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Les zombies

- 9 juillet 2012

Je sais que l’été, on est censé lire des romans légers — des polars, des sagas historiques ou des best-sellers écrits avec de très gros crayons.

Or, ces derniers jours, j’ai fait tout le contraire.

Je viens de terminer la lecture du livre le plus déprimant, le plus morbide et le plus cauchemardesque de toute ma vie.

 

UN LONG CALVAIRE

 

Ce roman (Tout, tout de suite, de Morgan Sportès, publié chez Fayard) s’inspire d’un fait divers horrible qui a bouleversé la France en 2006.

Croyant dur comme fer que tous les Juifs sont riches à craquer, une bande de jeunes paumés (la majorité, musulmans) ont enlevé un Juif de 23 ans afin de demander une rançon à son père.

Manque de pot : le jeune en question (qui travaillait dans une boutique spécialisée dans la vente de téléphones cellulaires) venait d’une famille plus que modeste.

Pendant 24 jours, ces voyous ont humilié et torturé leur otage. Ils l’ont déshabillé, l’ont gardé attaché dans une cave froide et humide, l’ont battu, lacéré et brûlé sur 90 % de son corps.

Véritable plaie vivante, incapable même de parler tellement il souffrait, le jeune homme a finalement succombé à ses blessures.

Comme Truman Capote a fait avec In Cold Blood, le livre qui a révolutionné la littérature américaine, Morgan Sportès a enquêté pendant plus de deux ans sur ce fait divers avant de prendre la plume. Il a visité les lieux où s’est déroulé ce drame, s’est entretenu avec les témoins, a rencontré certains protagonistes…

Le portrait qu’il nous brosse de notre époque à travers cette histoire d’une infinie tristesse est absolument terrifiant.

 

LES INVASIONS BARBARES

 

Les paumés qui hantent le livre de Sportès sont de véritables zombies.

Incultes, obsédés par l’argent, passant leur journée à fumer du pot, à écouter du gangsta rap et à jouer à des jeux vidéo hyper violents, ces jeunes désœuvrés sont incapables de ressentir la moindre émotion.

Vivant dans des zones minables remplies de Quick Burger, de HLM sentant l’urine et de cybercafés éclairés au néon, abandonnés par des parents désarmés et scotchés à leur télé, ces délinquants (qui ne peuvent faire la différence entre la réalité et la fiction, et qui émaillent leurs conversations vulgaires de noms de marques : Puma, Converse, Nike, Rolex, Lacoste) sont des caricatures grossières de la société de consommation.

Enfants du non-respect et de la non-éducation, nourris à la graisse et à la porno, ces déchets de la culture insta-sexe et insta-cash nous renvoient une image complètement tordue de notre société.

On sort de la lecture de ce livre broyé, détruit, défait.

C’est bien simple, à côté de ce récit hallucinant, Orange Mécanique d’Anthony Burgess et de Stanley Kubrick est une comédie musicale.

 

APOCALYPSE NOW

 

« Indigence intellectuelle et morale au milieu de l’indigence architecturale et culturelle : il n’y a pas de mot pour décrire l’effroyable vide que la société a laissé se creuser en son sein, et qui menace de l’aspirer toute entière », lit-on en quatrième de couverture.

Cette phrase résume parfaitement le livre de Sportès. C’est une plongée vertigineuse au cœur de la laideur.

Laideur d’une société qui met la richesse au sommet de sa pyramide morale, et qui tue l’art à coups de divertissements puérils.

 

 

Pencher du même bord

- 9 juillet 2012

Cette semaine, je vous ai parlé à quelques reprises des reportages que Pierre Duchesne, la nouvelle recrue du PQ, a réalisés sur la crise étudiante pour Radio-Canada.

Je vous ai dit à quel point ces interventions m’apparaissaient biaisées.

 

LA FAUTE À CHAREST

 

À sa décharge, il faut dire que Duchesne n’était pas le seul journaliste ou le seul animateur de Radio-Canada à boire religieusement les paroles des leaders étudiants pendant le conflit. Plusieurs de ses confrères et de ses consœurs ont eux aussi fait preuve d’une très grande complaisance envers le mouvement étudiant.

À les entendre, il n’y avait qu’un grand responsable à la crise qui a perturbé le Québec ce printemps : Jean Charest.

Il y avait de la casse ? C’était la faute à Charest. La crise ne se résolvait pas ? C’était la faute à Charest. Le bordel régnait sur les campus ? C’était la faute à Charest.

Les associations étudiantes, les militants d’extrême gauche et les syndicats n’avaient rien à se reprocher. Tout était de la faute du gouvernement provincial.

Enfin, c’est ce qu’on finissait par croire lorsqu’on regardait ou écoutait Radio-Canada.

 

FEU L’OBJECTIVITÉ

 

Vous me direz que je suis mal placé pour parler. Après tout, Le Journal de Montréal et Le Journal de Québec ont été extrêmement critiques envers le mouvement étudiant.

Éric Duhaime, Joseph Facal, J. Jacques Samson, Michel Hébert, Nathalie Elgrably-Lévy, Christian Dufour, Benoît Aubin et moi sommes loin d’être des monuments d’objectivité.

Nous avons tous penché du même bord lors du conflit, c’est-à-dire : à droite.

Vrai.

Mais vous oubliez deux choses. Un, nous ne sommes pas des journalistes, mais des chroniqueurs payés pour émettre des OPINIONS 100 % subjectives, et revendiquées comme telles.

Et deux, Le Journal de Montréal et Le Journal de Québec sont des entreprises privées. Ils n’ont pas le mandat de refléter l’opinion de TOUS les Québécois, mais celle de leurs lecteurs.

Comme Le Figaro, Le Monde ou Libération en France, qui défendent des idéologies très « nichées ».

Nous offrons un point de vue.

Vous l’achetez ou pas, selon qu’il vous intéresse ou non.

 

HORS MANDAT

 

Or, ce n’est pas le cas à Radio-Canada.

Cet organisme public (qui reçoit 1,1 milliard de dollars de subvention chaque année) a été créé pour deux raisons principales.

Un, défendre l’unité canadienne (par une couverture mur à mur des visites royales, par exemple, ou — plus insidieux — la diffusion de bulletins météo qui nous informent sur la température qui règne à Régina ou à Halifax, alors que nous n’en avons strictement rien à foutre).

Et deux, représenter la DIVERSITÉ du pays.

Or, elle est où, la diversité politique et idéologique à Radio-Canada ?

On a l’impression que tous les chroniqueurs, analystes et journalistes proviennent du même moule !

Pourtant, ce sont tous les contribuables qui font vivre Radio-Canada, pas seulement les citoyens qui penchent — et pensent — à gauche. La droite devrait aussi être représentée sur les ondes de la télé publique canadienne.

 

RADIO-PROPAGANDE ?

 

Cette absence de diversité était particulièrement frappante pendant la crise étudiante. Parfois, on se demandait si on écoutait bel et bien la télé publique ou un organisme de propagande syndicale !

Comme si les bonzes de Radio-Canada avaient oublié le mandat de l’institution qu’ils dirigent.

 

 

Vivement un code d’éthique!

- 9 juillet 2012

L’autre jour, je parlais de la couverture incroyablement biaisée de la crise étudiante par Pierre Duchesne, à l’époque où il travaillait à Radio-Canada tout en faisant les yeux doux au PQ.

« Monsieur Duchesne était journaliste dans une institution publique. N’était-il pas tenu à respecter une certaine objectivité? », écrivais-je.

Ça m’a valu ce message d’un lecteur :

« À quand un code d’éthique pour les journalistes politiques des chaînes publiques qui les obligerait à un minimum décent d’absence des ondes avant de prendre officiellement parti pour l’un ou l’autre des acteurs politiques qu’ils ont “couverts” assidument?

« Si on le fait pour les politiciens qui quittent leurs fonctions et doivent s’abstenir d’activités qui les mettent en contact avec le gouvernement pendant un certain temps, l’inverse ne devrait-il pas être vrai ? »

 

 

Les orphelins

- 9 juillet 2012

La campagne électorale débutera dans quelques semaines.

J’espère qu’elle sera fertile en événements, car si je me fie aux gens que je rencontre et aux courriels que je lis, si ça continue comme ça, on risque de se retrouver avec un taux de participation étonnamment bas aux prochaines élections.

 

CORRUPTION ET CARRÉ ROUGE

 

Beaucoup de lecteurs et amis m’ont avoué ces derniers jours ne pas savoir pour qui voter. Ils se sentent orphelins.

Le PLQ ? Trop longtemps au pouvoir, trop d’allégations de corruption, trop de rumeurs de conflits d’intérêt, méfiance, fatigue, lassitude.

Sans oublier la trop grande proximité entre Jean Charest et l’empire Desmarais.

Le PQ ? Trop près des syndicats et des associations étudiantes, trop à gauche, une chef inconsistante qui change souvent d’idées (brandissant le rapport Duchesneau puis attaquant la crédibilité de son auteur, appuyant tour à tour le dégel, le gel puis l’indexation des frais étudiants), un parti marchant sur des œufs et incapable de trancher (Pauline Marois s’engage à organiser des états généraux sur le financement des universités, un sujet qui a été maintes fois analysé).

Sans oublier le carré rouge et l’épisode des casseroles.

On peut comprendre qu’un simple citoyen tape sur des chaudrons pour se faire entendre : il n’a pas d’autres voix. Mais la chef de l’opposition peut confronter le Premier ministre en Chambre — que fait-elle à manifester dans la rue comme si elle était un quidam comme tout le monde ?

Tout cela sent l’opportunisme de bas étage.

 

UNE OFFRE PEU ALLÉCHANTE

 

Quant à la CAQ, plusieurs personnes m’ont confié ne plus rien comprendre à ce parti, qui accueille à la fois des souverainistes de gauche et des fédéralistes de droite, et qui semble être partout et nulle part à la fois.

« Ça ressemble plus à un gadget qu’à un véritable parti politique », m’a confié un ami. « Une version 2.0 du PLQ plutôt qu’une véritable troisième voie », m’a dit un autre.

L’ADQ ne s’est pas seulement fait avaler par la CAQ : la formation de François Legault l’a digérée et a actionné la chasse d’eau.

Il reste finalement Québec Solidaire, un parti d’extrême gauche déguisé en parti de gauche, qui flirte avec des groupes radicaux.

Bref, l’offre électorale n’est pas très alléchante.

L’électeur moyen se retrouve comme le cinéphile qui doit choisir entre Ironman 3, Thor 2, un concert filmé de Justin Bieber et Bugs Bunny en 3D.

 

 

La France se réveille

- 9 juillet 2012

Le 3 juillet dernier, Jean-Marc Ayrault, le nouveau Premier ministre français, s’est adressé à ses concitoyens pour la première fois.

Et qu’a dit le Premier ministre socialiste ?

Il a appelé le peuple à se mobiliser contre… la dette !

 

LES CHIFFRES PARLENT

 

Comme l’a écrit le journal Le Monde dans son éditorial :

« Le discours du nouveau Premier ministre marque la fin de la pensée magique qui prévalait jusqu’à présent. Le “tout est possible”, scandé peu ou prou par tous ses devanciers n’est plus possible, plus crédible. Chacun l’a compris, lui le premier.

« Rarement gouvernement ne s’est retrouvé à ce point sous la contrainte de la crise, enfermé dans l’étau de la dette publique, tenu par ses engagements européens, privé de marges de manœuvre.

« Monsieur Ayrault a écarté les mots qui fâchent – “rigueur”, “austérité”. Il n’en a pas évité la réalité, impitoyablement tracée par la Cour des comptes la veille et qu’il entend assumer. De même, si le Premier ministre a évité de dévoiler le détail des réductions de dépenses publiques auxquelles il sera contraint, chacun sait, et lui le premier, qu’il ne pourra différer bien longtemps ce moment de vérité.

« Un mot-clé a d’ailleurs presque disparu du vocabulaire de monsieur Ayrault : le “rêve français”, si cher à François Hollande. L’heure n’est plus aux illusions lyriques. Mais à l’”effort”… »

 

IZNOGOUD

 

En d’autres mots : qu’importe si le gouvernement qui prend le pouvoir soit de gauche ou de droite, quand ton pays est dans le trou, tu n’as plus les moyens de rêver à voix haute. Tu dois regarder la réalité en face et prendre les moyens nécessaires pour remettre ton pays sur les rails.

François Hollande a beau avoir invité les Français à « faire les choses autrement » pendant la campagne, maintenant qu’il est calife à la place du calife, il va faire comme son prédécesseur a fait : il va regarder les chiffres, il va prendre une grande respiration et il va inviter ses compatriotes à se serrer la ceinture.

Les rêves et la pensée magique, c’est quand tu es en période de croissance. Quand tu es en période de décroissance, comme c’est le cas un peu partout, tu ne peux plus te permettre de rêver (genre : la gratuité scolaire pour tout le monde, du berceau au tombeau !).

Tu dois être réaliste. C’est-à-dire : gérer tes dépenses non en fonction de ce que tu VOUDRAIS faire dans le meilleur des mondes, mais de ce que tu PEUX faire dans ce monde-ci.

 

PENDANT CE TEMPS, AU QUÉBEC…

 

Difficile de ne pas penser à Pauline Marois en écoutant le discours du Premier ministre français.

Comme François Hollande, la chef du PQ promet mers et mondes actuellement. Mais attendez de voir ce qu’elle va faire si jamais elle prend le pouvoir à la rentrée.

Pourquoi pensez-vous qu’elle a enlevé son carré rouge ? Elle prépare son entrée au pouvoir. Elle sait qu’une fois assis dans la chaise du PM, elle devra mettre ses rêves aux poubelles et adopter un discours réaliste.

Ce qui veut dire : terminé, le bruit des casseroles ! Écoutons maintenant le doux son des tiroirs-caisses, qui nous rappellent à l’ordre.

Et qui sonnent la fin de la récréation.