Chaque année, la journaliste Barbara Walters consacre une émission spéciale aux « personnalités les plus intrigantes de l’année ».
Si je reprenais son idée, ma personnalité la plus intrigante, la plus mystérieuse et la plus énigmatique de 2012 serait sans contredit Jean Charest.
UNE OFFRE HONORABLE
Si Jean Charest a perdu (de peu) les dernières élections, ce n’est pas tant à cause des allégations de corruption et de conflit d’intérêt qui entachaient son gouvernement, qu’à cause de la crise étudiante et de l’adoption de la loi 78.
Or, ironiquement, c’est sur ces deux dossiers que l’ex-premier ministre avait le moins de choses à se reprocher!
Comme l’a démontré le fiscaliste Luc Godbout, un spécialiste respecté qui ne penche ni d’un bord ni de l’autre, l’offre du gouvernement (une hausse revue à la baisse, plus une bonification du système de prêts et bourses) était généreuse. Elle aidait bel et bien les étudiants défavorisés et ceux issus de la classe moyenne.
Comme plusieurs manifestants le demandaient, on faisait payer davantage les riches pour aider les plus pauvres.
Quant à la loi 78, elle allait beaucoup moins loin que la plupart des règlements municipaux déjà en vigueur dans les plus grandes villes du monde.
Il ne s’agissait pas, comme l’ont répété à tort les joueurs de casseroles, d’empêcher les étudiants de manifester, mais de connaître leur parcours pour empêcher les dérapages — ce qui (à moins d’être un casseur masqué du Black Bloc) tombait sous le sens.
CACHÉ DERRIÈRE SES MINISTRES
Bref, lorsqu’on mettait l’émotion de côté et usait un peu de sa raison (denrée rare à cette époque d’hystérie collective et de pétage de coche généralisé), on se rendait compte que, sur ces dossiers, Jean Charest n’avait pas à rougir.
L’ex-premier ministre aurait pu s’adresser à la population, et expliquer clairement et calmement l’offre présentée par son gouvernement et les raisons qui l’avaient amené à adopter la loi 78. Il aurait eu l’appui de la population — surtout qu’en dehors du 514, on regardait Montréal comme on regarde un mononcle qui, après une soirée trop arrosée, monte sur la table et baisse ses culottes devant les convives.
Mais il ne l’a pas fait. Il a préféré se cacher derrière ses ministres et laisser les chroniqueurs et éditorialistes faire la job à sa place.
Pourquoi? Fouillez-moi.
Comme disait Churchill à propos de la Russie, cet homme est un mystère enveloppé dans une énigme.
S’il avait regardé les électeurs dans les yeux et expliqué sa position, Jean Charest aurait peut-être remporté ses élections.
Bref, l’ex-premier ministre n’a que lui à blâmer s’il a mordu la poussière…