Le vin de soif façon Marionnet

- 24 avril 2014

Henry MarionnetPlusieurs parlent d’Henry Marionnet comme du « pape du gamay ». Son Domaine de la Charmoise, qui compte une soixantaine d’hectares en Touraine, s’illustre depuis une vingtaine d’années au Québec. Son fils Jean-Sébastien assurant de plus en plus sa relève, Henry peut se reposer un peu et… nous faire l’honneur d’une petite visite. Bien chic dans son costume à carreaux, il semble avoir conservé un profond sens de la terre. Il n’a surtout pas perdu de vue l’idée de faire des vins qu’on a envie de boire.

Il y en a malheureusement de moins en moins. Vous savez, le vin de soif, celui qui se boit tout seul, comme du petit-lait. Le genre de vin qui donne l’impression que son verre est toujours à marée basse et que la bouteille se siffle sans même sans rendre compte. Celui qu’on partage à deux sans peine. Même qu’il vaut parfois mieux en prévoir une seconde!

Ce style, cette franchise dans les vins, M. Marionnet l’a toujours respecté par-delà les modes et les « nouvelles » tendances. Il a lui-même planté quelques hectares de vignes franches de pied, c’est-à-dire non greffées et donc sensibles aux attaques du phylloxéra. Et le jeu en aura valu la chandelle puisqu’il récolte aujourd’hui des fruits d’une grande pureté servant à faire des vins tout aussi précis et croquants.

En cette ère de vins botoxés aux sucres résiduels et sans âmes, ceux des Marionnet sont un proverbial vent de fraîcheur et d’authenticité!

 

Domaine de la Charmoise 2013, Sauvignon, Touraine (non disponible – 18,45$)

Millésime compliqué. Des acidités élevées. Il a fallu pédaler et user de créativité en vinification pour éviter de faire un vin dur. Le défi a été relevé avec brio! Bien expressif, sur un registre salin complété par des notes de citron frais et de concombre. Vif, sec, tout en montrant un volume intéressant et une finale saline. Absolument rafraîchissant.

15/20

Charmoise

Vinifera 2013, Sauvignon franc de pied, Touraine (non disponible – 23,55$)

Robe au jaune terne qui fait douter. Le nez confirme le côté oxydatif avec des odeurs de levure, de patate et pomme belette. Ample, l’acidité paraît brouillonne malgré l’intéressante persistance aromatique en finale. M. Marionnet m’explique que c’est le style du vin dans ce millésime… J’avoue ne pas avoir été convaincu.

13/20

 

Provignage 2011, Romorantin pré-phylloxérique, Vin de France (non disponible – 69,00$)

Récupérée en 1998 d’un vieux vigneron soucieux qu’on en prenne soin, cette parcelle aurait été plantée entre 1820 et 1850. Les rendements sont ridiculement très bas avec 5 hectos/hectares. Sérieux, timide avec des notes pierreuses, d’herbe et de raisin de Corinthe. Vif tout en étant dense, dur avec une finale longue et tendue sur des notes amères. L’impression de sucer un caillou avec tout ce que ça représente. Intellectuel et dépourvu de charme, ça n’en reste pas moins une expérience très intéressante. J’aurais d’ailleurs beaucoup aimé pouvoir suivre l’évolution de ce vin sur 24-48h.

15-16?/20

 

Domaine de la Charmoise 2013, Gamay, Touraine (SAQ 329532 – 18,45$)

Robe violacée. Nez éclatant. Cerise noire, réglisse, fraise avec un trait végétal qui rappelle la ronce. Bouche énergique, presque gouleyante et d’une grande digestibilité. Avec tout au plus 10 mg de soufre, on peut presque parler de vin naturel. Servir autour de 14 degrés. Un seul bémol : le prix qui ne cesse de grimper le rend un peu moins attrayant que par le passé! Grrrrrr…

15/20

 

Première vendange 2012, Gamay, Touraine (i.p. chez LBV International – 24.85$)

Aucun soufre ajouté, le nom du vin s’inspire des premiers vins produits par l’homme. Contrairement à bien des vins naturels qui ont le défaut de masquer leurs origines, on voit une filiation certaine avec les autres vins du domaine. Nez éclatant de framboise et de groseille avec une touche de charbon. Généreux, avec un côté presque rond, tout en affichant beaucoup de fraîcheur et offrant une finale légèrement poivrée. Grand vin de soif! Souhaitons qu’il puisse faire son entrée sur les tablettes de la SAQ.

16/20

Gamay Première Vendange

Vinifera 2013, Gamay franc de pied, Touraine (2012 disponible – SAQ 11844591 – 23,55$)

1,3 hectare de vignes non greffées. Le côté « naturel » du vin, avec un nez encore brouillon et des notes de levure, laisse penser à un vin pas tout à fait fini, ce que M. Marionnet confirme en nous expliquant que le vin n’a pas encore été embouteillé et que c’est un brut de cuve. La texture en bouche laisse paraître un fruit mûr et croquant, avec toujours ce petit trait vert en arrière-plan et une finale bien droite. J’ai beaucoup aimé le 2012 qui me paraît peut-être un poil plus austère sans rien sacrifier de plaisir.

15?/20

 

Vinifera 2012 Cot franc de pied, Touraine (non disponible – 27,95$)

Toute petite parcelle ici aussi avec à peine 1,5 hectare de vignes. Du côt, appelé malbec ailleurs, comme vous en avez rarement goûté! Nez toujours aussi explosif avec des nuances de bleuets, de fraise écrasée et d’encre. Vigoureuse et nourrie, la bouche montre une trame tannique enveloppante tout en laissant place à une finale soutenue au profil légèrement rustique avec ses notes animales. Miam!

15,5-16/20

Vinifera

Avant qu’il n’en reste plus

- 22 avril 2014

Vous savez ce que c’est: on accumule un tas de trucs et finalement, on finit par oublier ce qu’on avait accumulé, à commencer par l’endroit même où on les avait rangés.
Je n’oserais pas dire que c’est la même chose pour mes notes de dégustation, mais un peu quand même.
Ces notes s’accumulent, l’actualité vinicole vient et va, en perturbe la publication, tout comme les nouveaux arrivages avec leurs vins vedettes, sans parler des trop petites quantités disponibles quand ce ne sont pas carrément les ruptures de stock, bref tout ça fait en sorte qu’on remet parfois à demain ce qu’on aurait dû écrire hier.
De telle sorte que quelques mois plus tard, en repassant ces notes en revues, on se retrouve avec de nombreux bons vins dont on n’a pas eu le temps de parler, et dont les quantités disponibles, forcément, diminuent.
Tandis qu’il en reste encore, donc, voici quelques vins qui valent le détour:

JTNagesJT 2011, Costières de Nîmes, Château de Nages, 14,5%, France (22,90 $ Code: 567115):
cette cuvée JT, baptisée ainsi en l’honneur de Joseph Torrès, le fondateur du vignoble, est constituée essentiellement de syrah, auquel 5% de mourvèdre ont été ajoutés. Le nez est absolument superbe avec des notions de violette et de réglisse. C’est un vin de soleil, vineux donc, mais avec de la fraîcheur, svelte et élégant, avec une minéralité évidente également, et des saveurs qui ont des accents floraux. Franchement très bon. *** (16,5 / 20)

 

 

stFrancis

 

 

Merlot St. Francis 2008, Sonoma County, St. Francis Winery & Vineyard (26,20 $ Code 11953561):
joli nez de petits fruits bien mûrs; la bouche suit, souple mais avec des tannins relativement fermes, et des saveurs qui se dirigent lentement vers leur phase de la maturité. À boire maintenant. *** (16 / 20)

 

 

 

 

2Pi r

 

 

2 ∏ R  2008, Priorat, Gratavinum, 14,5%, Espagne (30,00 $ Code 11307163 ) :
on aura compris que le nom du vin est 2 Pi R (avec la lettre grecque ∏) 2 Pi R étant en fait la circonférence d’un cercle. Le vin est ample, riche, profond et, comment dire, sa circonférence est plutôt grande, effectivement. Le vin a de l’envergure et de la fraîcheur et un très bon potentiel de vieillissement ( encore facilement 5 à 7 ans). Vraiment savoureux et équilibré, compte tenu de son gabarit, comme j’ai l’habitude de le dire. ***1/2 ( 17 / 20).

 

 

HorseHH

 

Merlot Horse Heaven Hills 2010, Columbia Crest, 14,5%, Washington State (21,75 $ Code 11881966):
oui, il y a beaucoup de tout ici: beaucoup de fruit, de vanille, mais franchement le vin est charmeur avec sa jolie texture veloutée et sa franche générosité. Très «nouveau monde», il va plaire aux amateurs de vin «pur fruit». Très réussi dans le style. *** (16 / 20)

Trois blancs, un rouge

- 17 avril 2014

Comme disait je ne sais plus quel p’tit comique, «les statistiques, les statistiques, je n’y suis jamais, moi, dans les statistiques».
En matière de consommation de vin, par exemple, c’est exactement mon cas. Prenez les vins blancs, tiens. J’en bois personnellement tous les jours et, mieux encore, j’en bois presque autant que de vin rouge.
Or, que disent les statistiques les plus récentes? 68,6% des vins vendus à la SAQ sont des rouges contre 26,9% pour les blancs (4,5% de rosés). Bon, on note une légère tendance à la baisse des rouges par rapport aux blancs, paraît-il, mais pas assez pour me mettre dans les statistiques.
Avec mes recommandations du jour, je suis complètement hors statistiques également quand on sait que le prix moyen d’une bouteille de vin vendue à la SAQ tourne autour de 15,20 $ (chiffre de 2012).
Mais je m’assume. De toute façon, je n’ai jamais fait bon ménage avec les chiffres. Et en plus, c’est Pâques, non? Ça vaut bien quelques dollars de plus par bouteille?
Voici donc trois blancs, et un rouge.

KamptalerRiesling

 

 

 

Riesling Kamptaler Terrassen 2012, Weingut W. Bründlmayer, 12,5%, Autriche (23,90 $ Code 10369311): vrai beau nez de riesling, avec de fins accents minéraux et des nuances de fleurs; la bouche est droite, s’arrondit légèrement en milieu de bouche, mais le vin est parfaitement sec en final. J’adore. ***
La même maison fait aussi un Grüner Veltliner intéressant, moins aromatique forcément (c’est dans la nature de ce cépage), qui coûte quelques sous de moins également (23,70 $ Code 10707069), moelleux en milieu de bouche, un peu épicé, droit en final lui aussi. Sur une entrée d’asperges gratinées, tiens. **1/2

 

AzeGarenneDomaine de la Garenne 2011, Mâcon-Azé, Famille Beaumont, 12%, France (24,05 $ Code 12178789): dans ma chronique de samedi qui vient dans le Journal de Montréal, j’explique un peu pourquoi les vins français ont autant augmenté ces derniers mois. Essentiellement, c’est la faute à l’euro, ou plutôt à la faiblesse de notre dollar. Sinon, ce mâcon aurait sûrement coûté quelques dollars de moins. Ce qui ne change rien au fait que c’est un très beau mâcon, subtilement citronné au nez, notions homéopathiques de chèvrefeuille à l’aération (les blancs aussi gagnent à être passés en carafe quelques fois), net, précis. J’aime. ***

 

 

 

Laffitte-Tram

 

 

Château Lafitte-Tramier 2003, Médoc, Cru Bourgeois, 13,5%, France (32,00 $ Code 890244) Nez un peu moka, bouche bien pourvue en fruit, le vin est moyennement corsé, et c’est à l’aération qu’on apprécie son amplitude et sa profondeur (on le passe en carafe, donc). 2003 est un millésime chaud,  qui a donné des vins avec des taux d’alcool généralement élevés, mais bien que celui-ci soit vineux, il est plutôt bien équilibré et on ne sent pas la chaleur de l’alcool. C’est un bordeaux de moyen de gamme, certes, mais qui a quand même onze ans, qui a bien vieilli, qui a un certain style et qui, à ce prix, constitue à mon sens une bonne bouteille à ouvrir à Pâques. Surtout si vous avez la bonne idée de faire un rosbif. ***

 

Vins généreux

Beau succès pour les «toasts aux vins généreux», cette année, puisque la SAQ a remis un chèque de 583,000 $ aux Banques alimentaires du Québec.
Outre la remise d’un dollar que la SAQ faisait sur chaque bouteille de vin blanc achetée (mise doublée avec un certain nombre de vins), 37 000 clients ont fait des dons supplémentaires en «tartinant» un toast symbolique.
Depuis quatre années que la SAQ mène cette campagne en faveur de cet organisme, 1,7 $ million ont été versés afin de venir en aide à ceux qui ont des besoins alimentaires d’urgence.
Bravo!

Rabais 10% à la SAQ – Les meilleurs vins entre 15$-25$

- 17 avril 2014

À partir d’aujourd’hui et jusqu’à samedi, la SAQ offre 10% de rabais sur tout achat de 100$ et plus. C’est le temps de faire des réserves de vins légers qui se laissent boire tout seul afin de profiter du printemps qui tarde à s’installer.

Pour vous aider à atteindre votre 100$, voici dans cette gamme les meilleurs vins entre 15$ et 25$ présentement disponibles sur les tablettes de notre monopole.

Joyeuses Pâques!

Blancs

Hatzidakis Assyrtiko 2012 (23,55$)
Gauby Calcinaires 2012 (25,40$) (nouveau millésime!)
Château Tour des Gendres Cuvée des Conti Bergerac sec 2012 (18,05$)
Ijalba Maturana Blanca Rioja 2012 (21,90$)
Argyros Assyrtiko 2012 (20,95$)
Jean-Claude Boisset Pouilly-Fuissé 2012 (réduit de 3,50$ à 21,45$ auquel s’ajoute 10%)
Domaine Ostertag Riesling « Vignoble d’E » 2012 (25,25$)

Rouges

La Stoppa Trebbiolo Emilia Rosso 2011 (20,60$)
Olga Raffault Les Picasses Chinon 2009 (24,65$)
Paul Jaboulet Crozes-Hermitage Les Jalets 2010 (24,35$)
Dominique Piron Domaine de la Chanaise Morgon 2010 (20,05$)
San Valentino Scabi Sangiovese di Romagna 2012 (18,90$)

À la paille!

- 17 avril 2014

J’ai reçu quelques commentaires d’émoi à l’effet qu’on a « vidé » la bouteille de Musginy 2001 de Vogüé dans deux verres . « Ça ne fait pas très sérieux » m’a t-on souligné, l’air un peu outré.

J’avoue que le geste peut paraître un peu « brusque », d’autant qu’il s’agit d’une bouteille d’exception valant des centaines de dollars. Qu’à cela ne tienne, le verre en question, un Sommeliers Black Tie Grand cru Bourgogne de la vénérable maison Riedel, m’a paru tout à fait approprié pour ce genre de « manoeuvre ». Il peut contenir 37 oz. Une bouteille fait 26 oz, donc autour de 11 ou 12 oz par verre si on laisse un fond de dépôt dans la bouteille. Ça peut paraître beaucoup, mais une fois dans le verre, c’est plutôt agréable, même que vu la dimension, j’ai trouvé que c’était parfait.

En même temps, Monsieur Riedel lui-même nous dit qu’on fait fausse route. Voyez vous-mêmes:

Comment utiliser un Sommeliers Back Tie Grand Cru Bourgogne 

Et bien, nul n’est prophète dans son pays!

Riedel

Sommeliers Black Tie Bourgogne Grand Cru

Personnellement, 4oz dans ce genre de verre, j’ai l’impression que les arômes se perdent plus qu’ils ne se concentrent, surtout après une ou deux gorgées et qu’on se rapproche plutôt de deux oz que de quatre. Il faut verser à nouveau avec le défi de ne pas bouger le dépôt.

J’ai bien aimé la sensation d’avoir une bonne dizaine d’oz dans mon verre. Ça rend le bouquet plus puissant tout en permettant de bien suivre la longue évolution du vin dans le verre. Pas besoin de manipuler la bouteille avec soin. Et puis je vous fais une confidence: ça ajoute une petite touche de décadence à ouvrir ce genre de bouteille à l’apéro, un vendredi fin de journée sans autre raison que de se faire plaisir!

Tant qu’à faire, aussi bien y aller directement à la carafe, voire à la paille, de blaguer d’autres lecteurs. À cela, je réponds que si c’est pour faire « trash« , aussi bien aller voir au fond de la bouteille!

Entre vous et moi, je préfère la façon cravate noire.