Archives pour juin 2012

Le chant des cigales

- 30 juin 2012

La cigale grecque, ayant dépensé sans compter pendant des années, se trouva fort dépourvue quand la crise fut venue.

Pas un seul sou de côté ni de marge de crédit pour payer ses dettes astronomiques.

Acculée à la faillite, elle alla crier famine chez la fourmi allemande sa voisine, la priant de lui prêter quelques euros pour subsister jusqu’à la reprise, qui finirait bien par arriver un de ces jours.

 

ACHTUNG !

 

« Hey, toi, lui lança-t-elle. Toi qui as du fric qui te sort par les oreilles et qui es assis sur une tonne d’or. N’as-tu pas honte ? Au lieu de tout garder pour toi, comme une égoïste, pourquoi ne dépannerais-tu pas une pauvre cigale qui est dans la merde jusqu’au cou ?

« Je te rembourserai quand on va se sortir de la vase, juré craché. »

La fourmi (qui travaille fort) n’est pas prêteuse, c’est là son moindre défaut.

« Que faisiez-vous au temps chaud ? dit-elle à cette emprunteuse.

— Nuit et jour à tout venant, je chantais, ne t’en déplaise, répondit la cigale en se limant les ongles.

— Vous chantiez ? J’en suis fort aise, lança la fourmi. Eh bien! dansez maintenant. Et la prochaine fois, faites un budget, utilisez les fonds publics de façon responsable et tentez de respecter votre capacité de payer. Achtung Baby ! »

 

LA CATASTROPHE ESPAGNOLE

 

Partout, en Occident, on entend le chant désespéré des cigales qui se retrouvent le cul sur la paille après avoir mené la vie de pacha.

En Espagne, le quatrième pays à demander l’aide de l’Europe, on aurait besoin de 62 milliards d’euros pour se sortir du trou.

Comme l’a écrit le journaliste Phil Bennett dans le quotidien El Pais :

« À la fin de 2009, la dette externe totale de l’Espagne était de 1 735 milliards d’euros, soit 170 % de son PIB. Non seulement le gouvernement a-t-il augmenté les dépenses publiques de 7,7 % par an à partir de 2005 (ce qui a transformé l’excédent budgétaire de 2007 en un déficit de 11 %), mais pendant dix ans, les dépenses de consommation ont progressé deux fois plus vite que la moyenne européenne. »

Résultat : l’économie du pays a fini par s’effondrer. Aujourd’hui, plus de 4 millions de salariés ont perdu leur emploi et le taux de chômage espagnol (20 %) est plus du double de la moyenne européenne.

Bref, une catastrophe.

 

À QUAND LE QUÉBEC ?

 

Lorsque le gouvernement espagnol a décidé d’adopter des mesure d’austérité pour remettre le pays dans le droit chemin, des milliers de personnes sont descendus dans les rues en criant : « Nous ne paierons pas ! »

Désolés, amis cigales, mais il est trop tard. Ce n’est pas une fois que le bateau a coulé qu’il faut crier, mais avant !

Où étiez-vous quand le gouvernement creusait votre tombe en multipliant les emprunts ?

La dette de votre pays équivaut à 170 % de votre PIB ! Personne ne l’a vu venir ?

La triste réalité est que ça faisait votre affaire. Ce n’est que lorsque les huissiers ont cogné à la porte que vous vous êtes mis à gueuler…

C’est bien beau, le crédit. Mais un moment donné, il faut payer.

 

 

Un retour pénible

- 28 juin 2012

L’autre jour, j’ai dressé la liste des leçons que j’ai apprises pendant la crise étudiante.

Mon amie Joanne Marcotte a ajouté un élément à mon texte sur son compte twitter : « J’ajouterais qu’on devrait sérieusement s’interroger sur nos profs de cégeps », a-t-elle écrit.

 

LE FOND DU BARIL

 

Je suis d’accord avec elle.

En fait, la vue de ces profs « carré rouge » bloquant l’entrée de leur institution aux « verts », et huant et insultant leurs propres étudiants qui voulaient — scandale! — étudier, est l’image qui m’a le plus scandalisé, le plus choqué et le plus déprimé durant cette interminable crise.

Pour moi, c’était le fond du baril. On ne pouvait tomber plus bas. Jamais je n’aurais cru un jour voir des profs (payés et syndiqués) insulter des étudiants juste parce que ceux-ci voulaient terminer leur session, pour ensuite aller travailler, histoire de pouvoir payer leurs études.

Et le pire est que des parents participaient à ces barricades! Des parents, bordel! Qui bloquaient l’accès au cégep à des jeunes de 17-18 ans!

Dégueulasse…

Tout ça, alors que la loi indiquait noir sur blanc que les associations étudiantes n’étaient pas des syndicats et qu’elles ne pouvaient empêcher aucun prof ni aucun étudiant de circuler librement dans les cégeps…

 

« J’AI ENVIE DE PLEURER »

 

Vous imaginez comment va se dérouler le retour en classe à la mi-août, vous? Ça va être pénible…

J’ai d’ailleurs reçu un courriel d’une jeune lectrice à ce sujet.

« Je suis étudiante au Collège de Maisonneuve. Parce que j’ai voté contre la grève, je suis devenue la honte de ma famille, “une jeune qui veut juste de l’argent pour s’acheter un nouveau IPod”, une “mangeuse de marde du câlisse”, et j’en passe.

« Je me suis inscrite pour reprendre mes cours, mais je n’ai pas hâte. Je n’ai pas envie de faire un travail en équipe avec quelqu’un qui m’a ignorée pendant des mois. Je n’ai pas envie de revoir l’enseignante qui m’a traitée de bébé gâté. Je n’ai pas envie de croiser dans le corridor les dix gars qui se sont placés en cercle autour de moi pour s’assurer que j’allais voter de leur côté.

« Je n’ai pas envie de croiser le gars qui m’a expliqué pendant une demi-heure que j’étais stupide et naïve parce que je ne considérais pas la police comme la seule et unique source de violence dans le monde.

« Je n’ai pas envie d’étudier. J’ai envie de pleurer.

 

INTIMIDATION PUBLIQUE

 

« Je vais finir par retourner au cégep, par assister à une assemblée générale pour entendre la foule huer les étudiants en techniques policières qui s’approchent du micro et pour écouter l’exécutif prononcer des phrases telles que “Le gouvernement n’est pas légitime de prendre des décisions” ou “La proposition n’est pas claire, mais je vous invite à l’adopter”…

« Comme c’était le cas avant les vacances, les étudiants qui oseront demander des recomptages lors des votes vont se faire huer par ceux qui prétendent vouloir une “démocratie transparente” mais qui rechignent à garder la main levée pendant dix minutes, le temps qu’on puisse compter correctement les Pour et les Contre.

« Non, vraiment, je n’ai plus envie d’étudier. »

Assez déprimant, non?

 

 

 

Les chaudrons

- 27 juin 2012

Le PLQ se fait critiquer parce qu’il montre, dans sa dernière pub, Pauline Marois jouer de la casserole dans la rue.

Personnellement, je ne vois pas où est le drame. Madame Marois a tapé sur des chaudrons, oui ou non? Si oui, qu’elle assume son geste.

C’est à chaque Québécois de décider si la décision qu’elle a prise la rend indigne (ou pas) d’occuper le poste de Premier ministre.

Ce n’est pas comme si les stratèges du PLQ avaient créé ces images de toutes pièces, par ordinateur…

Madame Marois aurait-elle honte de son geste?

 

 

La grosse femme d’à côté est enceinte (appelez la DPJ!)

- 27 juin 2012

La semaine dernière, un résidant d’Ottawa a perdu la garde de ses deux enfants parce qu’il était trop gros.

On a jugé que son poids (il pesait 525 livres, mais n’en pèse plus « que » 380) l’empêche de bien s’occuper d’eux.

 

À QUATRE PATTES

 

L’homme en question n’est pas ce qu’on pourrait appeler un père modèle : il a déjà été un « potteux » chronique, a fait pousser de la mari pour gagner sa vie, a suivi une thérapie pour gérer sa colère (lui et son ex-femme se querellaient régulièrement) et pouvait passer plusieurs heures d’affilée à jouer à des jeux vidéos.

Mais, curieusement, ce n’est pas pour ça que les autorités ont décidé de lui retirer la garde de ses enfants de 5 et 6 ans et de les mettre en adoption.

On a pris cette décision parce que le bonhomme est obèse. Son poids, dit-on, ne lui permet pas de se mettre à quatre pattes et de jouer avec ses bambins. Il a de la difficulté à respirer, se déplace avec peine, etc.

Bref, « il n’a pas la forme physique nécessaire pour accomplir correctement cette tâche »…

 

UN POIDS MAXIMUM?

 

C’est quoi, la suite? Va-t-on passer une loi empêchant les personnes obèses de se reproduire? « À partir de tel poids, vous ne pouvez avoir d’enfants, à moins que vous ne promettiez de suivre un régime draconien ou de vous faire brocher l’estomac avant la naissance de votre bébé »?

Si on commençait à retirer la garde des enfants à tout parent qui ne joue pas suffisamment avec eux, les orphelinats seraient pleins à craquer.

Et que dire des parents hyper occupés qui ne passent que deux heures par jour avec leurs enfants? Va-t-on sévir contre eux aussi?

Sans oublier les parents qui fument devant leurs enfants, qui les ploguent devant la télé du matin au soir, ou qui leur font manger des chips et des pogos…

 

EN DERNIER RECOURS

 

C’est beau, vouloir le bien des enfants, mais il y a une limite. D’autant plus que l’homme en question n’a jamais été accusé de négligence ou de mauvais traitements envers ses enfants. Il est juste obèse…

Comme l’a souvent dit le pédiatre Gilles Julien, « les enfants ont droit à leurs familles, même si on les juge dysfonctionnelles ou incompétentes ».

Retirer un enfant de sa famille pour le placer en adoption ne devrait être envisagé qu’en dernier recours, dans les cas où il y a vraiment de l’abus physique ou psychologique. Sinon, on devrait plutôt soutenir les parents, et les amener à adopter de meilleurs comportements pour leurs enfants.

 

 

Ce que la crise m’a appris

- 26 juin 2012

Depuis quelques jours, je me repose à la campagne, loin de Montréal, des carrés rouges, des casseroles, des regards haineux et des menaces.

Pour la première fois depuis quatre mois, je peux enfin déambuler librement avec mes enfants sans craindre de me faire insulter ou haranguer.

La paix. La sainte paix.

 

FEU LA LIBERTÉ D’EXPRESSION

 

Dans quelques mois, on va se pencher sur cette période bizarre de notre histoire récente, et on va se dire : « Coudon, qu’est-ce qui nous est arrivé, le printemps dernier? Comment expliquer une telle polarisation, un tel climat d’hystérie? Des terroristes ont-ils versé des caps d’acide dans l’Aqueduc de Montréal? Messmer nous a-t-il hypnotisés sans que nous le sachions? »

Personnellement, j’ai appris beaucoup de choses durant cette crise.

1) L’extrême gauche a la démocratie et la liberté d’expression en horreur. Nos adeptes du Che me font penser à ce que disait Henry Ford: « Vous pouvez commander un véhicule de n’importe quelle couleur, en autant qu’il soit noir. » La liberté d’expression, pour eux, ne s’applique qu’à ceux qui pensent « du bon bord ». Les autres doivent se fermer la gueule, sinon…

2) Malgré ses dehors cool et relax, le petit monde du showbiz tolère très mal la diversité. Tout au long de cette crise, des artistes pro-hausse m’ont confié (en secret, sous le couvert de l’anonymat) qu’ils ne se sentaient pas à l’aise d’exprimer ouvertement leurs opinions. Ils avaient peur de perdre leur job, d’être mis au ban de leur communauté…

Pourtant, les artistes ne sont-ils pas censés défendre la liberté, l’audace, l’indépendance d’esprit? On dirait plutôt un banc de poissons…

Prenez n’importe quel milieu professionnel : les médecins, les huissiers, les téléphonistes, les plombiers, les avocats… Dans chacun, vous retrouverez des pour et des contre.

Or, chez les artistes, on a l’impression que TOUT LE MONDE pense pareil. Vous trouvez ça sain, vous? Vous trouvez ça normal?

 

ANALPHABÉTISME POLITIQUE

 

3) Politiquement, les Québécois sont analphabètes. Ils ne savent absolument pas faire la différence entre la gauche et la droite. Pour eux, la gauche, c’est la solidarité, la justice et la générosité, alors que la droite, c’est le racisme, l’homophobie et la haine des pauvres. Plus caricatural, tu meurs. On dirait un livre à colorier publié dans la Roumanie de Ceausescu.

4) Les médias sociaux sont des égouts à ciel ouvert, des latrines, l’équivalent moderne des lettres de dénonciation et des appels anonymes.

Avant, les cons déliraient seuls dans leur sous-sol. Maintenant, ils ont un micro et des milliers d’abonnés, qui vomissent sur les médias traditionnels mais croient tout ce qu’ils lisent sur Internet.

 

LA MEUTE

 

5) Il n’y a rien de plus fragile que la paix sociale. Longtemps, je me suis demandé comment des Rwandais et des Yougoslaves qui avaient vécu paisiblement côte à côte pendant des décennies pouvaient, du jour au lendemain, se vouer une haine mortelle et se poursuivre dans les rues, machette à la main et bave aux lèvres.

Maintenant, je sais. Des gens que je croyais mes amis m’ont abreuvé des pires insultes, juste parce que je ne pensais pas comme eux.

6) Il n’y a rien de plus toxique ni de plus dangereux qu’une foule qui croit avoir raison.