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VIN-dredi ! Clos des Papes à travers le temps

- 21 novembre 2014

C’est VIN-dredi !

Superbe dégustation que celle d’hier soir : une « petite » verticale de huit millésimes de Clos des Papes, l’un des grands vins de Châteauneuf-du-Pape.

La famille de Paul Avril exploite le domaine qui existe depuis le XVIe siècle. Le Clos des Papes tient son nom d’une parcelle de vigne qui faisait autrefois partie du domaine papal et qui se trouve actuellement dans l’enceinte des ruines du château.

AvrilAujourd’hui d’une superficie de 40 ha, le vignoble a l’avantage d’être composé d’une multitude de parcelles représentant la presque totalité des compositions géologiques de l’appellation. La moyenne d’âge des vignes tourne autour de 50 à 60 ans avec plusieurs ceps dépassant les 80 ans. L’approche traditionnelle (travail des sols, enherbement, ébourgeonnage pour maîtriser les rendements et vendanges manuelles avec tri à la vigne) a très peu changé au cours des dernières décennies, bien que les rendements ont volontairement été réduits depuis quelques années (autour de 20 hecto/hectare), ce qui donne un vin plus concentré en jeunesse que par le passé. Ça saute d’ailleurs aux yeux et, surtout, en bouche : avec le temps, les vins semblent perdre du poids et gagnent en complexité aromatique. C’est le gage des grands vins!

Depuis les succès du domaine dans les revues spécialisées américaines (le Wine Spectator a proclamé le 2005 « vin de l’année » de son Top 100 et le 2003 a terminé second auparavant, alors que Robert Parker ne cesse de l’encenser à coup de grosses notes) le prix a malheureusement explosé ces dernières années. Résultat : le 2012 se détaille actuellement à 125$ à la SAQ alors que le 1995 se vendait… 33,50$ !

Tous les vins ont été dégustés en semi-aveugle, c’est-à-dire qu’on connaît les millésimes (et le vin, évidemment), mais pas l’ordre dans lequel ils sont présentés.

En terminant, j’aimerais remercier mon collègue et ami Nick Hamilton pour l’invitation. Les thèmes de dégustation qu’il propose sont non seulement stimulants, les conditions dans lesquelles elles ont lieu – espace, service, animation, prix – sont quasi parfaites. On se renseigne ici : Les Conseillers du Vin.

 

1. Clos des Papes 1993 Châteauneuf-du-Pape
Robe évoluée. Très joli nez, parfumé, avec des notes secondaires tirant sur le tertiaire : cèdre, épices orientales, fleur séchée, lavande, touche sanguine. Bouche charnue montrant une belle densité. Des tanins fondus, un peu secs, et une impression de chaleur en finale contrebalancée par une acidité haute. Le tout s’étire longuement et gagne en volume. Un vin à point. J’ai misé sur le 1993. Bingo! Payé 31,58$ à l’époque…
17,5/20

2. Clos des Papes 1997 Châteauneuf-du-Pape
On perçoit au visuel une évolution à la robe légèrement moins marquée que le no.1, Le nez paraît plus éclatant, plus frais, quoiqu’un peu moins nuancé et complexe. Attaque ample, assez puissante, elle aussi fondue, de bonne fraîcheur, quoique moins persistante et moins complète. J’ai misé sur le 1997 et… j’ai bien joué!
16,5/20

Verticale Clos des Papes3. Clos des Papes 2011 Châteauneuf-du-Pape
On devine facilement un vin tout en jeunesse avec un nez explosif de fruits mûrs rappelant la cerise a l’eau-de-vie, la viande fumée et un côté raisin sec. Attaque puissante, tout en chair, des tanins gommeux, une impression juteuse, c’est presque cochon. Longue finale, assez chaude sur des notes de prune grillée. Alcooleux, ai-je noté, mais pourvu d’une assez bonne fraicheur qui apporte de l’énergie. Belle évolution à prévoir. J’ai misé sur un millésime solaire comme 2009.
17,5-18/20

4. Clos des Papes 2009 Châteauneuf-du-Pape
Plus timide, moins ouvert avec des notes de cèdre, un côté cuit dans le fruit. Puissant en attaque, la matière semble plus stricte et les tanins plus rugueux, ce qui donne un profil masculin au vin. Peu digeste, il pourrait néanmoins surprendre dans quelques années. Je croyais avoir le 2011 dans mon verre…
16,5-17/20

5. Clos des Papes 2000 Châteauneuf-du-Pape
Petite évolution à la robe, mais pourtour encore bien jeune. Nez discret des parfums solaires de raisins secs, de tomate confite et d’anis. Bouche plus intéressante avec une matière généreuse, des tanins un poil fougueux et un  note de tabac en finale. Manque un peu de fond et d’allonge, mais reste en finesse. J’ai misé sur… 1995!
16/20

6. Clos des Papes 2001 Châteauneuf-du-Pape
Le nez le plus fin et le plus complexe. Registre floral évoluant sur des tonalités de fumée, de lavande, d’orange sanguine, de charbon et d’épices douces. Attaque fine et ample à la fois, matière dense et ciselée, des tanins élégants et une finale longue et parfumée. De loin le meilleur vin de la série et assurément dans la cour des grands! Bien vu en pensant avoir le 2001 dans mon verre.
18,5/20

closdespapes château7. Clos des Papes 2012 Châteauneuf-du-Pape
Vin débordant de jeunesse avec des notes de fruits noirs mûrs, de glaçage à gâteau, de mine de crayon et toujours ce petit côté légèrement fumé en arrière-plan qui donne du panache au tableau. Ample, presque juteux, mais en même temps d’une élégance indéniable dans la façon puissante de se présenter. Un côté tonique et velouté ajoute au plaisir alors que la finale s’étire longuement en évoquant des notes de violette. Cher, évidemment, mais un potentiel indéniable. Bien identifié comme 2012.
17,5-18,5/20

8. Clos des Papes 1995 Châteauneuf-du-Pape
Peu d’évolution à la robe avec un cœur jeune et un tuilé léger à l’extrémité du ménisque. Bouqueté et racé au nez avec des notes d’épices, d’encens, d’écorce d’orange, de réglisse et de fruit à noyau. Impression fine en attaque couplée à une structure tannique encore puissante, un peu sèche, notamment en finale, mais la générosité du fruit et de la matière vient compenser pour donner un équilibre impressionnant. L’acidité, quant à elle, semble donner des ailes à un ensemble qui ne semble pas complètement fondu et qui devrait gagner encore en finesse. J’ai hésité longtemps, mais le côté adolescent du vin m’a fait miser sur 2000 plutôt que le 1995 avec lequel je l’ai inversé. Une preuve, à nouveau, que les vins de Paul-Vincent Avril méritent d’être attendus.
17,5-18/20

 

VIN-DREDI ! Splendeurs d’Italie

- 14 novembre 2014

Journalistes et chroniqueurs présents à la dégustation de presse étaient à l’unisson: quel Courrier Vinicole! L’un des plus beaux depuis longtemps. Le premier depuis 2009 qui porte uniquement sur l’Italie. La sélection effectuée par l’équipe du CV est remarquable d’un point de vue qualitatif avec tous les grands noms. Les vins du Piémont occupent une place de choix. On trouve également, en fin de catalogue, une courte liste des vins provenant de la cave mythique de Champlain Charest dont le bistro éponyme a connu ses derniers bruits de cuisine et de service au début du mois. Une belle façon de lui rendre à nouveau hommage.

Tel que l’évoquait le Raisin Claude en début de semaine, le principal écueil de ce CV, et il est de taille, ce sont les prix. On a beau pointer vers la force de l’Euro pour trouver un coupable, il n’en reste pas moins que la majorité des vins habituellement disponibles à la SAQ (ou à la LCBO) affichent des augmentations tournant généralement autour de 20-30%.

Sur la quarantaine de vins goûtés parmi les 104 offerts, voici ceux qui représentent à mon sens les meilleurs achats. Comme à l’habitude, j’ai tout dégusté à l’aveugle. Vous avez jusqu’au lundi 24 novembre, midi pour commander.

 

Castello di Fonterutoli, Chianti Gran Se 2010 (46$ – no.69)

Timide et gourmand à la fois. On sent une belle patine du bois sur les parfums de fruits mûrs qui donne une impression de pâtisserie à laquelle s’ajoute des notes fumées. Nourrie et élégante, la bouche paraît moderne et offre une belle persistance. Très bien.

16-16,5/20

 

DomenicoFontodi Vigna del Sorbo Chianti Classico Riserva 2010 (65$ – no. 75)

Style plus sérieux, mais qui reste sur des bases modernes, pour ne pas dire convenues. Torréfaction, fruits noirs et cacao. Nourri et bien détaillé, le vin possède de la mâche tout en étant pourvu d’une acidité haute et d’une bonne persistance. Potentiel intéressant.

16-17/20

 

Carpineto, Molin Vecchio 2004 (55$ – no. 65)

Bien ouvert et d’une belle complexité. Registre légèrement secondaire avec des tonalités de cuir, de paquet de Gauloises fraîchement déballé et un arrière-plan sanguin/viande crue. Bonne densité, tanins fins et fondus s’articulant autour d’une acidité fine qui aide au prolongement des parfums en finale. Digeste et parfaitement à point, il pourra se maintenir sur son plateau quelques années encore.

16/20

 

Bruno RoccaBruno Rocca Rabajà Barbaresco 2010 (85$ – no. 18)

Ferme et riche avec des tanins de grande qualité. Puissant, presque juteux et surtout long/caressant en finale avec des flaveurs de résine/goudron, d’épices exotiques et de cerise. Excellent potentiel.

16,5-17,5/20

Brezza Bricco Sarmassa Barolo 2009 (86$ – no. 19)

Grande intensité aromatique : rhubarbe, rose, côté chaud et mur tant au nez qu’en bouche. Belle rondeur du fruit avec masse tannique ferme et acidité sous-jacente qui rend le tout énergique et sapide malgré l’impression capiteuse de la finale qui s’étire longuement. À oublier en cave une bonne dizaine d’années.

17-17,5/20

 

Domenico Clerico Ciabot Mentin Barolo 2009 (89$ – no. 25)

Nez sur la réserve, mais qu’on devine profond : havane, encre, violette. Bouche riche, puissante, compacte, presque grasse, avec l’apport du bois en finale qui contribue au profil masculin du vin. Il semble posséder les attributs d’un grand vin. Ne pas toucher avant au moins 2019-2020.

17-18/20

 

CorderoCordero di Montezemolo, Enrico VI Barolo 2009 (96$ – no. 39)

J’ai presque reconnu la signature du vin à l’aveugle. Élégant avec son boisé soigné et sa matière soyeuse, presque velouté qui viennent enrober une structure tannique de qualité. Longue finale vaporeuse. Difficile de ne pas succomber.

17,5-18/20

 

Arianna Occhipinti, Siccagno IGT Sicilia 2011 (45$ – no. 94)

Tout de suite au nez on sent que le vin détonne par rapport aux autres. C’est un peu brouillon, pas encore tout à fait en place et ce n’est surtout pas propre, mais alors quelle intensité remarquable! Bienvenu dans le monde du vin nature! Bouche suave et éclatante de saveurs avec une masse tannique fine, fraîche et bien intégrée. Longue finale qui gagne en précision. Pour amateur averti.

17/20

Ochin

Lamborghini Campoleone 2010 (45$ – no. 86)

Original avec des parfums de goudron, de balsamique et de cerise mûre. Ample en attaque, on sent le vin nourri et athlétique tout en restant souple et accessible, ce qui le rend digeste et agréable à boire. Devrait gagner en harmonie avec 2-3 ans de garde.

16-16,5/20

 

Brigaldara Amarone della Valpolicella Classico 2009 (49$ – no. 49)

Déjà au nez on devine une complexité « froide »qui tranche avec l’opulence facile et trop souvent banale des Amarones auxquels on est habitué ici. Plus sérieux, limite sévère, on sent un corps brut évoquant l’eucalyptus, le caramel, le tabac et la cerise fumée. C’est puissant, riche, frais, jamais sucrailleux, ce qui donne une impression tannique plus sentie. Longue finale chaleureuse et caressante.

17-17,5/20

 

COSCOS Pithos bianco IGT Sicilia 2012 (42$ – no.9)

Du graciano. Sept mois de macération pelliculaire dans des amphores d’argile enfouies sous terre. Ça donne d’ailleurs une teinte orangée au vin. Un ovni. Un nez déstabilisant par l’intensité et l’étendue de ses parfums. D’abord riche, on sent ensuite la matière gagner en finesse et en définition sans jamais perdre son impression cylindrique, notamment de par l’impression d’extrait sec qui se dépose en finale et sert de tremplin à une longue finale qui monte en puissance aromatique sur des notes de fleur et de menthe. Déstabilisant, mais combien rafraîchissant et agréable à boire.

17/20

 

 

 

 

 

VIN-dredi ! L’indice de picolabilité

- 7 novembre 2014

Vin-drediLe dernier salon des vins d’importation privée m’a donné l’occasion d’entrer encore plus profondément dans le monde obscur et souvent déconcertant des vins naturels.

Au-delà de savoir si c’est en bio, en biody et/ou totalement naturel, par-delà le terroir, la conduite de la vigne, les cépages en cause et les techniques de vinification, s’il y a une chose qu’il faut retenir, c’est l’indice de picolabilité.

Entre les vignerons que j’ai côtoyés cette semaine, on chipote sur les origines de l’expression. Dans mon cas, c’est Pierre Jauffret du Château Terre Forte dans le Rhône qui m’a appris : « ce n’est pas juste glouglou et d’étancher la soif, c’est l’impression de picoler sans jamais sans rendre compte tout en entrant en osmose avec le vin ».

Non, mais, ça ne s’invente pas!

J’ai probablement atteint le haut de l’échelle de picolabilité cette semaine avec une bouteille de derrière les fagots : un Poulsard 2011 de la maison Pierre Overnoy à Pupillin.

Overnoy

 

Pierre Overnoy est l’un des précurseurs du vin naturel dans le Jura où il est considéré par plusieurs comme le plus grand vigneron de la région. C’est Émmanuel Houillon, son fils adoptif, qui vinifie les vins aujourd’hui. Un poulsard magistral qui dépasse de loin tout ce que j’ai goûté dernièrement. Déjà, avec sa robe couleur orangeade d’aréna de hockey, vous risquez d’en faire fuir plus d’un à table. À l’ouverture, le perlant en bouche risque plus de vous rappeler un campari soda que du vin. Soyez patient!

 

Après 45-60 minutes, le vin a commencé à prendre ses aises. Le nez m’a complètement hypnotisé avec son bouquet d’une grande intensité: cerise, épices, graphite, fleur. L’effervescence délicate du début laisse place à une bouche précise au tracé sensuel et charnu, mais tout en étant d’une délicatesse renversante. Un milieu de bouche soutenu, tout en fruit avec des tanins très fins et élégants. L’ensemble culmine sur une longue finale aromatique qui amplifie une impression sphérique et harmonieuse. Moins riche et rond que ceux de Philippe Bornard, m’a-t-il semblé, plus lumineux que ceux de Jean-François Ganevat, c’est un vin qui m’a carrément jeté par terre. Deux bouteilles éclusées et même intensité/précision/bonheur. On est ici dans la cour du grand vin. 17-17,5/20

 

Pierre JauffreyC’est évidemment disponible uniquement en importation privée via l’agence Vini-vins (diane@vini-vins.com). La production étant minuscule, il y a très peu de vins à vendre. Même Laura, Jurassienne et représentante commerciale de l’excellent Domaine de la Pinte, me disait qu’elle avait du mal à en trouver chez elle! Vous pouvez par contre passer Chez Victoire, sur le Plateau, où il est figure à la carte des vins…

 

 

MPV 2014 – De grands vins au service d’une grande cause

- 29 octobre 2014

MPVMontréal Passion Vin est devenu un incontournable des grands moments de dégustation au Québec. C’est non seulement l’occasion de goûter durant deux jours aux plus beaux vins de la planète, mais aussi la chance de rencontrer et d’écouter les femmes et les hommes qui sont derrière chacun d’eux. C’est aussi de savoureuses expériences culinaires, dont plusieurs de haute voltige. Normand Laprise, Jérôme Ferrer, Claude Pelletier et j’en passe; presque tous les grands chefs y sont passés. Soulignons également le ballet toujours aussi impressionnant des sommeliers dirigés avec maestro par Monsieur Don Jean Leandri.

Mais Montréal Passion Vin, c’est d’abord et avant tout un événement au profit de la Fondation de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont qui finance en partie les activités du Centre de rechercher en thérapie cellulaire afin, notamment, de lutter contre le cancer.

Brigade de sommeliersAu moment de publier ces lignes, il restait une petite quinzaine de forfaits à vendre pour l’édition 2014 dont le coup d’envoi est prévu ce vendredi en fin de matinée alors qu’on fera sauter les bouchons des meilleures cuvées de Ruinart, à mon sens l’une des meilleures maisons champenoises.

Je vous le concède d’entrée de jeu : c’est assez cher merci! Même avec l’exemption fiscale qui vient d’office, c’est une grosse dépense. D’où pourquoi ça s’appelle Montréal PASSION Vin; il faut être un peu fou, surtout passionné pour investir une telle somme. Et puis, combien ça coûte de temps et d’argent, vous pensez, un voyage qui vous permettrait de visiter chacun de ces producteurs? À MPV, ce sont les producteurs et les vins qui viennent à vous qui vous font voyager tout en encourageant une bonne cause.

Au plaisir de vous y croiser!

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Angelo Gaja, le pape d’Alba

- 22 octobre 2014

« Qui sait boire sait vivre! »

Angelo et ClaudeCette toute petite phrase d’Angelo Gaja résume à elle seule l’esprit de celui que plusieurs appellent le « Pape » d’Alba, dans le Piémont. Or ces mots, ce sont ceux lancés par son grand-père en réplique à la grand-mère qui trouvait que du haut de ses 14 ans, le petit Angelo était trop jeune pour boire du vin.

Vif, enjoué et attentionné, il m’a rappelé un autre grand du vin : Gérard Gauby. Tous deux ont d’ailleurs à cœur de préserver la terre. Ils appellent ça la « résilience du terroir ». Ou, plus simplement, comment donner à la vigne les moyens de se défendre par elle-même tout en poussant toujours plus loin l’expression du « terroir » dans le vin.

Tous les vins ont été dégustés à bouteille découverte avec trop peu de détails ou de présentation; comme si Monsieur Gaja considérait que les vins se suffisaient à eux-mêmes. Disons qu’il n’a pas tellement tort… En voyant la prime jeunesse de ces vins à base de nebbiolo, vous vous dites qu’on a probablement eu droit à un merveilleux concert de silence et d’austérité… Détrompez-vous! Sans dire que les vins étaient au zénith, j’ai été renversé par leur expression et la manière avec laquelle ils se sont livrés. Comme quoi, un grand vin, c’est celui qui est capable d’être grand à tous les stades de sa vie.

 

Gaja Rossj-Bass 2013 Langhe (79$ – Code SAQ 863829)

Exotique et précis. Parfums de miel, d’amande, de crème fraîche et de poire. Ample, fine et caressante, la bouche paraît gourmande tout en affichant de la retenue, ce qui contribue à l’élégance du vin. Un chardonnay charmeur et sérieux à la fois. 17/20

Rossj-Bass 2013

Gaja Ca’ Marcanda Promis 2012 Toscana (48,75$ – Code SAQ 746941)

Nez distingué par son boisé fin autour duquel s’articulent des parfums de cerise noire, de viande sanguine et un fond de fleur d’été. Suave et harmonieux, il gagnera en définition avec 3 ou 4 ans de cave. Jolie bouteille. Merlot 55%, syrah 35% et sangiovese 10%. 16-16,5/20

 

Gaja Ca’ Marcanda Magari 2012 Bolgheri (66,50$ – Code SAQ 10217721)

Plus moderne de style. Impression joufflue du fruité. Parfums invitants de viande fumée, de jeune prune et de réglisse. Digeste, c’est le vin qui m’a semblé le plus « facile » de la série. Un peu cher. Merlot 50%, cabernet franc 25%, cabernet-sauvignon 25%. 16/20

 

Gaja Ca’Marcanda Camarcanda 2009 Bolgheri  (118,75$ – Code SAQ 11895487)

Du sérieux. Nez fin, profond et sur la réserve : graphite, bleuets sauvages, épices. Riche et puissant en attaque le vin paraît néanmoins sur lui-même avec un milieu de bouche stricte, mais la finale se prolonge longuement tant au niveau structurel qu’aromatique. Touche confite en finale, mais l’ensemble garde ce qu’il faut de fraicheur. Merlot 50%, cabernet-sauvignon 40%.cabernet-franc 10%. Il devrait, lui aussi, gagner en prestance avec quelques années en cave. 17-17,5/20

Trio

Gaja Pieve Santa Restituta 2009 Brunello di Montalcino (69,25$ – Code SAQ  11817315)

Facile et bien expressif au nez avec un profil gourmand de chocolat fin et d’épices douces. Beaucoup de fraicheur avec une bouche soyeuse, des tanins fondus, une acidité plutôt basse et une bonne rémanence des parfums en finale qui se montre légèrement capiteuse avec une impression de fruit mûr (14,5% d’alcool, quand même!) Sangiovese 100%. 16,5/20

 

Gaja Sito Moresco 2012 Langhe (62$ – Code SAQ 10230926)

Délicat, presque féminin au nez avec profil floral de lavande, de petits fruits rouges et de chocolat au lait. Bouche précise, pas spécialement profonde, mais dotée de tanins fermes et d’une finale soutenue. Côté gourmand en finale donnant une belle réplique à la structure tannique du vin et donne une impression d’austérité fine. Belle bouteille à oublier en cave pour les 5 à 8 prochaines années. Nebbiolo 35 %, merlot 35 %, cabernet-sauvignon 30 %. 16,5-17/20

Sito

Gaja Dagromis 2008 Barolo (69$ – Code SAQ 11212501)

Belle exubérance des parfums.  On sent la richesse du millésime avec petit côté cuit dans le fruité et une masse tannique moins ferme, plus fondue à la matière qu’on devine riche. Digeste et déjà gourmand, il sera à boire en jeunesse. Nebbiolo 100 %. 16/20

 

Gaja Barbaresco 2010 (225$ – Courrier vinicole novembre 2014)

On passe dans une autre dimension. Nez profond donnant une impression de fumée, de cerise et de goudron avec un arrière-plan rappelant les épices et la vanille d’un vieux rhum. Ample, riche, mais aérien et précis avec trame serrée devenant expansive, des tanins fins, presque gommés, mais apportant une structure impressionnante tout en laissant l’impression de volume et de chair. Longueur superbe et devenant massive. Bouteille qui fera date. La plus vieille cuvée du domaine (1859), elle est issue uniquement de nebbiolo provenant de 14 parcelles différentes. 18-19/20

Barbaresco

Gaja Costa Russi 2010 Langhe (490,25$ – Courrier vinicole novembre 2014)

Parcelle acquise en 1967. Costa indique vient du fait que la parcelle est orientée plein sud alors que Russi est le surnom de l’ancien propriétaire. 95% de nebbiolo avec le reste de barbera. Nez discret de goudron et de réglisse fumée. Côté graphite. Impression de richesse, presque glycérinée, mais aussi dense et dotée d’une acidité fascinante. Longue finale vaporeuse sur laquelle on peut méditer longtemps. Potentiel immense, même s’il reste accessible. 18,5-19/20

 

Gaja Sorì Tildìn 2010 Langhe (524,50$ – Courrier vinicole novembre 2014)

Sorì veut dire haut de la colline exposée au sud en vieux piémontais alors que Tildìn est le surnom de la grand-mère d’Angelo. Même encépagement que la cuvée précédente. Un bouquet assez discret avec une impression florale plus marquée. On sent le vin plus riche que le Costa Russi, plus plein, avec une ampleur et une finale encore plus impressionnante. Superbe distinction avec une matière veloutée, une structure tannique grandiose. Un bois d’une grande finesse. Finale splendide. On tutoie la perfection. Très grand vin. 19-20/20

Grand trio

Gaja Sorì San Lorenzo 2010 Langhe (545,50$ – Courrier vinicole novembre 2014)

Parcelle acquise en 1964 et qui tire son nom du saint patron de la Cathédrale d’Alba. Un style plus à l’ancienne faisant paraître le vin plus austère que les deux autres à ce stade. Grande élégance. Un vin plus cérébral, avec une trame tannique et acide plus marquée alors que le fruit semble sur lui-même. Plus puissant, moins suave, mais d’une longueur époustouflante. Un coureur de fond au potentiel immense. Vin d’exception. 18,5-19,5/20

 

Angelo et Patrick