Quand on est jeune, on s’imagine qu’un vieillard, c’est un ectoplasme d’être humain, un corps plissé en décrépitude terminale, une femme à barbe qui bave, et j’en passe des meilleures.
Un point commun: On pense souvent qu’ils n’ont pas toute leur tête, qu’ils ne sont pas conscients de leur sort. C’est peut-être pourquoi on s’en occupe si mal, on croit qu’ils ne le savent pas. Ou qu’ils vont l’oublier en quelques minutes.
Erreur. La majorité des aînés sont très lucides. Ils savent très bien ce qui leur arrive. Ils détestent être vieux et dépendants.
Je suis trop jeune pour avoir fait l’expérience de la vieillesse, mais je me suis occupée de mon père pendant 26 ans, jusqu’à sa mort à 84 ans. Je l’ai vu passer d’un grand gaillard de 6’2″, ex policier militaire avec les Fusiliers Mont-Royal, avec une gueule à la John Wayne, à un homme vidé de sa substance physique.
Mais pas de son esprit lumineux. Ou de sa bonté.De m’être occupée de lui, surtout à la fin de sa vie, a été un privilège pour moi et toute une éducation pour mes adolescentes. Mon aînée, qui étudiait au cegep, passait à l’hôpital tous les jours entre ses périodes de classe pour voir son grand-papa.
Et les gens de l’hôpital St Mary’s, si extraordinaires. Ils permettaient même à son chien Ben, un gros Labrador de 40kg, de lui rendre visite dans sa chambre et de monter dans son lit.
Il nous a quittées en 1998. Je pensais à lui hier en lisant l’histoire de cette dame de 76 ans en chaise roulante qu’un préposé du CLSC Vaudreuil-Dorion a oublié et qui a dû passer la nuit dehors. Elle s’appelle Denise. Elle a été enseignante toute sa vie. Elle a toute sa tête. Madame Denise n’a pas reçu un bain depuis deux ans et elle le sait. C’est comme ça que la société lui dit merci ?
À part les derniers jours, mon cher papa n’a pas eu à se fier sur le système public pour qu’on prenne soin de lui au crépuscule de sa vie. Mais tous n’ont pas cette chance.
Les enfants qui vont mener leurs vieux à l’urgence parce qu’ils se partent à New York pour le weekend, c’est pas de la mythologie.
Certains ne peuvent tout simplement pas s’occuper de leurs parents vieillissants, malgré toute la bonne volonté au monde.
Il y a des vieux qui n’ont pas de famille. Ou dont la famille leur a tourné le dos. Parfois, c’est mérité. Mais ce sont tous des êtres humains qui ont droit à leur dignité. Et à des soins de qualité.
Ça fait bien du monde entre les mains de l’État. Je ne doute pas qu’il y ait des CHSLD formidables et des préposés dévoués mais quand le système craque, c’est catastrophique. Avec les personnes âgées, on a pas beaucoup de marge de manoeuvre.
Un robinet d’eau chaude ouvert trop grand et c’est la mort.
Il y a quelques mois, on apprenait que la nourriture était dégueulasse dans les établissements de l’État. T’as beau être obligé de manger mou, ça pourrait au moins goûter bon et être nutritif. Les criminels en prison mangent mieux que les “bénéficiaires” des CHSLD du Québec. (On peux-tu demander un moratoire sur le mot “bénéficiaire”?)
Je ne sais pas si les choses ont été réglées côté bouffe, ni comment, impossible de le savoir. Mais pour résoudre un problème, il faut d’abord admettre qu’il existe. Arrêter d’appeler un problème une “problématique” ça aide aussi.
L’entrevue sur le cas de madame Denise qu’a donnée madame Lina Lauzier, Directrice des soins infirmiers, de la gestion des risques et de la qualité et santé physique au CSSS de Vaudreuil-Soulanges à Benoît Dutrizac du 98,5 constitue une pièce d’anthologie au panthéon des fonctionnaires qui refusent d’admettre l’évidence. Pas juste l’erreur, mais l’é-vi-den-ce. Même quand c’est gros comme une Place Ville-Marie fluo qui flashe, comme les mésaventures de madame Denise.
Madame Lauzier a refusé tout net d’admettre que madame Denise n’avait pas reçu les soins de qualité auxquels elle a droit, malgré les efforts herculéens de Benoît Dutrizac pour lui faire cracher le morceau. (Le lien pour l’entrevue est à la fin de ce texte.)
C’était pathétique. Une pièce d’anthologie au panthéon des fonctionnaires dont c’est jamais la faute. Cette cadre de l’État, payée par vous et moi, a servi aux Québécois une superbe cassette vide en or 24 carats sertie de diamants et de rubis. Dutrizac a pété une coche, comme on dit. Qui aurait pu garder son calme ?
Qu’est-ce qui est pire ? Le politicien corrompu ou le fonctionnaire incompétent ? Le deuxième, parce qu’il est à peu près impossible de s’en débarrasser.
Pour moi, ces gens-là appartiennent à une espèce différente. Le résultat d’un croisement entre l’autruche et l’huitre. L’huitruche, tiens.
Une bibitte qui se met la tête dans le sable et qui se la ferme ben juste quand on s’intéresse à elle.
Enfin, partez-moi pas sur les indignés, les étudiants, sur les cause sociales prioritaires ou sur notre formidable Fonction publique. Oui, il y a des serviteurs de l’État qui font bien leur travail. Peut-être même une majorité. Mais il y aussi trop de gnochons dont la tâche principale est de se protéger les fesses, avec l’aide des syndicats ou de la hiérarchie gouvernementale.
Ça me fout en en rogne de penser qu’on leur confie la vie des plus vulnérables d’entre nous.
Bof, ils pensent peut-être que les vieux ne s’en rendent pas compte…
Encore une fois, simplement merci à vous madame Ravary. Je suis une vieille souche inutile, comme certains jeunes nous nommes. Votre texte me touche.
Je n’ai pas besoin d’écouter Dutrizac, j’en doute même pas.
La magnifique société dans laquelle on vit aujourd’hui confie ses enfants aux CPE/DPJ et ses vieux dans des CHSLD. Si quelque chose arrive, on blame le gouvernement. Les enfants n’ont meme pas la décence de leur rendre visite une fois par année. Ils ont toutefois l’énergie de poursuivre légalement l’institution pour récolter de l’argent. La seule consolation c’est que tous allons etre vieux un jour et malheureusement c’est seulement a ce moment la qu’on comprendra.
Incroyable!
La directrice ne cesse de répéter qu’ils donnent des services de qualité. J’aimerais bien avoir sa définition de ce qu’est un service de qualité! Pour quiconque a été un aidant naturel, ça ne peut qu’aller nous chercher très très profondément ce genre d’histoire. Ce qui est aussi déplorable, c’est que le public a su ce qui s’est passé parce que la dame en question a payé pour avoir une autre aidante. Il y en a combien des Denise dans notre réseau avec des histoires similaires mais qu’on ne connaît pas parce qu’il n’y a personne pour dénoncer la situation??? Dans ces cas-là, la direction fait enquête, quelques recommandations, et on balaye tout sous le tapis.
Lise, toujours un plaisir de vous lire et aujourd’hui votre sujet me touche personnellement. Mes parents sont partis trop tôt et trop vite, sans me laisser le temps de m’occuper d’eux. Des années de maturité plus tard, je regrette profondément de n’avoir pas eu la chance de leur rendre une petite part de ce qu’ils m’ont donné.
Il faut continuer de dénoncer vigoureusement les négligences dont sont victimes nos aînés et exiger en leur nom toute la dignité qu’ils méritent. Ne serait-ce que par égoisme et prévoyance. Parce que finalement, avec un peu de chance (ou malchance), nous sommes tous de futurs vieux.
Je vous recommande une petie visite aux archives de ce journal, Chroniqueur: Richard Martineau, titre de la chronique: Faut-il tuer mémère?, date: 24 Septembre 2009
Bien à vous
Le socialisme ne peut exister sans deresponsabilisation. Il n’y aurait absolument aucun service ( ou devrais-t-on dire sévices? ) publique, sans déresponsabilitsation.
Sinon, il ce ferait toujours poursuivre, c’est vraiment pas compliqué. Faut rester logique, l’état réussi même pas a s’occuper de vieux ponts ou même de tuyau, faudrait pas croire 1 seconde qu’ils peuvent s’occuper d’humains. Faut réelment prendre sa voiture et rouler sur le pont champlain ( en passant par Turcot ) pour comprendre toute l’impossibilité du socialisme.
Je me pose une question, que faisait les voisins de Mme Denise ? Personne ne l’a vue dans son jardin? Bon, il ne faut pas compter sur les voisins pour de l’aide. Je pense que c’est un problème de culture du CLSC. Les syndiqués ont vu et entendu les patrons et le “je-m’en-foutisme” est de mise. Il ne faut pas regarder en bas de la pyramide mais plutôt vers le haut. Un gouvernement respectable devrait mettre à la porte tous les hauts fonctionnaires sans exception. Après on affiche les postes et ces personnes suivront la procédure normale. Demandez leurs qui ils connaissent dans la députation et vous saurez pourquoi ils ont ce poste. Les vrais dirigeants du Québec sont les hauts fonctionaires. En passant, je vous confirme que la nourriture est toujours aussi mauvaise dans les CHSLD. Une bande de haut-fonctionnaire a décidé qu’il ne fallait plus mettre de sel, ni épice, ni sucre, ni beurre. C’est vraiment dégueulasse. Je sais, j’y goûte à l’occasion. À ceux qui pense que ce sont les instructions de la ministre et bien vous avez tort. Vous pensez que je suis “anti-haut-fonctionnaire” et bien vous avez raison. Dehors cette bande de va-nu-pied.