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Bordeaux 2009 : un millésime mythique ?

- 7 février 2012

Avait lieu fin janvier, la dégustation des vins de Bordeaux 2009. Organisé par les Services Signature de la SAQ, l’évènement réunissait pas loin de 100 producteurs.

Les dégustations primeurs 2009 ont donné lieu à des commentaires dithyrambiques. Parker le compare au mythiques 1929, 1947 et 1982. Certains parlent du plus grand millésime depuis 100 ans. On beurre épais. Tout de suite, l’engouement est monstre. Les Asiatiques sautent à pied joint dans le marché. Les prix explosent et atteignent des niveaux jamais vus.

Est-ce que 2009 est vraiment aussi mythique qu’on le dit?

Le temps le dira. Mais pour l’heure on peut surtout penser oui quoique avec certaines réserves

J’ai rarement goûté des rouges aussi succulents en jeunesse. Les nez sont riches, exubérants. Les bouches sont suaves, denses et portées par des acidités remarquables malgré le côté puissant, voire capiteux de certains vins. Certains crus affichent des taux d’alcool rarement inégalés. On dépasse aisément les 15%. Pour l’heure, pauillac, saint-julien et, dans une certaine mesure, saint-émilion semblent avoir une tête sur les autres communes.

Les blancs secs sont réussis avec parfois plus de poids qu’à l’habitude. À nouveau, les meilleurs conservent la fraîcheur et la vivacité voulues.

On dit qu’un bon millésime en rouge se traduit par de moins bons liquoreux et inversement. Il en est tout autrement pour 2009! Les sauternes et barsac sont pour le moins stupéfiants. Plus pleins que les 2005 auxquels ils ressemblent et avec des liqueurs sans lourdeur, ils gardent une dimension aérienne et une finale explosive qui les rendent immensément charmeurs et prometteurs. Les amateurs à la dent sucrée seront heureux.

 

***

Quand je relis mes notes, j’ai l’impression de tourner autour du même moule: volupté presque indécente, fruité crémeux, fraîcheur et boisé imposant souvent bien intégré. Certes, on perçoit la finesse des tanins à margaux et de saint-julien, le côté plus viril des saint-estèphe, les tonalités fumées des pessac, la fameuse touche minérale des vins de pauillac et le profil ferrugineux (métal froid) des pomerol. Au demeurant : bien malin celui qui aurait pu les différencier commune par commune. Amateur de Calibcab, j’aurais souvent dit Napa ou Sonoma.

Les meilleurs ont réussi à conserver une identité propre. Je pense à Giscours (margaux), Haut-Bailly (pessac-léognan), Pichon Baron (pauillac), Léoville-Barton (saint-julien), Petit-Village (pomerol), Canon (saint-émilion), et j’en passe. Pour la plupart, la complexité viendra avec le temps. On peut néanmoins se questionner sur le côté (trop ?) mûr de beaucoup de vins. Sylvie Cazes, présidente de l’Union des grands crus de Bordeaux, fait le rapprochement avec 1989, un millésime chaud et charnu qui a révélé certaines limites (assèchement) au vieillissement : «On commencera à les boire d’ici 5 ans et sur une bonne dizaine. Les meilleurs, à cause de la vigueur apportée par l’acidité naturelle, iront beaucoup plus loin.»

Commençons donc cette revue 2009 et ce premier affichage des Méchants raisins avec un coup d’œil sur LA commune la plus réputée du Médoc : Pauillac.

 

Mes impressions sur les autres communes suivront au cours des  prochains jours.

 

Les notes sont sur 20 points.

 

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PAUILLAC

Clerc Milon

Niveau aromatique relevé avec un merlot qui prend une place plus marquée dans l’assemblage. Les confitures de bleuets, notes torréfiées . Bouche ample, une peu serrée et devenant expansive. Frais avec une finale plus typée sur des notes de charbon. La classe! Superbe. 17

 

D’Armailhac

Plus souple que le Clerc Milon sans perdre en élégance. Nourri, il évoque le cassis frais et la pierre mouillée. Opulent sans perdre en prestance, il pousse le cru vers de nouvelles limites. Belle réussite. 16,5

 

Grand-Puy Ducasse

Un nez viril d’olive et de fruits noirs en confiture agencé autour d’un boisé juste. L’ensemble demeure plutôt plein, avec un arrière-plan tannique ferme qui tend à masquer l’ensemble. Le temps devrait aider à délier l’affaire. 15,5

 

Grand-Puy-Lacoste

Un nez d’emblée racé, sur des tonalités de mine de crayon, de cassis frais et une fine touche d’eucalyptus. La bouche charme par ses proportions classiques et une opulence contrôlée. Superbe allonge. Il se place en tête de peloton de cette dégustation Bordeaux 2009. 17,5

 

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Haut-Bages-Libéral

On trouve une belle mâche, bien pauillacaise avec un touché salin. Un nez dominé par le fruité et une touche minérale. Viril de style, garde du moelleux et évite de tomber dans le piège de l’extraction et de la rigidité. Un des plus beaux Haut-Bages dégustés à ce jour. 16,5

 

Lynch-Bages

Une petite bombe à retardement qui donne déjà sans compter. Vin racé avec des notes discrètes de graphite, de fruits noirs frais et de fleur. Explosif, avec une texture veloutée à la limite de l’onctueux et construite autour d’une fermeté structurelle d’une grande concision. Longue finale. Le rapprochement avec le 1989 en jeunesse est flagrant. 18

 

Lynch-Moussas

Un cran sous Bages, ça se sent, ça se goûte. Ne manque pas d’élégance, tout au contraire. Mais on le devine limité en terme de profondeur et d’intensité. Belle finale enrobée par le fruité du millésime. 16

 

Pichon-Longueville-Baron

Dès qu’on y pose le nez, on sent qu’il joue dans la cour des grands. À hauteur de 70% de cabernet et le reste en merlot, on sent le vin crémeux, puissant, séveux, frais et précis. Que demander de plus? Le gras de bébé immensément charmeur masque la virilité habituelle du cru et lui donne des proportions presque parfaites. Finale merveilleuse. 18,5

 

Pichon-Longueville Comtesse-de-Lalande

C’est peut-être cliché mais toujours aussi vrai : pouvoir les déguster Comtesse côte-à-côte avec Baron permet de bien saisir la prestance féminine du cru.  Un nez plus en retenu, d’une race indiscutable. Frais et plus floral. La bouche montre une poigne ample et imposante. Droit et éminemment long il fera une bouteille d’exception. 17,5

 

Pichon