Parfums blancs de Provence

- 20 mai 2012

On invite la Provence au lac avec ses parfums de fleurs d’oranger, de citron confit, de meringue et de craie blanche. Texture qui balance entre un côté huileux et une tension apportée par une vivifiante acidité. Longue finale parfumée avec impression amer. Un astucieux mélange de clairette (80%) complété par le grenache blanc (10%), l’ugni blanc, le bourboulenc et le muscat blanc (qui, même avec seulement 2%, accentue probablement ce côté floral). À l’aveugle, on pense au Rhône. Elle est belle la vie!

17/20

Le 2009 est présentement disponible à la SAQ. Un vin remarquable qui se montre souvent meilleur après 5 ou 6 ans de cave. Un peu cher si on compare aux prix en France (habituellement, un peu moins de 30 euros) mais qui vaut son pesant d’or!

Château Simone blanc Palette grand cru 2008

Château Simone blanc 2008

Domaine de l’A, premier de classe

- 20 mai 2012

Dès lors qu’on pense à Stéphane Derenoncourt, consultant bordelais bien en vogue, nous vient l’idée d’un gars à la Michel Rolland : une approche moderne de la vinification donnant des bêtes à concours charnues, lissées qui plaisent aux Parker de la planète.

 

Deux rencontres plus tard avec lui, j’ai complètement changé mon fusil d’épaule.

 

Ce qui transpire d’abord chez Derenoncourt, c’est cette attention paisible du détail. On le sent interpellé par la vigne et le terroir dans sa façon de raconter son travail. Ses paroles sont réconfortantes. Il se décrit lui-même comme un autodidacte de la vigne – il n’est pas œnologue de formation. On reconnaît aussi cette sensibilité dans la manière dont il parle de ses vins. Une voix douce et posée, de l’intelligence et de la passion dans ses propos. Et surtout, surtout, cette humilité salutaire qui permet d’avoir avec lui une proximité naturelle pour qui veut comprendre un peu mieux le vin.

 

Il débute véritablement sa carrière chez Pavie-Maquin, le premier château en biodynamie du Libournais, selon lui. Il fait ensuite le saut comme « winemaker » dans l’écurie de Stephan von Neipperg. C’est à lui qu’on doit le renouveau de Canon-la-Gaffelière et l’ambitieux vin de garage La Mondotte. À la fin des années 1990, lorsqu’il a la chance d’acquérir 2 hectares idéalement situés sur les côtes de Castillon, il saute tête première.

 

Situé en hauteur, à l’Est et dans la continuité de Saint-Émilon, on y vendange le plus souvent après la célèbre appellation. Reconnue en 1989, la commune ne compte pas moins de 3 500 hectares. Les meilleures parcelles sont situées en coteaux sur des sols majoritairement calcaires alors qu’ils deviennent sablonneux dès lors qu’on descend vers la rivière.  « L’appellation n’a jamais vraiment trouvé son identité », déplore Derenoncourt. « On aurait pu adjoindre Saint-Émilion à Castillon mais les propriétaires n’en voulaient pas. » À partir de 2000, une pluie d’euros s’abat sur la région avec l’arrivée de noms célèbres qui vont pousser sur la valeur qualitative de la région. « On peut y faire de très bons vins, mais il faut travailler la vigne convenablement. Il y a beaucoup de laisser-aller, poursuit-il sur un ton résigné. La preuve c’est que la majorité des vins du Catillon sont déclassés en Bordeaux Supérieurs » .

 

À l’achat, en 1999, il récupère surtout des merlots d’une trentaine, voire quarantaine d’années. « L’ennui, c’est qu’à l’époque, on valorisait les clones qui produisaient beaucoup. Les rendements dépassaient facilement les 80 hectolitres à l’hectare et les fruits étaient de qualité plus que moyenne ». Il arrache et replante graduellement avec une attention particulière pour le cabernet franc, cépage dans lequel il croit beaucoup. Il prendra d’ailleurs une part toujours plus importante dans l’assemblage du vin. « C’est un cépage qui n’est pas très tendance. Il donne peu de couleur et quand il n’est pas à maturité, il apporte des tanins anguleux. Sauf qu’à bonne maturité, il devient un formidable allié du merlot. Il donne du corps, de la nervosité, de l’épice et des notes florales ». En moyenne, l’assemblage comprend entre 20% et 25% de cab franc mais il aimerait monter à 40%. Le reste est en merlot. Pas de cabernet-sauvignon et des rendements qui ne dépassent jamais les 30 hectolitres à l’hectare. Entièrement converti en biodynamie, il en fait une fierté qu’il ne crie pas pour autant sur les toits. « C’est ma vision de la vigne. C’est ma façon de travailler. Je n’ai pas besoin de m’en vanter et je me fous pas mal de ce que les gens peuvent en penser. Le vin est bon, c’est ce qui compte ».

 

La qualité d’un domaine passe par sa capacité à imprégner un style mais surtout, à être homogène millésime après millésime. Son Domaine de l’A m’a terriblement séduit. Classiques avec un petit côté poli et adaptés aux limites ou aux débordements du millésime, les vins sont toujours d’une justesse remarquable. Des boisés en sourdine laissant place à l’expression des sols et du fruit. « J’essaie de faire des vins de passion pour passionnés ».

 

Mission accomplie, Monsieur Derenoncourt!

Christine et Stéphane Derenoncourt

 

 

Domaine de l’A Côtes de Castillon 2009  (60,75$ – code SAQ 11654510)

Opulent avec le cabernet franc qui se fait bien sentir avec des nuances d’épices orientales, de cacao et de cerise grillée. Puissant, soyeux mais aussi serré par des tanins juvéniles. L’ensemble garde une fraîcheur et une élégance remarquables. Longue finale fougueuse marquée par une impression minérale. Potentiel indéniable. 17+/20

 

Domaine de l’A Côtes de Castillon 2008 (n.d.)

Un vin plus discret au boisé élégant et à l’arrière-plan floral. Bouche articulée, classique avec une onctuosité au niveau du fruité qui lui donne une impression sphérique. Longueur aromatique mais on a l’impression que la finale se referme un peu avec une sensation plus carrée. Un séjour en cave devrait arranger les choses. 16+/20

 

Domaine de l’A Côtes de Castillon 2007  (n.d.)

Plus immédiat mais superbement parfumé : gelée de cassis, iris avec un arrière-plan caillouteux. Souple, soyeux avec une concision indiscutable, on sent les limites du millésime. Très bon. 15,5/20

 

Domaine de l’A Côtes de Castillon 2006  (n.d.)

Léger bouchon. Pas net. Dommage car on sentait que le vin avait du fond. Pas noté.

 

Domaine de l’A Côtes de Castillon 2005  (n.d.)

Nez viril et caressant à la fois. Diablement épicé tout en évoquant des parfums légèrement secondaires de prune confite, de cola et de cuir. Bouche pleine, séduisante avec un velouté de trame encore bien structuré. Expansif, profond et d’une remarquable élégance. Belle bouteille de garde. 17,5+/20

 

Domaine de l’A Côtes de Castillon 2004  (n.d.)

Nez classique et de complexité enviable avec petit trait vert qui fait ressortir l’aspect épicé. Bouche élégante, fine, souple avec un côté fondu. Belle réussite qui entame son plateau d’évolution.16/20

 

Domaine de l’A Côtes de Castillon 2003  (n.d.)

Nez plus fatigué sur des notes confites, de tabac et d’épices chaudes. Bouche enveloppée au fruité juteux mais qui manque de nervosité. Masse tannique encore solide avec finale capiteuse. Un vin en retrait par rapports aux autres. 14,5/20

 

Domaine de l'A en verticale

La modération des prix aurait bien meilleur goût

- 17 mai 2012

D’abord, mettons une chose au clair : je ne suis pas en faveur de la privatisation des vins au Québec. Je suis d’accord avec le principe du monopole des vins et spiritueux.
Bien qu’il pourrait y avoir, selon moi, place à des aménagements avec le privé pour un certain nombre de produits; comme une sorte de Vin Dépôt pour les vins d’importation privée, par exemple.
Cela dit, ça n’empêche pas le fait que la modération des prix aurait bien meilleur goût.

Mettons une autre chose au clair : la comparaison des prix des vins à la SAQ avec le LCBO et ceux payés aux États-Unis que j’ai faite dans mon dernier article, sur ce blogue, était accessoire.

Le but n’était pas de montrer pour une énième fois que les vins sont moins chers en Ontario et aux États-Unis, ce que tout le monde sait de toute façon. Mais plutôt que si les Québécois paient plus cher pour leurs vins au Québec, ce n’est pas tant parce qu’ils sont prêts à payer plus cher, comme l’affirme la SAQ, mais bien, tout simplement parce qu’ils coûtent plus cher et que, de toute façon, on n’a guère le choix puisque des vins à petits prix, il y en a de moins en moins.

D’ailleurs, lorsqu’on fait une analyse un peu plus poussée des prix des vins les plus vendus au Québec, comme vous pourrez le lire dans ma chronique de samedi prochain dans le cahier CASA du Journal de Montréal, on constate que la majorité de ceux-ci sont situés dans une échelle de prix qui va de 8,95 $ à 15,00 $. Justement la catégorie que la SAQ est en train de réduire.

Ce que fait la SAQ, en fait, c’est qu’elle diminue l’offre des vins pas chers pour augmenter celle de ceux qui coûtent plus cher.
Et forcément, quand tu en proposes moins, tu finis par en vendre moins.

Vignerons indépendants

Autre point, non seulement la SAQ en propose de moins en moins de ces vins pas chers, mais en plus ceux qu’elle propose sont dans une très large majorité des vins de grandes cavaleries, comme on dit, c’est-à-dire des vins de grands groupes industriels.

SAQ Tablettes

L'offre des produits sous la barre des 15 $ est de moins en moins grande.

Oubliez les bons petits vins de vignerons indépendants, comme il en existe des milliers sur la Planète Vin, et comme la SAQ pourrait aussi nous en proposer à la douzaine. Ils sont en voie d’être complètement éliminés de l’offre de la SAQ.

Pourquoi ? Parce que la qualité d’un produit n’est pas le principal critère qui va déterminer sa présence ou non au répertoire général de la SAQ.

Le critère qui, en fin de compte, va faire pencher la balance, c’est le budget de promotion qu’on est prêt à mettre sur un vin.

Forcément à ce jeu, les petits vignerons indépendants n’ont aucune chance. D’où, dans cette fourchette de prix, la forte présence de vins de grands groupes viticiloles.

C’est qu’avec les budgets de promotion qui se chiffrent par plusieurs centaines de milliers de dollars, la SAQ empoche aux deux bouts de la chaîne. À la sortie, bien sûr, c’est-à-dire à la vente, compte tenu évidemment de sa marge bénéficiaire, mais aussi à la rentrée d’un produit à son répertoire général, car le gros du budget de promotion va lui aussi dans les coffres de la SAQ (vente de publicités dans ses circulaires ou ses publications comme Tchin-Tchin, vente d’ilots dédiés dans les magasins, etc.).

Mais même à cela, certains petits vignerons indépendants qui seraient d’accord pour consacrer des sommes plus importantes à la promotion de leurs produits se le font refuser, comme le rapporte Marc-André Gagnon sur son site Vin Québec  qui nous parle du cas du vigneron Michel Julien.

Un de ses vins, L’Opéra de Villerambert-Julien (12,95 $) sera bientôt retiré de la liste des produits courants, nous apprend-il, même si ce vin se vend très bien et même s’il a offert de faire encore plus de promotion.

Pourquoi ? Encore une fois, parce que la SAQ élimine en douce des vins moins chers pour les remplacer par des vins plus chers, tout en nous disant du même souffle que les Québécois sont prêts à payer davantage pour leur vin.

Encore une fois, quand l’offre diminue pour une catégorie de vins, les ventes diminuent aussi, inévitablement. Et inévitablement aussi, quand cette offre est remplacée par celle de produits qui, eux, coûtent plus cher, tu finis, malgré toi, par être « d’accord » pour payer tes vins plus cher.

Surveiller la SAQ ?

Que peut-on y faire ? Rien. La SAQ agit à sa guise et n’a de compte à rendre à personne, sauf au gouvernement.
Mais justement, ne serait-ce pas une bonne idée qu’il existe pour la SAQ l’équivalent de la Régie de l’énergie pour Hydro-Québec ?

La Régie de l’énergie se décrit elle-même comme « un organisme de régulation économique dont la mission consiste à assurer la conciliation entre l’intérêt public, la protection des consommateurs et un traitement équitable du transporteur d’électricité et des distributeurs ».

Changez les mots « transporteurs d’électricité » et « distributeurs » par les mots « vignerons » et « agences promotionnelles » et vous avez presque déjà une définition de ce que pourrait être cet organisme dont la mission serait la surveillance des pratiques commerciales de la SAQ.

Quand Hydro-Québec décide d’augmenter ses tarifs ou de modifier ses politiques, elle doit obtenir l’aval de la Régie de l’énergie.

Pourquoi pas l’équivalent, encore une fois, pour la SAQ ? Au moins, les groupes de défense des consommateurs pourraient faire connaître leurs points de vue, comme aussi les agences promotionnelles qui, protégées par la loi, ne craindraient pas les représailles du monopole, comme c’est le cas présentement, plusieurs d’entre elles préférant jouer un profil bas, en cas de divergences de vues, plutôt que de tenir leur bout et de se faire mettre subtilement sur une voie d’évitement dans le futur.

D’accord, l’électricité est un service essentiel. Mais dans un monde où la qualité de vie est aussi au coeur des préoccupations de nos sociétés, le vin est devenu un produit de civilisation incontournable, pour ne pas dire essentiel.

En attendant qu’un tel organisme voit le jour (on peut toujours rêver… ! ), on peut espérer que le fédéral passe enfin ce fameux projet de loi privé C-111 qui permettrait, en toute légalité, d’acheter du vin n’importe où au Canada pour sa consommation personnelle.
Ce serait déjà le début de l’ombre d’un peu de concurrence pour la SAQ.

Le vin de la semaine de Claude

- 16 mai 2012

Moroder 2008
ROSSO CONERO,
AZIENDA AGRICOLA MORODER ALESSANDRO
13,5 %, ITALIE
Très beau vin vineux, sur les cerises au marasquin, au boisé fondu qui lui apporte une toute petite note torréfiée, moyennement coMoroderrsé, j’avoue avoir eu un coup de foudre pour ce vin rond et charmeur. J’ai tout de suite aimé sa franchise, sa netteté et sa tenue. Rosso Conero est une appellation des Marches, une région située à peu près à la hauteur de la Toscane, mais sur l’Adriatique. Le cépage utilisé est le montepulciano. Avec l’osso buco, je prédis un mariage d’amour.
Type : vin rouge Code : 11155307
Prix : 17,25 $ Note : ***

Encore le prix des vins à la SAQ

- 10 mai 2012

J’avoue avoir quand même tiqué un peu quand j’ai lu que : « Les Québécois consomment de plus en plus des vins qualitatifs et de moins en moins de vins entre 9 $ et 12 $. Ils poussent de plus en plus la barre de 20 $, même en semaine », disait la SAQ.

La société d’État réagissait au reportage du collègue Jean-Luc Lavallée qui, dans l’édition du Journal de Montréal de dimanche dernier, révélait que le vin californien Ménage à Trois (18,95 $) était en première position des vins les plus vendus à la SAQ au cours de la dernière année.

Vrai qu’on paie de plus en plus cher pour acheter du vin. Mais ce n’est pas parce qu’on a le choix, c’est parce que les prix des vins à la SAQ augmentent sans cesse.
Pour la seule année 2011-2012, ceux-ci ont augmenté en moyenne de 3,06 %. Si on cumule les augmentations successives depuis 2007, on constate qu’ils ont progressé de 8,15 % en cinq ans.

D’ailleurs le Ménage à Trois, que je ne considère pas personnellement comme un « vin qualitatif » et qui est vendu 18,95 $ à la SAQ, coûte 17,95 $ en Ontario. Aux États-Unis, on le trouve généralement autour de 14 $, et souvent en spécial à moins de 10 $.
Et puis, le deuxième vin le plus vendu à la SAQ est le Merlot Grand Sud à 11,25 $. Suivi du Brouilly de Duboeuf il est vrai à 18,95 $ (mais à 16,95 en Ontario), puis du White Zinfandel de Gallo à 11,25 $ (8,95 $ en Ontario et régulièrement autour de 5 $ aux États-Unis).

Autrement dit, si le consommateur québécois pouvait faire ses achats en Ontario ou aux États-Unis, on constaterait vite que s’il paie plus cher pour ses vins, ce n’est pas parce qu’il est prêt à payer davantage, mais bien plutôt parce qu’ils sont tout simplement plus chers ici.

Si on ajoute à cela que les autres vins du Top 10 sont l’Apothic Red (16,25$), le Modello Masi (13,95$), et le Sauvignon Kim Crawford ( 20,05$), je ne vois pas personnellement de tendance lourde à payer plus cher pour avoir des vins plus qualitatifs (bien que, on s’entend, ce soit là des achats tout à fait respectables).

Maintenant, pour ce qui est des vins entre 9 $ et 12 $, s’il est vrai que les consommateurs en achètent moins, c’est tout simplement qu’il y en a de moins en moins à la SAQ. La SAQ qui, de toute façon, si on se fie à ce que certains agents promotionnels nous racontent, essaie de limiter plus ou moins explicitement l’introduction de produits dans cette gamme de prix.

Je remarque, par ailleurs, en tout cas c’est mon impression, que sur les opérations de vente ponctuelles de la SAQ, comme dans celle du dernier Courrier Vinicole avec les vins australiens, ou même sur les vins de la section Nouvel Arrivage du magazine Cellier, l’écart entre la qualité et les prix demandés se creuse de plus en plus fréquemment.

Difficile à justifier?

Cellier

Le magazine Cellier de l'été

J’ai déjà commenté sur ce blogue le rapport qualité-prix des vins australiens, mais en ce qui concerne les vins du Nouvel Arrivage de Cellier (le premier lot a été mis en vente aujourd’hui même), les bons rapports qualité-prix ne sont pas légion non plus (j’en ferai bientôt une sélection, d’ailleurs).

Il y a là des rosés vendus autour de 25 $ dont le prix me semble difficilement justifiable, en regard de la qualité, toujours.
Et puis, j’avoue avoir beaucoup de difficultés à comprendre qu’un petit chardonnay argentin comme on en trouve dans ce Nouvel Arrivage, qui est un vin correct mais sans plus, se vende aussi cher que, disons, le Bourgogne Chardonnay Jurassique de Jean-Marc Brocard ?

Surtout quand on sait que le prix d’un hectare de vigne en Bourgogne est d’environ 150,000 $, soit, grosso modo, dix fois le prix d’un hectare de vignes à Mendoza.
Sans parler du salaire minimum en France qui est de 12 $, soit plus de 4 fois le salaire minimum en Argentine.
Je reprends ma question : comment se justifie un tel prix ?

Et j’aurais pu ici vous tenir un discours semblable, toujours à propos des vins du Nouvel Arrivage de Cellier, sur des pinots noirs chiliens de Patagonie à 58 $ et 99,50 $, un Carmenère à 119 $ (un peu « bretté » en plus, quant à moi), et quelques autres chiliens à  111,00 $ et à 163,25 $ ? On prend les amateurs pour des débiles, ou quoi ?

Quand je pense que Denis Dubourdieu disait que faire un grand vin à Bordeaux (je répète, à Bordeaux, pas en Patagonie, et un grand vin je précise) coûtait 5 euros ! Bon, c’était il y a quelques années et peut-être était-il un peu chiche.

Mais l’École nationale des ingénieurs des travaux agricoles de France, dans un livre intitulé Références Vigne (Édition Lavoisier), a poussé l’exercice plus loin en établissant dans le détail les coûts de production de quatre crus de France.
Rapidement, le Dom Pérignon 2000 revenait à entre 17 et 22 euros ; Pétrus 2005 coûtait 30 euros et le Musigny Grand Cru 2006 de Georges Roumier 30 euros également.
Et on nous arrive avec un carmenère from nowhere du Chili à 119 $ ?

Cou’donc, est-on en train de nous refaire le coup des « prix départ-chai » gonflés ? On jase là. Peut-être faudrait-il remettre un homme là-dessus ? En flashback, je me suis revu en Uruguay, lors de ce voyage de presse effectué il y a quelques années et qui devait aboutir à ce fameux scandale des prix que la SAQ avait essayé de trafiquer à la hausse.

Les vignerons que l’on rencontrait sur place ne comprenaient pas pourquoi des acheteurs de la SAQ leur demandaient de vendre leurs vins plus cher, alors que partout, dans le monde, les marchés leur demandaient de les baisser.

La SAQ nous assure maintenant qu’elle essaie toujours d’avoir le meilleur prix possible, mais on a l’impression que ce n’est pas le consommateur qui en profite, bien au contraire, mais la SAQ elle-même.

Moi, ce qui me déprime là-dedans, c’est qu’on s’attendrait normalement à ce que la SAQ, en tant que société d’État exerçant un monopole, agisse plutôt en bon père de famille avec les consommateurs de vin que nous sommes. Qu’elle essaie à tout le moins de nous en donner pour notre argent, non pas de nous faire les poches. L’impression que j’en ai, mais je ne sais pas ce que vous en pensez, c’est qu’au contraire, la SAQ essaie toujours de nous en passer une petite vite.

Je comprends, on comprend tous qu’année après année, le gouvernement en demande toujours plus à la SAQ. On lui fixe des objectifs de rendement tellement élevés que la SAQ, dirait-on, ne sait plus à quel saint se vouer pour les atteindre.

Ce scandale des prix à la hausse, qui est arrivé il y a quelques années, n’est peut-être pas étranger à la soif de plus en plus grande de notre bon gouvernement, soif que la SAQ essaie comme elle peut d’étancher. L’affaire Suckling, à côté de ça, n’est qu’une petite éclaboussure, bien sûr, mais elle s’inscrit tout de même dans cette logique de pousser la vente toujours plus loin. Même si, en même temps, on nous dit que la modération a bien meilleur goût.

Et vous voulez mon avis ? Je vous le donne quand même : on verra encore sans doute, dans l’avenir, d’autres dérives de la part de la SAQ. Précisément parce qu’elle essaie par tous les moyens d’atteindre des objectifs qui ne sont peut-être pas toujours raisonnables. Après tout, il y a une limite à ce qu’une vache peut donner comme lait.

À moins qu’à la lueur d’un éventuel prochain conflit étudiant, ceux-ci en profitent pour réclamer aussi le gel du prix des vins. C’tune blague, là.

Vignoble Argentin (1)

Le vignoble de Mendoza, au pied des Andes