Si vous le voulez bien, j’aimerais effectuer une récapitulation des positions que j’ai défendues dans ce journal depuis le début de la crise.
MES DIX COMMANDEMENTS
— Je suis pour une hausse des frais de scolarité, assortie d’une bonification du système de prêts et bourses. À l’instar du fiscaliste Luc Godbout, je crois que l’entente proposée par le gouvernement le 5 mai est honorable pour les deux parties.
— Je crois qu’aucune cause ne justifie l’utilisation de violence (sauf lorsqu’on vit sous une dictature).
— Je crois que la meilleure façon de se débarrasser d’un gouvernement est de voter contre.
— Je suis pour le respect de la loi. Quand la Cour Supérieure affirme que des manifestants n’ont pas le droit d’empêcher des étudiants d’entrer dans leur cégep ou leur université, on obéit, point.
— Je déplore le fait que les artistes semblent tous pencher du même bord.
— Je crois que la crise actuelle est alimentée par les syndicats qui utilisent les associations étudiantes pour déstabiliser le gouvernement.
— Je crois que les leaders étudiants (qui ne contrôlent plus rien) ont perdu leur légitimité en signant une entente qui a été rejetée par leurs membres.
— Je crois en la liberté d’expression.
— Je crois en la liberté de manifester pacifiquement.
— Je pense que la loi 78 était très mal avisée, et qu’elle jette de l’huile sur le feu au lieu de calmer le jeu.
LA MATRAQUE
Voilà. Ce n’est pas la mer à boire, non ?
J’ai simplement exprimé des opinions que plusieurs personnes partagent aux quatre coins de la province.
Je n’ai pas dit qu’il fallait appeler l’armée, jeter les leaders étudiants en prison ou interdire les manifestations.
J’ai seulement défendu l’ordre, la loi et le respect des institutions. Et pour mémoire, j’ai écrit à de nombreuses reprises que je partage l’écoeurement de la population face à la corruption endémique qui semble gangréner le Québec.
Or, parce que j’ai osé écrire ça, on m’insulte, on me harcèle, on me hue quand je marche dans la rue, on me menace, on me traite de tous les noms, on est même venu manifester devant ma demeure, où j’essaie de mener une vie tranquille avec ma femme et mes trois enfants de 16, 13 et 4 ans.
Ça va pas, la tête ? Que s’est-il passé pour qu’on en soit arrivé là ?
On n’est plus capable de discuter ?
Quelle différence y a-t-il entre la loi 78 qui tente de circonscrire le droit de manifester, et l’attitude de ces militants qui tentent de circonscrire mon droit de m’exprimer ?
C’est la même mentalité…
PETIT PAYS
Je ne suis pas le seul à me faire traîner dans la boue pour avoir osé exprimer des opinions qui vont à l’encontre de celles défendues par une certaine élite autoproclamée.
Gilbert Rozon aussi y goûte. On menace même de boycotter son festival, juste parce qu’il a déclaré trouver l’ampleur des manifestations complètement disproportionnée.
« En France, dit Rozon, j’ai souvent des débats sérieux avec les gens. On s’engueule, on s’obstine et après on va prendre un verre ensemble. »
Oui, mais la France est un grand pays. Ici, c’est petit. On s’insulte et on se chie dessus…