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Les vins Julia : le phénomène des vins du Costco

- 19 février 2012

Les lecteurs de ce blogue savent que je voue une haine profonde à la réglementation stupide qui entoure la vente de vins dans les épiceries et les dépanneurs du Québec.

En gros, il s’agit d’une réglementation qui empêche les commerçants privés (à l’exception des succursales gouvernementales de la Société des alcools du Québec) de vendre des vins embouteillés ailleurs qu’au Québec. Et n’allez pas croire qu’il s’agit de donner un coup de pouce aux vignerons québécois: ça n’a rien à voir. C’est une mesure visant surtout à protéger quelques entreprises d’embouteillage, à qui le gouvernement garantit un accès à des milliers de points de vente pour nous refiler des vins de très mauvaise qualité, conçus ici de manière industrielle ou importés en vrac d’un peu partout. On se retrouve donc dans nos épiceries avec des étalages complets de bouteilles de vins qui ne sont rien d’autres que des attrape-nigauds, de la piquette à 3 $ qu’on vous vend à 10 $ ou 15 $. Et pour vous passer la pilule plus facilement, on invente des noms de domaines ou d’oenologues qu’on accole aux étiquettes pour se donner un semblant de crédibilité.

Nous sommes la seule société au monde à permettre une absurdité pareille.

À mon avis, c’est un scandale.

***

La petite révolution des vins Julia

Mais bon, en attendant que quelqu’un quelque part allume et fasse changer ces règles ridicules, il y a au moins une brèche dans le système.

J’ai été l’un des premiers  à vous parler des vins de la maison Les Vins Julia (Julia Wine), qui sont commercialisés dans les magasins du géant américain Costco.

Très sceptique au départ (c’est un peu normal, après des décennies d’Harfang des Neiges et de Notre Vin Maison), j’ai rapidement changé d’avis en goûtant les vins de Julia.

Voici ce que j’écrivais à ce sujet dans le magazine 7 Jours, en mars 2010:

Voici qu’une entreprise de l’Estrie a fait le pari de changer l’image des vins d’épicerie, en embouteillant ici au Québec des vins de meilleure qualité.

L’entreprise en question, Apéri-Fruits a même vendu – avec un certain succès – un vin de Californie à près de 50 $ la bouteille, l’hiver dernier. Vous avez bien lu: un vin d’épicerie à 50 $! La plupart des vins d’Apéri-fruits sont toutefois vendus beaucoup moins cher, dans une fourchette de prix qui va de 8 à 25 $.

Les vins, commercialisés sous les noms de «Julia Wine – Cuvée Cellier», pour les vins plus chers, ou de «Bottle Shock» pour la gamme d’entrée, ne sont pas disponibles dans les dépanneurs, ni dans la plupart des épiceries, puisque l’embouteilleur a conclu une entente exclusive avec la chaîne de supermarchés Costco.

Ce n’est pas anodin, puisque Costco est le plus important vendeur de vins aux États-Unis. D’où l’intérêt de la chaîne pour développer le marché de la vente d’alcool, même ici au Québec. Les vins sont donc produits dans des vignobles appartenant à l’entreprise au Chili notamment, ou carrément commandés à des producteurs, notamment en Californie. La compagnie de Compton les fait venir au Québec dans des conteneurs réfrigérés spéciaux (ils seraient brevetés), plus petits que ceux qui sont normalement utilisés pour le transport du vin. Ils sont ensuite élevés, puis mis en bouteilles.

Mais les vins, ils sont bons?

Plusieurs lecteurs m’ont demandé ce que je pensais des vins de cette entreprise, particulièrement ceux de la gamme Julia/Cellier, qui sont vendus plus chers que la plupart des vins que l’on trouve en épicerie. J’ai donc fait le test. Je suis allé me chercher la plupart des vins de la série Cellier. Et je les ai dégustés à l’aveugle, avec des amis, en plaçant dans le lot plusieurs vins de prix semblables et de bonne réputation à la SAQ. Les résultats ont été assez surprenants, particulièrement les cuvée no 20 (un assemblage argentin de bonarda et de malbec vendu à moins de 10$), 23 (un assemblage californien de cabernet/zinfandel/merlot/syrah vendu 17$) et 24, un cabernet californien.

En général, il y avait consensus pour dire que le vins de Julia avaient un style commun: fruité intense, boisé assez présent, acidité faible, bonne concentration, texture en bouche ronde et souple, bref l’archétype du vin du Nouveau Monde, mais bien fait. Les amateurs vins plus nerveux et plus vifs, à l’italienne, risquent de ne pas aimer, mais ceux qui affectionnent les vins de Californie, d’Argentine, du Chili ou d’Australie y trouveront leur compte et à très bon prix.

 

Depuis deux ans, les vins de Julia ont fait leur niche chez les clients de Costco. Et depuis quelques semaines, plusieurs de mes collègues chroniqueurs de vins ont emboîté le pas et commencent à en parler. C’est le cas de Jessica Harnois ici, à TVA, ou de Guénaël Revel qui en discute dans cette entrevue à la radio de CIBL avec Jean Aubry, du Devoir, et avec le responsable des vins Julia, Alain Lord-Mounir (Jean mentionne les vins de Julia dans son Guide Aubry depuis l’édition 2011).

Comme il est expliqué dans l’entrevue, les vins de Julia sont embouteillés ici (pour pouvoir être vendus en épicerie), mais ce sont souvent des vins qui autrement seraient destinés à un embouteillage sur place pour être vendus comme vins d’appellation contrôlée. Toujours pour se conformer à l’absurde réglementation, les Vins Julia ne peuvent pas dire de quel millésime proviennent les vins, ni avec quels cépages il sont produits. On peut toutefois en apprendre plus sur chaque vin en aller sur le site de l’entreprise.

Ils sont transportés dans des contenants particuliers, qui permettent notamment un certain contact avec l’air. Bref, ce sont des vins importés en vrac, mais qui ont profité d’un soin minutieux et ça se voit. C’est la preuve qu’il est possible d’offrir de bons vins à bon prix dans nos épiceries. Dommage qu’il faille traverser toute une batterie de réglements absurdes pour y arriver. Espérons que d’autres suivront cette voie et qu’on aura enfin des vins potables ailleurs qu’à la SAQ ou au Costco…

 

 

GOÛTÉS RÉCEMMENT:


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Cellier No 58, Italie, Les Vins Julia

16,90 $ (Costco)

Il s’agit d’un montepulciano des Abruzzes, de 2008. Sur le site de Julia, on prétend qu’il provient de l’un des meilleurs producteurs de la région (évidemment…) qui espère ainsi entrer un jour dans le marché québécois. Et de fait, c’est un vin très plaisant, bien coloré, avec des arômes de fruits très mûrs (cerises, prunes) avec une touche de réglisse. L’attaque en bouche est souple. J’avoue avoir été surpris par la faible acidité du vin: j’en aurais accepté un peu plus. Les tanins sont souples et les saveurs de fruits confiturés reviennent en finale.

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Cellier No 59, Californie, les Vins Julia

12,95 $ (Costco) 

Un assemblage de merlots californiens de 2009 provenant des régions de Napa et de Monterey. Très typique des merlots californiens de la gamme de 15 à 20 $: coloré, fruité, gourmand. Au nez, on perçoit des arômes de mûres, de cassis et de cassonnade. En bouche, c’est rond et gras, peu tannique et chaleureux (+ de 14 % d’alcool). Somme toute, bien fait et agréable avec des poitrines de poulet, nappées d’une sauce aux champignons sauvages.

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Giuseppe Quintarelli

- 19 février 2012

Pas besoin d’utiliser de superlatif. Le titre de ce billet suffit. On parlait de lui comme le seigneur de la Valpolicella. Tel un Ayrton Senna, il parvenait à faire ce qu’il voulait avec les raisins qu’il récoltait. Un magicien. Il est décédé à la fin du mois dernier.

Les plus chanceux qui ont pu tremper leurs lèvres dans ses amarone vous en parleront comme une des expériences les plus mémorables. Des vins qu’on ne fait plus. Il reste qui? Dal Forno, toujours en Valpo. Henri Bonneau à Châteauneuf. Une approche baroque qui est en train de se perdre.

Des vins qui ne sont pas nécessairement faciles d’approche. Il faut ouvrir son esprit puis laisser aller ses sens. On trouve souvent des notes de volatile, de vieux fût pour ne pas dire de réduit, de putréfaction, de moisi. Pour l’amateur dont c’est le premier contact, c’est souvent rébarbatif. Sauf qu’après un moment, la matière s’emballe et rien ne va plus! La complexité des arômes, la somptuosité de la bouche, l’équilibre et la puissance trouvent peu de comparables. À table, les vins de Quintarelli sont tout simplement des merveilles.

Quand je dis que le monsieur était un magicien, j’en veux pour preuve ce « simple » Valpolicella né d’un mauvais millésime qu’est 2002. Un nez d’abord sur la réserve qui se réveille après un passage en carafe. Une exubérance et une puissance remarquables. On se sent déstabilisé et interpellé à la fois: aneth, viande fumée, eau-de-vie de prune, poivre de Jamaïque, noyer, truffe noire. Une bouche renversante par son velouté, sa rondeur, à la limite de l’amarone mais avec la perception d’un vin toujours bien sec. Beaucoup de volume, tout en nuance, en puissance et en élégance. On pourrait lui reprocher un manque de profondeur sauf que… 2002. On médite avec le sourire.

La SAQ propose encore quelques vins de ce producteur en voie de devenir mythique. Ils sont affreusement chers (les Bianco secco 2010 et Primofiore 2007 restent plus abordables et des plus recommandables) mais ils sont assurément dans une classe complètement hors norme.

Qu’il repose en paix.

 

Quintarelli Giuseppe Valpolice ella Superiore Classico 2002 (81,00$ – code SAQ 10811253)

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