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Le rosé du « Château de Ma Mère »

- 1 novembre 2012

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Vous le reconnaissez? C’est le «Château de ma Mère». Le vrai. Enfin, le vrai… le vrai que l’on voit dans la mémorable reconstitution cinématographique qu’a faite Yves Robert du célèbre roman autobiographique de Marcel Pagnol.

Mais c’est en même temps le faux «Château de ma Mère» puisque celui dont parle Pagnol est en réalité le Château de la Buzine, situé lui dans les environs de Marseille, alors que celui du cinéma est sur le route de Lorgues, à Vidauban, à presque une heure trente de Marseille.

Mais le cinéma est le cinéma et si le vrai «Château de ma Mère» est, dans les faits (était, plutôt, mais vous verrez pourquoi), beaucoup plus modeste, dans les souvenirs de Pagnol il était au moins aussi gros (et remarquable, il faut le dire) que celui que l’on voit dans le film, lequel en réalité est le Château d’Astros.

Sauf que maintenant, et c’est là que le cinéma rejoint la réalité, le Château de la Buzine, situé, donc, dans le 11 ème arrondissement de Marseille, est maintenant devenu la Maison des cinématographies de la Méditerranée.

Ce qui était, en somme, à peu près le rêve de Pagnol quand il avait acheté ce château, rêvant d’en faire une cité du cinéma, à l’image d’Hollywood. C’est après l’avoir acheté qu’il a découvert que ce château était exactement celui qui faisait peur à sa mère.

Vous me voyez venir? Le Château d’Astros, on connait chez nous, non? Si, on connait. Ou plutôt, on connait le rosé du Vieux Château d’Astros, ce qui est à peu près la même chose. Et on connait d’autant mieux que ce rosé est l’un des plus vendus au Québec. Mais je vous démêle tout ça.

D’abord, un aveu: je ne suis pas à Montréal, ces temps-ci, même si, hypocritement, par le biais de Mon vin de la Semaine du mercredi et de ma Chronique de vin du samedi, je fais semblant que si.

Je suis en Provence, invité par le Conseil interprofessionnel des Vins de Provence (et la SOPEXA) avec mon collègue Patrick Désy de Canoë et de Méchants Raisins, et nous préparons des reportages que vous pourrez lire bientôt dans le Journal de Montréal et sur Canoë.

Mais je voulais d’abord vous faire un petit coucou, et voila pourquoi je vous parle du Château d’Astros, un magnifique château, comme vous le savez déjà tous, qui appartient à la famille de M. Bernard Maurel, un banquier de Marseille et un grand amoureux du Québec, que lui et sa femme ont visité à de nombreuses reprises et où ils comptent plusieurs amis.

Mieux encore, il y a un peu de nous, Québécois, dans ce château puisque la Caisse de Dépôt a des parts dans le holding familial de M. Morel, lequel, donc, possède le Château d’Astros.

Alors, pourquoi le rosé du Vieux Château d’Astros?  Ce domaine (j’ai tout appris en visitant la propriété) a appartenu aux Templiers du XIIe siècle jusqu’en 1314, avant d’être tout simplement saisi par Philippe Le Bel (on ne niaisait pas avec les biens des  «hérétiques», à l’époque).

Je «fastforwarde» un peu jusqu’à Napoléon qui, voulant récupérer en argent sonnant tous les biens saisis durant la Révolution française, dont le domaine d’Astros, le mit aux enchères où il fut acheté par Maxime Martin, un riche savonnier de Marseille, l’aïeul de Bernard Maurel, le propriétaire actuel.

C’est l’aïeul qui a fait construire le Château d’Astros, tel qu’on le connait aujourd’hui. Mais il y avait déjà un château sur cette propriété, que l’on finit par appeler le Vieux Château d’Astros. Plusieurs générations plus tard, il fût cédé au cousin de M. Bernard Maurel puis, au décès du cousin, redevint sa propriété, laquelle, désormais, allait comprendre les vignobles des deux châteaux.

Le nom de Vieux Château D’Astros resta accolé aux vins du domaine réunifié sur certains marchés, comme le nôtre justement, ce qui explique que le rosé du Château d’Astros s’appelle, chez nous, le rosé du Vieux Château d’Astros.

Je viens de me relire! Bon sang!  Et moi qui voulais faire une histoire courte. On se fait une bouffe et on s’en reparle.