VIN-dredi ! La folie des huîtres!

- 17 octobre 2014

Viiiiiiiiiiiiiiiiiin-dredi!

Enfin!

HuîtresLa saison des huîtres est actuellement est à son meilleur. On en trouve de partout, pour tous les goûts et souvent à bon prix, notamment quand on les achète en vrac. Renseignez-vous auprès du poissonnier de votre supermarché ou, mieux encore, passez dans une poissonnerie. Personnellement, j’ai un faible pour La Mer, sur René-Lévesque à Montréal.

Chose certaine, rien de mieux qu’une bouteille de Chablis pour mettre en valeur ces petits mollusques. La combinaison unique entre le chardonnay et son sol kimméridgien de marne et de calcaire imprégné d’exogyra virgula, ces minuscules huîtres fossilisées, explique pourquoi l’accord entre les deux est aussi magique que connu.

En voici un sur lequel j’ai tripé cette semaine et qu’on trouve facilement à la SAQ:

Bois d'YverDomaine de Bois d’Yver, Chablis Premier Cru Montmain 2012 (34,25$ – Code SAQ 11635108)

Georges Pico mène avec brio les destinées du Domaine de Bois d’Yver. À la différence de son fils Thomas qui se consacre désormais entièrement à son domaine Pattes Loup et privilégie les élevages sous bois, le paternel préfère l’inox. Nez au départ sur la réserve. Il lui faut une grosse heure pour bien s’exprimer. Registre de craie, de citron confit, de pomme verte, de miel et d’embrun marin. Matière pleine et dense tout en étant ciselée et gracieuse. On sent que le vin a du fond. Allonge expansive et tannique qui fait à la fois saliver et donne une impression d’extraits secs. Avec trois ou quatre ans de cave, il devrait gagner en chair, s’assouplir et se complexifier pour encore plus de plaisir. Une superbe bouteille à petit prix. 16,5-17/20

Il n’y a pas que Chablis, me direz-vous avec raison. D’où cette autre suggestion. Toujours en Bourgogne, tout au sud, dans l’appellation Montagny, en Côte Chalonnaise. On y produit exclusivement du blanc à partir de chardonnay.

CognardDomaine Laurent Cognard, Montagny Premier Cru, Le Vieux Château 2010 (27,80$ – Code SAQ  11939890)

Un tout petit domaine créé en 1997 et dont l’exploitation couvre tout au plus 8 hectares. Nez de fruits blancs légèrement grillés avec un arrière-plan de silex. Le vin est bien droit, avec de la chair, presque tendre en milieu de bouche, mais la tension revient en finale et permet au caractère calcaire et salin de prendre le devant de la scène. À l’aveugle, j’aurais misé sur un premier cru de chablis. Joli développement et très peu de signe de déclin tout au long des 48h où je l’ai siroté, ce qui laisse présager un potentiel de garde intéressant (3-5 ans).Une très belle découverte. Les quantités disponibles sont petites, alors dépêchez-vous! 16/20

Plus c’est compliqué, meilleur c’est

- 14 octobre 2014

Quand même incroyable que plus le nom d’un vin est difficile à prononcer, plus les gens ont tendance à trouver que le vin est bon.

C’est pourtant ce qui ressort d’une expérience menée au Goodman School of Business de l’Université Brock, en Ontario, et dont j’ai parlé, samedi dernier, dans ma chronique du Journal de Montréal.

En gros, en faisant une étude sur le nom des wineries, on s’est rendu compte qu’en servant le même vin, mais avec deux noms différents, dont l’un plus difficile à prononcer que l’autre, ceux à qui on a fait goûter les vins ont trouvé que celui au nom difficile était meilleur.

Pourquoi ? Mystère et boulle de gomme et c’est, apparemment, un sujet chaud en marketing, présentement.

Je n’ai pas eu trop le temps de m’étendre, dans ma chronique, mais j’aurais souhaité y ajouter le résultat de cette autre étude, menée aussi au Goodman School of Business.

C’est qu’on s’est également rendu compte que lorsque la signature du producteur apparaissait sur l’étiquette, les ventes augmentaient de 500%.

Mais seulement, dans le cas où le consommateur partageait un sentiment d’appartenance avec le producteur.

Or, les consommateurs, dans cette étude, étaient tous Ontariens et les bouteilles de vin ontarien qui portaient la signature du vigneron étaient préférées de beaucoup à celles qui n’étaient pas signées.

Ce qui est quand même une variable importante et peut-être la portée de cette expérience est-elle uniquement locale.

Sans doute faudrait-il la valider par une étude complémentaire, avec cette fois des vins californiens, par exemple, eux aussi signés par le producteur.

Mais tout cela démontre, malgré tout, l’importance de l’habillage d’un vin dans sa mise en marché.

Et que, quoi qu’on en dise, on se fait tous, à des degrés divers, influencer par l’étiquette d’une bouteille au moment de faire ses achats de vin.

À moins, évidemment, de connaître déjà son contenu.

Pour rester au Canada, on se laisse sur ce vin, le deuxième vin, en fait, d’Osoyoos Larose :

Pétales Osoyoos

Pétales d’Osoyoos 2011, Okanaga Valley VQA, Osoyoos Larose, 13,8%, Canada Prix 27,10 $ Code 11166495 ***+ (16,5 /20) :

À l’aveugle, bien malin qui pourrait dire qu’on est en Colombie-Britannique. En fait, avec cet assemblage type du Bordelais (merlot, cabernet sauvignon, cabernet franc et petit verdot), on se croit effectivement à Bordeaux.

La bouche est svelte, le vin a de la mâche, c’est élégant, vineux, certes, mais beaucoup de bordeaux ne font-ils pas 14 degrés aujourd’hui ?

Bref, une belle bouteille à bon prix. Hélas, il en reste peu dans le réseau de la SAQ.

 

Le Jugement de Montréal 4e édition – Meilleurs rouges sous 25$

- 7 octobre 2014

C’était ce matin au restaurant Toqué! Les membres du RASPIPAV ont choisi cette année un thème plus porteur et rassembleur: vins rouges disponibles en importation privée sous la barre des 25 $. Au total, trente-trois vins ont été sélectionnés, avec un tarif moyen de 22,75 $. Tout a été dégusté à l’aveugle (évidemment!)

Comme membre du jury, j’ai trouvé la qualité très bonne et homogène. Il y avait bien sûr un petit biais en faveur des vins de maturité, en provenance du bassin méditerranéen, ce qui a certainement fait plaisir aux jurés.

Suivant les résultats, l’Italie et la France prennent le haut du pavé avec quatre vins chacun parmi les dix premiers. Le Portugal et l’Espagne se partageant les deux autres places. Le Nouveau-Monde est presque absent, mais il faut dire que très peu de vins ont été présenté.

Mention spéciale aux agences Les Vins Alain Bélanger et La QV qui volent la vedette avec deux vins chacun dans le top dix chacun. Bravo !

Vous pouvez passer commande dès maintenant auprès des agences ou attendre (en croisant les doigts qu’il en reste) la 7e Édition du Salon des Vins d’Importation Privée du RASPIPAV se tiendra au marché Bonsecours les 1er, 2 et 3 novembre 2014.

Voici le classement des 10 meilleurs :

1 – Colli Piacentini Guttorni Superiore 2012, Luretta, 22,95$

Agent : Alain Bélanger

2 – Beaumes-de-Venise Terres Jaunes 2012, Ferme St-Martin, 24,80$

Agent : Rézin

3 – Douro Quinta Esteveira 2012, Casal dos Jordoes, 20,00$

Agent : La QV

4 – Rioja Crianza 2010, Bodega Fernando Pierola, 25,00$

Agent : Mon Caviste

5 – Côtes du Rhône 2011, Château de Montfaucon, 20,70$

Agent : La Fontaine

6 – IGT Toscana Erta & China 2011, Renzo Masi, 23,05$

Agent : Société Roucet

7 – Aglianico del Vulture Gricos 2011, Grifalco, 23,37$

Agent : Symbiose

8 – IGT Lombardie Perlavillas 2011, Triacca, 22,95$

Agent : Sélection Caviste

9 – Cheverny Envol 2012, Huards, 24,95 $

Agent : La QV

10 – Régnié 2012, Domaine Dupré, 25,00$

Agent : Alain Bélanger

Votre humble serviteur tout sérieux

Votre humble serviteur tout sérieux

Vin-dredi! Soif, la passion de Véronique Rivest

- 3 octobre 2014

Jamais je n’ai été aussi content de poser mes pénates pour quelques jours à Gatineau. Gatineau? Je sais : même si le nom a changé, ça reste toujours Hull. Hull la « dull », tout le monde connaît l’expression. J’exagère un peu…

Carte SoifMais ça, c’était avant que Véronique Rivest ouvre enfin les portes de son bar à vin il y a tout au plus une semaine : Soif. Situé rue Montcalm, l’endroit est à la fois épuré et chaleureux. L’effet vient en grande partie du liège qui tapisse le plafond et les murs ainsi que le superbe bar  qui trône à l’entrée et derrière lequel s’active l’équipe de sommeliers. À ce sujet, Véro m’a confié que ce n’est pas facile d’avoir du « staff » de qualité à « Dull ». Elle est d’ailleurs touchée par le nombre de personnes qui ont choisi de laisser Montréal pour sauter dans l’aventure avec elle.

Tabouret champagne importé d'Italie - Vero SoifTout a été pensé pour faciliter le service et mettre le vin en valeur. C’est le cas des espaces de dégustation organisés autour de comptoir en U au-dessus desquels trône un support à verres afin de minimiser les déplacements du sommelier afin qu’ils puissent se consacrer plus facilement à l’animation de dégustation. Même chose pour les cartes viticoles amovibles qui décorent les murs de l’estaminet et ajoutent au plaisir de découverte.

Tartare - SoifCôté vin, justement, la carte est splendide; ce qui n’a rien d’évident pour un endroit qui en est à ses tout premiers balbutiements. On en trouve pour tous les goûts et tous les budgets. Du cava festif à un peu plus de 4$ le verre, à un romorantin de Cour-Cheverby sur lequel Véronique m’a piégé à l’aveugle (j’ai trouvé la Loire, tout de même!), en passant par les meilleurs vins de la Grèce, sans oublier les cocktails à base de soda ou de gin artisanaux. Bref, il est quasi impossible de ne pas y trouver son compte, mais vous risquez surtout de vous éclater en sortant des sentiers battus. Côté bouffe, on joue la carte bistro. J’ai trippé sur les huîtres frites et les accras de poisson, mais je suis resté sur ma faim avec le tartare de canard un poil trop relevé. Ici comme ailleurs, il faut donner le temps à l’équipe de trouver l’harmonie du rythme.

Avoir pied dans la BourgogneAu-delà de tout ça, ce qui m’a estomaqué, ce qui m’a jeté le cul par terre, c’est de voir à quel point Véronique a l’air de prendre son pied. Rares sont ceux qui remportent un titre aussi prestigieux comme Rivest (deuxiéme Meilleur Sommelier au Monde, ce n’est pas rien!) et qui décident de se lancer dans le cœur du métier: le service. La plupart préfèrent passer en consultation, gestion ou communication. Véro, elle, a choisi de lancer un bar à vin. Elle essuie des verres, continue de débarrasser des tables et verse de l’eau aux clients tout en jouant la baronne des vins de Gatineau auprès du gratin de la capitale qui va commencé à défiler cher elle.

Bravo!

Vero

L’ouverture de Soif cette semaine m’a permis d’oublier la fermeture prochaine du Bistro à Champlain, à Ste-Marguerite-du-Lac-Masson. C’est une époque qui se termine, une autre qui s’ouvre. Si vous n’avez pas encore entendu Champlain Charest raconter sa partie de tire au poignet  avec Riopelle dans une ruelle sale de Paris, alors dépêchez-vous de réserver. Lui et sa tendre moitié, Monique Nadeau, tireront leur révérence en novembre prochain.

 

 

 

 

Où sont passés nos vins de pays ?

- 1 octobre 2014

Je sais que le consommateur normalement constitué ne suit pas l’actualité des appellations de près, et je le comprends fort bien.

Mais à titre de rappel, les petits vins français qu’on trouvait traditionnellement sous la dénomination «vins de pays» n’existent plus officiellement depuis le millésime… 2009. Ils ont été remplacés par les IGP (vins à Indication Géographique Protégée).

Encore une fois, ce n’est pas très grave si la chose vous a échappé et j’avoue que pour moi le premier, les notions d’appellation ont perdu un peu beaucoup de leur intérêt.

Pourquoi ? Parce qu’il y a longtemps que j’ai cessé de juger de la qualité d’une bouteille par son appellation ou sa dénomination, la vérité étant toujours dans le verre, comme on dit.

Mais quand on se promène dans les vignobles européens, français en particulier, on constate en revanche l’importance qu’occupe dans les préoccupations des vignerons la notion d’appellation d’origine.

Et de leur point de vue, effectivement, la chose se comprend aisément.

Car au-delà des guéguerres de clocher, il y a la fierté d’appartenir à un lieu et d’exploiter un terroir, sans compter qu’il y va ultimement de la valeur même de leurs vins sur le marché, donc de leurs gagne-pain.

Un vin déclassé de son appellation devient du coup très difficile à vendre et se retrouvera, dans le pire des cas, voué à la distillation ou, et ce n’est guère mieux, vendu au vrac pour presque rien.

Mais du point de vue du consommateur normal, surtout nord-américain (ce qui n’est tout même pas banal en terme de marché) qui se soucie, quand vient le temps d’acheter une bouteille de vin du Sud de la France, un soir de semaine, qui se soucie, disais-je, que ce vin provienne du Mont Baudile ou des Cévennes, qu’il soit un vin des Allobroges ou du Vicomté d’Aumelas ?

 Perception

Bien sûr, pour l’amateur éclairé, le problème se présente différemment et il voudra être au fait des derniers changements dans la législation encore que, comme je le disais, il y a longtemps, quant à moi, que la simple appellation d’origine a cessé d’être un critère de qualité convaincant.

Et j’imagine que la révolution apportée à cet égard par tous ces grands vins toscans déclassés en vini de tavola dans les années 80 ( mouvement relativement peu suivi en France, il est vrai) a porté un dur coup à la notoriété de toutes les appellations d’origine, peu importe le pays, auprès de la très grande majorité des amateurs de vins plus pointus.

Bon, hiérarchiquement, ne serait- ce que pour des raisons de densité de plantation et de rendement à l’hectare, et d’autres considérations d’ordre technique qui relèvent du cahier des charges d’une appellation, il est clair que les vins AOP (les AOP, vins d’appellation d’origine protégée, ont maintenant remplacé dans la législation européenne les AOC, vins d’appellation d’origine contrôlée), il est clair que les AOP restent au somment de la hiérarchie.

(À noter, pour ajouter à la confusion, que l’utilisation, en France des AOC est encore permise, tout comme en Italie, celle d’IGT (Indicazione Geogradica Tipica) demeure, parallèlement à celle d’IGP, tout comme aussi le DOC et DOCG (Denominazione de Origine Controlatta e Garantita) parallèlement aux AOP. Pfiouff! )

 Hiérarchie

Une hiérarchie qui, je le rappelle, est importante dans la fixation du prix des vins. Et logiquement et en principe, elle est aussi une indication de la qualité des vins.

Les vins d’AOP sont suivis par les IGP (Indication Géographique Protégée, vins qui ont remplacé eux-mêmes, comme je le disais, les Vins de Pays et les VDQS ( Vins de Qualité Supérieure) et, tout en bas, ceux qu’on appelle les VSIG qui sont des vins sans indication géographique, catégorie qui regroupe les mentioGournierns Vin de France, dont j’ai déjà parlé ici, et de même que les vins de cépages, à l’exception notoire des vins d’Alsace, évidemment.DeMoulines

Pourquoi vous reparler de tout ça aujourd’hui ? Parce que l’autre jour, lors de l’une des grandes dégustations périodiques organisées pour la presse spécialisée par l’AQAVBS, l’Association québécoise des agences de vins, bières et spiritueux, des représentants des 22 nouvelles IGP du Sud de la France sont venus nous rappeler l’existence, donc, de ce nouveau label.

La victoire pour ces vignerons est d’avoir fait reconnaître par les législateurs que chacune de ces IGP correspond à la singularité de son lieu d’origine, des pratiques viticoles qui y ont cours et des hommes qui font les vins.

Et quand on est vigneron, cela est de toute première importance.

Au consommateur, après coup, de juger dans quelle mesure ces particularités s’expriment dans les vins.

Pour l’exercice, j’en ai remarqué quelques-uns de ces vins, lors de cette dégustation; les voici :

  • Domaine de Moulines 2011 Merlot, IGP Pays de l’Hérault (12,50 $ Code 620617) : un brin épicé, vineux sans être chaud, de corps moyen, rond, souple et agréable. **
  • Ponant 2010, IGP Côtes-de-Thongue, Domaine Magellan ( 15,70 $ Code 914218) : un peu bran de scie au nez, consistant en bouche, texture soyeuse, moyennement corsé, tannins fermes, mais bel équilibre d’ensemble. **1/2
  • Domaine de Gournier 2013, Cuvée Prestige, IGP Cévennes (14,20 $) : notes de garrigue au nez, bouche épicée, un peu poivrée avec des nuances de réglisse ; le paysage d’ensemble est net.  **1/2
  • Enseduna Prestige 2011, IGP Coteaux d’Ensérune, U.C. Foncalieu (19,00 $ Code 11338031) : une gouleyance et une légèreté de bon aloi, en même temps qu’un sérieux indéniable dans la prestance. **1/2