Archives pour 11 juillet 2012

Pourquoi K.-O.?

- 11 juillet 2012

Quand je fais de longues distances en auto, j’aime bien écouter (grâce à Internet, qui me permet de télécharger des émissions complètes sur mon téléphone cellulaire) France Culture, la radio publique française.

Une station qui diffuse de longues entrevues avec des intellectuels, ça ne court pas les rues. Même dans l’univers supposément « haut de gamme » de la radio publique (qui ressemble malheureusement de plus en plus à la radio privée).

 

DES ENNEMIS À ABATTRE

 

L’autre jour, donc, j’écoutais un débat mettant en vedette Jacques Julliard, l’historien et chroniqueur français. Julliard disait qu’il ne comprenait pas pourquoi les gens de gauche et les gens de droite essayaient toujours de diaboliser et de stigmatiser le camp adverse, de le détruire, de le neutraliser, de le mettre « hors d’état de nuire ».

« Ils dépeignent toujours les gens d’en face comme des ennemis à abattre, déplorait-il. Pourquoi ? Moi, dans mon conseil d’administration intérieure, les sociaux-démocrates règnent en majorité, mais il existe une minorité de droite — et une poignée d’anarchistes — à laquelle je tiens beaucoup. »

En écoutant Julliard, je ne pouvais m’empêcher de penser à Jean-François Lisée, qui s’apprêterait — c’est une question de jours — à faire le saut en politique.

(Lisée, qui peut se montrer hautain, embrassant des bébés dans des soupers spaghetti, je paierais une petite fortune pour voir ça.)

 

UNE GUERRE À FINIR

 

Il y a quelques mois, le chroniqueur de L’Actualité a publié un essai intitulé Comment mettre la droite K.-O. en 15 arguments.

Pourquoi K.-O. ? Pourquoi faudrait-il à tout prix mettre la droite au tapis ?

Même chose concernant le camp adverse : pourquoi faudrait-il démolir la gauche, la pulvériser ?

Comme je l’ai souvent dit, ça prend deux yeux pour voir en trois dimensions. Les gens qui n’ont qu’un œil ne réussissent pas à percevoir la profondeur, le relief.

Idem pour la pensée. Pourquoi faudrait-il qu’un seul camp impose ses lois et ses points de vue ?

Il me semble que dans toutes choses, le dialogue est préférable au monologue.

 

QUELLE GAUCHE ?

 

Personnellement, je me dis de droite. Mais sur plusieurs sujets (le mariage gai, l’avortement, la laïcité, l’aide à la culture, l’importance d’avoir un filet social, l’environnement), je suis plutôt de gauche.

Une personne qui ne se revendiquerait que d’un seul camp idéologique m’apparaîtrait dogmatique, incomplète.

Le titre de l’ouvrage de Lisée m’a d’autant plus surpris que son auteur (comme Tony Blair ou Olivier Ferrand, le député socialiste français mort tragiquement d’une crise cardiaque à 42 ans le 30 juin dernier) se revendique de la « gauche efficace » — c’est-à-dire une gauche « réaliste » qui, tout comme la droite, croit à la création de la richesse, à lutte contre la dette et à l’importance de la compétitivité.

Quelle gauche Lisée va-t-il défendre, au sein du PQ, s’il est élu aux prochaines élections ? Une gauche qui s’inspire de certaines valeurs défendues traditionnellement par la droite, ou une gauche qui veut mettre la droite K.-O. ?

Je pose la question au principal intéressé. En espérant qu’il me réponde.

Car même si je ne couche pas à gauche comme Jean-François Lisée, j’ai toujours plaisir à débattre avec lui.

Et je ne veux pas qu’il disparaisse du paysage politique québécois.

 

 

Pour quelques centimètres de peau

- 11 juillet 2012

La circoncision est-elle une mutilation génitale au même titre que l’excision ?

C’est la question que tout le monde se pose en Europe depuis qu’un tribunal allemand a affirmé il y a deux semaines que « la circoncision est une atteinte corporelle irréparable » et qu’elle est « contraire à l’intérêt de l’enfant, qui doit décider plus tard de son appartenance religieuse ».

 

UN JUGEMENT ANTISÉMITE ?

 

Preuve qu’on ne badine pas avec le prépuce : pour le philosophe français Alain Finkielkraut, l’interdiction de la circoncision est un acte antisémite, ni plus ni moins. On ne peut plus dire « À bas les juifs ! », alors on dit « À bas la circoncision ». Une façon détournée et « politiquement correcte » d’exprimer son racisme et d’ostraciser une communauté…

« Les antisémites de l’Allemagne nazie haïssaient les juifs circoncis, et voici que l’Allemagne humaniste, au nom des bons sentiments, remet à son tour la circoncision à l’index », a-t-il dit.

Le philosophe voit-il du racisme où il n’y en a pas ?

Après tout, il n’y a pas que les juifs qui se font charcuter le dard : des musulmans et des catholiques aussi passent leurs fils sous le bistouri. Et puis, entre vous et moi, pourquoi ne pourrait-on pas ouvrir le débat ?

Il est parfaitement raisonnable de s’interroger sur la circoncision. Enlever un morceau de zizi, ce n’est pas rien ! Surtout que cette opération n’a aucun fondement médical ou hygiénique. Il s’agit d’un rituel, qui vise à « purifier » symboliquement l’enfant.

 

RÉDUIRE LE PLAISIR

 

Vous me direz qu’on ne peut pas comparer l’excision du clitoris (qui vise à supprimer la jouissance féminine) à la circoncision, qui n’a jamais empêché un homme de cogner à la porte du paradis.

Vrai. Reste que ce rituel n’est pas sans effet secondaire.

En effet, selon les militants anti-circoncision, cette opération rendrait le pénis moins sensible.

Comme l’a écrit le juriste Sami Aldeeb, qui lutte contre cette pratique qu’il juge barbare et archaïque : « Des auteurs 
juifs classiques comme Philon ainsi que le chrétien
 Thomas d’Aquin et des auteurs musulmans affirment que
 le but de la circoncision est bel et bien de réduire le plaisir sexuel.

« Des hommes circoncis
 aux États-Unis et en Europe recourent actuellement à la restauration
 du prépuce pour avoir plus de plaisir sexuel… »

 

EN COL ROULÉ

 

Je fais partie de ceux qui sont passés sous le scalpel peu de temps après leur naissance pour des raisons « hygiéniques ».

« C’est plus propre et c’est plus facile à laver », disait-on. La même mentalité qui a poussé des milliers de Canadiens français à se faire enlever les dents à 16 ans pour se faire poser un « beau dentier en plastique »… (« Tu l’enlèves le soir et tu le mets dans un verre, c’est tellement plus pratique… »)

Ça fait 51 ans que je roule en décapotable. N’ayant jamais porté la cagoule, je ne pourrais vous dire si je suis moins sensible.

Mais si on m’avait demandé mon opinion, pas sûr que j’aurais laissé un objet tranchant s’approcher de mon tendre organe.

Je crois que j’en n’aurais pas vu l’utilité.

Et je n’aurais pas eu les couilles.