Quand je fais de longues distances en auto, j’aime bien écouter (grâce à Internet, qui me permet de télécharger des émissions complètes sur mon téléphone cellulaire) France Culture, la radio publique française.
Une station qui diffuse de longues entrevues avec des intellectuels, ça ne court pas les rues. Même dans l’univers supposément « haut de gamme » de la radio publique (qui ressemble malheureusement de plus en plus à la radio privée).
DES ENNEMIS À ABATTRE
L’autre jour, donc, j’écoutais un débat mettant en vedette Jacques Julliard, l’historien et chroniqueur français. Julliard disait qu’il ne comprenait pas pourquoi les gens de gauche et les gens de droite essayaient toujours de diaboliser et de stigmatiser le camp adverse, de le détruire, de le neutraliser, de le mettre « hors d’état de nuire ».
« Ils dépeignent toujours les gens d’en face comme des ennemis à abattre, déplorait-il. Pourquoi ? Moi, dans mon conseil d’administration intérieure, les sociaux-démocrates règnent en majorité, mais il existe une minorité de droite — et une poignée d’anarchistes — à laquelle je tiens beaucoup. »
En écoutant Julliard, je ne pouvais m’empêcher de penser à Jean-François Lisée, qui s’apprêterait — c’est une question de jours — à faire le saut en politique.
(Lisée, qui peut se montrer hautain, embrassant des bébés dans des soupers spaghetti, je paierais une petite fortune pour voir ça.)
UNE GUERRE À FINIR
Il y a quelques mois, le chroniqueur de L’Actualité a publié un essai intitulé Comment mettre la droite K.-O. en 15 arguments.
Pourquoi K.-O. ? Pourquoi faudrait-il à tout prix mettre la droite au tapis ?
Même chose concernant le camp adverse : pourquoi faudrait-il démolir la gauche, la pulvériser ?
Comme je l’ai souvent dit, ça prend deux yeux pour voir en trois dimensions. Les gens qui n’ont qu’un œil ne réussissent pas à percevoir la profondeur, le relief.
Idem pour la pensée. Pourquoi faudrait-il qu’un seul camp impose ses lois et ses points de vue ?
Il me semble que dans toutes choses, le dialogue est préférable au monologue.
QUELLE GAUCHE ?
Personnellement, je me dis de droite. Mais sur plusieurs sujets (le mariage gai, l’avortement, la laïcité, l’aide à la culture, l’importance d’avoir un filet social, l’environnement), je suis plutôt de gauche.
Une personne qui ne se revendiquerait que d’un seul camp idéologique m’apparaîtrait dogmatique, incomplète.
Le titre de l’ouvrage de Lisée m’a d’autant plus surpris que son auteur (comme Tony Blair ou Olivier Ferrand, le député socialiste français mort tragiquement d’une crise cardiaque à 42 ans le 30 juin dernier) se revendique de la « gauche efficace » — c’est-à-dire une gauche « réaliste » qui, tout comme la droite, croit à la création de la richesse, à lutte contre la dette et à l’importance de la compétitivité.
Quelle gauche Lisée va-t-il défendre, au sein du PQ, s’il est élu aux prochaines élections ? Une gauche qui s’inspire de certaines valeurs défendues traditionnellement par la droite, ou une gauche qui veut mettre la droite K.-O. ?
Je pose la question au principal intéressé. En espérant qu’il me réponde.
Car même si je ne couche pas à gauche comme Jean-François Lisée, j’ai toujours plaisir à débattre avec lui.
Et je ne veux pas qu’il disparaisse du paysage politique québécois.