Je sais combien la situation peut être frustrante lorsqu’un amateur essaie de mettre la main sur une bouteille recommandée par un chroniqueur de vin (moi ou un autre, d’ailleurs) et qu’en allant sur le site de la SAQ, ce dernier constate qu’il en reste bien peu en succursales.
Ces derniers jours encore, un lecteur de ma chronique s’en est plaint. Avec raison, d’ailleurs. Le problème, comme je lui ai répondu, c’est que les quantités d’un produit achetées par la SAQ, ces dernières années, ont considérablement diminué, à l’exception des produits dits «courants», c’est-à-dire ceux que l’on trouve, en principe, dans toutes les succursales.
Auparavant, quand un vin se vendait bien, la SAQ pouvait facilement en acheter 1000 caisses. Aujourd’hui elle a coupé les commandes de plus de la moitié, parfois plus encore.
Pourquoi? Parce qu’elle préfère faire tourner plus rapidement les stocks en entrepôt (diminution des coûts de mobilisation) et, en même temps, cela lui permet d’augmenter l’offre.
Ainsi, plutôt que 1000 caisses d’un produit, elle achète deux fois 500 de deux produits, ou trois fois 330 caisses et quelque chose de trois vins, quitte à renouveler les commandes si le produit se vend bien, au risque de se retrouver dans un autre millésime, malheureusement pour nous, amateurs (je ne parle évidemment pas, ici, des produits de spécialités dits «en apprivoisement continu» qui eux sont, en principe, toujours disponibles).
Forcément, le chroniqueur que je suis dans tout ça (mais ça vaut aussi pour mes collègues) n’y peut rien, surtout que l’on goûte les vins au fil des semaines, et non pas tous en même temps lors de leur arrivée. D’où l’impossibilité de faire connaître à l’avance les produits dont les quantités sont limitées, comme me le demandait cet amateur, puisque, lorsque j’en prends moi-même connaissance, il est souvent tard et j’en parle alors dans ma chronique le plus rapidement possible.
Aussi, tant que la SAQ ne changera pas sa politique d’achat, nous sommes tous condamnés à souffrir de ce problème en ce qui concerne les produits de spécialités.
On comprend que si la SAQ achète 400 caisses d’un vin et qu’elle les distribue uniformément dans ses 403 succursales, cela fait bien peu. Ce n’est pas le cas pour ce genre de produits dits de «spécialités» qui eux sont destinées principalement aux succursales «Sélection», mais quand même, quand la SAQ répartit ces petites quantités par région, forcément l’offre locale est limitée.
Mais la SAQ a découvert qu’en créant en permanence cette sorte de rupture de stock appréhendée, cela faisait augmenter les ventes. Quand un journaliste parle d’un vin et qu’il y en a des masses dans le réseau, les amateurs ne se précipitent pas pour l’acheter. Demain, se disent-ils. Ou samedi, tiens.
Par contre, quand ils voient que les quantités sont limitées, ils font des pieds et des mains pour s’en procurer rapidement tandis qu’il en reste encore un peu.
C’est comme ça! Cela dit, avant de recommander un vin, je m’assure des quantités et, bien sûr, il y a un seuil minimum de disponibilité en succursales en bas duquel je ne m’aventure pas à recommander un vin, de peur justement de frustrer les lecteurs.
Et puisqu’on en parle, en voici justement un, devenu difficile à trouver.
√ Moulin Lagrezette 2007, Cahors, Malbec, Alain-Dominique Perrin, 13%, France
Type : vin rouge
Code : 097620
Prix : 15,75 $
Note : ***
Le malbec n’est pas, de prime abord, un cépage charmeur comme peut l’être le merlot ou le cabernet. En fait, outre en Argentine où il est le cépage vedette, on l’utilise principalement dans le sud-ouest de la France en assemblage. Sauf à Cahors où il est le cépage dominant. Mais, même là, on l’assemble presque toujours avec d’autres cépages. Ici, c’est avec du merlot (15%). Après quelques années de bouteille, il perd son côté un peu austère et, quand il est bien vinifié ( c’est le cas ici ), il nous montre son talent. Notion d’encre au nez, bouche extraite mais en douceur, moyennement corsée, c’est un vin texturé et sérieux. Du vrai bon malbec. Ajoutez ici, en prime, une indéniable élégance.