Vins et cie de Julia Wine: une autre guerre contre la SAQ ?

- 2 décembre 2013
Boucherie Aux Deux Gaulois

Comptoir Vins et Cie à la boucherie Aux deux Gaulois, sur la rue Masson, dans Rosemont.

Tant que le gouvernement du Québec s’obstinera à vouloir garder pour sa seule SAQ le monopole sur la vente de vins importés, il y aura des gens qui tenteront de contourner le système – aberrant – qui contrôle la vente de vins dans les épiceries et les dépanneurs.

La dernière tentative, c’est la création d’un regroupement d’environ 150 dépanneurs, épiceries et autres boucheries qui vont tenter de concurrencer la SAQ en ouvrant des sections «Vins et cie» dans leurs commerces.
Comme je l’explique dans cet article publié ce matin dans Le Journal de Montréal et Le Journal de Québec, ces comptoirs «Vins et cie» offriront une gamme de vins, allant de quelques dizaines de bouteilles à plus d’une centaine, sélectionnés par un comité de détaillants et importés par l’entreprise Julia Wine, dont on a déjà parlé sur ce blogue.

Les propriétaires de ces épiceries et dépanneurs se disent «tannés» du contrôle exercé par la SAQ (SAQ-Alimentation) dans la vente des vins qui se retrouvent dans leurs propres commerces.
Il faut savoir que posséder un dépanneur ou une épicerie avec permis de vente d’alcool, ça ne fait pas de vous un caviste ou même un marchand de vin. Vous êtes essentiellement une courroie de transmission. C’est la SAQ-Alimentation qui sélectionne les vins qu’il est possible de vendre, fixe les prix, et encadre tout le processus.

Au Québec, outre Julia Wine (qui joue un peu les trouble-fête dans ce marché), deux entreprises règnent en maîtres sur les vins de dépanneur: la multinationale Constellation Brands et le géant du papier Kruger. Cette dernière s’est portée acquéreur de La Maison des futailles, en 2006, en achetant 75 % des parts à la SAQ et au Fonds de solidarité de la FTQ, qui en détient toujours une part de 25 %.
Le concept derrière «Vins et cie» serait donc de permettre à des propriétaires de dépanneurs et d’épiceries fines de participer plus activement dans la sélection des vins qu’ils vendent. Les vins vendus sur ces tablettes seront exclusifs aux quelques 150 détaillants (ils souhaitent étendre leur réseau à 500 points de vente d’ici décembre 2014). Par exemple, si le propriétaire d’un dépanneur aimer les vins d’un producteur X en France, il pourrait donc demander à Julia Wine de l’importer. Julia Wine importerait donc le vin en vrac dans ses contenants réfrigérés de 1000 litres, via la SAQ, et l’embouteillerait dans ses installations au Québec. Le vin ne pourrait toutefois pas porter le nom du producteur en France, puisque la loi interdit à un embouteilleur québécois de commercialiser un vin sous une marque dont il n’est pas le propriétaire (??? faudrait me l’expliquer celle-là, un jour…).

Donc, le vin du château X en France pourrait se retrouver sur une tablette dans un dépanneur du Québec, mais dans une bouteille portant une étiquette avec un nom inventé ici.

Julia Wine vend déjà des vins dans les épiceries du Québec. Dans les Costco, depuis 6 ou 7 ans, et depuis septembre dernier, dans 180 dépanneurs Couche-Tard, à l’est de Trois-Rivières. Mais tant au Costco que dans les Couche-Tard, ce sont «ses» vins qui se retrouvent sur les tablettes. Le pdg de Julia Wine, Alain Lord Mounir, soutient que dans l’aventure «Vins et cie», il ne joue que le rôle de l’importateur et de l’embouteilleur. La franchise «Vins et cie» lui appartient pourtant. Les détaillants doivent donc lui payer des frais de franchise, en plus des frais d’embouteillage.

Les 150 «succursales» de Vins et cie ouvriront au cours des prochains jours. En plus des chaînes de dépanneurs Super Sagamie et Beau-soir, on nous dit que plusieurs épiceries fines de Montréal se sont jointes au réseau, comme la boucherie Aux Deux Gaulois, sur la rue Masson, Alexis le Gourmand sur Saint-Jacques, le marché Station 54, sur Rosemont, la chaine de saucissiers William J. Walter, etc.

On verra à l’usage si cette expérience du commerce du vin au Québec portera fruit. J’ose espérer que ces marchands privés auront suffisamement de curiosité et d’audace pour réussir à aller dénicher des vins vraiment originaux, de producteurs internationaux qui oseront tester le système pour accéder plus facilement au marché québécois (pensez-y: plus d’appels d’offres à traverser, plus de frais de marketing à payer à la SAQ, ni de frais de listing, etc.)

C’est bon ?

J’ai goûté à certains des vins qui seront disponibles dans le réseau de Vins et Cie. Mon verdict ? Comme il me manque certains éléments (prix, disponibilité, etc.) j’y reviendrai plus tard. Mais les vins que j’ai goûtés (un côtes-du-rhône, deux vins espagnols, un argentin et un chilien) étaient très recommandables. Dans le style des vins Cellier de Julia Wine: c’est-à-dire souples, ronds, charmeurs, tous plutôt boisés, peu acides et avec une texture veloutée. Mais tout de même secs, sans cet excès de sucrosité qu’on retrouve dans certains vins rouges à la mode, du genre Apothic Red ou Ménage à Trois. Cela dit, certains étaient moins bons que d’autres et tombaient un peu à plat. J’y reviendrai donc. Promis.

Pour le reste, comme tout ce que touche Julia Wine, ça ne va pas dans la dentelle, côté marketing. Après le «Fin de la prohibition» qui accompagnait la vente des vins Cellier dans le Couche-Tard, l’aventure Vins et compagnie emprunte beaucoup à L’image des succursales de la SAQ, jusque dans les termes choisis pour différencier les types de comptoirs. On parle de succursales «Express», «Classique» et «Signature». Le rouge violacé qui accompagne le design des publicités ressemble étrangement à celui de la SAQ.

Un comptoire Vins et compagnie dans une épicerie fine de Montréal

Les comptoirs Vins et cie seront tous accompagnés de tablettes électroniques permettant aux consommateurs de se renseigner sur l’origine du vin, les cépages utilisés, le millésime, des informations qui, pour la plupart, ne peuvent pas, légalement, se retrouver sur les étiquettes des vins vendus en épicerie.

On y retrouvera aussi des conseils sur les accords mets et vins, notamment. Le tout sera basé sur ce concept du Docteur, qui vient «guérir» l’industrie du vin. Mmmmm… Pas trop sûr que ça soit réussi. Jugez par vous-mêmes…

What’s next ?

Je l’avoue, j’aime beaucoup quand il y a de l’action dans le marché «pépère» du vin au Québec, ankylosé par le monopole de la SAQ d’une part, et d’autre part, par le système rigide et ridicule de vente de vins dans les épiceries.

Mais j’attends toujours le moment où on pourra voir poindre au Québec de réels cavistes privés. Hier encore, la SAQ réagissait à cette nouvelle pratiquement en se réjouissant, en répétant que la vente de vins dans le réseau des épiceries et des dépanneurs était «complémentaire» au réseau de succursales de la SAQ.

Alors je pose la question: si un système complémentaire peut et doit exister au Québec, pourquoi faut-il qu’il soit aussi mauvais que celui que nous avons en ce moment ? Ça sera peut-être mieux avec les succursales de Vins et compagnie, mais on est encore loin du Klondike.

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7 commentaires

  1. Jacques Crochetiere dit :

    Je suis outré par la gestion des SAQ. Décors coûteux, avantages aux employés retraités, pire l’idée d’un programme de prime SAQ type Air Miles envisagé pour dépenser en frais de gestion (en Ontario c’est Air Miles). Penser aux coûts pour un VP fidélisation, personnel attaché à ce service…..

    Que dire de la publicité Le Cellier qui montre que les clients sont des tatas qui mangent du Spagette….

    D’ailleurs la publicité du Casino de Montreal est aussi méprisante, une gang de singes qui crient ouga ouga….

    Bref un monopole pourri.

    Je vais encourager ses dépanneurs courageux.

  2. Le livreur dit :

    Parfait Jacques et quand tu demandera des services… tu ira voir Julia Wine ;-)

  3. James T. Plus dit :

    La SAQ s’est fini. Ça prendrait Gaétan Frigon pour venir brasser ça un peu.

  4. Eric dit :

    Lorsque vous croyez faire un pied de nez à la SAQ en allant acheter du vin de Julia Wine et bien désolé de dégonfler votre « baloune » mais ce n’est pas le cas. En fait vous leur rendrai service ! Le gouvernement récoltera le même dividende en bout de ligne et sans avoir à payer des employés SAQ. Le gouvernement récolte le même tôt de taxation mais c’est l’épicerie ou le depanneur qui paye ses propres employés. Belle aubaine ! D’ailleur le gouvernement souhaite ouvrir de plus en plus de ces points de vente appelé « agence ». Vous comprenez pourquoi maintenant.

  5. Jean dit :

    Je trouve intéressante l’idée de faire concurrence à la SAQ. Toutefois, selon moi, ce n’est pas tant des vins de meilleure qualité qu’il faut promouvoir, mais plutôt des vins buvables à des prix plus abordables. Ainsi, cela rejoindrait plus de consommateurs.

  6. Gilo dit :

    Pour des vins de qualité à des prix abordables, le bon choix logique est la LCBO de nos amis Ontariens.

  7. Louis Fontaine dit :

    J’ai adopté les points de vente hors monopole étatique. Si le Gouvernent veut établir des prix qui freinent la consummation: soit. Mais si le gouvernemaman veut compétionner le commerce, je suis contre. Pourquoi payer des employés à deux fois ceux des épiceries? Pourquoi se donner des décors aussi coûteux? Pourquoi timbrer à coûts additinnels (taxer) en plus les vins et spiritueux vendui dans les restaurants et bars? Et surtout pourquoi encadrer les ventes d’autrui, après avoir pris sa cote, en leur defendant de vendre des vins identifiés, c’est à dire en refusant de donner de l’information à sa propre clientele. Ne sommes nous pas tannés, bandes de caves ? Salutations !

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