Je sais que l’été, on est censé lire des romans légers — des polars, des sagas historiques ou des best-sellers écrits avec de très gros crayons.
Or, ces derniers jours, j’ai fait tout le contraire.
Je viens de terminer la lecture du livre le plus déprimant, le plus morbide et le plus cauchemardesque de toute ma vie.
UN LONG CALVAIRE
Ce roman (Tout, tout de suite, de Morgan Sportès, publié chez Fayard) s’inspire d’un fait divers horrible qui a bouleversé la France en 2006.
Croyant dur comme fer que tous les Juifs sont riches à craquer, une bande de jeunes paumés (la majorité, musulmans) ont enlevé un Juif de 23 ans afin de demander une rançon à son père.
Manque de pot : le jeune en question (qui travaillait dans une boutique spécialisée dans la vente de téléphones cellulaires) venait d’une famille plus que modeste.
Pendant 24 jours, ces voyous ont humilié et torturé leur otage. Ils l’ont déshabillé, l’ont gardé attaché dans une cave froide et humide, l’ont battu, lacéré et brûlé sur 90 % de son corps.
Véritable plaie vivante, incapable même de parler tellement il souffrait, le jeune homme a finalement succombé à ses blessures.
Comme Truman Capote a fait avec In Cold Blood, le livre qui a révolutionné la littérature américaine, Morgan Sportès a enquêté pendant plus de deux ans sur ce fait divers avant de prendre la plume. Il a visité les lieux où s’est déroulé ce drame, s’est entretenu avec les témoins, a rencontré certains protagonistes…
Le portrait qu’il nous brosse de notre époque à travers cette histoire d’une infinie tristesse est absolument terrifiant.
LES INVASIONS BARBARES
Les paumés qui hantent le livre de Sportès sont de véritables zombies.
Incultes, obsédés par l’argent, passant leur journée à fumer du pot, à écouter du gangsta rap et à jouer à des jeux vidéo hyper violents, ces jeunes désœuvrés sont incapables de ressentir la moindre émotion.
Vivant dans des zones minables remplies de Quick Burger, de HLM sentant l’urine et de cybercafés éclairés au néon, abandonnés par des parents désarmés et scotchés à leur télé, ces délinquants (qui ne peuvent faire la différence entre la réalité et la fiction, et qui émaillent leurs conversations vulgaires de noms de marques : Puma, Converse, Nike, Rolex, Lacoste) sont des caricatures grossières de la société de consommation.
Enfants du non-respect et de la non-éducation, nourris à la graisse et à la porno, ces déchets de la culture insta-sexe et insta-cash nous renvoient une image complètement tordue de notre société.
On sort de la lecture de ce livre broyé, détruit, défait.
C’est bien simple, à côté de ce récit hallucinant, Orange Mécanique d’Anthony Burgess et de Stanley Kubrick est une comédie musicale.
APOCALYPSE NOW
« Indigence intellectuelle et morale au milieu de l’indigence architecturale et culturelle : il n’y a pas de mot pour décrire l’effroyable vide que la société a laissé se creuser en son sein, et qui menace de l’aspirer toute entière », lit-on en quatrième de couverture.
Cette phrase résume parfaitement le livre de Sportès. C’est une plongée vertigineuse au cœur de la laideur.
Laideur d’une société qui met la richesse au sommet de sa pyramide morale, et qui tue l’art à coups de divertissements puérils.