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Plus c’est compliqué, meilleur c’est

- 14 octobre 2014

Quand même incroyable que plus le nom d’un vin est difficile à prononcer, plus les gens ont tendance à trouver que le vin est bon.

C’est pourtant ce qui ressort d’une expérience menée au Goodman School of Business de l’Université Brock, en Ontario, et dont j’ai parlé, samedi dernier, dans ma chronique du Journal de Montréal.

En gros, en faisant une étude sur le nom des wineries, on s’est rendu compte qu’en servant le même vin, mais avec deux noms différents, dont l’un plus difficile à prononcer que l’autre, ceux à qui on a fait goûter les vins ont trouvé que celui au nom difficile était meilleur.

Pourquoi ? Mystère et boulle de gomme et c’est, apparemment, un sujet chaud en marketing, présentement.

Je n’ai pas eu trop le temps de m’étendre, dans ma chronique, mais j’aurais souhaité y ajouter le résultat de cette autre étude, menée aussi au Goodman School of Business.

C’est qu’on s’est également rendu compte que lorsque la signature du producteur apparaissait sur l’étiquette, les ventes augmentaient de 500%.

Mais seulement, dans le cas où le consommateur partageait un sentiment d’appartenance avec le producteur.

Or, les consommateurs, dans cette étude, étaient tous Ontariens et les bouteilles de vin ontarien qui portaient la signature du vigneron étaient préférées de beaucoup à celles qui n’étaient pas signées.

Ce qui est quand même une variable importante et peut-être la portée de cette expérience est-elle uniquement locale.

Sans doute faudrait-il la valider par une étude complémentaire, avec cette fois des vins californiens, par exemple, eux aussi signés par le producteur.

Mais tout cela démontre, malgré tout, l’importance de l’habillage d’un vin dans sa mise en marché.

Et que, quoi qu’on en dise, on se fait tous, à des degrés divers, influencer par l’étiquette d’une bouteille au moment de faire ses achats de vin.

À moins, évidemment, de connaître déjà son contenu.

Pour rester au Canada, on se laisse sur ce vin, le deuxième vin, en fait, d’Osoyoos Larose :

Pétales Osoyoos

Pétales d’Osoyoos 2011, Okanaga Valley VQA, Osoyoos Larose, 13,8%, Canada Prix 27,10 $ Code 11166495 ***+ (16,5 /20) :

À l’aveugle, bien malin qui pourrait dire qu’on est en Colombie-Britannique. En fait, avec cet assemblage type du Bordelais (merlot, cabernet sauvignon, cabernet franc et petit verdot), on se croit effectivement à Bordeaux.

La bouche est svelte, le vin a de la mâche, c’est élégant, vineux, certes, mais beaucoup de bordeaux ne font-ils pas 14 degrés aujourd’hui ?

Bref, une belle bouteille à bon prix. Hélas, il en reste peu dans le réseau de la SAQ.

 

Où sont passés nos vins de pays ?

- 1 octobre 2014

Je sais que le consommateur normalement constitué ne suit pas l’actualité des appellations de près, et je le comprends fort bien.

Mais à titre de rappel, les petits vins français qu’on trouvait traditionnellement sous la dénomination «vins de pays» n’existent plus officiellement depuis le millésime… 2009. Ils ont été remplacés par les IGP (vins à Indication Géographique Protégée).

Encore une fois, ce n’est pas très grave si la chose vous a échappé et j’avoue que pour moi le premier, les notions d’appellation ont perdu un peu beaucoup de leur intérêt.

Pourquoi ? Parce qu’il y a longtemps que j’ai cessé de juger de la qualité d’une bouteille par son appellation ou sa dénomination, la vérité étant toujours dans le verre, comme on dit.

Mais quand on se promène dans les vignobles européens, français en particulier, on constate en revanche l’importance qu’occupe dans les préoccupations des vignerons la notion d’appellation d’origine.

Et de leur point de vue, effectivement, la chose se comprend aisément.

Car au-delà des guéguerres de clocher, il y a la fierté d’appartenir à un lieu et d’exploiter un terroir, sans compter qu’il y va ultimement de la valeur même de leurs vins sur le marché, donc de leurs gagne-pain.

Un vin déclassé de son appellation devient du coup très difficile à vendre et se retrouvera, dans le pire des cas, voué à la distillation ou, et ce n’est guère mieux, vendu au vrac pour presque rien.

Mais du point de vue du consommateur normal, surtout nord-américain (ce qui n’est tout même pas banal en terme de marché) qui se soucie, quand vient le temps d’acheter une bouteille de vin du Sud de la France, un soir de semaine, qui se soucie, disais-je, que ce vin provienne du Mont Baudile ou des Cévennes, qu’il soit un vin des Allobroges ou du Vicomté d’Aumelas ?

 Perception

Bien sûr, pour l’amateur éclairé, le problème se présente différemment et il voudra être au fait des derniers changements dans la législation encore que, comme je le disais, il y a longtemps, quant à moi, que la simple appellation d’origine a cessé d’être un critère de qualité convaincant.

Et j’imagine que la révolution apportée à cet égard par tous ces grands vins toscans déclassés en vini de tavola dans les années 80 ( mouvement relativement peu suivi en France, il est vrai) a porté un dur coup à la notoriété de toutes les appellations d’origine, peu importe le pays, auprès de la très grande majorité des amateurs de vins plus pointus.

Bon, hiérarchiquement, ne serait- ce que pour des raisons de densité de plantation et de rendement à l’hectare, et d’autres considérations d’ordre technique qui relèvent du cahier des charges d’une appellation, il est clair que les vins AOP (les AOP, vins d’appellation d’origine protégée, ont maintenant remplacé dans la législation européenne les AOC, vins d’appellation d’origine contrôlée), il est clair que les AOP restent au somment de la hiérarchie.

(À noter, pour ajouter à la confusion, que l’utilisation, en France des AOC est encore permise, tout comme en Italie, celle d’IGT (Indicazione Geogradica Tipica) demeure, parallèlement à celle d’IGP, tout comme aussi le DOC et DOCG (Denominazione de Origine Controlatta e Garantita) parallèlement aux AOP. Pfiouff! )

 Hiérarchie

Une hiérarchie qui, je le rappelle, est importante dans la fixation du prix des vins. Et logiquement et en principe, elle est aussi une indication de la qualité des vins.

Les vins d’AOP sont suivis par les IGP (Indication Géographique Protégée, vins qui ont remplacé eux-mêmes, comme je le disais, les Vins de Pays et les VDQS ( Vins de Qualité Supérieure) et, tout en bas, ceux qu’on appelle les VSIG qui sont des vins sans indication géographique, catégorie qui regroupe les mentioGournierns Vin de France, dont j’ai déjà parlé ici, et de même que les vins de cépages, à l’exception notoire des vins d’Alsace, évidemment.DeMoulines

Pourquoi vous reparler de tout ça aujourd’hui ? Parce que l’autre jour, lors de l’une des grandes dégustations périodiques organisées pour la presse spécialisée par l’AQAVBS, l’Association québécoise des agences de vins, bières et spiritueux, des représentants des 22 nouvelles IGP du Sud de la France sont venus nous rappeler l’existence, donc, de ce nouveau label.

La victoire pour ces vignerons est d’avoir fait reconnaître par les législateurs que chacune de ces IGP correspond à la singularité de son lieu d’origine, des pratiques viticoles qui y ont cours et des hommes qui font les vins.

Et quand on est vigneron, cela est de toute première importance.

Au consommateur, après coup, de juger dans quelle mesure ces particularités s’expriment dans les vins.

Pour l’exercice, j’en ai remarqué quelques-uns de ces vins, lors de cette dégustation; les voici :

  • Domaine de Moulines 2011 Merlot, IGP Pays de l’Hérault (12,50 $ Code 620617) : un brin épicé, vineux sans être chaud, de corps moyen, rond, souple et agréable. **
  • Ponant 2010, IGP Côtes-de-Thongue, Domaine Magellan ( 15,70 $ Code 914218) : un peu bran de scie au nez, consistant en bouche, texture soyeuse, moyennement corsé, tannins fermes, mais bel équilibre d’ensemble. **1/2
  • Domaine de Gournier 2013, Cuvée Prestige, IGP Cévennes (14,20 $) : notes de garrigue au nez, bouche épicée, un peu poivrée avec des nuances de réglisse ; le paysage d’ensemble est net.  **1/2
  • Enseduna Prestige 2011, IGP Coteaux d’Ensérune, U.C. Foncalieu (19,00 $ Code 11338031) : une gouleyance et une légèreté de bon aloi, en même temps qu’un sérieux indéniable dans la prestance. **1/2

 

 

AntiOx, un gadget «vin» qui fonctionne

- 23 septembre 2014

Bon, c’est vrai que je suis un incorrigible amateur de gadgets. Gadgets électroniques, ça va de soi, mais évidemment aussi tout ce qui a un quelconque rapport avec le vin.
Aussi, j’avais bien hâte d’essayer ce bouchon antioxydant qui s’appelle AntiOx et qui a été mis au point en Espagne par la maison Pulltex.
Conserver les bouteilles de vin entamées a toujours été l’épine au pied de l’amateur de vin. Bien sûr il y a la petite pompe pour évacuer l’air de la bouteille que tout le monde connaît, mais qui atteint, hélas, rapidement ses limites.
Il y a aussi cette autre solution, très efficace par contre, qui consiste à transvider et à remplir imméPulltex-diatement à l’ouverture de la bouteille, une demi-bouteille de 375 millilitres que l’on remettra dans le cellier.
Mais là, l’inconvénient, c’est qu’il faut arrêter d’avoir soif exactement après une demi-bouteille, si vous voyez ce que je veux dire.

Il y a également ces systèmes de conservation à base de gaz inerte, certes très efficaces également, mais la plupart du temps réservés, vu leur prix, à la restauration.

Ou sinon, cette petite bonbonne d’azote qui s’appelle Private Preserve que j’ai longtemps utilisée (et encore à l’occasion), et que l’on trouve dans les boutiques spécialisées, mais aussi à la SAQ (qui écoule cependant ses stocks et qui ne renouvellera pas le produit. Dommage !)

J’ai aussi testé, l’an dernier, et j’en avais parlé ici même sur Méchants Raisins  la carafe Savino avec des résultats quand même relativement convaincants.

De même que de ce bidule, qui en est une variante puisqu’il s’agit de retirer une petite quantité de vin d’une bouteille à travers le bouchon en lui substituant un gaz inerte et qui s’appelle Coravin ; je n’ai malheureusement pas eu le loisir de le tester.

Un bouchon

Bref, j’avais bien hâte d’utiliser l’AntiOx qui, en passant, est recommandé par l’Académie espagnole des sommeliers.
Ce bouchon ne permet pas de retirer l’oxygène de la bouteille entamée, mais, nous dit-on, il préserve le vin des acidités volatiles du vin qui, sous l’effet de l’oxygène, accélère sa transformation en vinaigre.

Comment ? Grâce à un filtre de carbone actif qui neutralise, ou plutôt ralentit la formation d’acide acétique.
La publicité entourant le bidule, qui par ailleurs est muni d’une bague métallique numérotée, ce qui permet de marquer à quel le jour on a mis la bouteille sous AntiOx, la publicité, disais-je, affirme que le procédé est jusqu’à deux fois plus efficace que la pompe et parle même d’un niveau de conservation qui va jusqu’à dix jours.

Je n’irais pas jusque là, mais mon expérience personnelle avec ce bouchon, utilisé sur quelques semaines et avec des quantités de vin variant du trois quarts au quart de la bouteille, m’a permis de constater en effet qu’il était efficace. Et, effectivement, davantage encore que la pompe.Pulltex-2

Entre trois et cinq jours, dépendamment de la quantité de vin restant et aussi de la qualité du vin, le vin s’est maintenu dans un état acceptable, je dirais.

Entretien

Évidemment, si on laisse en plus la bouteille au frigo avec AntiOx, l’efficacité sera encore plus grande. Ne pas oublier de laisser la bouteille debout et, surtout, de ne pas passer le bouchon à l’eau après usage, ce qui serait dommageable pour le filtre. Pour le nettoyer, il suffit de passer délicatement un linge mouillé.

La durée de vie du fameux filtre de carbone actif n’est pas éternelle. Mais, apparemment, même en l’utilisant de façon très régulière, il gardera son efficacité pendant trois ans.

Son coût : 31, 99 $. À ce prix-là, le jeu en vaut certainement la chandelle, ou plutôt l’essai. Plutôt concluant, en ce qui me concerne.
Il est disponible dans certaines boutiques spécialisées (Vin & Passion, notamment), mais aussi, en ligne, sur le site de Cellier VIP.

Pour voir le bidule en action, c’est ici :

http://www.youtube.com/watch?v=DNJpRrlEfdo

 

 

 

 

À la découverte des Colli Euganei

- 16 septembre 2014

L’Italie, sur le plan viticole, plus que la France encore, est d’une grande complexité et d’une énorme diversité. On dit volontiers qu’on y fait tant de vins différents, plus que tout autre pays producteur dans le monde en fait, que personne n’a jamais réussi à tous les répertorier.

L’Italie demeure le plus important pays producteur de vin au monde; c’est aussi le premier à l’export, de même que le pays où on en consomme le plus.

ColliEuganei

Il faut y avoir déjà mis les pieds pour savoir qu’il y a de la vigne partout. Alors c’est sans complexe que l’amateur, même un peu pointu, découvre un jour une nouvelle aire de production, une nouvelle appellation.

Comme celle-ci, justement, Colli Euganei, qui se trouve tout de suite au sud-ouest de Padoue, dans le Veneto.

Ceux qui connaissent davantage l’histoire que le vin savent déjà que c’est là que le grand poète Pétrarque a fini ses jours, dans le village d’Arqua, nommé maintenant Arqua Petrarca en son nom.

Tandis que ceux qui courent les villes d’eau savent que c’est aussi là que loge la plus grande station thermale d’Europe.

Colli Euganei, aujourd’hui un parc régional, c’est une série de collines (on en compte plus d’une cinquantaine) qui se sont formées, tout comme les Alpes d’ailleurs, il y a 30 millions d’années, sous la poussée de la plaque tectonique africaine contre celle de l’Europe.

Le sol y est principalement volcanique, mais avec aussi des sédiments calcaires et graveleux, expliquait cette semaine, lors de son passage à Montréal, M. Lucio Gomiero, de la maison Vignalta.

Si la région couvre une superficie de près de 19,000 hectares, on n’y compte que 4 mille hectares de vigne.

Et de ce nombre, la maison Vignalta, qui en cultive elle-même 55 hectares, en est du coup le plus important producteur (autour de 250,000 bouteilles). C’est d’ailleurs elle qui, si on peut dire, a mis la région et l’appellation sur la carte viticole du monde, car leurs vins reçoivent régulièrement les honneurs du Gambero Rosso, le fameux guide italien.

Les vins sont faits principalement de merlot et de cabernet sauvignon, des cépages qui ont été importés de Bordeaux il y a plus de 150 ans ( en passant, la région est située à la même latitude que celle de Bordeaux), de même que de cabernet franc que, là-bas, beaucoup confondent avec le carmenère.

Il est amusant de constater qu’au Chili, c’est avec le merlot qu’on a confondu le carmenère.

M. Gomiero disait que le Veneto a beau être davantage connu pour ces autres cépages rouges que sont la corvina et la rondinella qui entrent principalement dans la composition du Valpolicella, c’est quand même le merlot qui est le cépage le plus planté.

Ce qui frappe, quand on goûte les vins de la maison, c’est d’abord leur grande fraîcheur. Mais aussi leur parfaite netteté et leur équilibre.

L’autre bonne nouvelle, c’est que les prix demeurent relativement sages. Ainsi, le Rosso Riserva 2009 (code 1075071) ne coûte que 24,45 $ et c’est à mon avis un superbe rapport qualité-prix.

C’est frais, donc, élancé, élégant, et on ne goûte absolument pas ses 14,5 degrés. ***1/2 (17/20).

Le Gemola, qui est le nom de l’une des collines, est un cru de la région. Il est fait principalement de merlot auquel on a ajouté un peu de cabernet franc. C’est le vin phare de la maison, celui par qui les honneurs sont d’abord venus.

On ne trouve presque plus du millésime 2007 à la SAQ, sinon quelques bouteilles ici et là (42,50 $ code 11581074); mais le 2009, au moins aussi bon, sinon meilleur encore quant à moi, le remplacera éventuellement. ***1/2 (17,5/20).

Enfin, à plus cher, on trouve encore un peu du Cabernet Riserva 2000 (81,00 $ code 10707114), d’une étonnante jeunesse encore, malgré ses 14 ans d’âge, avec un boisé légèrement toasté, plutôt corsé, mais en même temps fin et élégant.  **** (18/20)

Vignalta1

Sortira aussi bientôt en succursales le Marrano 2008 (30,25 $ Code 12131391),un assemblage des meilleures barriques de merlot et de cabernet sauvignon, tandis qu’est vendu en importation privée l’Arqua 2009 (56,00 $ Code 12912707 L’Enoteca di Moreno di Marchi, tel: 514-836-3166), le vin le plus puissant du lot, le plus corsé et le plus vineux (il titre 16 degrés), mais sans jamais rien sacrifier à l’équilibre et à la fraîcheur.***1/2 + (17,5/20)

Pour terminer, ce vin passerillé (passito) fait avec du muscat qu’est l’Alpiane 2008, Fior d’Arancio (29,45 $); à noter que le même vin, cette année, dans le millésime 2010, a remporté le premier prix au Concours du Meilleur Muscat du Monde qui se tient à Chaintré, en Bourgogne. Couleur or-topaze, nez riche, avec des nuances minérales et quelque chose qui, pour moi, évoque des notes «pétrolées», avec évidemment aussi, des fruits confits. Riche (210 g de sucre résiduel), mais élégant, le vin est équilibré et absolument savoureux.

Rosso Riserva 2009, Colli Euganei, Vignalta, 14,5%, Prix 24,45 $ Code 107005071 Note: ***1/2 (17/20)
Gemola 2007, Colli Euganei, Vignalta, 14,5%, Prix 42,50 $ Code 11581074 Note: ***1/2 (17,5/20)

Cabernet Riserva 2000, Colli Euganei, Vignalta, 14,5%, Prix: 81,00 $ Code 10707114 **** (18/20)
L’Arqua 2009, Colli Euganei, Vignalta, 16%, Prix 56,90 $ Importation Privée L’Enoteca di Moreno di Marchi, tel: 514-836-3166 Prix: 56,90 $ Code 124707 ***1/2 + (17,5/20)
Alpiane 2008, Fior d’Arancio, Colli Euganei, Vignalta, 12,5%, Prix 29,45 $ – 375 ml Code 11719301 **** (18/20).

Toujours la remarquable signature Dagueneau

- 10 septembre 2014

Aujourd’hui, cette signature des vins du Domaine Didier Dagueneau, c’est celle de son fils Louis-Benjamin qui, je le rappelle, en pleine vendange 2008, a dû prendre abruptement la relève de son père mort accidentellement dans un accident d’ULM (un ultra léger).

Ceux qui suivent de près la production du domaine disent que le fils a autant de talent que le père (sinon plus, si ça se trouve, ai-je même entendu entre les branches), tandis que sa fille Charlotte s’occupe de la partie commerciale.

Chaque fois que j’ai la chance de goûter les vins de ce domaine, je réalise à quel point le sauvignon, quand il est issu de grands terroirs et qu’il est élaboré par des gens de talent, est un grand cépage.

Bien loin, ai-je même besoin d’ajouter, de cette masse souvent ennuyeuse de milliers de vins qui en sont issus et qui se réclament de son nom et que l’on trouve ad nauseam sur tous les marchés du monde.

Ceux qui me lisent régulièrement se rappelleront peut-être de cette phrase qu’avait lancée Didier Dagueneau, lors de l’un de ses voyages chez nous, et que j’ai cité déjà à quelques reprises : «On a fait des défauts du sauvignon une typicité».

D’où ces caractères herbacés, et ces déclinaisons d’odeurs de légumes (rhubarbe, céleri…) qui sont le lot de beaucoup de raisins vendangés avant qu’ils n’aient atteint leur pleine maturité et qui sont désormais associés à ce cépage non pas pour le meilleur, hélas, mais pour le pire.

Tout ça pour dire que trois des blancs-fumés-de-pouilly du domaine sont présentement disponible à la SAQ (en faisant abstraction du Pur Sang 2011 (Prix 89,00$ Code 10556521), un produit du «Courrier Vinicole» disponible seulement en commande en ligne jusqu’au 15 septembre.

Mais je vous donne un scoop, il reste cinq bouteilles du millésime 2010 à la SAQ du 6630 St-Jacques, dans l’ouest de la ville, lesquelles, un peu par erreur si j’ai bien compris, ne figurent pas dans les inventaires de saq.com).

Bref, j’ai goûté ces vins récemment, et je vous fais part de mes commentaires.DAgueneau

De même que deux jurançons (sec et moelleux), issus de quelques hectares de vignes achetées là-bas par le père, en 2002, et sur lesquelles veille Guy Pautrat, un ami de la famille.

Je rappelle enfin que Didier Dagueneau a gardé pour ses vins l’ancien nom que l’on donnait autrefois au Pouilly-Fumé, à savoir Blanc Fumé de Pouilly, appellation qui est encore officiellement reconnue, parallèlement à celle de Pouilly-Fumé.

Dégustation

  • Blanc Fumé de Pouilly 2011, Domaine Didier Dagueneau, 12%, Prix 74,50 $ Code 11829341
  • C’est le plus ouvert des trois pour l’instant. Notes de cire, d’agrumes, de musc aussi ; attaque minérale, le fruit suit avec une acidité soutenue dans un ensemble intense et précis. 20 caisses en succursales. ***1/2+ ( 17,5/20)
  • Buisson Renard Blanc 2011, Blanc Fumé de Pouilly,  Domaine Didier Dagueneau, 13%, Prix 96,75 $ Code 12272492
    Nez encore sur la réserve. Grande vivacité en attaque, très tonique, de la profondeur et de la vigueur (le sol ici est davantage argileux). Il apparaît en même temps plus ciselé que le précédent. À attendre impérativement au moins trois ans avant de le regoûter (il tiendra évidemment beaucoup plus longtemps). 28 caisses en succursales. **** (18/20)
  • Silex 2011 Blanc Fumé de Pouilly, Domaine Didier Dagueneau, 12,5%,  Prix 124,75 $ Code 11466252
    C’est le plus fermé des trois. Encore très tendu, introverti, même oserais-je dire. Mais on sent la race, ce caractère minéral très fort, et cette puissance contenue, alliée à une grande finesse. On peut l’oublier en cave facilement dix ans. 9 caisse à Signature. ****+ (18,5 à 19/20)
  • Jardins de Babylone, Jurançon Sec 2011, Didier Dagueneau, 13% Prix 80,50 $ Code 12280513
    Le vin se goûte assez difficilement, m’a-t-il semblé, tellement il est encore dans sa gangue. Mais on perçoit ces notes d’agrumes que peut donner le petit manseng avec lequel il est fait à 100% et qui, quant à moi, a une parenté aromatique et gustative certaine avec le sauvignon blanc. Vin totalement en devenir. 11 caisses Signature. ***1/2 * (17 à 17,5/20)
  • Jardins de Babylone 2010 Jurançon moelleux, Didier Dagueneau, 13%, Prix 140,00 $ – 500 ml Code 1186601
    Un vin déroutant au premier nez, complexe (notes d’épices, citrouille compotée…) qui explose en bouche en un feu d’artifice de saveurs et d’odeurs en rétro-olfaction, une bouche peu sucrée au demeurant, mais en équilibre parfait avec l’acidité du petit manseng. ****+ (18,5 à 19/20)