Ainsi, le gouvernement du Québec a décidé de poursuivre l’industrie du tabac. Somme réclamée : 60 milliards de dollars (un record national), afin de compenser les coûts engendrés par le tabagisme sur le système de santé.
Rappelons que c’est grâce aux taxes sur les cigarettes que le gouvernement a pu payer le stade olympique.
D’un côté, on profite de la vente du tabac pour payer des folies passées (merci, amis fumeurs, pour votre générosité — sans vous, on serait dans le trou). De l’autre, on crache dans la soupe et montre les cigarettiers du doigt.
Bonjour l’hypocrisie.
L’ÉTAT, COMPLICE D’EMPOISONNEMENT
Pourquoi, si le tabac est si nocif, les gouvernements ne le retirent pas tout simplement des rayons ?
C’est la question que se posent de plus en plus de gens. En France, le débat sur la prohibition du tabac allume les passions, grâce à deux textes qui ont fait beaucoup parler.
Tout d’abord, le 6 février 2011, l’économiste et écrivain Jacques Attali a signé une chronique dans L’Express demandant au gouvernement français d’interdire la production, la distribution et la consommation de tabac, rien de moins !
« Certes, des mesures ont été prises pour réduire l’usage du tabac, écrit Attali, mais elles ne servent à rien. Les jeunes fument de plus en plus. »
Quant à la hausse des prix du paquet de cigarette via l’imposition d’un taxe salée, ce n’est qu’une vaste hypocrisie, selon l’auteur. « Elle ne fait qu’augmenter les profits des compagnies et les revenus des États, devenus coupables de complicité d’empoisonnement. »
Seule solution : la prohibition.
« On remettrait en cause quelques emplois; les États perdraient quelques recettes; on encouragerait pour un temps le marché noir; on devrait faire quelques dépenses pour désintoxiquer ceux qui le sont. Mais on gagnerait en espérance de vie et le bilan économique serait partout positif », croit l’ancien conseiller de François Mitterrand.
DOUBLE STANDARD
Même son de cloche du côté de certains spécialistes médicaux. Dans Interdire le tabac : l’urgence, un pamphlet publié aux éditions Odile Jacob, Martine Pérez, médecin et rédactrice en chef du Figaro santé, déplore le fait que nous vivons « dans une société irrationnelle où les risques pour la santé ne sont pas hiérarchisés ».
Exemple ? On a retiré des rayons des produits beaucoup moins nocifs que le tabac, comme le Médiator, par exemple, un médicament qui n’aurait causé que 2000 morts, ou le Bisphénol A, qu’on retrouve dans les biberons et qui pourrait être cancérigène.
Or, le tabac fait cinq millions de morts par année, et il est toujours en vente libre ! Comment expliquer ce double standard ?
SOUS LE MANTEAU
Les chiffres avancés par Attali et Pérez sont bien sûr alarmants. Mais vous imaginez l’ampleur du marché noir si on interdisait la cigarette ? Ça serait pire que ce qui est arrivé pendant la Prohibition !
Les groupes criminalisés feraient des affaires d’or et augmenteraient par le fait même leur influence dans la société.
Et des millions d’honnêtes citoyens se mettraient soudainement à sauter la clôture et à braver les autorités pour assouvir leurs besoins et, pourquoi pas, remplir leurs portefeuilles.
Sur papier, interdire le tabac est une excellente idée. Mais en pratique, ça serait une catastrophe.