Oui, monsieur le juge, je l’avoue, j’ai tué ma femme et mon enfant.
Mais vous le savez, ce n’est pas ma faute, je n’étais pas moi-même, ma femme m’a quitté avec mon meilleur ami et j’ai perdu la carte.
Et puis ces derniers mois, j’avais des problèmes au bureau, mon médecin va vous le dire, j’ai dû arrêter le travail à cause d’un burn out et ma séparation était la goutte d’eau qui a fait déborder le vase.
Oui, votre honneur, j’ai tué mes deux adolescentes, mais vous le savez, ce n’est pas ma faute, dans le pays d’où je viens, l’honneur est une valeur extrêmement importante, et mes filles ne respectaient plus rien, elles couchaient à gauche et à droite, ma femme était sens dessus dessous.
J’ai bien essayé de les ramener à l’ordre, mais elles ne voulaient rien savoir, elles me narguaient devant mes amis.
Je viens tout juste d’arriver, je ne savais pas qu’ici, c’était différent.
UNE DETTE MORALE
Oui, monsieur le juge, j’ai fraudé le système, mais ce n’est pas ma faute, tout le monde le fait, si tu n’entres pas dans la machine, tu n’as plus de contrat.
J’ai une famille à faire vivre et 45 employés sous mes ordres, je ne pouvais pas les laisser tomber, j’avais une dette morale envers eux, de plus, mon père a fondé cette entreprise il y a 20 ans, si je n’avais pas marché dans la combine, j’aurais été obligé de mettre la clé dans la porte, ça m’aurait fait trop mal au cœur. Alors j’ai dit oui…
Oui, madame la juge, j’ai frappé cette jeune fille, mais ce n’est pas ma faute, c’est à cause de la chaussée, le virage est mal indiqué, une branche cachait le stop, la lumière était brûlée, mon pneu a éclaté, le mécanicien qui a fait l’entretien de mon véhicule a mal fait son boulot, il était tard, j’étais fatigué, la visibilité était nulle, quelqu’un a mis de la drogue dans mon verre…
C’EST MON DÛ
Oui, monsieur le juge, j’ai accepté une enveloppe, mais que voulez-vous, ça coûte cher de financer une campagne électorale, et les gens ne donnent plus comme avant aux partis politiques, de plus, je ne connaissais pas cet individu, je ne savais pas qu’il avait un dossier, je ne peux tout de même pas demander à toutes les personnes qui décident de me donner de l’argent parce qu’ils partagent mes idées de me montrer leur cv, c’est un entrepreneur respecté dans sa communauté…
Oui, monsieur le journaliste, j’ai empoché quatre millions de dollars quand j’ai quitté l’entreprise que j’ai acculée à la faillite par mes malversations et ma mauvaise gestion, mais j’y ai droit, c’est mon dû, si c’est légal, c’est moral, je n’éprouve aucune honte ni aucune gêne, vous auriez fait la même chose…
LES EXCUSES
Oui, papa, j’ai battu Charles dans la cour d’école, mais ce n’est pas ma faute, on m’a entrainé, si tu ne fais pas comme les autres c’est toi qui y passe, et il n’aide pas sa cause, toujours en train de lever la main, un vrai têteux de prof avec ses airs guindés…
Oui, mais. Pas ma faute. Les autres. Savais pas.
Je peux y aller, maintenant ?