Question d’une lectrice, Flore Joyal:
” Comment le Parti québécois peut-il vouloir le droit de vote à 16 ans quand il est contre le gouvernement fédéral qui veut rendre un jeune de 16 ans responsable de ses actes devant la justice ? “
Question d’une lectrice, Flore Joyal:
” Comment le Parti québécois peut-il vouloir le droit de vote à 16 ans quand il est contre le gouvernement fédéral qui veut rendre un jeune de 16 ans responsable de ses actes devant la justice ? “
Les militants qui travaillent d’arrache-pied pour défendre des causes et lutter contre des inégalités sont tous confrontés, un jour ou l’autre, au même problème.
Plus leur lutte fait des progrès, moins le problème qu’ils combattent est aigu, moins les gens qu’ils défendent se sentent menacés, plus ceux-ci laissent tomber leur garde, et plus le problème a de chances de se repointer le bout du nez…
UN CYCLE INCONTOURNABLE
Prenez le sida.
Au début, les militants anti-sida, qui demandaient aux gouvernements de mettre sur pied des campagnes destinées à sensibiliser les gens à l’importance de se protéger lorsqu’ils avaient des relations sexuelles, criaient dans le désert. Personne ne les écoutait.
Puis ils ont fini par avoir gain de cause.
Résultat 1 : les gens ont commencé à se protéger.
Résultat 2 : le taux de sida a chuté.
Résultat 3 : les gens se sont sentis en sécurité, et ont oublié les bonnes habitudes qu’ils avaient adoptées quand l’épidémie était à son max.
Résultat 4 : le taux de sida a remonté.
C’est ce qu’on appelle être victime de son succès.
LE SYNDROME DE LA PÉTASSE
Toutes les causes traversent ce cycle. Il est aussi incontournable — et aussi naturel — que celui des marées.
Regardez le féminisme.
Pourquoi de plus en plus de jeunes filles se comportent comme si elles étaient des objets sexuels écervelés ?
Parce que grâce aux féministes des années 60-70 qui se sont battues pour que les femmes soient considérées comme des êtres humains à part entière, les jeunes filles ont l’impression qu’il n’y a plus de problème.
La guerre contre le sexisme et la discrimination est définitivement gagnée. La femme, désormais, gagne bien sa vie, fréquente les universités, contrôle son corps et sa sexualité.
Alors, les filles peuvent se traiter de « putes » et se comporter comme des nunuches sans rien craindre…
Idem pour les Noirs, qui n’ont plus aucune honte ni aucun scrupule à s’appeler « nigger » entre eux — un mot contre lequel leurs pères et leurs grands-pères se sont battus.
LA GÉNÉRATION LUSSIER
Eh bien, c’est ce qui arrive avec le mouvement souverainiste.
Les nationalistes se sont tellement bien battus pour défendre le peuple québécois et protéger sa langue et sa culture que les gens ne se sentent plus menacés.
Les immigrants parlent de plus en plus français, nos artistes triomphent aux quatre coins de la planète, nous avons créé nos propres multinationales.
C’est quoi, le problème ?
Mettez-vous dans la peau d’un jeune de 15 ans. Il n’a pas connu les « Anglaises de chez Eaton », il voit Falardeau aux Oscars et Villeneuve aux Césars, ses amis haïtiens et vietnamiens se baladent avec un chandail du Canadien sur le dos, il franchit toutes les frontières du monde en bougeant le petit doigt…
Comment pourrait-il se reconnaître dans le discours souverainiste ? Pourquoi ne penserait-il pas comme Jérôme Lussier ?
MISSION ACCOMPLIE
Voilà pourquoi le mouvement souverainiste est en train d’imploser et d’exploser en même temps.
Il est victime de son succès.
Les souverainistes voulaient redonner une fierté aux Québécois. Eh bien, c’est fait. Mission accomplie, merci.
Le hic, c’est que lorsqu’on est fier, on ne se voit plus comme une victime.
Pire : on a ça en horreur.