C’est Vin-dredi!

- 22 août 2014

La Grèce me manque.

Jamais je n’ai pensé écrire ça un jour. Une vieille histoire étudiante qui a moins bien tourné et m’a fait jurer de ne jamais y mettre les pieds. Par chance, je ne suis pas rancunier…

Deux voyages de presse plus tard, après l’avoir parcouru de long en large et goûté ce qu’elle offre de meilleur, elle s’est emparée de moi. Sauf que, cette année, pas de voyage prévu. Il faudra écouter les récits et regarder les photos de voyage des autres.

Vous vous doutez que je n’allais pas en rester là.

Tout comme vous savez que la meilleure façon de voyager à petit prix c’est… d’ouvrir une bouteille. Au-delà du voyage éthylique plus facile à emprunter, il suffit souvent d’un verre pour que les odeurs du pays, les saveurs de sa cuisine, la beauté de ses lieux et, bien entendu, la magie de ses habitants surgissent à mille souvenirs à l’heure dans votre tête.

Terre et Ciel 2009 NoussaC’est précisément ce que j’ai fait cette semaine en jouant du tire-bouchon avec un superbe vin de Naoussa.

Située au nord-ouest du pays, c’est la première appellation d’origine contrôlée du pays à naître en 1971. Même s’il y fait assez froid pour recevoir de la neige chaque année, la belle saison profite d’un été tellement chaud et sec que l’irrigation est essentielle. Cela permet au xinomavro (xino signifiant acide et mavro, noir), seul cépage autorisé, de mûrir à point. Comme le pinot noir, le xinomavro est limpide et se distingue par le charme de son bouquet. Pareil pour son acidité. Sa structure tannique naturellement puissante, mais aussi fine et enveloppante le rapproche du nebbiolo avec lequel on fait notamment le barolo. Il se distingue par son côté suave et ses arômes de pâte de tomate et de fumée.

Apostoulos ThymiopoulosAutrefois rustiques et sévères, les vins demandaient plusieurs années pour se révéler pleinement. Aujourd’hui, l’arrivée de jeunes vignerons aux horizons élargis et débordants de motivation apporte du piquant à cette région encore profondément agraire et traditionnelle. C’est le cas d’Apostoulos Thymiopoulos, 35 ans, la bouille d’un gamin avec ses yeux bleus mer d’Égée. Il a perdu son père et son frère aîné subitement. Son adversité s’est traduite en créativité. Travaillant en biodynamie, ses vins sont proprement lumineux.

Sa cuvée Terre et Ciel est le parfait reflet du renouveau à Naoussa. Le 2009 que j’ai ouvert était particulièrement délicieux, pour ne pas dire impressionnant. Parfumé et détaillé. Registre de fleur séchée, de goudron, de pâte de tomates, de viande crue, de cumin et de poivre rose. Élégant dans sa forme, on devine une matière riche et enveloppée, presque dense. Ensemble fondu et précis offrant une longue persistance aromatique. Papa et moi avons sifflé la bouteille dans le temps de le dire.

Disponible actuellement à la SAQ, le 2011 est de bonne profondeur et donne déjà beaucoup de plaisir même si on le sent un peu dans un bloc. Donnez-lui de l’air si vous l’ouvrez maintenant. L’idéal est de le coucher deux ou trois ans en cave tout en sachant qu’il tiendra probablement longtemps si vous avez de bonnes conditions de conservation. Un rapport qualité/plaisir/prix à mon sens exceptionnel.

Domaine Thymiopoulos Terre et Ciel 2011 (30,25$ – Code SAQ 11814368)

Naoussa

Le Sancerre rosé de Joseph Mellot

- 18 août 2014

sancerreRose - copieDans ma tête, et j’avais de toute façon vérifié à quelques reprises au début du mois de juin, il n’en restait plus de ce Sancerre Rosé Le Rabault 2013 de Joseph Mellot.

Je le savais d’autant mieux que j’étais moi-même allé chercher les six dernières bouteilles à la SAQ de Sainte-Marthe-sur-le-Lac.

Le site de la SAQ indiquait bien qu’il en restait une bouteille ici et là, mais l’expérience a montré depuis longtemps que dans une telle situation, on ne trouve généralement pas la bouteille en question.

Soit elle a été cassée, soit elle été volée ou soit c’est tout simplement une erreur d’inventaire.

Alors, non, j’étais formel, il n’en restait plus de ce rosé.

Et voilà qu’à la suite de ma chronique de samedi dernier dans le Journal de Montréal dans laquelle j’implorais la SAQ de tripler la commande de ce rosé, le printemps prochain, en plus de nous proposer, si possible, le petit pinot noir rosé du même producteur goûté cet été aux États-Unis, voilà donc que je reçois un coup de fil d’un ami.

Qu’est-ce que tu racontes, qu’il me dit ? Il en reste quatre caisses aux Galeries des Sources, à Dollard-des-Ormeaux et plus de trois caisses sur Côtes-des-Neiges ?

Impossible, lui dis-je, tout en pitonnant rapidement sur mon ordi. Ça fait deux mois qu’il n’en reste plus nulle part et…. ciel de ciel, tu as raison, mais comment cela se fait-il ?

Ça, c’était samedi dernier. Dans la demi-heure qui a suivi, je me suis dépêché d’aller m’en chercher quelques bouteilles.

Et ce matin, juste avant de publier ce texte, j’ai revérifié et il y en avait encore environ six caisses dans ces deux mêmes succursales.

Que s’est-il passé ? Il s’est passé que quelques conseillers en vin plus rapides sur le piton que d’autres en ont vite recommandé en juin, et il s’est trouvé qu’il y en avait encore quelques caisses en entrepôt.

Mais, encore une fois, allez-vous me dire, qu’est-ce que cette folie pour ce sancerre rosé ?

Tous ceux qui ont eu la chance de le goûter vous le diront, c’est non seulement le meilleur rosé qu’ils ont bu cet été (moi le premier), mais tout simplement un des meilleurs, sinon le meilleur rosé jamais bu à vie.

Je reprends ici mes commentaires publiés sur ce vin à la fin mai :

Le Rabault 2013, Sancerre Rosé, Joseph Mellot, 12,5%, France, Prix 24,65 $ Code : 12228539

Ceux qui trouvent que les rosés sont tout au plus rafraichissants, au mieux divertissants, doivent absolument goûter à ce rosé fait de pinot noir à 100%. Ça sent le pinot et ça goûte le pinot. Bien sûr, tout ça en mode mineur, mais le vin a de la présence, du caractère et, se démarque complètement de ce que j’ai goûté en rosé, jusqu’à maintenant, cette année. Et j’ajouterai même que son prix élevé, pour une fois en rosé, est mérité. Bravo. *** (16,5 /20)

Je n’ose en mettre davantage, de peur d’ajouter à votre frustration au cas où vous ne pourriez le goûter. Bonne chance.

C’est Vin-dredi! Palmarès des vins sous 15$ en action

- 15 août 2014

Ceux qui me suivent un peu sur les réseaux sociaux savent que je planche, en collaboration avec le Raisin Langlois, sur le palmarès des meilleurs vins sous 15$ disponibles à la SAQ, palmarès qui, si tout va bien, paraîtra dans le Journal de Montréal et le Journal de Québec au courant du long week-end de la Fête du Travail.

Merci au Raisin Turbide de m’avoir lancé dans une telle aventure!

Boîtes d'échantillons - vins sous 15$J’ai reçu plus d’une trentaine de boîtes en moins de deux semaines. Ça fait en moyenne trois caisses de vins par jour à charrier du bureau à chez moi. J’en profite d’ailleurs pour remercier l’équipe du courrier chez Québecor pour leur excellent boulot et leur patience. Au total, plus de 250 bouteilles qui traînent dans ma cuisine et je continue d’en recevoir. J’ai l’impression que Je dois passer pour un alcoolo fini…

Il faut ensuite goûter, commenter, classer et expliquer. Or, vous n’êtes pas sans savoir qu’il y a beaucoup de – restons polis – m… oins bons vins dans cette catégorie. On prend déjà un malin plaisir à me taquiner sur cette « épreuve » chaque fois que je publie sur Instagram le porn wine de mes week-ends au chalet.

Qu’à cela ne tienne, l’exercice est fort instructif. J’achète peu souvent des vins sous 15$. Pas par snobisme, simplement que ma passion me pousse vers les meilleurs vins qui sont habituellement plus chers. J’ai peu d’occasions de les comparer directement entre eux. Et puis, ça remet surtout les pendules à l’heure. C’est comme relire Les Cloches de Bâle de Louis Aragon et se prendre un bon coup de pied au cul de réalisme social. Tout ça pour vous dire que jusqu’à présent, j’ai trouvé de belles surprises! À suivre…

Bon, ça donne soif tout ça!  Qu’est-ce qu’on boit?

Voici deux rouges qui viennent de débarquer sur les tablettes de la SAQ:

 

Domaine Marcel Lapierre Morgon 2013 (31$ – Code SAQ 11305344)

Joli nez pétant de fruits rouges avec une pointe végétale se situant entre l’encre, le poivre et la ronce. On dit que le vin morgone! Matière sapide quoique pas la plus concentrée. C’est gouleyant avec de l’ampleur en milieu de bouche et beaucoup de fraîcheur, mais on souhaiterait un peu plus de longueur en finale, surtout à ce prix. Vin de soif par excellence, il pourra évoluer de bonne façon une dizaine d’années sans problème.  Dépêchez-vous, les quantités baissent rapidement! Cela dit, un second arrivage de 200 caisses est prévu en octobre. 16-16,5/20

 

Domaine Gauby Vieilles Vignes 2011 Côtes du Roussillon Villages (46$ – Code SAQ 11225125)

Attention! Vin sur la réserve! À l’ouverture, du gaz et des notes de réduction qui peuvent laisser croire que le vin est défectueux/bouchonné. Passez-le rapidement en carafe, remettez-le en bouteille et laissez-le reposer idéalement deux à trois heures avant de l’approcher. Le nez s’emballe alors sur des tonalités de fruits noirs et de graphite. Texture fine, tanins serrés avec une impression d’expansion et une finale aromatique qui s’étire de belle façon. Un peu cher, certes, mais la qualité Gauby a malheureusement un prix. 16-17/20

 

Lecture

Sur Lapierre : http://blogues.journaldemontreal.com/mechantsraisins/vins/sulfites-vs-nature-le-cas-marcel-lapierre/

Sur Gauby : http://blogues.journaldemontreal.com/mechantsraisins/vins/gauby-ou-comment-repenser-le-roussillon/

 

Quatre vins à acheter avant qu’il n’en reste plus

- 13 août 2014

Je ne dis pas ça pour me plaindre, mais ça m’énerve quand je goûte un bon vin dont je me promets bien de parler, mais que je dois finalement ignorer parce que les quantités restantes dans le réseau de la SAQ sont trop petites.

Dont je me promets bien de parler dans ma chronique du samedi du Journal de Montréal, je veux dire, ou alors le jeudi, en le choisissant comme vin de la semaine.

L’avantage d’un blogue comme Méchants Raisins, suivi par des amateurs plus «assoiffés», oserais-je dire,  par les bonnes affaires, et ce même s’il faut se démener un peu plus pour en trouver, donc plus au fait des limites du marché du vin au Québec, l’avantage, disais-je donc, c’est de pouvoir parler ici de ces vins sans se faire lancer des tomates parce qu’il n’en reste plus assez.

Voici quelques-uns de ces vins goûtés durant mes vacances, trois rouges et un blanc. En espérant que ces bouteilles feront aussi votre bonheur.

PradoRey

PradoRey 2011, Ribera del Duero, 15%, Espagne, Prix 15,60 $ Code 585596

Quelle jolie sève riche et enveloppante ! La bouche est ample, les saveurs sont sur la cerise et un élevage sous bois a aromatisé légèrement le vin. Il est vineux, certes, mais pas au point de percevoir ses 15 degrés d’alcool. Vraiment très bon pour le prix.*** (16/20)

Clos deFouss Fous 2011, Grillos Cantores, Alto Cachapoal, Valle Central, Cabernet Sauvignon, 14%, Chili Prix 20,25 $ Code 11927813

Enfin un vin du Chili qui n’est pas «bretté». Le nez est franc, très «cab», la bouche est vineuse, un brin chaleureuse même, mais le fruit a de l’éclat et le vin est bon. À l’aération, il fait un peu «feuille de tomate» comme la plupart des vins du Chili, mais rien ici pour nous faire bouder notre plaisir. Dans mon cas, je dois dire que ça m’a réconcilié un peu avec le Chili. C’est toujours ça de pris. **1/2 (15/20)

 

 

Marie de Beauregard 2011, Chinon, Saget La Perrière, 12,5%, France Prix 21,25 $ Code 1210991Chinon

Un beau chinon frais et digeste, bien élevé dans des barriques de 2 à 3 ans, ce qui lui a donné rondeur et souplesse ; franches saveurs de cabernet franc bien mûr. J’aime. **1/2 + (15,5/20)

 

 

Clemence

Cuvée Clémence 2012, Entre-Deux-Mers, Cheval Quancard 12,5%, France Prix 17,056 $ Code 10392394

Un très joli blanc aux arômes de pamplemousse, mais dont les ardeurs du Sauvignon ( 60% de Sauvignon blanc et gris) sont sérieusement tempérées par le Sémillon (25%) tandis que la Muscadelle (15%) apporte de jolies notes florales. **1/2+ (15,5/20)

 

 

 

 

 

C’est Vin-dredi! – Les vins québécois à la traîne

- 8 août 2014

Je vous préviens : je ne vais pas me faire d’amis avec celle-là. Je vais même en froisser quelques-uns. Qu’à cela ne tienne, le sujet me turlupine trop pour ne pas en parler.

S’est tenu en juin dernier, à Penticton, en Colombie-Britannique, le Concours des meilleurs vins canadiens : les National Wine Awards of Canada. La compétition, organisée chaque année par le groupe Wine Align qui a désormais son bras francophone au Québec par le truchement de Chacun son Vin, porte uniquement sur les « vins » canadiens.

Vin du QuébecPour comprendre l’utilisation des guillemets, citons Rémy Charest, membre du jury du concours et qui précisait dans son billet de cette semaine ce dont il est question: « des vins venus de partout au Canada (…) des mousseux de Nouvelle-Écosse, syrah de Colombie-Britannique, rieslings de l’Ontario, hydromels du Nouveau-Brunswick, chardonnays et alcools d’érable du Québec, vin de cerise de Saskatchewan, vin de framboise de Terre-Neuve, la liste est longue ». On en déduit que la compétition ratisse plus large que le vin – qui par définition est issu uniquement de raisins fermentés – et embrasse les produits qui s’en inspirent ou en contiennent pour autant qu’ils soient canadiens.

Commentant les résultats de 2014, Rémy laisse entendre dans son billet que le Québec y fait bonne figure. Je dirais plutôt que c’est grâce à la possibilité de présenter n’importe quel produit en compétition que le Québec n’a pas eu l’air d’être à la traîne. Et encore…

Je m’explique.

Par-delà les limites intrinsèques des concours – un tel exercice ne vaut pas plus qu’une photo A de la moyenne des appréciations partagées par un groupe de dégustateurs un jour B que la photo Y du même groupe un jour Z (par ailleurs, probablement différente) – et abstraction faite des lacunes évoquées par Rémy quant à la représentation des producteurs québécois en compétition, ce sont au final deux vins fortifiés à base de SÈVE D’ÉRABLE qui ont raflé les grands honneurs, soit la médaille platine. Le Vignoble Coteau Rougemont est le seul producteur québécois à avoir classé des « vrais » vins dans les catégories bronze et argent. Sans trop de surprise, les cidres de chez nous sont les seuls à figurer au palmarès des médailles.

En décembre dernier, je m’agaçais à nouveau de la qualité des lauréats retenus au concours Les grands vins du Québec; particulièrement celle des vins secs rouges et blancs. Oui, bien sûr, certains vignerons arrivent à tirer leur épingle du jeu. Je pense tout de suite au chardonnay du Domaine des Pervenches, probablement le meilleur vin sec québécois que j’ai goûté à ce jour. Sauf que depuis, plus rien, ou presque. De manière générale, la qualité me semble au mieux correcte et trop souvent inconstante. Bref, quand je lis mes collègues de la presse encenser les vins québécois, vous comprenez que je ne peux m’empêcher de sourire…


En même temps, je me dis qu’avec la vigne, rien n’est impossible. Mais il y a encore beaucoup de chemin à faire pour atteindre le niveau qu’on retrouve à Niagara ou Okanagan. Je trouve aussi dommage de ne pas voir plus de producteurs s’intéresser à la bulle. Le réchauffement climatique aidant, le sud de l’Angleterre figure aujourd’hui parmi les très bons producteurs d’effervescents. Les mousseux québécois que j’ai goûtés me donnent l’impression que c’est peut-être une avenue intéressante.

Qu’à cela ne tienne, je persiste à croire qu’il faut être fou pour faire des vins dans la Belle Province! Remarquez, je dois l’être aussi un peu : un chroniqueur vin québécois qui tire à boulets rouges sur la qualité des vins de chez lui. Comme dirait Obélix : sont fous ces Québécois!