Leçon de droit

- 16 mai 2012

Léo-Bureau Blouin, le président de la FECQ, a déjà signalé son intention de vouloir étudier en droit (une fois qu’il retournera en classe, c’est-à-dire : un de ces jours).

Cela m’a valu un courriel très intéressant d’un avocat, maître Marc-André Dugay.

 

NOTES À UN FUTUR CONFRÈRE

 

« J’invite mon confrère en devenir à prendre connaissance du code de déontologie qui régira sa vie professionnelle pour les 40 prochaines années, et plus particulièrement son article 2.01.01, dont voici le texte :

 

“L’avocat doit servir la justice. Il doit soutenir l’autorité des tribunaux. Il ne peut agir de façon à porter préjudice à l’administration de la justice. Il ne peut notamment faire une déclaration publique de nature à nuire à une affaire pendante devant un tribunal.”

« Même s’il n’y est pas soumis pour l’instant, M. Bureau-Blouin aurait avantage à s’imprégner dès maintenant des préceptes véhiculés par le Code, histoire d’amortir le choc que lui causeront les règles régissant sa future profession.

« La Cour supérieure possède une compétence résiduaire sur toute question qui n’est pas spécifiquement attribuée à un tribunal en particulier. Tout le monde a le droit d’y faire entendre sa cause et les juges sont de vieux experts du droit qui épluchent leurs dossiers avec tout le sérieux du monde à la lumière du droit en vigueur.

« Lorsque les commettants de monsieur Bureau-Blouin foulent au pied les injonctions de la Cour supérieure, une cour huit fois centenaire, et que lui, jeunet, loin de condamner ces gestes de sédition, s’empresse au contraire de rejeter le blâme sur un gouvernement qui, ose-t-il prétendre avec morgue, “jette de l’huile sur le feu”, je me dis qu’il y a de l’eau dans le gaz… »

 

INCAPABLE DE LIVRER

 

Pas mal, non ?

Dans un portrait particulièrement complaisant de La Presse, une ancienne enseignante de Léo Bureau-Blouin affirmait : « Il est sensible. Il a l’impression de faire la bonne chose et ça doit être difficile de se rendre compte que ce n’est pas tout le monde qui partage ses opinions. »

Cela est très touchant. Reste que lorsqu’on dirige l’une des plus grosses associations étudiantes de la province, et qu’on a le culot de donner des leçons de gestion au ministre des finances et de droit aux juges de la Cour supérieure du Québec (à quand une leçon de musique à Kent Nagano ?), la moindre des choses que l’on puisse faire est de s’assurer que ses membres RESPECTENT la loi.

Or, sur ce point précis (sans parler de l’entente qu’il a signée et qui a été massivement rejetée par les membres de son association — ce qu’on appelle en bon français un désaveu), le président de la FECQ est visiblement incapable de livrer la marchandise.

Tous les jours, des « Verts » munis d’une ordonnance de la Cour supérieure du Québec se font harceler et intimider par des « Rouges » masqués qui les empêchent ILLÉGALEMENT d’entrer dans leur cégep et d’étudier.

 

CONSEIL D’AMI

Un conseil : avant que leurs membres, qui ne les écoutent visiblement plus, se mettent à déraper solide et à ternir leur image, Gabriel Nadeau-Dubois, Martine Desjardins et Léo Bureau-Blouin devraient tirer leur révérence, passer Go et encaisser ce qui leur reste de capital de sympathie.

 

 

Coup de tonnerre

- 14 mai 2012

C’est finalement Line Beauchamp qui a démissionné.

Alors que les leaders étudiants ont signé une entente qui a été rejetée massivement par leurs membres, ce qui — dans le monde réel, celui que vous et moi habitons — leur aurait enlevé toute légitimité et aurait dû les pousser à prendre acte, à lever humblement leur chapeau et à démissionner, c’est la ministre de l’Éducation (et vice-première ministre) qui a accroché ses patins.

La raison ? Elle ne voit pas la moindre introduction d’avant-propos de préambule de préface de volonté de négocier de l’autre côté.

 

AUCUNE NÉGOCIATION POSSIBLE

 

La ministre — pardon, l’ex-ministre — a parfaitement raison.

Non seulement les leaders étudiants ont complètement perdu le contrôle de leurs troupes (« Nous avons sous-estimé la détermination de nos troupes », comme l’a avoué candidement un Léo-Bureau Blouin dépassé par les événements), mais les « Rouges » ne sont pas en mode négociation.

Ils sont en mode « revendication ».

Ils ne demandent pas, ils exigent. C’est le gel ou rien. Pas de plan B ni d’alternative possible.

Comment voulez-vous négocier, dans ce cas ? Négocier quoi ? Avec qui ?

C’est « my way, or the highway ». La vice-première ministre a choisi de sauter dans son char, de quitter la 20 et de laisser les étudiants macérer dans leur fiel.

Difficile de ne pas partager son exaspération. Nous sommes ici face à un mouvement complètement anarchique, qui ne respecte plus les règles du jeu, qui bafoue chaque jour le système de justice, qui se fout des règles les plus élémentaires de la démocratie, qui empêche ILLÉGALEMENT des étudiants munis d’une ordonnance de la cour d’entrer en classe et de suivre leur cours — bref, qui fait preuve d’une mauvaise foi crasse.

Comment pouvez-vous jouer au poker avec un adversaire qui, lui, ne sait que jouer au solitaire ?

 

LA LOI ET L’ORDRE

 

Que faire, maintenant ?

D’abord et avant tout, faire respecter la loi. Dans le contexte bordélique actuel, discuter des frais de scolarité serait une vaste perte de temps.

Quand la maison est en feu, tu ne discutes pas de la couleur du divan.

Et puis, ça fait longtemps que les frais de scolarité ne sont plus au cœur du débat. C’est une revendication parmi tant d’autres. Certains militants préparent une manifestation contre la F-1 car c’est « un événement élitiste, sexiste et polluant » !

C’est dire à quel point on a quitté le plancher des vaches. Nous sommes maintenant en plein délire révolutionnaire, et les associations étudiantes ont tourné le dos à la réalité pour plonger tête première dans la tanière du lapin blanc d’Alice au pays des merveilles.

 

UN DEGRÉ DE SÉPARATION

 

Ce sont les manifestants qui doivent célébrer et sabrer la sangria, aujourd’hui.

Non seulement sont-ils perçus comme des demi-dieux par les artistes, qui s’emmerdent dans leur salon et qui rêvent de révolution entre deux demandes de subvention (nous sommes contre le gouvernement, tout contre), mais ils ont eu la peau de la vice-première ministre !

« Nous sommes à une personne du chef, camarades ! Continuons le combat, so-so-solidarité, si nous persistons, Xavier Dolan va revenir de toute urgence de Cannes pour tourner un documentaire sur le printemps érable ! »

Bref, on n’est pas sorti du bois…

 

 

 

 

 

 

Le jeu des 7 erreurs

- 14 mai 2012

Ce qui me frappe le plus, dans la présente crise qui secoue Montréal, est de voir comment les associations étudiantes ont mal géré leur combat.

Car au départ, les associations soulevaient des points valables : la mauvaise gestion des fonds publics, le fait que le gouvernement refile toujours la facture aux citoyens au lieu de faire le ménage dans ses affaires, les salaires insensés versés aux gestionnaires des universités…

Ces points auraient pu toucher tout le monde, autant les gens de gauche que ceux de droite. Les associations auraient pu miser là-dessus pour mettre la population de leur bord, mais elles ont malheureusement commis plusieurs erreurs fatales…

 

DES APPUIS CRÉDIBLES

 

Première erreur : les leaders auraient dû dénoncer haut et fort tout acte de violence — pas seulement la brutalité contre les personnes, mais le saccage, le vandalisme et l’intimidation.

Au lendemain de l’attaque dans le métro, Gabriel Nadeau-Dubois a déclaré : « Je ne sais vraiment pas pourquoi on demande aux associations de se dissocier des actes de violence dès qu’arrive quelque chose. »

Très mauvaise réponse. Il aurait plutôt dû déclarer: « Si des groupuscules radicaux continuent de se servir de notre cause pour semer la terreur et faire du saccage, on va arrêter ça là, il n’y aura plus de manif, on trouvera une autre façon de protester… »

Deuxième erreur : les leaders auraient dû trouver des appuis chez des gens crédibles, sérieux — des économistes, des fiscalistes, d’anciens recteurs, d’anciens politiciens…

C’est aux côtés de gens de cette trempe qu’ils auraient dû se faire photographier, pas aux côtés des Justiciers masqués !

Quant aux artistes, ils sont bien gentils, mais un artiste qui parle d’argent est aussi crédible qu’un évêque qui parle de sexualité…

 

GARDER LEURS DISTANCES

 

Troisième erreur : les associations étudiantes se sont tout de suite cantonnées à gauche, pour ne pas dire à l’extrême gauche du spectre politique.

C’est dommage, elles auraient dû éviter de se positionner sur l’axe gauche-droite.

Car la bonne gestion des fonds publics, la hausse des taxes et la lutte contre le gaspillage sont des thèmes qui intéressent la droite de très près. Les leaders du mouvement auraient pu toucher beaucoup plus de gens s’ils avaient décidé de rester neutres.

Quatrième erreur : les associations étudiantes auraient dû s’éloigner des syndicats et refuser poliment mais fermement leur aide. Ça fait longtemps que les syndicats ne sont plus perçus comme des acteurs du changement dans la population. En couchant avec les grosses centrales, les associations ont donné l’impression d’être à leur solde, de mener leur combat, de parler en leur nom.

 

DES JEUNES VIEUX

 

Cinquième erreur : les leaders auraient dû faire plus souvent preuve d’humour et d’originalité quand ils manifestaient. Plus de marches de tout-nus, moins de défilés crypto-marxistes. Rappelez-vous : vous êtes jeunes ! Or, on avait l’impression de voir des manifs des années 70…

Sixième erreur : les leaders auraient dû recommander à leurs membres l’entente qu’ils ont signée, et annoncer qu’ils démissionneraient si leurs membres la refusaient. Quand tu mets ta signature en bas d’un document, tu l’endosses.

Septième erreur : les leaders auraient dû démontrer plus de compassion envers les étudiants qui voulaient étudier et qui avaient peur de perdre leur session.

 

 

Pop psycho

- 13 mai 2012

Aujourd’hui, si vous le voulez bien, je vais prendre une pause de la crise étudiante, et parler d’un sujet dont tout le monde raffole : la pop psychologie.

Une lectrice m’a écrit pour me dire qu’elle avait un enfant roi et qu’elle ne savait pas quoi faire avec lui.

« Il ne m’écoute pas, s’énerve dès que je lui dit non », déplore-t-elle.

 

LE CENTRE DE L’UNIVERS

 

Ne reculant devant rien pour aider mes lectrices en détresse, j’ai consulté de nombreux sites spécialisés dans la psychologie enfantine : Maman pour la vie, Au Féminin, Contour de la famille, etc.

Voici ce que j’ai pu en tirer.

« Tout enfant, lorsqu’il naît, est convaincu d’être le centre de l’univers. C’est aux parents de lui démontrer que ce n’est pas le cas, qu’il est un membre parmi d’autres de la famille, et que ses besoins ne sont pas plus importants que les besoins de ses parents ou ceux de ses frères et sœurs… »

« Les nourrissons pleurent et crient pour faire savoir qu’ils souhaitent que leurs besoins soient répondus immédiatement. De même, l’enfant roi est habitué à tout demander tout le temps, et à ne rencontrer aucun obstacle, aucune limite à ses désirs….

« En grandissant, l’enfant devrait comprendre peu à peu qu’il ne peut pas tout avoir. Mais pour ce faire, il a besoin de balises claires, d’un adulte pour lui mettre des limites. »

 

DES PETITS DICTATEURS

 

Tous les spécialistes s’entendent : la meilleure façon de s’assurer que notre bébé ne deviendra pas un enfant roi est de l’encadrer.

« Il faut contrôler ces petits dictateurs, sinon on se prépare un avenir difficile, affirme la philosophe Eliette Abécassis. 
Bien sûr il n’est pas question de violence physique mais de fermeté…

« Il faut que l’enfant comprenne qu’il n’est pas là seulement pour recevoir mais pour s’acquitter de ses devoirs.

« L’éducation repose sur un système de règles qui doivent permettre à l’enfant de comprendre la différence entre ce qui est autorisé et ce qui est interdit… »

Si mon enfant se comporte comme un petit roi, dois-je le punir ? m’a demandé la dame qui m’a écrit.

Réponse d’un psy : « Si la punition devient le seul moyen de se faire obéir, c’est que l’autorité n’est pas établie. »

En d’autres mots : si tout ce que vous êtes capable de faire avec un enfant qui se tape une danse du bacon est de lui donner une claque derrière la tête (ou un coup de matraque sur le crâne), c’est que vous avez déjà perdu…

 

DES VICTIMES

 

« Tout l’art de l’enfant roi consiste à se présenter comme une victime, à provoquer les adultes et à installer une ambiance pesante et stressante, lance un psy.

« Arrêtez de tout vouloir pardonner, de tout vouloir expliquer, retrouvez un peu de bon sens. Les parents doivent réapprendre à faire respecter leur autorité.

 

« Il ne sert à rien de s’épuiser à argumenter sans fin, l’enfant tyran s’habitue aux mots. De même, il est inutile de lui demander de se mettre à votre place, il est incapable de le faire… »

 

J’espère que ça va vous aider, madame.

 

(Note : toute ressemblance avec des personnes existantes est une coïncidence.)

 

 

Honte à vous!

- 12 mai 2012

Disons-le clairement et franchement, car il n’y a pas d’autres mots pour décrire la situation : ce qui s’est passé au cégep Lionel-Groulx hier est une honte, un scandale, une infamie.

Les membres de la direction du collège se sont conduits comme des larves (et je m’excuse auprès des larves pour cette comparaison peu flatteuse).

 

LES PLEUTRES

 

Au lieu d’aider les étudiants qui ont obtenu une injonction à entrer dans leur cégep pour étudier (c’est-à-dire : pour recevoir les services qu’ils ont dûment payés et auxquels ils ont droit), les membres de la direction du collège ont plié l’échine devant les manifestants masqués qui leur barraient le chemin.

Honte à vous, madame Monique Laurin, directrice-générale.

Que tout le monde le sache : quand les plus démunis de VOS étudiants (démunis, car abandonnés de tous) se sont fait intimider, harceler, menacer, vous n’avez RIEN FAIT pour leur venir en aide.

Comment pouvez-vous vous regarder dans le miroir ?

Pourtant, l’injonction est claire : la direction du collège pouvait prendre tous les moyens nécessaires, y compris demander l’aide de la police, pour permettre aux étudiants d’étudier.

Vous avez décidé de ne rien faire.

Vous avez décidé de céder devant la menace.

Vous avez décidé d’abandonner vos étudiants.

Vous avez décidé de permettre à une bande de brutes MASQUÉES de bafouer la loi au vu et au su de tous.

Honte à vous, madame Laurin. Vous êtes indigne du poste que vous occupez.

 

CÉDER À L’INTIMIDATION

 

Comme mon amie Joanne Marcotte m’a écrit, hier : va-t-il falloir que des citoyens ordinaires fassent le travail que les administrations de cégeps et d’universités, trop pleutres, trop molles, trop peureuses, refusent de faire ?

Va-t-il falloir qu’on se rende devant les institutions d’enseignement visées par les injonctions et qu’on escorte nous-mêmes les étudiants qui veulent étudier ?

Et ils sont où, les artistes qui, il y a trois mois, dénonçaient l’intimidation sur toutes les tribunes ?

Vous êtes où, Jasmin Roy, Stéphane Bellavance, Julie Le Breton, Laurent Paquin, Marie-Mai et tous les autres ?

Ça fait trois mois que des étudiants de cégep et d’université se font régulièrement intimider par des individus masqués et armés, et ça fait trois mois qu’on ne vous entend pas.

Avez-vous peur d’être mis au ban de votre communauté si jamais vous avez l’audace — ô crime, ô scandale — d’appuyer un vert ? Cédez-vous, vous aussi, à l’intimidation ? Prenez-vous votre trou ?

Penchez-vous la tête en espérant que l’orage se passe — pour, une fois la crise résorbée, sortir de votre cachette et pleurer à nouveau sur l’intimidation ?

 

AU-DESSUS DES LOIS

 

Quant aux profs qui portent fièrement le carré rouge (au lieu de rester neutres) et qui harcèlent LEURS étudiants qui veulent étudier, vous êtes une honte pour votre profession.

Qu’allez-vous faire quand les classes vont reprendre ? Avez-vous pensé à ces étudiants qui vont se retrouver devant vous, alors que vous les avez insultés ?

« Il n’y a aucun droit de grève dans la loi (encadrant les associations étudiantes). Les associations n’ont aucun droit formel de forcer un étudiant, contre son gré, à pratiquer le boycottage de ses cours », a écrit le juge Jean-François Émond de la Cour supérieure.

La loi, vous vous en foutez ?