Archives pour 7 janvier 2013

Le mystère Jean Charest

- 7 janvier 2013

Chaque année, la journaliste Barbara Walters consacre une émission spéciale aux « personnalités les plus intrigantes de l’année ».

Si je reprenais son idée, ma personnalité la plus intrigante, la plus mystérieuse et la plus énigmatique de 2012 serait sans contredit Jean Charest.

 

UNE OFFRE HONORABLE

 

Si Jean Charest a perdu (de peu) les dernières élections, ce n’est pas tant à cause des allégations de corruption et de conflit d’intérêt qui entachaient son gouvernement, qu’à cause de la crise étudiante et de l’adoption de la loi 78.

Or, ironiquement, c’est sur ces deux dossiers que l’ex-premier ministre avait le moins de choses à se reprocher!

Comme l’a démontré le fiscaliste Luc Godbout, un spécialiste respecté qui ne penche ni d’un bord ni de l’autre, l’offre du gouvernement (une hausse revue à la baisse, plus une bonification du système de prêts et bourses) était généreuse. Elle aidait bel et bien les étudiants défavorisés et ceux issus de la classe moyenne.

Comme plusieurs manifestants le demandaient, on faisait payer davantage les riches pour aider les plus pauvres.

Quant à la loi 78, elle allait beaucoup moins loin que la plupart des règlements municipaux déjà en vigueur dans les plus grandes villes du monde.

Il ne s’agissait pas, comme l’ont répété à tort les joueurs de casseroles, d’empêcher les étudiants de manifester, mais de connaître leur parcours pour empêcher les dérapages — ce qui (à moins d’être un casseur masqué du Black Bloc) tombait sous le sens.

 

CACHÉ DERRIÈRE SES MINISTRES

 

Bref, lorsqu’on mettait l’émotion de côté et usait un peu de sa raison (denrée rare à cette époque d’hystérie collective et de pétage de coche généralisé), on se rendait compte que, sur ces dossiers, Jean Charest n’avait pas à rougir.

L’ex-premier ministre aurait pu s’adresser à la population, et expliquer clairement et calmement l’offre présentée par son gouvernement et les raisons qui l’avaient amené à adopter la loi 78. Il aurait eu l’appui de la population — surtout qu’en dehors du 514, on regardait Montréal comme on regarde un mononcle qui, après une soirée trop arrosée, monte sur la table et baisse ses culottes devant les convives.

Mais il ne l’a pas fait. Il a préféré se cacher derrière ses ministres et laisser les chroniqueurs et éditorialistes faire la job à sa place.

Pourquoi? Fouillez-moi.

Comme disait Churchill à propos de la Russie, cet homme est un mystère enveloppé dans une énigme.

S’il avait regardé les électeurs dans les yeux et expliqué sa position, Jean Charest aurait peut-être remporté ses élections.

Bref, l’ex-premier ministre n’a que lui à blâmer s’il a mordu la poussière…

 

 

 

Le « péril » gai (extrait)

- 7 janvier 2013

Mon texte de samedi sur les Français et le mariage gai (voir l’entrée précédente de ce blogue) m’a valu un grand nombre de courriels de la part de lecteurs français.

« En général, j’aime beaucoup vos textes, disent-ils, mais sur le mariage gai, vous êtes dans le champ. Nous avons de très bonnes raisons d’être contre l’élargissement de la notion de mariage aux conjoints de même sexe. »

 

SODOME ET GOMORRHE

 

Plusieurs de ces lecteurs se disent croyants et me citent la Bible.

Désolé, mais dès le départ, le débat est impossible. En effet, pour vous, la Bible est un livre sacré qui révèle la parole de Dieu alors que pour moi, c’est une fable.

Aligner ses principes de vie sur ce qui est écrit dans la Bible, pour moi, c’est comme aligner sa vie sur ce qui est écrit dans Le Hobbit ou dans Games of Thrones.

Et puis, quand vous parlez de la Bible, de quel livre parlez-vous ? L’Ancien Testament qui pulvérise Sodome car on y pratique le sexe anal, ou le Nouveau qui affirme qu’il faut accepter tout le monde et ne juger personne ?

(Et en passant, que faites-vous des nombreux hétéros qui pratiquent le sexe anal ? Méritent-ils aussi d’être jeté aux enfers ou ont-ils droit à votre clémence ?)

 

Texte au complet sur le site du Journal de Montréal


 

Mais de quoi les Français ont-ils peur?

- 7 janvier 2013

Depuis quelques mois, un débat déchire nos cousins français.

Sur quoi porte-t-il ? Les mesures d’austérité à adopter pour échapper à la décote ? La faillite du système scolaire ? L’identité nationale ?

Non : le mariage gai. Ou plutôt, l’élargissement de la définition du concept du mariage, pour intégrer les unions entre conjoints de même sexe.

 

CIEL, MON MARIAGE !

 

Preuve qu’on ne badine pas avec l’institution du mariage au royaume de la séduction et de l’infidélité : plusieurs manifestations ont été organisées pour obliger le gouvernement Hollande à faire marche arrière et à ne plus permettre le mariage entre homosexuels.

Le 17 novembre, les « anti » ont mobilisé plus de 100 000 personnes à Paris, Marseille, Lyon, Toulouse, Nantes et Rennes. Et le lendemain, l’Institut catholique Civitas a mobilisé 9 000 manifestants à Paris.

Prochaine manif des « contre » : le dimanche 13 janvier. Cette fois, ce ne sont pas des grenouilles de bénitier ni des extrémistes cathos qui ont convié les Français à se rassembler pour défendre « l’intégrité de l’institution du mariage », mais… l’UMP, l’ancien parti de Nicolas Sarkozy !

Dans son message de vœux, le 31 décembre dernier, Jean-François Copé, chef de l’UMP, a déclaré que l’année 2013 sera celle « du début de la reconquête » grâce, entre autres, « à la manifestation nationale du 13 janvier contre le mariage et l’adoption pour les couples de même sexe » !

 

UNE SOCIÉTÉ COUPÉE EN DEUX

 

À lire les journaux et les hebdos français, on a l’impression que la République est menacée ! Tout ça simplement parce que deux hommes ou deux femmes pourraient se vouer fidélité jusqu’à la mort devant Dieu et devant les hommes ?

Je savais que les Français étaient attachés à leurs traditions (dont le sacro-saint souper dominical en famille, avec salade et poulet rôti), mais je ne les savais pas si à cheval sur les principes.

Qui sait ? À force de voir la laïcité républicaine reculer devant les frondes de l’Islam, et la cohésion nationale s’effriter à la vitesse grand V sous les vagues d’une immigration massive, le Français moyen trouve peut-être que cette nouvelle réforme est la goutte qui fait déborder le vase.

Toujours est-il que là-bas, le débat fait rage et divise la société en deux.

 

BIENVENUE DANS LE CLUB !

 

Personnellement, je ne vois pas où est le problème.

Le fait que deux hommes puissent se marier n’enlève rien à la valeur de mon mariage.

Et puis, partout à travers le monde, le mariage pique du nez. Les traditionnalistes ne devraient-ils pas au contraire se réjouir qu’une minorité vienne à la rescousse d’une institution qui agonise ?

Et pourquoi seulement les hétéros connaîtraient les affres du divorce ? Les gais veulent participer eux aussi à l’engorgement des tribunaux et à l’enrichissement des avocats ? Ils veulent eux aussi se battre pour obtenir la garde de leurs enfants ?

Join the club ! Vous allez voir : plus il y a de fous, plus on rit !

 

PLUS IMPORTANT

 

Moi, si j’étais Français, je m’inquièterais beaucoup plus de la dette de mon pays que du fait qu’on pourra bientôt mettre deux figurines masculines sur les gâteaux de noces…