PFV 2013 Montréal – Dégustation de rêve!
Un moment proprement magique!
À eux seuls, ces mots résument cette exquise dégustation Primum Familiae Vini (PFV) à laquelle la presse spécialisée a eu le privilège de prendre part. C’est d’ailleurs ce genre d’événement qui me fait réaliser à quel point je suis chanceux de pouvoir faire ce métier.
Au début des années 2000, sur le défunt forum de discussions Crus et Saveurs, un certain Claude se présentant sous le pseudonyme de Zinfandel a été le premier a proposé une dégustation thématique dite « Dreamer ». Le concept était simple : chaque participant devait proposer une bouteille de sa cave qui, au simple regard, faisait trembler. Autrement dit, une bouteille de rêve de sa cave qu’on allait partager avec les copains.
Or, ajoutez la présence et la proximité des producteurs ainsi qu’un menu spécialement préparé par Normand Laprise du Toqué!, vous comprenez que c’était, pour la plupart des journalistes/chroniqueurs présents, une sorte de « Dreamer de presse ».
Je vous réfère au billet de Claude pour les tenants et les aboutissants entourant PFV. Je vais plutôt me concentrer sur les vins. Ceux-ci ont été dégustés à bouteille découverte et en deux temps : une première série à caractère plus technique mettant en vedette des vins de jeunesse et, une seconde série misait sur des vins plus âgés et des accords gastronomiques.
Avant de me lancer dans la description des vins, permettez-moi d’évoquer le moment qui résume le mieux l’esprit de cette grande dégustation. Julien de Beaumarchais de Rothschild a conclu son discours d’inauguration en soulignant une des valeurs défendues par le groupe : « Et souvenez-vous, la modération a bien meilleur goût! ». Débarque alors au micro Hubert de Billy de la maison familiale Pol Roger en Champagne. Grand gaillard, chic et la voix rieuse, il s’est permis de remettre les choses en perspective : « Disons que je ne suis pas trop en faveur de la modération… On est surtout ici pour avoir du plaisir! ».
DÉGUSTATION
Pol Roger Champagne Brut 2002 (94$ – code SAQ 11856103)
On commence fort! Un assemblage de pinot noir (60%) et de chardonnay (40%) aux parfums éclatants de fruits blancs et d’églantine s’affinant sur un registre d’épices douces et de marmelade. Une matière de densité moyenne et tendue qui gagne en volume et montre une vivacité sentie donnant une impression tannique. Finale longue et élégante sur un fruit aux accents exotiques. Superbe!
17,5-18/20
Drouhin Chablis Grand Cru Bougros 2010 (79,25$ – code SAQ 10998610)
Grand, avec le physique d’un sauteur à la perche, Laurent Drouhin a choisi de mettre Chablis en lumière. Non sans raison. Son Bourgos 2010 montre avec brio la race qui peut émaner de ce cru réputé pour donner vins plus virils. Charnu et croquant tout en montrant de la stature, il s’exprime avec gourmandise et finesse. Finale saline donnant l’impression d’extraits secs. Prometteur.
17,5-18/20
Château de Beaucastel Roussanne Vieilles Vignes Châteauneuf-du-Pape 2011
J’ai eu le bonheur d’être assis avec Thomas Perrin. C’est donc non sans émotion que je parle ici de ses vins. Qu’à cela ne tienne, la vérité est dans le verre! Des vignes de 90 ans d’âge. Un blanc aux proportions hors normes. Une harmonie parfaite entre l’opulence du fruit, sa précision et son volume aérien. On dit avoir du poids sans être lourd. Fruits exotiques, mirabelle, craie, marmelade, lavande. Tension magnifique, expansif avec une acidité fine et une finale légèrement tannique sur des notes rémanentes de poire. Il n’est pas sans rappeler un Montrachet de la DRC. Grand vin, tout simplement et… de l’émotion.
18,5-19/20
Hugel Riesling Jubilee Alsace 2007
Il était audacieux de le placer après autant de vin. Or, cette cuvée phare de la famille Hugel s’en est pourtant fort bien sorti! Élaboré à partir de raisins provenant du grand cru Schoenenbourg, il donne un riesling bien sec, plutôt dense sans paraître compact. Parfums doux et raffinés de miel, de fruits jaunes frais, d’iode et d’hydrocarbure. Finale grasse et fraîche. Belle évolution à prévoir.
17-17,5/20
Marchesi Antinori Solaia Toscane 2009 (246$ – code SAQ 11973211)
On passe aux rouges. Alessia Antinori présente son vin. Belle, plutôt grande, l’air espiègle et les yeux pétillants, c’est la plus jeune des trois filles du marquis Piero Antinori. Dominé par le cabernet-sauvignon, complété par le sangiovese avec une touche de cabernet-franc, c’est un vin fin au nez de cerise noire, de torréfaction, de fleurs sauvages et de vanille fraîche. D’abord soyeux et serré, il devient suave et monte en puissance. Une finale léchée aux accents modernes.
17,5-18/20
Tenuta San Guido Sassicaia Bolgheri 2009 (169$ – code SAQ 743393)
La différence avec le Solaia est marquée. Un vin moins « propre » au profil animal et vigoureux. Au nez, l’impression de terroir se fait sentir avec des notes de terre et de fumée. Puissance et richesse magnifiquement contenues. Ensemble suave, précis et énergique. L’ensemble est particulièrement accessible tout en ayant une profondeur indéniable. Pas pour rien qu’il a été le cru fondateur des supers-toscans, Sassicaia montre avec son identité forte qu’il est encore aujourd’hui l’exemple à suivre. Un autre grand vin!
18-19/20
Torres Mas La Plana Penèdes 2007 (50,50$ – code SAQ 10796410)
Miguel Torres, est un grand monsieur. Initiateur du concept PVF, ses vins sont des modèles de qualité qui continuent d’être vendus à des prix permettant à tout amateur de les goûter. Son Mas La Plana est loin d’avoir eu l’air fou. Bien au contraire! Des parfums précis et aguicheurs de truffe, de prune tournant autour d’un boisé bien intégré. Il n’a peut-être pas la profondeur ou l’amplitude des autres grands vins, mais il affiche une précision aromatique indéniable tout aussi enviable. Chapeau Monsieur Torres!
17-17,5/20
Château Clerc Milon Grand Cru Classé Pauillac 2003
Très classique avec un nez ne pouvant nier la chaleur du millésime L’attaque en bouche montre un bel éclat. Un corps soyeux et une acidité fine pour un ensemble déjà fondu culminant vers une finale d’ampleur moyenne sur des tonalités secondaires de cigare. Seule ombre au tableau : des tanins légèrement asséchants qui laissent penser à un avenir plus limité.
16,5/20
Vega Sicilia Unico Ribera del Duero 2004
Une grande première pour cette cuvée habituellement relâchée après un élevage de dix ans suivant le millésime. Un assemblage de tempranillo, cabernet-sauvignon et merlot donnant un vin mystérieux et enjôleur. On perçoit au nez des notes volatiles qui magnifient les parfums de cigare, de prune, d’épices orientales et de sauce hoisin. La bouche est une combinaison merveilleuse de puissance et de soyeux. Finale compacte et énergique qui semble vouloir transcender l’ensemble. Grand vin en devenir.
18-19/20
Weingut Egon Müller-Scharzhof Scharzhofberger Auslese Goldkapsel Mosel 2010
Un nectar issu de trois hectares de vignes non greffées et plantées vers 1905. Nez splendide de pureté, de finesse et de précision. Notes de miel, de caramel au sel, d’abricot frais et de poivre blanc. En bouche, c’est le choc! Une matière époustouflante s’articulant autour d’un équilibre singulier entre sucre et acidité. Finale saline et kilométrique. La quadrature du cercle enfin expliquée. J’ai rarement rencontré autant de plénitude dans un aussi jeune vin. La perfection à portée de raisin. Je vous souhaite de pouvoir y goûter une fois dans votre vie.
19-20/20
Symington Graham’s Vintage Porto 2003
Difficile de passer après un aussi grand tour de force. Floral, notes de café frais, prune et beaucoup d’épices à l’aération. Bouche grasse et caressante, des tanins jeunes et fougueux laissant place à une longue et puissante finale fruitée aux accents de havane. Grand avenir bien qu’il soit déjà délicieux.
17,5-18,5/20
Je vous reviens d’ici peu avec le compte-rendu du lunch de presse qui a suivi. Mémorable, tout simplement!
Poderi Colla: la leçon de vin
Je ne compte plus les fois où, dans mes chroniques dans le Journal de Montréal, j’ai étalé mes états d’âme en dénonçant ces vins lourds, patauds, mollassons, sucrailleux, aux pourtours plus ou moins flous, pleins comme des boudins mais sans colonne vertébrale, et qui bien souvent te brûle la bouche, en finale, avec un taux d’alcool ridicule.
Imaginez mon plaisir, alors, quand je tombe sur les vins d’une maison comme Poderi Colla, dans le Piémont, où on découvre tout le contraire: des vins frais, élancés, d’une parfaite netteté, d’un grand naturel, tout en étant parfaitement constitués en fruit.
Bien sûr, il m’est arrivé à quelques reprises dans mes chroniques de vanter les mérites des vins de cette maison; et encore tout récemment, d’ailleurs, en parlant du Dolcetto d’Alba 2011 Pian Balbo (19,55 $ code: 11863258) et du Nebbiolo d’Alba 2009 (24,25 $ Code: 10860346).
Mais, jusqu’à la semaine dernière, je n’avais jamais réalisé à quel point c’était l’ensemble des vins de cette maison qui étaient hautement qualitatifs. La semaine dernière, en effet, Tino Colla était de passage à Montréal, et il a fait goûter à la presse spécialisée un large éventail de ses vins, et ce sur plusieurs millésimes.
Tino Colla a fondé cette maison en 1994 avec sa nièce Federica (qui avait travaillé avec Slow Food), en réunissant les trois principaux vignobles que possédait la famille (Cascine Drago à Alba, Tenuta Roncaglie à Barbaresco, et Dardi le Rose à Bussia de Monforte).
«Avant, nos vins n’étaient pas à la mode», disait Tino Colla. «Maintenant, ils le deviennent. Mais pendant ces années où ils ne l’étaient pas, nous avons toujours refusé de changer de cap».
Et le cap, dans le cas des Colla, est parfaitement bien défini, même s’il n’est sûrement pas évident à tenir. On veut faire des vins «humains» plutôt que «techniques», et pour ce faire, on mise sur la spontanéité, laquelle, n’est possible qu’avec une grande proximité avec le vignoble et le chai.
Tous les vins goûtés donnaient l’impression qu’ils étaient le produit d’une vendange où c’est le fruit frais qui est le maître mot, bien loin de ces raisins cueillis en surmaturité. Entre le moment où un raisin doit être vendangé sur le fruit frais et un raisin trop mûr, c’est une question d’un jour, tout au plus deux quand il fait beau, m’expliquait Tino; et de trois ou quatre jours quand le temps ne l’est pas. Mais je vous invite à vérifier ces propos par vous-mêmes dans le verre, en vous référant à l’un des vins de Poderi Colla disponibles à la SAQ.
Outre le Dolcetto d’Alba 2011 Pian Balbo (19,55 $ code: 11863258) et du Nebbiolo d’Alba 2009 (24,25 $ Code: 10860346) déjà mentionnés plus haut et dont, en plus, les quantités ne sont pas énormes (mais d’autres millésimes leur succéderont), on trouve aussi présentement les vins suivants:
- Langhe 2007 Bricco del Drago (27,65 $ Code 927590 ), un assemblage de dolcetto et de nebbiolo (15%) ***.
- Barbaresco 2008 Roncaglie (43,50 $ Code 11100120), un vin à la forte personnalité, aux tanins granuleux (***1/2)
- Le Barolo 2004 Dardi Le Rose Bussia (52,75 $ Code 10816775), mûr, charmeur et fondu (****).
(VIDEO) Les meilleurs vins rosés de l’été
Les blogueurs de Méchants Raisins dévoilent leurs coups de coeur des vins rosés 2012-
Voilà, on peut se le dire: l’été est arrivé et les vins rosés aussi. Nous avons, Claude, Patrick et moi, goûté pour vous les rosés courants 2012 disponibles dans toutes les succursales de la SAQ cet été et ça donne ceci.
Allez lire l’article complet ici sur le site du Journal. Et revenez ici pour regardez la vidéo.
D’ici là, bon rosé, bon été et n’oubliez pas de nous donnez VOS commentaires !
François Chartier, le « Flying sommelier »
Le Québec est une étonnante pépinière à fabriquer des sommeliers de haut niveau! On l’a vu récemment avec la formidable aventure de Véronique Rivest, 2e au prestigieux concours du Meilleur sommelier du monde. On pense aussi à Élyse Lambert, Ghislain Caron, Alain Bélanger et j’en passe, qui se sont tous illustrés au sein de concours internationaux de renom.
D’entre tous, c’est probablement François Chartier qui a le mieux réussi à exploiter son image après avoir remporté le Grand Prix Sopexa du meilleur sommelier international en vins et spiritueux de France. Son guide Chartier a longtemps été un concurrent sérieux à celui de Michel Phaneuf. Son tour de force reste cependant d’avoir initié l’approche « moléculaire » en sommellerie. Son livre, Papilles et Molécules a d’ailleurs connu un succès mondial impressionnant.
Sans remettre en question le sérieux derrière la démarche du sommelier, je dois avouer que son approche dite « scientifique » m’a toujours fait sourire. J’y reviendrai d’ailleurs peut-être un jour.
Chroniqueur depuis plus d’une dizaine d’années La Presse, François Chartier annonçait en début de semaine qu’il quittait le journal pour de nouveaux défis. Il ne fallut pas attendre bien longtemps pour en connaître l’identité : le sommelier se lancera dans « l’élaboration » de vins.
Jusque-là, tout va bien. Ce n’est pas le premier ni le dernier sommelier qui se lancera dans une telle aventure. Où ça m’a donné un petit coup, c’est lorsque j’ai lu l’invitation média. Je vous laisse voir par vous-même :
Je me permets de reprendre deux passages :
Une première mondiale dans l’histoire du vin!
… un projet unique et révolutionnaire : la création d’une nouvelle gamme de VINS élaborés par Chartier, conçue « par et pour » les plaisirs de la table !
Au-delà du léger manque d’humilité entourant la présentation du projet qui peut expliquer pourquoi François Chartier peut parfois exaspérer, c’est tout le concept derrière le projet qui m’agace. Je n’ai pas encore les détails, la présentation média étant prévue à la fin du mois, mais j’ai du mal à accepter qu’on puisse vouloir généraliser, pour ne pas dire banaliser de manière aussi outrancière le vin. Venant d’un sommelier de la trempe de Chartier, je trouve ça encore plus révoltant!
Pour reprendre certains commentaires de camarades de dégustation, un coup parti, pourquoi ne pas lancer une cuvée Steak aux poivres ou Saumon à l’aneth ? Bien quoi?! Le Sushi wine, ça existe déjà…
Il faut comprendre que le projet a soigneusement été ficelé par l’agence Sid Lee. C’est d’ailleurs Justin Kingsley, celui derrière l’image de marque de Georges St-Pierre, qui a été chargé du projet. Autrement dit, on veut faire de François Chartier une sorte de Michel Rolland, le célèbre oenologue qu’on surnomme aussi le « Flying Winemaker ». Au final, on peut aussi se demander à quel point Chartier est à l’aise avec toute cette affaire. Peut-être n’a-t-il pas des prétentions révolutionnaires aussi élevées qu’on le laisse croire. On a saura possiblement plus lors du point de presse à venir…
D’ici là, je vous laisse sur un point qui m’a fait de nouveau sourciller.
Un lecteur m’a subtilement fait remarquer la « collaboration aveugle » entre Chartier et Pascal Chatonnet, œnologue et propriétaire du Château Haut-Chaigneau à Bordeaux chez qui le sommelier ira « élaborer » ses vins. Dans un papier récent pour le moins élogieux, Chartier y allait du commentaire suivant à l’égard du 2009 disponible à la SAQ :
“Terroir et savoir-faire au service du millésime, et de notre plaisir! À l’aveugle – comme je déguste tout à l’aveugle -, j’étais en saint-émilion grand cru, mais je ne vous dis pas chez quel château… Vous avez compris que c’est un grand millésime pour ce château!”
Je vous laisse juger…