Archives de l'auteur

Courrier Vinicole : l’Odyssée

- 30 août 2014

La (presque) fin de l’été sonne la rentrée des classes et… le retour du Courrier Vinicole (CV). Sous le thème de « l’Odyssée : À la quête des trésors à travers le monde » l’offre ratisse large et mise sur des produits qui nichent habituellement chez les amateurs avertis. Une sorte de catalogue « hipster » où l’on trouve, pour rester dans le thème, plusieurs perles!

L’ennui (encore une fois) c’est que les quantités disponibles pour les vins les plus intéressants frôlent le ridicule. Le cas le plus flagrant est sans conteste celui du Clos Rougeard à Saumur-Champigny dont seulement 24 bouteilles de la grande cuvée « Le Bourg » sont disponibles à la vente.

Devrait-on s’en plaindre?

Oui si on se glisse dans la peau de l’amateur décourager à l’avance de voir sur sa feuille de commande un gros 0 dans la colonne quantité allouée. Non si l’on considère que pour une majorité d’entre nous, c’est la chance unique de mettre la main sur des crus disponibles au compte-goutte que les amateurs du monde entier s’arrachent.

Au demeurant, il apparaît curieux de voir la SAQ rassembler dans une opération catalogue plusieurs produits qui s’écoulaient facilement et à moindre coût via la vente en succursale. On peut également s’interroger sur la pertinence de réquisitionner des vins d’importation privée qui permettait à certaines agences de se démarquer auprès d’une clientèle avertie. D’autant que, n’eut été du boulot de ces agences pour convaincre certains vignerons naturellement moins compatibles avec notre monopole d’État, il n’est pas certain que ces bouteilles aient un jour atterri au Québec. Demandez à Laurent Ponsot en Bourgogne, pour voir…

Au moment de lire ces lignes, vous devriez avoir reçu le catalogue papier. Autrement la liste est disponible ici. La vente a débuté hier et prend fin le 15 septembre à midi. La vente en ligne des produits résiduels – c’est-à-dire les vins n’ayant pas trouvés preneur ou refusés par les premiers allocataires – se fera en mode premier arrivé, premier servi à partir du17 septembre à midi. Soyez à l’affût; c’est parfois l’occasion de mettre la main sur des vins qu’on n’attendait pas…

La SAQ a fait déguster à la presse plus d’une trentaine des vins offerts. Vous trouverez à la suite mes impressions ainsi que celles de mon collègue Raisin Claude Langlois. J’ai tout dégusté à l’aveugle. Les vins apparaissent suivant l’ordre de dégustation. De manière générale, les blancs m’ont semblé plus intéressants que les rouges.

Bonne chasse au trésor!

 

Rouges

Hidden Bench Estate Pinot Noir 2010 Niagara (33$ – no. 3 dans le catalogue)

Nuance et fraîcheur. Framboise sauvage et une pointe végétale relevée par des notes d’élevage soigné. Du volume, de la chair et une acidité fine. Il manque de fond et de complexité pour se démarquer, mais l’ensemble est habilement maîtrisé. Belle surprise.

15,5/20

 

Rippon Mature Vine Pinot Noir 2011 Central Otago (53$ – no. 32)

Timide. Profil végétal qui tend à s’imposer. Droit et incisif avec une matière tannique qui le fait paraître un peu dur. Allonge correcte. Difficile à juger pour le moment. On trouve mieux à ce prix.

14-15/20

 

Domaine des Roches Neuves La Marginale 2011 Saumur-Champigny (49$ – no.79)

Bien parfumé : poivron, cèdre, goudron, fruits rouges. Bouche sévère avec une attaque droite et une matière unidimensionnelle qui participe à l’astringence en finale, mais on sent que le vin a du ventre. À attendre un peu.

15,5-16,5/20  (P.D.)

Déjà au nez, on peut saisir la minéralité du sol dont il est issu, alors que s’exprime des arômes de fruit et de fleurs. La bouche suit, «très» Cabernet franc, si jeux peux dire. Le vin a du corps, de la fraicheur et une forte personnalité.

***1/2 ou 17/20 (C.L.)

 

Schubert Block B Pinot noir 2011 Wairarapa Martinborough (48$ – no. 31)

Robe limpide. Parfums aguichants et racoleurs qui profitent de l’élevage marqué, quoique bien intégré : cerise, pâtisseries, vieux bourbon. Matière dense et enveloppante laissant place à des tanins enrobant et une finale chaude. Plaira aux amateurs de pinot qui en mettent plein la gueule.

16/20 (P.D.)

Un joli nez bien typé pinot qui s’ouvre sur la fraise. La bouche est franche et délicate en saveurs, avec encore ici ce rappel de la fraise dans les saveurs, enjolivées de fines nuances florales. Frais, le vin ne fait pas ses 14,5 degrés.

***1/2 ou 17/20 (C.L.)

 

Weingut Gesellmann, Bela Rex 2011 Mittelburgenland (68$ – no. 42)

Rond, puissant avec des tanins gommés. Ensemble se terminant sur des notes épicées apportées pas l’élevage. Un style moderne et charmeur en manque de personnalité, mais qui saura plaire au plus grand nombre. Prix salé.

15,5-16/20

 

Mas Laval, Grande Cuvée 2011 IGP Hérault (36$ – no. 70)

Nez étoffé et bien mûr de raisin de Corinthe, de réglisse, de garrigue avec un arrière-plan floral. Large en attaque, il donne une impression ronde et sucrailleuse, mais l’acidité lui permet d’éviter le piège de la lourdeur. Assez long et digeste. Un choix avisé.

16/20 (P.D.)

Nez moyennement aromatique sur la cerise. La bouche est juteuse, le fruit a de l’éclat, le vin est généreux, tout plein de fruit, sans qu’il ait peut-être à ce stade-ci une réelle complexité, mais on nage que dans le plaisir.

*** ou 16/20 (C.L.)

 

Domaines Ott, Château Romassan 2011 Bandol (49$ – no.62)

Registre floral, mine de crayon et fruits noirs. Matière caressante et montrant beaucoup de fraîcheur dans le fruit, mais on sent le vin un peu en surface. Un bandol atypique, facile et flatteur qu’on prendra plaisir à boire en jeunesse. Sauf qu’à ce prix, on s’attend à plus sérieux.

16/20

 

Domaine de Trévallon 2010 IGP Alpilles (69$ – no. 64)

Sérieux et accessible. Plein et expressif : cassis, tomate, balsamique, encre. Ample en attaque, devient serré, côté solaire tout en montrant beaucoup de fraîcheur et de l’élégance. Une bouteille de garde qui comme la plupart des vins du domaine sera à son mieux à 15, voire 20 ans, ce qui en fait une aubaine. Une belle réussite.

17,5-18/20 (P.D.)

****  ou 18/20 (C.L.)

 

Lammershoek Syrah 2010 Swartland (37$ – no. 20)

Belle pureté au nez avec des notes à la fois florales, d’olive, fruits noirs et touche de garrigue. Bouche ample, juteuse avec une masse tannique bien intégrée et encore jeune. Il paraît puissant en finale avec des notes capiteuses, mais le tout garde de l’équilibre et beaucoup de fraîcheur. Miam!

16,5-17/20

 

Antiyal 2011 Valle del Maipo (55$ – no. 8)

Cassis frais, pointe végétale qui rappelle le plant de tomate, un peu de fumée et impression boisée. Bouche nourrie, des tanins de qualité et une finale structurelle porteuse. Amateur de finesse, s’abstenir.

15,5/20

 

Chakana, Estate Selection Red Blend 2012 Lujan de Cuyo (32$ – no.12)

Nez sur la réserve évoquant des notes de charbon, de cassis souligné par un trait végétal. Bouche ample, presque grasse avec une masse tannique bien présente, mais fondue. Bonne persistance. Achat avisé.

15,5/20

 

O. Fournier Alfa Centauri 2010 Valle del Maule (52$ – no.7)

Nez imposant et racoleur. Même chose en bouche. Beaucoup d’extraction. Finale sauvage et alcooleuse. Manque d’équilibre.

14-14,5/20

 

Ktima Gerovassiliou Evangelo 2010 Topikoi Oenoi Macédoine (64$ – no. 45)

Une Côte-Rôtie grecque, mais faite avec de la petite syrah et un peu de viognier. Bouche paraît délicate tout comme le nez assez distingué. Floral avec des notes de fumée. Fruit croquant et impression tannique déjà fondue. Moderne et bien maitrisé, mais un peu banal. Cher.

16/20

 

Ktima Alpha, Alpha One 2008 Florina Macédoine (79$ – no. 46)

Nez bien mûr. Registre animal complété par la pâte de tomates et un côté cerise à l’alcool. Bouche puissante, matière généreuse et possédant ce qu’il faut d’acidité. Nettement trop cher et l’impression d’un vin pouvant venir autant de Californie, que de Bordeaux ou d’Australie.

16/20 (P.D.)

**** ou 18/20 (C.L.)

 

Mvemve Raats de Compostella 2012 Stellenbosch (75$ – no. 22)

Nez concentré de fruits noirs mûrs, de goudron et une pointe de vanille fraîche. Racoleur, gras, avec du volume, bien qu’assez serré et offrant une belle allonge en finale. Fort bien, mais pas donné!

16-16,5/20

 

Sena Chadwick 2010 Aconcagua Valley (118$ – no. 10)

Expressif et puissant avec des notes de bois qui dominent suivi d’un registre empyreumatique, de chocolat et de réglisse. Généreux, limite opulent sans perdre au change en élégance et en profondeur. Moderne, évidemment, mais très bien maitrisé. Pour les amateurs de sensations fortes.

16,5-17/20

 

Blancs

Clos Canarelli BG 2013 Vin de France (46$ – no.65)

Bel éclat au nez avec des notes florales, de miel, de fleur d’oranger, de pâte à biscuit et de citron confit. Bouche ample et charnue, un peu moelle, mais de bonne persistance. Pour les amateurs de vins blancs sudistes.

16/20 (P.D.)

Un beau blanc franc, droit et fringant avec des notions de poire, de pêche et de fleurs qui nous laissent croire, à l’aveugle, que le vin contient peut-être du viognier mais il n’en contient pas puisqu’il est fait avec ce cépage rarissime qu’est le Biancu Gentile. Un blanc intense et tonique, peut-être un peu cher, mais on paie pour sa rareté et son originalité.

*** ou 16,5/20 (C.L.)

 

Domaine des Baumard Clos du Papillon 2009 Savennières (45$ – no.74)

Détaillé et concis : poire, pierre à fusil, citron frais. Matière riche et tendue, registre calcaire imprégné dans l’ADN du vin. Longue finale saline et salivante. Du grand art.

17/20 (P.D.)

Subtil au nez et en bouche avec ces notes de chèvrefeuille et de tilleul, un début d’évolution dans les saveurs pour ce chenin un peu déroutant au premier abord, mais racé et passionnant.

***1/2 ou 17/20 (C.L.)

 

François Cotat Sancerre Mont Damnés 2012 (49$ – no.76)

Bien ouvert avec tonalités d’anis, de pétrole, d’agrume frais. Attaque sévère, la matière semble ensuite gagner en amplitude avec un côté expansif qui sert de tremplin à une finale longue et détaillée donnant l’impression de sucer un caillou. Le temps lui permettra de gagner en volume et en chair. Un grand classique en devenir.

17-17,5/20

 

François Cotat Sancerre La Grande Côte 2012 (55$ – no. 77)

Registre plus exotique. Touche de fumée et côté lactique. Bouche nettement plus grasse, impression de sucre résiduel tout en restant magnifiquement droit et tendue. Finale superbe donnant l’impression d’extraits secs et de marmelade. Grande bouteille de garde.

17,5-18/20

 

Reyneke, Reserve White 2012 Stellenbosch (45$ – no.18)

Sauvignon blanc tout à l’opposé. Bonne intensité des parfums avec un registre de kiwi, de bois grillé et de beignet chaud. Bouche ample, acidité un peu basse, mais le tout est habilement maîtrisé et culmine sur un finale de longueur enviable rappelant l’ananas.

16/20 (P.D.)

Notion de noisette et de fleurs au nez. Bouche ronde et charnue avec un fruit quasi sucré, en même temps que le vin est plein de vitalité et de fraicheur, avec des saveurs qui évoluent sur les fleurs et un rien d’agrumes. Bien malin qui peut dire, à l’aveugle, que ce vin est fait à 100% de sauvignon blanc. Pas moi, en tout cas.

*** 1/2 ou 17/20 (C.L.)

 

Ktima Argyros Assyrtiko French Oak Fermented 2011 Santorin (31$ – no.43)

Racé avec notes pierreuses, touche de miel et pêche blanche. Matière tendue, élevage fort bien maîtrisé donnant naissance à une finale soutenue et légèrement grillée. Impressionné par le progrès constant de cette cuvée. Délicieux.

16,5-17/20 (P.D.)

***1/2 ou 17/20 (C.L.)

 

FX Pichler Gruner Veltliner Loibner Steinertal 2012 Wachau Smaragd (63$ – no.39)

Caractère exotique auquel s’entremêlent des notes d’abricots, de crème fraîche et de tilleul. Attaque perlante, du gras et de l’acidité. Ne semble pas tout en fait en place pour le moment, mais le vin a du fond et devrait gagner en définition.

16-17/20

 

Domaine Trimbach, Riesling Clos Sainte Hune 2007 (205$ – no.50)

Élégance et race. Caractère variétal marqué avec des notes d’hydrocarbure, d’abricots et de silex. Attaque droite et précise. Matière dense, fraîche et gagnant en volume. Superbe allonge en finale avec une impression d’extrait sec. Grand vin, tout simplement.

18-19/20 (P.D.)

Un nez on ne peut plus riesling, avec ces notes de «fins minéraux» qui «pétrolent» finement, avec en bouche des nuances de tilleul, de camomille, de chèvrefeuille et de miel. Le vin a commencé à évoluer, mais il reste d’une grande vitalité. Un grand blanc racé, un riesling exceptionnel.

**** ou 18,5/20 (C.L.)

 

Tawse Winery, Quarry Road Chardonnay 2010 Niagara (35$ – no.1)

Grillé, fait très Côte de Beaune. Matière qui paraît riche et d’assez bonne concision. Bois ressort en finale et rappelle le sirop d’érable. Un peu simple.

15/20 (P.D.)

Joli nez à la bourguignonne sur le camphre et la noisette, nuances que l’on retrouve aussi en bouche uine bouche à la chair tendre, avec une certaine impression de sucrosité quoique le vin soit techniquement sec. Goûté à l’aveugle, on est étonné de constater (quoique de moins en moins, quand même) que ce vin est fait en Ontario. Bravo.

***1/2 ou 17/20 (C.L.)

 

Kumeu River Hunting Hill Chardonnay 2011 Auckland (45$ – no. 30)

Encore plus de bois avec des notes d’hickory, de pétrole et de fruits exotiques.  Malgré le côté ample et tendre, la bouche affiche une belle pureté et offre la fraîcheur adéquate pour maintenir le tout en place. Bonne persistance aromatique en finale qui contribue à l’élégance.

16,5/20 (P.D.)

Un autre chardonnay qu’à l’aveugle on ne manque pas de trouver très bourguignon. Ample en attaque, large, profond, fruit tendre, impression ici aussi d’une certaine sucrosité (il contient de fait 5 g/L), riche et savoureux.

****1/2 ou 18,5/20 (C.L.)

 

Domaine Macle Côtes du Jura 2008 (35$ – no. 51)

Registre oxydatif marqué suivi de notes de caramel, de chanterelle et de fruits secs. Bouche ample et rectiligne à la fois. Impression d’un vin sec, mais on se demande s’il n’y a pas quelques grammes de sucre résiduel ici et là. Finale explosive et rémanente. Originale et peu cher. Pour amateur averti.

17/20 (P.D.)

Nez caractéristique des vins su Jura avec ces notes de «jaune», de flor en fait, de noisettes et de mie de pain. La bouche est riche, miellée, avec des nuances de pomme blette, et ce goût de jaune qui, je le rappelle pour faire mon savant, provient de cette molécule qu’on appelle le sotolon. J’ai eu un véritable coup de cœur pour ce vin fait principalement de Chardonnay et complété avec du Savagnin. Sur les fromages, c’est un mariage royal.

****  ou 18/20 (C.L.)

 

Domaine André et Mireille Tissot Château-Chalon 2007 (95$ – no. 53)

Grande intensité au nez avec un registre complexe de sous-bois, d’épices orientales, de fumée, de morille et de bois d’ébène. Bouche puissante, profonde et d’une magnifique allonge. Très sec, superbe avec un côté capiteux en finale. Grand vin.

18-18,5/20 (P.D.)

Rappelons-le, le Château-Chalon, qui est à la fois un village et une appellation, est le roi des vins jaunes. Et il est toujours commercialisé dans ces bouteilles de 620 ml qu’on appelle «Clavelin». Le nez, complexe, avec toutes ces nuances que développe le vin jaune, mais en plus précis encore que dans le vin précédent. La bouche est fraiche, finement ciselée, avec une vibrante acidité, mais avec aussi une étonnante rondeur, avec dans les saveurs quelque chose qui rappelle les «fins minéraux» du riesling, m’a-t-il semblé. Une émouvante bouteille.

****1/2 ou 19/20 (C.L.)

 

Weingut Emrich-Schönleber Monzinger Halenberg Riesling Trocken 2012 Nahe (54$ – no.36)

Litchis, lys, abricot frais. Matière fine et expansive donnant naissance à une impression gourmande et une finale qui s’étire sur des notes salines. Excellent.

16,5-17/20

 

Weingut Joh. Jos. Prüm Graacher Himmelreich Riesling Spätlese 2011 Moselle (47$ – no.34)

Profil axe sur le côté variétal du riesling : notes d’hydrocarbure et de fruits jaunes. Attaque perlant suivie par une matière en équilibre entre le sucre et l’acidité. On aurait souhaité un peu plus de vivacité en finale, mais ça demeure absolument impeccable.

16/20

 

Weingut Dönnhoff Norheimer Kirschheck Riesling Spätlese 2012 nahe (46$ – no. 35)

Pas le plus profond, ni le plus complexe de ce grand producteur, mais équilibre remarquable et allonge fine sur des notes pierreuses. À cueillir en jeunesse.

16/20

 

Domaine Marcel Deiss Altenberg de Bergheim 2008 Alsace grand cru (99$ – no.48)

Nez détaillé et complexe de miel, de crème, de menthe et de pain d’épices. On est surpris par le côté à la fois ample et délicat de la bouche. Le côté confit et de fruits exotiques ressort en finale qui laisse une impression d’extraits secs et paraît fraîche. Joli tour de force.

17,5-18/20 (P.D.)

Un grand vin complexe, autant au nez et qu’en bouche, avec des notions d’épices, de poivre, de cari même, de fruit très murs et de fleurs ; le vin est large et profond, avec une finesse que n’altère en rien le sucre résiduel important qu’il contient (autour de 50 g/L) et qui, comme tous les grands vins, possèdent cette sorte de contradiction assumée qui les rend à la fois délicats et puissants.

**** ou 18,5/20 (C.L.)

 

 

C’est Vin-dredi!

- 22 août 2014

La Grèce me manque.

Jamais je n’ai pensé écrire ça un jour. Une vieille histoire étudiante qui a moins bien tourné et m’a fait jurer de ne jamais y mettre les pieds. Par chance, je ne suis pas rancunier…

Deux voyages de presse plus tard, après l’avoir parcouru de long en large et goûté ce qu’elle offre de meilleur, elle s’est emparée de moi. Sauf que, cette année, pas de voyage prévu. Il faudra écouter les récits et regarder les photos de voyage des autres.

Vous vous doutez que je n’allais pas en rester là.

Tout comme vous savez que la meilleure façon de voyager à petit prix c’est… d’ouvrir une bouteille. Au-delà du voyage éthylique plus facile à emprunter, il suffit souvent d’un verre pour que les odeurs du pays, les saveurs de sa cuisine, la beauté de ses lieux et, bien entendu, la magie de ses habitants surgissent à mille souvenirs à l’heure dans votre tête.

Terre et Ciel 2009 NoussaC’est précisément ce que j’ai fait cette semaine en jouant du tire-bouchon avec un superbe vin de Naoussa.

Située au nord-ouest du pays, c’est la première appellation d’origine contrôlée du pays à naître en 1971. Même s’il y fait assez froid pour recevoir de la neige chaque année, la belle saison profite d’un été tellement chaud et sec que l’irrigation est essentielle. Cela permet au xinomavro (xino signifiant acide et mavro, noir), seul cépage autorisé, de mûrir à point. Comme le pinot noir, le xinomavro est limpide et se distingue par le charme de son bouquet. Pareil pour son acidité. Sa structure tannique naturellement puissante, mais aussi fine et enveloppante le rapproche du nebbiolo avec lequel on fait notamment le barolo. Il se distingue par son côté suave et ses arômes de pâte de tomate et de fumée.

Apostoulos ThymiopoulosAutrefois rustiques et sévères, les vins demandaient plusieurs années pour se révéler pleinement. Aujourd’hui, l’arrivée de jeunes vignerons aux horizons élargis et débordants de motivation apporte du piquant à cette région encore profondément agraire et traditionnelle. C’est le cas d’Apostoulos Thymiopoulos, 35 ans, la bouille d’un gamin avec ses yeux bleus mer d’Égée. Il a perdu son père et son frère aîné subitement. Son adversité s’est traduite en créativité. Travaillant en biodynamie, ses vins sont proprement lumineux.

Sa cuvée Terre et Ciel est le parfait reflet du renouveau à Naoussa. Le 2009 que j’ai ouvert était particulièrement délicieux, pour ne pas dire impressionnant. Parfumé et détaillé. Registre de fleur séchée, de goudron, de pâte de tomates, de viande crue, de cumin et de poivre rose. Élégant dans sa forme, on devine une matière riche et enveloppée, presque dense. Ensemble fondu et précis offrant une longue persistance aromatique. Papa et moi avons sifflé la bouteille dans le temps de le dire.

Disponible actuellement à la SAQ, le 2011 est de bonne profondeur et donne déjà beaucoup de plaisir même si on le sent un peu dans un bloc. Donnez-lui de l’air si vous l’ouvrez maintenant. L’idéal est de le coucher deux ou trois ans en cave tout en sachant qu’il tiendra probablement longtemps si vous avez de bonnes conditions de conservation. Un rapport qualité/plaisir/prix à mon sens exceptionnel.

Domaine Thymiopoulos Terre et Ciel 2011 (30,25$ – Code SAQ 11814368)

Naoussa

C’est Vin-dredi! Palmarès des vins sous 15$ en action

- 15 août 2014

Ceux qui me suivent un peu sur les réseaux sociaux savent que je planche, en collaboration avec le Raisin Langlois, sur le palmarès des meilleurs vins sous 15$ disponibles à la SAQ, palmarès qui, si tout va bien, paraîtra dans le Journal de Montréal et le Journal de Québec au courant du long week-end de la Fête du Travail.

Merci au Raisin Turbide de m’avoir lancé dans une telle aventure!

Boîtes d'échantillons - vins sous 15$J’ai reçu plus d’une trentaine de boîtes en moins de deux semaines. Ça fait en moyenne trois caisses de vins par jour à charrier du bureau à chez moi. J’en profite d’ailleurs pour remercier l’équipe du courrier chez Québecor pour leur excellent boulot et leur patience. Au total, plus de 250 bouteilles qui traînent dans ma cuisine et je continue d’en recevoir. J’ai l’impression que Je dois passer pour un alcoolo fini…

Il faut ensuite goûter, commenter, classer et expliquer. Or, vous n’êtes pas sans savoir qu’il y a beaucoup de – restons polis – m… oins bons vins dans cette catégorie. On prend déjà un malin plaisir à me taquiner sur cette « épreuve » chaque fois que je publie sur Instagram le porn wine de mes week-ends au chalet.

Qu’à cela ne tienne, l’exercice est fort instructif. J’achète peu souvent des vins sous 15$. Pas par snobisme, simplement que ma passion me pousse vers les meilleurs vins qui sont habituellement plus chers. J’ai peu d’occasions de les comparer directement entre eux. Et puis, ça remet surtout les pendules à l’heure. C’est comme relire Les Cloches de Bâle de Louis Aragon et se prendre un bon coup de pied au cul de réalisme social. Tout ça pour vous dire que jusqu’à présent, j’ai trouvé de belles surprises! À suivre…

Bon, ça donne soif tout ça!  Qu’est-ce qu’on boit?

Voici deux rouges qui viennent de débarquer sur les tablettes de la SAQ:

 

Domaine Marcel Lapierre Morgon 2013 (31$ – Code SAQ 11305344)

Joli nez pétant de fruits rouges avec une pointe végétale se situant entre l’encre, le poivre et la ronce. On dit que le vin morgone! Matière sapide quoique pas la plus concentrée. C’est gouleyant avec de l’ampleur en milieu de bouche et beaucoup de fraîcheur, mais on souhaiterait un peu plus de longueur en finale, surtout à ce prix. Vin de soif par excellence, il pourra évoluer de bonne façon une dizaine d’années sans problème.  Dépêchez-vous, les quantités baissent rapidement! Cela dit, un second arrivage de 200 caisses est prévu en octobre. 16-16,5/20

 

Domaine Gauby Vieilles Vignes 2011 Côtes du Roussillon Villages (46$ – Code SAQ 11225125)

Attention! Vin sur la réserve! À l’ouverture, du gaz et des notes de réduction qui peuvent laisser croire que le vin est défectueux/bouchonné. Passez-le rapidement en carafe, remettez-le en bouteille et laissez-le reposer idéalement deux à trois heures avant de l’approcher. Le nez s’emballe alors sur des tonalités de fruits noirs et de graphite. Texture fine, tanins serrés avec une impression d’expansion et une finale aromatique qui s’étire de belle façon. Un peu cher, certes, mais la qualité Gauby a malheureusement un prix. 16-17/20

 

Lecture

Sur Lapierre : http://blogues.journaldemontreal.com/mechantsraisins/vins/sulfites-vs-nature-le-cas-marcel-lapierre/

Sur Gauby : http://blogues.journaldemontreal.com/mechantsraisins/vins/gauby-ou-comment-repenser-le-roussillon/

 

C’est Vin-dredi! – Les vins québécois à la traîne

- 8 août 2014

Je vous préviens : je ne vais pas me faire d’amis avec celle-là. Je vais même en froisser quelques-uns. Qu’à cela ne tienne, le sujet me turlupine trop pour ne pas en parler.

S’est tenu en juin dernier, à Penticton, en Colombie-Britannique, le Concours des meilleurs vins canadiens : les National Wine Awards of Canada. La compétition, organisée chaque année par le groupe Wine Align qui a désormais son bras francophone au Québec par le truchement de Chacun son Vin, porte uniquement sur les « vins » canadiens.

Vin du QuébecPour comprendre l’utilisation des guillemets, citons Rémy Charest, membre du jury du concours et qui précisait dans son billet de cette semaine ce dont il est question: « des vins venus de partout au Canada (…) des mousseux de Nouvelle-Écosse, syrah de Colombie-Britannique, rieslings de l’Ontario, hydromels du Nouveau-Brunswick, chardonnays et alcools d’érable du Québec, vin de cerise de Saskatchewan, vin de framboise de Terre-Neuve, la liste est longue ». On en déduit que la compétition ratisse plus large que le vin – qui par définition est issu uniquement de raisins fermentés – et embrasse les produits qui s’en inspirent ou en contiennent pour autant qu’ils soient canadiens.

Commentant les résultats de 2014, Rémy laisse entendre dans son billet que le Québec y fait bonne figure. Je dirais plutôt que c’est grâce à la possibilité de présenter n’importe quel produit en compétition que le Québec n’a pas eu l’air d’être à la traîne. Et encore…

Je m’explique.

Par-delà les limites intrinsèques des concours – un tel exercice ne vaut pas plus qu’une photo A de la moyenne des appréciations partagées par un groupe de dégustateurs un jour B que la photo Y du même groupe un jour Z (par ailleurs, probablement différente) – et abstraction faite des lacunes évoquées par Rémy quant à la représentation des producteurs québécois en compétition, ce sont au final deux vins fortifiés à base de SÈVE D’ÉRABLE qui ont raflé les grands honneurs, soit la médaille platine. Le Vignoble Coteau Rougemont est le seul producteur québécois à avoir classé des « vrais » vins dans les catégories bronze et argent. Sans trop de surprise, les cidres de chez nous sont les seuls à figurer au palmarès des médailles.

En décembre dernier, je m’agaçais à nouveau de la qualité des lauréats retenus au concours Les grands vins du Québec; particulièrement celle des vins secs rouges et blancs. Oui, bien sûr, certains vignerons arrivent à tirer leur épingle du jeu. Je pense tout de suite au chardonnay du Domaine des Pervenches, probablement le meilleur vin sec québécois que j’ai goûté à ce jour. Sauf que depuis, plus rien, ou presque. De manière générale, la qualité me semble au mieux correcte et trop souvent inconstante. Bref, quand je lis mes collègues de la presse encenser les vins québécois, vous comprenez que je ne peux m’empêcher de sourire…


En même temps, je me dis qu’avec la vigne, rien n’est impossible. Mais il y a encore beaucoup de chemin à faire pour atteindre le niveau qu’on retrouve à Niagara ou Okanagan. Je trouve aussi dommage de ne pas voir plus de producteurs s’intéresser à la bulle. Le réchauffement climatique aidant, le sud de l’Angleterre figure aujourd’hui parmi les très bons producteurs d’effervescents. Les mousseux québécois que j’ai goûtés me donnent l’impression que c’est peut-être une avenue intéressante.

Qu’à cela ne tienne, je persiste à croire qu’il faut être fou pour faire des vins dans la Belle Province! Remarquez, je dois l’être aussi un peu : un chroniqueur vin québécois qui tire à boulets rouges sur la qualité des vins de chez lui. Comme dirait Obélix : sont fous ces Québécois!

C’est Vin-dredi!

- 1 août 2014

chambertain-clos-de-bezeAutant le vin nature peut être jouissif, qu’il peut dénaturer l’identité même du vin. Un chenin nature d’Afrique du Sud, par exemple, peut avoir plus de ressemblances avec un chardonnay nature de Jura, qu’un Chambertin et un Clos de Bèze, deux grands crus de Bourgogne issus de pinot noir qui sont pourtant distancés de seulement quelques mètres.

Reste que depuis un certain temps, j’ai l’impression que les vins nature que je bois ici ont tendance à être plus précis. J’ai surtout l’impression d’avoir beaucoup moins de mauvaises expériences que par le passé. Est-ce que ce sont les soins apportés aux conditions de transport/stockage qui affectent directement la fraîcheur de ce genre de vin? Peut-on penser que les vignerons maîtrisent mieux l’élaboration de ce genre de vin? Je garde en tête ce que Patrice Lescarret du Domaine Causse Marines à Gaillac m’a dit un jour: «Pour faire nature, il faut être chirurgical d’un bout à l’autre de la production. Rien ne peut être laissé au hasard!»

Raisins Gaulois 2013Tout ça pour dire de ne pas passer à côté du petit vin de soif élaboré par l’un des domaines phares du vin nature: Marcel Lapierre.

Mathieu Lapierre s’est adjoint l’aide de sa petite sœur Camille pour poursuivre avec brio le travail entrepris par son grand-père et, évidemment, son papa Marcel disparu trop rapidement. Même s’il n’est pas véritablement nature, puisqu’on y ajoute ici un peu de soufre à la mise en bouteille, on sent quelque chose d’explosif, voire de jouissif dans le vin. Entièrement fait de gamay, il présente un nez débordant de petits fruits rouges, une touche florale de même qu’un trait végétal tirant sur l’anis. Croquant, fringant et fondu, c’est le genre de bibine qu’on boit au goulot! Servir assez frais (autour de 14 degrés ou 1h30 au frigo) à l’apéro avec un plateau de charcuteries.

Dom. Marcel Lapierre, Raisins Gaulois 2013, Vin de France (20,05$ – Code SAQ 11459976)

15/20 ou  ***