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Les vins nouveaux 2014: quoi acheter?

- 20 novembre 2014

L’arrivée des vins nouveaux est-elle devenue un événement complètement «off» au Québec ?

Peut-être pas complètement, mais pas loin, dirait Pôpa, quand on sait que dans ses plus belles années, comme en 2000 par exemple, une année record absolue au Québec, on en a vendu 48 500 caisses alors que cette année, la SAQ en n’a acheté que 4 300 caisses.

Par contre, le phénomène du vin du nouveau est à son comble au Japon (c’est là qu’on en consomme le plus dans le monde), et même en Chine (on le boit avec des fromages bleus et des camemberts), la Chine, il est vrai, où le vin commence à devenir chic, fut-il nouveau.

Les États-Unis demeurent un bon acheteur (1,8 million de bouteilles contre 7,9 millions au Japon) alors que certains bars et restos de New York continuent à le jouer trendy, de même qu’en Allemagne (730,000 bouteilles).

Mais la bonne nouvelle, pour le beaujolais nouveau, c’est que les grandes tables et les bons bistros de Lyon qui l’avaient boudé pendant des années (alors que c’est quand même là que le beaujolais nouveau est né, pratiquement) ont recommencé à l’offrir à leurs clients.

Pourquoi ? En grande partie parce que les producteurs du «n’importe-quoi-nouveau» ont à peu près disparu de la carte, et que des plus sérieux ont pris la relève, offrant des vins nouveaux sinon naturels (lesquels, hélas, ne pourraient pas survivre à une traversée de l’Atlantique), à tout le moins des vins plus sérieux, dans la mesure où peut l’être le vin nouveau, évidemment.

Puisqu’on parle de vin sérieux,  les odeurs de banane et de bonbons anglais ont pratiquement disparues des vins nouveaux aujourd’hui, à tout le moins des beaujolais, car on s’est rendu compte que ces odeurs étaient introduites par une levure sélectionnée qu’on a maintenant écartée.

DégustationVinNouvo

Tout ça pour dire que j’ai goûté les sept vins nouveaux que nous propose la SAQ et qui sont en vente aujourd’hui même dans plusieurs SAQ du Québec, à savoir un vino novello italien, une syrah primeur du Languedoc-Roussillon, et cinq beaujolais.

Mes trois étoiles vont au :

1 – Beaujolais Nouveau 2014 L’Ancien, Terres Dorées, Jean-Paul Brun (19,70 $ Code11923994) Note : **1/2
Ceux qui connaissent les vins de Jean-Paul Brun ne seront pas étonnés de savoir que son vin coiffe tous les autres d’une bonne tête. Le fruit a de l’éclat, du volume, et on note toujours cette précision dans l’expression qui est la signature de la maison. 250 caisses.

2 – Gamay Nouveau 2014, Vin de pays de l’Ardèche, Georges Duboeuf (12,45 $ Code 12232941) Note : **+
C’est à mon sens le meilleur rapport qualité-prix du lot. Ce gamay de Duboeuf est, quant à moi, encore mieux réussi que son beaujolais nouveau qui coûte 6$ de plus. Jolies notes épicées au nez, minéral, crayeux même ( en tout cas à l’ouverture de la bouteille), sur une bouche harmonieuse et délicieuse. Une réussite à ce prix. 1000 caisses.
3 – Beaujolais Nouveau 2014 Le Clos du Vieux Bourg à Corcelles, Dominique Piron (18,75 $ Code 12232503) Note : **
Pas particulièrement typé «nouveau», on a même l’impression que le vin a un peu évolué… dans le bon sens du terme, cependant. Car le vin a de la substance et, comme dirait l’autre, c’est «vraiment» du vin. 200 caisses.

Et les autres

Par ordre décroissant de notation :

4 – Beaujolais Nouveau 2014 Mommessin (16,75 $ Code 10704247) Note : *1/2 +
Nez peu expressif ; la bouche est mieux, le vin a une certaine densité, il est vineux, mais l’ensemble manque de définition. 500 caisses

5 – Syrah Primeur 2014, Couleurs d’automne, Pays d’Oc, Jeanjean (12,95 $) Note : *1/2
Très primeur, au nez comme en bouche, avec ce côté jus de fruit qui a son charme. Bien sûr, ça reste court. Mais le prix est bon, pour qui veut boire «nouveau» à petit prix. 500 caisses.

6 – Beaujolais Nouveau Georges Duboeuf (18,60 $ Code 10704221) Note : *1/2
Bien qu’il ne titre officiellement que 12 degrés, c’est l’alcool en final qui m’a gêné ; le vin est simple, peu expressif, au mieux correct. Comme je le disais plus haut, le simple gamay nouveau de Duboeuf est nettement mieux réussi. 250 caisses.

7 – Sangiovese Novello 2014, Rubicone IGT, Botter (11,95 $ Code 10479166) Note : *
Premier nez vert et végétal. Ça s’améliore un peu à l’aération, par contre une amertume prononcée en bouche n’arrange pas vraiment les choses. 1600 caisses.

Courrier Vinicole : une sélection de «grands italiens»

- 10 novembre 2014

Une sélection, certes, mais un peu limitée tout de même, dans la mesure où la presse spécialisée n’a pCourrierVinicoleu goûter que 37 des 104 vins proposés.

N’empêche, c’était assez pour prendre le pouls de ce Courrier Vinicole consacré aux grands vins italiens, et d’affirmer, comme je l’ai fait déjà à quelques reprises, que c’est là une offre d’une grande qualité.

À peu près tous les grands noms de la viticulture italienne s’y retrouvent ( Angelo Gaja, Dal Forno, Aldo Conterno, Quintarelli…), comme le savent déjà ceux qui ont déjà consulté le catalogue sur saq.com .

On a l’embarras du choix, surtout si on a les poches profondes, évidemment.

Mais il y a quand même dans le lot des vins au rapport qualité-prix intéressants. J’en suggère d’ailleurs quelques-uns ici.

J’ai donné, sans les commenter, mes cinq coups de cœur de cette dégustation, dans ma chronique de vin de samedi dernier, dans le Journal de Montréal.

Je les reprends, aujourd’hui, et les complète avec une sélection  de onze autres vins qui, à mon sens, méritent d’être achetés.

Mais franchement, il n’y avait rien de vraiment mauvais dans ce qu’on a goûté.

Je rappelle que la vente se termine le 24 novembre et que les vins seront livrés en mars.

 

Coups de coeur

Montiano 2010, Lazio, Falesco, 14,5%, Prix 41,00 Code 728758 No : catalogue 87
Moka au nez, notes florale aussi et pointe d’encens. Bouche toute en fruit, des tannins fermes, mais de qualité, de l’éclat, du tonus. Très bon achat, surtout à ce prix. **** (18/20)

Molin Vecchio 2004, Toscana IGT, Carpineto, 13,3%, Prix : 55,00 $ Code 12270905 No : catalogue 65
Très coloré, presque noir ; les épices du bois au nez avec des notions de sang, de cuir; magnifique bouche, souple, ronde et charnue ; un vin construit sur l’élégance. **** (18/20)

I Sodi di S. Niccolo 2009, Toscana IGT,  Castellare di Castellina, 13,5%, 75,00 $ Code 11711887 No : catalogue 67
Nez plus ou moins ouvert, mais joli (rose, cuir…) ; bouche d’une bonne amplitude, des tannins serrés, voire un peu astringents ; un très beau fruit, de l’éclat, de la lumière même, ai-je noté ; encore marqué par l’élevage, mais c’est du solide. **** (18/20)

Rabaja 2010, Barbaresco, Bruno Rocca, 14,5%, Prix 85,00 $ Code 12291917 No : catalogue 18
Notions de cire et de fleurs au nez ; riche et gourmand en bouche, très belle sève, stylé ; un magnifique barbaresco. ****1/2 (18,5/20)

Monte Lodoletta 2007, Valpolicella Superiore, Romano Dal Forno, 14,5%, Prix 129,00$ Code 12335369 No : catalogue 5
Robe noire comme la nuit ; très joli nez (violette, goudron, réglisse…), dans un registre en fait qui fait penser à la syrah (il n’en contient évidemment pas). Bouche ample, large, à la fois puissante et fine ; des tannins fermes, élevage encore marqué. Une grande bouteille pour la cave.**** (18,5/20)

Autres excellents achats

Cocciapazza 2011, Montepulciano d’Abruzzo, Torre dei Beati, 14%, Prix 35,00 Code 12316379 No : catalogue 88
Couleur noire et opaque ; nez dense (ici aussi on dirait de la syrah) ; riche, plein, saveur un peu «pâtisseries», rond, mais avec une belle acidité. Bon rapport qualité-prix. ***1/2 (16,5/20)

Langhe 2010, Aldo Conterno, 14%, Prix 37,00 Code 11064528 No : catalogue 11
Moka et cerises noires au nez ; fruit éclatant en bouche ; des tannins fermes. Assemblage original et très réussi de freisa, un cépage piémontais, de cabernet sauvignon et de merlot. ***1/2 (17/20)

Altrovino 2011, Costa Toscana, Duemani, 14%, Prix 45,00 $ Code 12339618 No : catalogue 72
Couleur violacée ; notion d’encre au nez qui rappelle un peu Bordeaux (le vin est un assemblage de cabernet franc et de merlot); un très beau fruit en bouche, un fruit éclatant, dans un ensemble qui a du tonus, de l’élan; «la fougue et la beauté de la jeunesse», ai-je noté. ***1/2 (17/20)

Rancia 2010, Chianti Classico Riserva, Fèlsina, 13,5%, Prix 49,00 $ Code 12330496 No : catalogue 74
Certaine évolution dans la couleur, encore marqué par son élevage ( notes boisées, épices douces) ; la bouche suit, un brin évoluée elle aussi, sur des tannins fermes, voire un peu raides, mais en même temps, de qualité ; le sangiovese s’exprime sans détour ici, et avec force ; très beau vin qui livrera le meilleur de lui-même à table. ***1/2 (17,5/20)

Campoleone 2010, Umbria, Lamborghini, 13,5%, Prix 45,00 $ Code 11212519 No : catalogue 86
Très coloré, nez encore fermé ; bouche généreuse et pleine, fraîche acidité ; un vin gourmand, tout sur le fruit. ***1/2 (17/20)

Chianti Classico Gran Selezione 2010, Castello di Fonterutoli, 14%, Prix 46,00 $ Code 12322613 No : catalogue 69
Pour mémoire, le Chianti Classico Gran Selezione n’est pas une nouvelle appellation, mais plutôt un nouvel échelon, l’ultime échelon en fait, qui a été créé l’an dernier, et qui se situe au sommet de la pyramide qualitative du Chanti Classico.
Un peu de pâtisserie au nez ; belle bouche juteuse, charmeuse et ouverte ; les tannins du sangiovese sont bien présents, mais dans un ensemble joyeux, festif même, me suis-je permis de noter, tellement le vin a de la vitalité. ***1/2 (17/20)

Arte 2011, Langhe, Dominico Clerico, 14,5%, Prix 55,00 $ Code 12293040 No : catalogue 24
Très joli nez ouvert toute grande sur la cerise ; la bouche aussi, qui reprend dans les saveurs la partition aromatique du nez, une bouche droite, fraîche, élégante, subtile ; le vin a, comme on dit, un très beau port de tête. ***1/2+ (17,5/20)

Barbaresco 2010, Bruno Rocca, 14,5%, Prix : 64,00 $ Code 12283394 No : catalogue 17
Un barbaresco dans un style que je qualifierais de dépouillé, peut-être plus traditionnel, mais en même temps quel plaisir à boire, avec cette fraîche acidité du nebbiolo et une certaine «légèreté de l’être» qui n’est qu’apparente, dans le fond, et qui rend ce vin irrésistiblement bon. ***1/2 (17/20)

Osso San Grato 2009, Gattinara, Antoniolo, 14%, Prix 89,00 $ Code 12294691 No : catalogue 14
Notion de pâtisserie au nez, avec un peu de girofle. La bouche suit, épicé, fraîche et droite, d’une grande élégance et d’une parfaite «digestibilité». Un grand seigneur. (Gattinara est une appellation du nord du Piémont ; ici le vin est fait à 100% de nebbiolo, appelé spanna localement)) **** (18/20).

Blanc

Contrada Salvarenza 2010, Soave Classico Superiore, Gini, 13,5%, Prix 38,00 $ Code 12401186 No : catalogue 2
Épicé, bouche intrigante, une expression originale et forte du garganega ; un soave vraiment distinctif. ***1/2 (17/20)

Nussbaumer Gewurztraminer 2012, Alto Adige, Tramin, 14,5%, Prix 35,00 $ Code 11300412 No : catalogue 1
Très beau nez de «gewurz», détaillé (muscat, lilas, rose…) ; c’est la rose qui apparaît d’abord en bouche, avec des nuances de cire et de miel ; un vin magnifique, racé, avec sans doute un chouïa de sucre résiduel, mais que la qualité et la netteté du portrait d’ensemble et surtout son équilibre rend complètement fusionnel. ***1/2 (17/20)

Les livres du vin (1)

- 6 novembre 2014

Jacques Ohron : un guide «revu et améliorée»

Contrairement à ce que plusieurs peuvent penser, ce n’est pas parce qu’on fait du vin depuis des millénaires qu’il s’agit là d’un monde statique.

Bien au contraire, il est en changement perpétuel et ce même dans un pays comme la France où les pratiques viticoles sont établies depuis des lustres et les traditions bien ancrées.

Comme le rappelle lui-même Jacques Orhon dans l’avant-propos de la réédition de son «Nouveau Guide des vins de France», depuis la précédente édition de son livre (qui date de quatorze ans), des appellations ont disparu, d’autres sont nées, tandis que la notion d’appellation d’origine contrôlée elle-même a été changée en Appellation d’origine protégée.

Bref, cette réédition s’imposait, et je suis le premier à m’en réjouir, moi qui consulte régulièrement tous les guidOrhonGuidees qu’a publiés Jacques Orhon au fil des années.

(Outre la France et l’Italie, il a aussi publié une série de trois volumes sur tous les pays producteurs de vin du Nouveau Monde, y compris le Canada et le Québec).

Plus qu’un guide, les livres de Jacques Ohron sont des livres de référence complets, concis, pratiques, faciles à consulter.

Vous cherchez un renseignement sur une appellation ? Tout est là : sa date de création, sa superficie, les exigences du décret en matière d’encépagement, de rendement à l’hectare, etc.

On trouve aussi une description sommaire de la région de production, de même que les caractéristiques des vins qu’on y produit ; sont également nommées les principales maisons de production.

Dans cette nouvelle édition, Jacques Orhon s’est aussi permis de nommer celles qu’il considère comme des valeurs sûres.

D’autres renseignements pertinents sur les vinifications, les cépages, les mots du vin complètent l’ouvrage.

Bref, pour tout amateur de vin qui se respecte, ce livre est un outil indispensable.

 

Les Nouveau Guide des Vins de France, Jacques Orhon.  Les Éditions de l’Homme, 32,95 $

 

 

Le guide de Philippe Lapeyrie

LapeyriePhilippe Lapeyrie, omniprésent sur la scène du vin au Québec, particulièrement dans la vieille capitale et en province, vient de publier Le Laperyie 2015, qui est en somme une sélection de «375 vins à déguster sans se ruiner», comme le précise le sous-titre.

Et de ces 375 vins, il en propose une douzaine, en début de guide, qui sont sous la barre des 14$, de même qu’un «Top Vin», élaboré à partir de sa sélection.

Les années précédentes, le sommelier et professeur à l’École hôtelière de la Capitale nous avait plutôt proposé un agenda, une formule originale où des vins de différents niveaux de prix suivaient les moments du mois et de la semaine.

Cette année, il abandonne la formule agenda pour revenir à un guide plus classique.

Chaque vin est commenté brièvement (cépages, température de service, accords à table..), le tout accompagné d’une proposition de deux autres vins que l’auteur place sous la rubrique «Dans la même lignée».

Le Lapeyrie 2015, Philippe Lapeyrie. Les Éditions de l’Homme, 19,95 $.

Côté bulles, ça va ?

- 29 octobre 2014

En goûtant encore une fois cette année, à l’invitation de l’AQAVBS ( l’Association  québécoise des agences de vin, bières et spiritueux) pas loin de 80 bouteilles de bulles, je me suis rappelé que les millésimes passent et, quoi qu’on en dise, la qualité fluctue, et même parfois énormément.

Les grandes maisons de champagnes surtout (mais aussi à l’occasion de mousseux) aiment bien nous dire que, d’année en année, elles reproduisent le plus fidèlement possible le style de leurs bulles, afin de respecter les attentes de leurs clients.

Et pour ce faire, évidemment, elles ont recours à des assemblages savants que, comme dirait l’autre, seul connait son maître de cave.

Mais depuis le temps que je goûte ces vins, comme aussi la plupart de mes collègues (l’AQAVBS organise cette dégustation annuelle depuis longtemps, histoire de permettre aux journalistes et chroniqueurs de faire leurs recommandations pour les fêtes), je dois dire que, justement, l’une des choses qui m’a le plus frappé au fil du temps, c’est de constater à quel point les vins d’une même marque étaient différents d’une année à l’autre.

Tout cela pour dire qu’entre le désir et le marketing des maisons de gommer les différences entre les millésimes pour maintenir un style et la bête réalité qualitative d’une vendange, il y a une marge.

En écoutant, l’autre jour, Laurent Fresnet, qui est chef de cave chez Henriot, une maison particulièrement respectée en Champagne, j’ai mieux compris pourquoi.

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Laurent Fresnet, chef de cave chez Henriot

Assemblage

Voici, expliquait-il, comment est élaboré le Henriot Blanc de Blanc Brut (74,35 $ Code 10796946), lequel est au coeur du savoir-faire de la maison, puisque cette cuvée est celle qui est produite en plus grande quantité.

Typiquement, cette cuvée est constituée de 60% du vin du millésime courant, et de 40% de vins de réserve (donc de millésimes plus anciens), ce qui comprend 20% du vin de l’année précédente.

Vous me suivez ? Ça devient complexe quand on songe que les 20% du vin de l’année précédente sont eux-mêmes composés de la même façon, à savoir d’une base de 60% du vin du millésime de l’année qui le précédait, à laquelle base on avait ajouté 40% de vins de réserve, ce qui incluaient 20% du millésime qui précédait le précédent, lequel était lui-même composé de… etc.etc.

C’est la logique des poupées russes, en somme.

Mais ce qu’il faut retenir ici, c’est que la base d’un champagne non millésimé est composée d’une grande proportion du vin du millésime courant.

Bien sûr chaque maison a ses propres assemblages, sa propre recette, en quelque sorte, mais il est permis de déduire que de façon générale, et ce dans des proportions diverses, c’est comme cela que les choses se passent et, qu’en conséquence, il est normal qu’il y ait des fluctuations d’une année à l’autre, au delà du style qu’une maison veut maintenir. Voilà.

Chiffres

Cela dit, je regardais cette semaine les chiffres du marché des bulles au Québec, afin de voir si la décision de la SAQ de baisser un peu les prix de plusieurs champagnes, en avril dernier, avait eu des répercutions sur les chiffres.

Or, il semble qu’il soit trop tôt encore pour le savoir. On remarquera, par contre, que les ventes, en valeur et en volume, n’ont cessé de progresser ces trois dernières années, bien que de façon modeste. La vente des mousseux, au contraire, est beaucoup plus marquée.

 

 

Claude SAQ 2

J’ai aussi pris la liberté d’ajouter ici le tableau des meilleurs vendeurs en champagnes et en mousseux.

Trois remarques, à ce propos. D’abord. Il est impressionnant de voir que le Dom Pérignon 2004 à 239,75 $ la fiole, est le septième meilleur vendeur,

J’explique ça, pour ma part, par le fait que c’est une bouteille emblématique et que c’est le genre de cadeau qui est assez courant de voir dans la vie de tous les jours, soit les collègues se cotisant au bureau pour souligner le départ ou l’anniversaire de l’un d’eux, soit ce sont les membres d’une même famille qui font de même pour marquer un événement particulier concernant un être cher.

Deuxièmement, je n’en reviens pas de la force des marques qui réussissent toujours à s’imposer dans le marché, et ce bien au-delà de ce qu’en pensent les supposés connaisseurs de tout acabit (je m’inclus évidemment dans le lot, avec les autres chroniqueurs, blogueurs, journalistes spécialisés et sommeliers).

Enfin, et cette troisième remarque découle de la deuxième, ça montre à toux ceux qui écrivent et papotent sur les vins, la très relative influence qu’ils exercent, finalement, sur un marché. Ce qui, encore une fois, nous rappelle à tous que c’est un métier qu’il faut exercer avec une grande humilité.

 

 

TopVendeurs

 

Angelo Gaja, artisan

- 22 octobre 2014

De la grande visite à Montréal, récemment, alors qu’Angelo Gaja est venu faire goûter ses vins et, surtout, disserter avec une verve et un enthousiasme que ses 74 ans n’ont pas su modérer.

Tout un personnage que cet homme qui a non seulement donner ses lettres de noblesse au Barbaresco, mais qui a donné une formidable impulsion à tout le vignoble piémontais.

Et ce avec un talent, un génie commercial qui a peu d’équivalents, aujourd’hui, sur la planète vin.

Qui peut se vanter, aujourd’hui, à de rares exceptions près, de demander les prix affichés pour ses vins, en particulier ses grandes cuvées que sont les Langhe Costa Russi 2010 (490,25 $), Sori Tildin 2010 (524,50 $) et Sori San Lorenzo 2010 (545,50 $) ?

Ces vins font partie du prochain Courrier Vinicole consacré à l’Italie et dont la vente commencera le 7 novembre prochain.

Gaja

Langhe

Je signale en passant que ces grandes cuvées,  autrefois en appellation Barbaresco, sont depuis quatorze ans toutes en appellation Langhe.

Un changement uniquement sémantique, a déjà expliqué Gaja, dans la mesure où, devant la montée en popularité des vins d’une parcelle de vignes d’un cru, comme Sori San Lorenzo par exemple, issu du cru Secondine, volait la vedette au Barbaresco traditionnel.

Et c’est en partie pour préserver la notoriété du Barbaresco que Gaja a préféré les exclure de l’appellation, le Barbaresco étant traditionnellement un assemblage de vins provenant de plusieurs vignobles.

Et pendant que nous goûtions ses vins, Angelo Gaja s’est lancé dans une envolée lyrique qui a bien duré une heure.

Les vins de lieu

«J’ai traversé la révolution des vins au cours des 40 dernières années», disait-il, en expliquant sa vision du monde du vin, aujourd’hui.

Il y a d’un côté la production du «vin de lieu», pour reprendre ses mots, qui provient d’un terroir spécifique, fait avec un ou des cépages particuliers et qui ont quelque chose de différent à montrer.

Et puis il y a les vins de «gratification», comme il les appelle, c’est-à-dire des vins qui sont gratifiants pour ceux qui les achètent, soit en raison d’un bon rapport qualité prix ou même pour le plaisir que donnent des vins plus chers comme les champagnes, par exemple.

«Nous, on produit un vin de lieu, avec un cépage indigène (le nebbiolo), un cépage qui a peu voyagé (et c’est vrai qu’on le trouve très rarement en dehors du Piémont, sinon un peu en Californie, dans l’état de Washington et en Austrtalie, mais avec des résultats divers) et qui montre dans son lieu d’origine des caractéristiques particulières.

Et ce lieu, cette zone de production, celle du Barolo et du Barbaresco, elle a été reconnue en juin comme faisant partie du patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO.

Ce qui fait, de dire Gaja, qu’il faut préserver le paysage que nous avons, «car les monuments de la nature prennent du temps à se construire», dira-il dans cet excellent français, teinté de la poésie de la langue italienne.

«On ne peut plus permettre que des gens viennent construire des résidences secondaires un peu partout sur nos collines.»

Les changements climatiques

L’autre grand sujet qui passionne Angelo Gaja, ce sont les changements climatiques.

Le phénomène s’est manifesté pour la première fois dans le Piémont dans les années 1995-1997, disait-il,  et depuis 2003, les conditions qu’on connaissait traditionnellement dans la région ont changé.

«Avant, on en avait de temps en temps des étés chauds et très secs, maintenant c’est la règle».

Il ajoutera que de façon générale, ces changements climatiques ont été à l’avantage des cépages du Piémont, alors que les cépages traditionnels y mûrissaient tardivement.

En revanche, ces changements ont eu pour effet de multiplier les maladies végétales.

«On essaie toutes sortes de choses pour venir à bout de ces maladies (on sème des graminées, des fleurs pour ramener la vie, les papillons, les abeilles – «S’il n’y a plus d’abeilles, on est foutu» -, on plante des cyprès pour attirer les petits oiseaux, etc., mais sans trop savoir ce que cela donnera à terme.

«Le but de tous ces essais, c’est de récupérer la résilience de la plante, de façon à ce qu’elle puisse se défendre par elle-même».

Puis, Angelo Gaja de rappeler que fondamentalement, il est un artisan, comme sa grand-mère le lui a  enseigné, avec les quatre qualités que cela requiert : «Faire, savoir faire, savoir faire faire et faire savoir.»

Le paysage tout en collines du Piémont, avec les Alpes en arrière-plan.

Et effectivement, à la lumière de l’enseignement de sa grand-mère, on peut affirmer sans l’ombre d’un doute qu’Angelo Gaja est un grand artisan.

Je vous laisse entre les mains de Patrick Désy pour commenter ses vins.