-imputabilité, voire l’immunité des fonctionnaires et des élus n’est pas une spécialité québécoise. Elle est planétaire. A divers deré, peut-être, mais ce n’est pas au Québec qu’on a inventé cette roue. On ne a raffine pas non plus !

  2. Jean-Louis Frenette dit :

    Beau constat en effet de voir comment le “je m’en foutisme” est devenu état générale d’une province entiere. Les jeunes peuvent bafouer leur école et enseignants comme ils le veulent, les plus vieux eux peuvent ignorer tout droits civiques et toute responsabilité sociale en gênant a tout le monde avec des manifs. Les adultes se graissent les pattes dans toutes sortes d’arnaques, pots de vins et magouilles. Le sens de la rectitude n,existe que pour les autres, mais jamais envers soit.

    Les résultts ?

    “Je me fout que le peuple paye ou s’endette, nous on veut la gratuité scolaire !”

    On vous coupe dand le traffc ? Vous geulez contre le cornet qui a fait ca. VOUS coupez dans le traffic ? La personne que vous avez coupé qui klaxonne est selon vous un gros colon.

    Les députés doivent être honnêtes et sans bavures. Mais c’est pas grave pour vous de gonfler le prix d’une soumission un peu, histoire de mieux finir le mois.

    Joli, non ? Nous sommes tous partiellement responsable de ce relachement générale du “No-Fault”. Il va falloir qu’un jour ce tempérament nous quitte, avant de frapper un grave mur social et économique,

    Merci de nous en rappeler, mme Ravary.

  3. albert bela dit :

    Bref, une personne avait perdu la vie parce que quelqu’un n’avait pas effectué le travail pour lequel il, ou elle, était payé.

    Moi, j’appelle ça de la négligence criminelle.

    à ce compte là faudrait songer sérieusement `poursuivre le ministère de la justice pour laisser filer tous les récidivistes de conduite avec facultés affaiblies

  4. GenerationY dit :

    Lorsqu’un problème ”résulte d’un enchaînement de causes qui ne peut être attribué à l’intervention d’une seule personne, ou d’une seule organisation”, n’y-a-t’il pas plusieurs coupables alors?

  5. Lise Ravary dit :

    Pas une mauvaise idée !

  6. Mongrain de sel dit :

    C’est effectivement un cancer qui se répand. Les criminels sont devenus des malades, les délinquants des victimes de la société et les terroristes de grands incompris…

  7. PIERRE DUROCHER dit :

    Moi ça fait déjà longtemps ,que je dis comme François Legault qu’il faut faire le ménage dans la fonction publique dans les sociétées d’états et mettre a leur place des gens qu’ils veulent travailler pour le peuple….. mais bien sur que n’a peu pas ce faire ,avec une organisation comme celle là ou tout le monde est relié…. hahaha

    c’est décourageant d’être qu’un petit con citoyen du québec ,ce qui veut dire un petit poulet que l’on saigne à blanc pour que touts ses fonctionnaires et personnes payées par les deniers publics puissent se payés la traite avec nos argents , nos argents non leurs argents eux qui disent…………

  8. M. Fleury dit :

    @Mongrain de sel

    Le plus bel exemple est qu’Omar Kadher va pouvoir poursuivre les autorités canayennes pour plusieurs millions de dollards du CONtribuable… Que voulez-vous. Comme vous le dites si bien ironiquement , c’est de notre faute après tout. Nous ne le comprenons pas…

  9. Nelson dit :

    “no fault”.

    ”Et personne ne dit rien. ”

    ” dans une société qui communie à l’église du No-Fault, ”

    LISE, PERSONNE PEUT PARLER DES VRAIS AFFAIRES…. et nous savons tous pourquoi…… tragique ….

    La corruption ne fait pas partie du système….la corruption EST le système…

  10. Nelson dit :

    Très frustrant que malgré que nous avons une armé, police, système judiciaire, POUVOIRS ÉXÉCUTIF, LÉGISLATIF ET JUDICIAIRE, nous ne sommes pas capables de mettre en échec les délinquants que contrent tout.

    Pourquoi ?.

    Est-ce qu’est la faute de la démocratie que en ayant des élections fréquentes avec des campagnes électoraux très coûteuses, pousse les partis politiques à chercher des moyens de financement pas toujours catholiques ?

    Est-ce que c’est la faute du modèle capitaliste, que n’ai pas le choix pour survivre et avoir des profits que faire de loobyng et trafique d’influences (enveloppes brunes) auprès les partis politiques ?

    Est-ce que c’est la faute des députés qu’a la place de faire leur travail de surveillance et protection des intérêts de leurs électeurs, il font semblent de rien voir et suivent les ”lignes de parti ” aveuglement, pour ainsi pouvoir compter avec la machine électoral du parti pour avoir des chances de être réélu, et ainsi garder leurs boulots…leur gagne pain ?

    Et si oui, que c’est la faute de la démocratie mal appliquée, des mauvais capitalistes et des mauvais députés, QUOI FAIRE pour que l’armé, la police, la justice réussisse à éliminer le contrôle de presque tout par des méchants bien connus, qu’agissent avec totale impunité. ?

    Comment sortir du défaitisme exaspérant de ce que nous entendons souvent : ” c’est partout pareil ”…..”ça à été toujours de même ”…..” il y a rien à faire ” ?

    Financement publique totale des dépenses électoraux ?

    Peines plus sévères pour ceux qu’ont la société en otage ?

    Essayer d’agir moins en idiots irresponsables, en évitant élire les politiciens corrompus de tous connus ?.

  11. Georges dit :

    Si la responsabilité de l’accident semble être la responsabilité du ministère des transports, selon votre description des évènements, il reste juste un petit problème: le MDT c’est nous, donc si ils sont condamnés c’est encore nous qui payons joli dilemme n’est-ce pas?

    En passant pourquoi juste le PQ, combien les autobus de Jean Charest & François Legault ont coutés?

  12. Lise Ravary dit :

    Probablement dans ces eaux-là, c’est le coût de faire la politique. Mais Mme Marois a laissé entendre que 11-12 millions c’était pas si cher payé si ça permettait de rencontrer tout son monde.

    Vu le lien direct entre le financement des partis et la corruption, il est temps de revoir la manière coûteuse de faire campagne, sinon ce sont les contribuables qui vont payer les autobus et la publicité tout azimut car on en viendra à ce que l’État finance les partis politiques, la proposition du Parti Québécois.

  13. Nicolas Robitaille dit :

    Parlant de déresponsabilisation, quand vous dites: “Et pourquoi nos enfants nous regardent, ahuris, quand on les menace de conséquences…” ça ressemble pas mal à pelleter sa job de parents dans la cours de la “société”….

    C’est pas les avocats de la SAAQ qui élèvent vous enfants

  14. Georges dit :

    Merci pour votre réponse Mme Ravary

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