Les Bizzaroïdes d’à-côté

- 7 septembre 2012

Le Québec n’a pas inventé le concept de la haine à saveur politique, avec son corrolaire, l’insulte publique. Au lendemain de nos élections, nous réalisons que nous aussi,  nous avons été infecté par ce virus.

Je ne suis pas épidémiologue mais je crois connaître le pays d’origine de cette maladie qui frappe, sans crier gare. Un jour, tu discutes politique avec un ami Facebook sur un ton civilisé, le lendemain, tu commences à le traiter de tous les noms parce qu’il est trop à droite, ou à gauche, à ton goût. Ton député, un gars qui se défonce 30 heures par jour pour ses commétants, t’apparaît soudainement comme un vendu, un traître, un corrompu qui accepte des billets gratuits pour la soirée Bingo Mexicano au centre communautaire, un ami de la mafia, que dis-je, le diable.

La haine politique, sauce yankee

Je regardais Barack Obama hier soir, comme j’ai regardé Bill Clinton la veille et je me disais que ces deux hommes-là, ainsi que leurs proches ont été la cible d’accusations terribles, meurtriers, génocidaires figurant sur la liste, et d’injures d’une ahurissante méchanceté et ce, depuis des années. Et pourtant, ces hommes là arrivent encore à dire aux Américains, que l’avenir sera meilleur, que la grandeur de l’Amérique prévaudra, qu’il faut garder espoir. Juste pour ça, ils méritent notre respect. Ils n’ont pas perdu la foi en la race humaine.

Pourtant, ils sont exposés à de la haine virulente à chaque jour de leur vie. Comme toute la classe politique maintenant.

Et ça ne se passe pas seulement du côté des républicains ou du Tea Party, néanmoins plus agressifs. Le président des démocrates de la Caroline du sud a comparé la gouverneure républicaine de l’État à Eva Braun, la maîtresse d’Hitler, pour avoir osé défendre son candidat, Mitt Romney.

Obama a tout enduré depuis quatre ans: Un important pourcentage d’Américains croient qu’il est un membre d’Al Quaeda inflitré aux États-Unis, qu’il pratique l’Islam en secret. Des noirs de la droite l’accusent de ne pas être un vrai noir parce que sa mère est blanche. Des blancs l’abbreuvent d’injures racistes sans retenue aucune.

Rush Limbaugh, l’animateur radio préféré de la droite haineuse made in USA, a commenté le discours de Michele Obama avec un seul mot: Bullshit.

Le très populaire chanteur country Hank Williams Jr a déclaré qu’Obama était un musulman qui déteste les cowboys.

Newt Gingrich a écrit que les politiques d’Obama sont aussi dangereuses pour les États-Unis que l’avait été l’Allemagne nazie.

Encore ce bon vieux Hitler. Roscoe Bartlett, le représentant au Congrès pour le Maryland, élu à dix reprises, a déclaré que les prêts étudiants pourraient mener à une terrible tragédie pour l’Amérique. “C’est une pente savonneuse vers l’Holocauste quand on ne respecte pas la Constitution.” Selon lui, l’État ne devrait pas s’occuper d’éducation. À éviter donc, l’université du Maryland où Bartlett a obtenu son doctorat en physiologie. Une université publique.

Les parole d’Obama, mêmes les plus inspirantes, sont tordues par ses adversaires comme cette histoire du “Vous n’avez pas construit ça” en parlant des entrepreneurs qui on eu besoin d’écoles, d’infrastructures, de lois sur le commerce pour assurer le succès de leurs entreprises. La droite lui est tombée dessus en l’accusant d’avoir dit que c’était l’État qui était responsable de leur succès. Ce n’est pas du tout ce qu’il a dit. À sa façon, il rappelait ce que le poète anglais du 17e siècle, John Donne, avait écrit: No man is an island. Aucun Homme n’est une île.

L’horribilissime Donald Trump continue de s’acharner sur la question du lieu de la naissance d’Obama qui a dû présenter son certificat de naissance d’Hawaii à la nation à deux reprises, version courte et version longue, pour que cessent les accusations d’usurpateur du pouvoir. Seuls les Américains nés aux États-Unis peuvent devenir président. Elles se sont calmées mais grand nombre d’Américains croient que les certificats sont des faux. Même Mitt Romney dans ses discours électoraux se permet encore des “blagues” à ce sujet.

Les voisins de l’enfer

Heureusement que l’humour vient quand même diluer un peu le poison: Le comédien Jon Stewart a blagué, au sujet des adversaires d’Obama: “Je ne crierais jamais des noms à un redneck…”

Le révérend Jesse L. Jackson a demandé aux électeurs de désapprouver la campagne de haine et d’insultes dirigées vers Obama en ne votant pas pour les républicains le 4 novembre. En anglais on dit, fat chance. Intraduisible.

Ça, ce sont nos voisins.

Hollywood nous a servi un certain nombre de films dont l’histoire tourne autour d’une famille normale aux prises avec une famille… moins normale comme voisins. Du classique de l’horrreur psychologique Rosemary’s Baby de Polanski  à The ‘Burbs avec Tom Hanks en passant par Neighbors avec John Belushi et Dan Akroyd, le genre nous rappelle que les voisins, c’est comme la famille, on les choisit pas.

Mais on est pas obligé de les imiter.

 

Abonnez-vous à cet article

5 commentaires

  1. Ginette dit :

    Merci Lise, mais vous avouerez que le président Obama a été tout de même très épargné jusqu’à maintenant.

    George W Bush a servi de défouloir pendant huit ans à toute une cohorte de célébrités d’Hollywood, de gauchistes, d’antisémites et d’anti-américains chez lui et à travers le monde, mais ça, c’était acceptable. Je ne me rappelle pas avoir entendu ou vu Jesse Jackson demander aux électeurs de désapprouver la campagne d’insultes dirigées vers Bush.

  2. sourimimi dit :

    Mme Ravary vous avez raison sur un point les américains aiment les campagnes sales,des deux côtés,mais moi je me fiche De la campagne américaine mais j’aimerais que mes concitoyens s’en tiennent à la politesse dans leurs commentaires,Facebook,Tweeter,blog lettre d’opinion,etc…..
    La dernière campagne a été dégueulasse à souhait et même dans votre journal on a permis des commentaires aussi dégueulasses qui ont tou simplement fait monter la sauce et des gens instruits j’ensuis certaine se sont laissés prendre au jeux et le tout a dérapé,on a vu les opinions a un article tourner à l’engueulade et nos concitoyens anglophones ne sont pas non plus blanc comme neige.Je crois que tout le monde n’est pas très fiers de voir le résultat et j’espère qu’on va tous prendre une bonne respiration par le nez et se calmer jusqu’à la prochaine élection(le plus tard possible) et la faudrait se calmer le pompon,avant que ça tourne à la guerre civile. Après tout c’est juste de la politique……mdr!!!!!

  3. DooM Dumas dit :

    Voici le discours “you didn’t build that d’Obama: “We created 23 million new jobs, turned a deficit into a surplus, and rich people did just fine. We created a lot of millionaires.

    There are a lot of wealthy, successful Americans who agree with me — because they want to give something back. They know they didn’t — look, if you’ve been successful, you didn’t get there on your own. You didn’t get there on your own. I’m always struck by people who think, well, it must be because I was just so smart. There are a lot of smart people out there. It must be because I worked harder than everybody else. Let me tell you something — there are a whole bunch of hardworking people out there. (Applause.)

    If you were successful, somebody along the line gave you some help. There was a great teacher somewhere in your life. Somebody helped to create this unbelievable American system that we have that allowed you to thrive. Somebody invested in roads and bridges. If you’ve got a business — you didn’t build that. Somebody else made that happen. The Internet didn’t get invented on its own. Government research created the Internet so that all the companies could make money off the Internet.

    The point is, is that when we succeed, we succeed because of our individual initiative, but also because we do things together. There are some things, just like fighting fires, we don’t do on our own. I mean, imagine if everybody had their own fire service. That would be a hard way to organize fighting fires.”

    Désolé, mais ça fait bien partie de son discours de guerre des classes qu’il tient depuis des mois. Ce qu’il veut vendre comme idée, c’est que les “riches” sont redevants envers le gouvernement et qu’il est juste de les taxer encore plus. C’est tout.

    Obama voulait défendre l’étatisme et dire aux Américains que le privé ne pouvait pas tout faire, que ça prend absolument l’État pour en arriver à des succès. Peu importe les excuses ensuite, c’est…

  4. DooM Dumas dit :

    “Le comédien Jon Stewart a blagué, au sujet des adversaires d’Obama: “Je ne crierais jamais des noms à un redneck…””

    Ça ne venait pas de Stewart, mais d’un partisan démocrate interrogé au DNC qui était très sérieux. Ça faisait partie d’un reportage démontrant que le parti qui prône l’ouverture est bourré de gens fermés aux idées différentes des leurs.

  5. JF Thibault dit :

    lol on n’est pas obligé de les imiter?

    Pourtant c’est ce que vos et vos collègues du Journal (Duhaime, Marcotte etc.) semblez vouloir!

Laisser un commentaire

 caractères disponibles