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Et si Drainville avait raison?

- 19 juin 2012

L’an dernier, le député péquiste Bernard Drainville proposait de permettre les référendums d’initiative populaire au Québec.

L’idée est simple : si un nombre déterminé d’électeurs (disons 800 000) demandent au gouvernement de consulter la population sur tel ou tel sujet, que ça soit l’indépendance du Québec ou la décriminalisation des drogues douces, celui-ci serait tenu de tenir un référendum sur la question dans un délai Y.

 

RÉFÉRENDUMS À RÉPÉTITION

 

À l’époque, je m’étais montré sceptique sur le bienfondé de cette proposition.

« Vous imaginez le bordel ? écrivais-je.

« Un twit de l’Alberta décide de piétiner le drapeau du Québec en direct à la télé ? 800 000 auditeurs de ligne ouverte signent une pétition et paf, on se retrouve avec un référendum !

« Le gouvernement canadien décide de verser une subvention à Terre-Neuve plutôt qu’au Québec ? 800 000 frustrés signent une pétition, et on est parti pour deux mois de chicane !

« Êtes-vous sérieux ? Est-ce vraiment comme ça que vous voulez diriger le Québec ?

« Transformer chaque petite crise en référendum potentiel ? »

 

LA SOLUTION SUISSE

 

Or, hier, j’ai reçu un courriel qui m’a amené à envisager la proposition Drainville sous un autre angle.

L’auteur de cette missive, Pierrot Métrailler, est un journaliste suisse installé dans la région de Québec depuis 20 ans.

« Mon regard suisse peine à saisir votre démarche démocratique, écrit monsieur Métrailler. Dans mon pays d’origine, nous avons un référendum possible pour toutes les lois votées par le Parlement. 50 000 signatures de citoyens déposées pour contester une loi et la population est appelée à voter si oui ou non ce projet législatif entre en vigueur. La hausse des frais de scolarité aurait fait l’objet d’un vote et on aurait passé à autre chose… »

En Suisse, toute loi peut être soumise à un référendum facultatif. Lorsqu’une nouvelle loi est publiée dans le journal officiel, tout citoyen opposé à son entrée en vigueur dispose d’un délai de 100 jours pour récolter 50 000 signatures. S’il réussit, la loi est soumise à un référendum et n’entrera en vigueur que si la majorité des votants l’appuient.

Certains cantons permettent même à leurs électeurs de se prononcer, par voie de référendum, sur l’approbation de crédits spéciaux affectés à la réalisation de travaux publics — comme des amphithéâtres, par exemple.

 

LÉGER MARKETING AUX COMMANDES

 

La solution suisse a un bon et un mauvais côté.

Le bon côté est qu’elle permet d’éviter que des crises comme celle qui paralyse le Québec depuis trois mois ne s’éternisent.

Les électeurs se seraient prononcés sur les offres du gouvernement, et ça aurait été final bâton. On ne se taperait pas un autre psychodrame à la reprise des cours. Advenant un appui massif de la population pour la hausse, les manifestants qui voudraient continuer de bloquer les rues seraient tout de suite désavoués.

Le mauvais côté est de se retrouver avec des référendums à répétition sur tout et sur rien. C’est bien beau, la démocratie directe, mais à un moment donné, il faut laisser le gouvernement gouverner, ou alors on remet la direction de la province à une firme de sondage, qui consulte la population dès que le gouvernement lève le doigt.

Qu’en pensez-vous ?