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Vin du vendredi: Chablis!

- 18 juillet 2014

Vous vous doutiez que j’allais vous parler de Chablis…

Avec mon collègue Marc Chapleau, c’est aujourd’hui l’avant-dernière journée d’une grosse semaine de visites. De façon générale, la qualité des vins est élevée, pour ne pas dire impressionnante. On s’y attendait un peu… Il faut aussi dire qu’avec le temps exceptionnellement ensoleillé et chaud (mais aussi bien sec!) qu’on a eu, on aurait pu difficilement demander mieux que boire du chablis bien frais tous les jours!

Je reviendrai sur la qualité et la personnalité des millésimes récents dans ma chronique du Journal de samedi prochain (pas demain, mais le suivant), mais disons pour l’instant que les 2012 que l’on goûte majoritairement  ici s’inscriront parmi les grandes réussites de la région, avec 2011 et 2013 en retrait.

Côté producteurs, nous avons passé un moment magique au caveau des frères Bernard et Jean-Marie Raveneau dont les vins sont toujours au plus haut. Quel bonheur de rencontrer Isabelle, la fille de Bernard (dont la femme est par ailleurs Québécoise!) et qui devrait tranquillement prendre plus de place au domaine. Les vins sont effectivement spectaculaires, quoiqu’un peu moins sur 2013. Mais là, je chipote un peu. J’y reviendrai avec un papier entièrement dédié.

Bernard et Isabelle Raveneau

Un moment électrisant avec le Québécois Patrick Piuze qui, mine de rien, fait son petit bonhomme de chemin à Chablis avec des vins se situant au sein des meilleurs. Je vous invite d’ailleurs à aller lire mon billet sur lui.

Patrick Piuze et Marc Chapleau en grande discussion

Superbe découverte aussi, du côté du Domaine Gilbert Picq, à Chichée. Une petite exploitation de 13 hectares dont le fils, Didier, poursuit l’excellent travail du père et dont la particularité est de n’utiliser aucun bois (comme chez Louis Michel, d’ailleurs). Des vins d’une grande pureté, mais aussi d’une tension et d’une richesse superbes. Sceptiques que nous étions à savoir si les vins pouvaient tenir dans le temps, Didier nous a plus que convaincu avec une série de vieux millésimes tous plus en formes les uns que les autres. Un domaine à suivre!

Vieux millésimes de Gilbert Picq

Je souligne également les vins du Domaine Isabelle et Denis Pommier, à Poinchy dont un Petit Chablis 2012 plus qu’impressionnant. Le vin devrait d’ailleurs débarquer sous peu à la SAQ à prix doux. Je vous tiendrai au courant.

Mention aussi pour le Domaine Corinne et Jean-Pierre Grossot, dont les vins seront certifiés bio en 2015. Un style peut-être moins éclatant, plus traditionnel, mais fort intéressant, notamment l’excellent premier cru Les Fournaux 2010 (34,00$ –  Code SAQ 11822190) que l’on retrouve actuellement à la SAQ, quoique en petite quantité. Une bombe!

Ève Grossot dans les vignes du Vaucoupin 1er cru

Je termine avec deux soupers (ici, vous savez, on dit dîner…) extraordinaires.

Le premier, à l’Auberge du Pot d’Étain, à L’Isle-sur-Serein, dont la carte des vins est époustouflante et possiblement l’une des plus belles de France, sinon du monde entier. Des noms à faire rêver, mais surtout des prix défiant toute compétition, pour ne pas dire toute logique! Je vous souhaite un jour d’y passer.

Le second, en compagnie du très attachant Samuel Billaud au restaurant Maison Paillot dans le village médiéval (et à couper le souffle de beauté) de Noyers-sur-Serein. Au-delà du fait que c’est la meilleure table où nous avons mangé, l’histoire de Samuel, qui le force aujourd’hui a agir comme négociant pour entretenir sa passion de vigneron, est touchante et force l’admiration à l’égard de ceux qui veulent faire ce qu’ils aiment. Ah oui! Ses vins sont de haut niveau!

Samuel Billaud

En ce vendredi qui sent les vacances pour plusieurs d’entre vous, je vous invite évidemment à déboucher une petite bouteille de Chablis et à prendre le temps de vous faire plaisir!

Santé!

Village de Noyers-sur-Serein

Séjour à Chablis – On commence fort!

- 15 juillet 2014

Un petit coucou depuis Chablis où, à nouveau, la vie est bonne avec moi.

Bon, oui, les vins ici sont plus que très bons; à mon sens les chardonnays avec la plus belle netteté et pureté d’expression au monde. Ce petit côté salin toujours en finale. Ça aide…

Après une semaine qui a vu la région recevoir plus de 80 mm de pluie sur les quelques 500 annuels, ça commence à inquiéter. Le soleil et le temps sec se sont enfin installés, du moins jusqu’à mon départ…

Avec mon collègue et ami Marc Chapleau, nous avons eu droit à une première journée de visite pour le moins magique. À vrai dire, tout a débuté hier soir avec un dîner au chic (et un peu vieille France) restaurant de l’Hostellerie des Clos. Voyez par vous-mêmes:

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Puis aujourd’hui, un grand moment de dégustation avec nul autre que Vincent Dauvissat dont le domaine produit parmi les meilleurs vins de Chablis. Nous avons pu goûter aux 2012 avec, en finale, un Forêts premier cru 2002 et un Séchet premier cru 1994 (que Marc a deviné à l’aveugle – il est fort !):

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On a aussi eu d’excellents moments de dégustation avec l’artisan du sans bois, Guillaume Michel au Domaine Louis Michel, la nouvelle génération qui trouve écho avec Thomas Pico du Domaine de Pattes Loup qui se trouve aux antipodes avec de longs élevages en fût et, enfin, un grand traditionaliste qu’est Laurent Tribut, beau-frère de Vincent Dauvissat, dont les vins sont à la fois sauvages et précis.

Je file au bistro pour le dîner de ce soir. Je vous reviens plus tard.

Santé!

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Le vin du vendredi

- 11 juillet 2014

C’est vendredi !

Évidemment, on a les fourmis à l’idée de la finale de la  Coupe du Monde qui verra s’affronter la méthodique Allemagne contre l’artistique Argentine.

All vs ArgCurieusement, le style de jeu des deux équipes se rapproche beaucoup du style de vin qu’on produit dans leurs pays respectifs.

Parmi les plus grands producteurs de riesling, si ce n’est pas le premier, l’Allemagne livre habituellement des vins étincelants et d’une grande pureté, qu’ils soient secs ou doux. L’Argentine, bien sûr, se distingue par ses malbecs, des vins charnus et sans détour qui peuvent se révéler de petites merveilles.

Voici donc deux vins pour regarder le match, dimanche après-midi.

Santé!

 

Dr. Loosen Riesling 2013 Moselle (16,00$ – Code SAQ 10685251)

La Moselle, c’est la terre sainte du riesling. Des paysages aussi spectaculaires que les vins qu’on y produit. Nez charmeur avec des parfums de pommettes, d’abricot, de ginseng et de fleur blanche. L’intérêt vient surtout de l’équilibre entre le sucre et l’acidité qui permet au vin d’avoir beaucoup de tenue. Autrement dit, c’est demi-sec, donc ample, mais aussi frais et énergique, ce qui permet à la finale de s’étirer pour notre plus grand plaisir. Avec seulement 8,5% d’alcool, on le sert bien frais en début de match ou avec des grillades épicées.

** ½  $$

 

Catena Malbec 2012 Mendoza (21,95$ – Code SAQ 478727)

Une maison qui, aujourd’hui, se passe presque de présentation tellement la qualité est constante, pour ne pas dire remarquable. Un malbec au style classique qui déborde de gourmandise et de flaveurs, mais sans tomber dans l’excès. Robe grasse et violacée. Impossible de rester indifférent aux parfums de fraise des bois, de violette, de prune, de grillé et nori. Richement constitué avec une impression juteuse, des tanins enrobés, ce qu’il faut de fraîcheur et d’allonge sur des notes torréfiées. Un vrai régal avec la bavette de bœuf. Évitez de le servir trop chaud, ce qui fera paraître le vin lourd. Il faudrait seulement que le prix revienne sous les 20$…

*** $$$

 

 

 

 

 

Le vin du vendredi

- 4 juillet 2014

C’est vendredi!

Même les chanceux qui ont pu étirer le week-end dernier sur quatre jours ou qui sont en vacances, on sent les fourmis!

Justement : vendredi dernier, j’ai eu l’immense privilège de prendre part à une dégustation hors normes. De la folie, vous allez voir. Or, quoi de mieux qu’un peu de folie le vendredi?!

Vu les circonstances, nous avons dégusté les vins à l’aveugle. Voici mes impressions. En espérant vous faire rêver un peu!

Bon week-end!

 

Salon Brut Blanc de Blancs Le Mesnil 1997 Champagne
Tout en fraîcheur et en délicatesse sur des notions de fruits blancs entremêlées de laine mouillée faisant penser à un cru de Chablis. Le côté pâtissier prendra le relais, sans l’aspect brioché à l’Anglaise. Ample et aérien avec finale saline et longue. Grand.
18/20

 

Krug Clos d’Ambonnay 1998 Champagne
Blanc de noirs donnant une robe légèrement saumonée.  Nez époustouflant d’intensité, de définition et de profondeur : fraise, iode, pain d’épices. Bouche majestueuse, vineuse avec la caresse Krug. Monumental. Possiblement le plus grand champagne dégusté avec le DomPé 1969 et dans le Top 3 de plusieurs dégustateurs.
19/20

D'ambonnay et Salon

 

Domaine des Comtes Lafon Charmes 2002 Meursault Premier Cru
Grande fraîcheur, tout en jeunesse avec un nez plus en retrait rappelant des notes d’avoine, de mirabelle et un côté lactique qui ajoute du caractère. Bouche fine et délicate, encore légèrement tendue et qu’on aurait souhaité un poil plus profonde. Finale de grande élégance.
18/20

 

Lucien Le Moine Corton-Charlemagne 2010 Grand Cru
Nez travaillé et plutôt monolithique avec des notes de caramel, de bacon et de bois mouillé. Bouche opulente, manquant de précision et paraissant pataude en finale avec des notes de bois. Pourtant une grande bouteille en jeunesse. Difficile à lire actuellement.
16-17?/20

 

Domaine Ramonet Bâtard-Montrachet 2004 Grand Cru
On passe dans un tout autre monde. Envoûtant, intense et grillé, il m’a rappelé le Corton-Charlemagne de Leroy du même millésime. Bouche large et grasse, à la Bâtard, quoi, mais avec une tension et une finesse de trame hors du commun. Magnifique finale, possiblement la plus longue des blancs avec le d’Ambonnay.
18,5-19/20

 

Louis Latour Montrachet 2002 Grand Cru
Malheureusement oxydé.

 

Domaine de la Romanée-Conti Montrachet 2001 Grand Cru
Robe dorée et visqueuse. Nez étourdissant de complexité et de profondeur. Bouche riche, impression de botrytis, mais tout en restant bien sèche, grasse et texturée avec longue finale devenant vineuse. Une expérience proprement magique.
19,5/20

Montrachet 2001

 

Domaine de Montille Les Malconsorts Cuvée Christiane 2007 Vosne-Romanée Premier Cru
Peu de robe. Grande finesse, touche de volatile qui exalte les parfums, côté vin nature, ça reste bien frais avec un nez qui renarde et rappelle l’aneth. Pur et précis, son côté féminin évoque un cru de Musigny. Superbe.
18,5/20

 

Domaine du Comte Liger-Bélair Aux Reignots 2006 Vosne-Romanée Premier Cru
Robe beaucoup plus saturée. Nez gourmand, bien travaillé sur le pain d’épices, le cacao et les fruits noirs mûrs. Bouche plus lissée que le Christiane, plus moderne, moins pure, mais aussi sensuelle et richement constituée. Moins d’allonge que son voisin, ça reste fort délicieux.
17,5-18/20

 

Domaine Rossignol-Trapet Chambertin 2005 Grand Cru
Mes craintes se sont révélées justes : un vin fermé à double tour, puissant avec une matière profonde, mais un profil aujourd’hui trop sévère pour que le vin puisse pleinement être apprécié. Il n’a d’ailleurs jamais été aussi bon le lendemain en affichant plus de nuances. À attendre encore de longues années, mais potentiel indéniable.
17-19?/20

 

Château Rayas 2005 Châteauneuf-du-Pape
Le seul intrus de la soirée, et quel intrus! Robe plus sombre qu’à l’habitude. Un nez exaltant d’olive, de garrigue et de fruits noirs. Bouche concise, riche et puissante tout en demeurant ciselée et culminant sur une finale kilométrique. Un bébé donnant néanmoins aujourd’hui un plaisir hors du commun! Wow!
19/20

Rayas 2005
Domaine Leroy Clos de Vougeot 2001 Grand Cru
Un bouchon imbibé. Toujours aussi peu de robe. Un nez ahurissant aux accents exotiques et floraux, aspect nature. Bouche magique par sa finesse, sa concision, sa puissance et sa finale vaporeuse. On aurait pu souhaiter un peu plus de chair, mais c’est vraiment chipoter.
19/20

 

Domaine de la Romanée-Conti Romanée-Conti 2004 Grand Cru
Que faire pour suivre après autant de vin? On ouvre une « La ». Un vin qui dépasse l’imaginaire et les souhaits les plus fous. Une robe encore jeune et de bonne saturation. Nez magique aux parfums envoûtants qui ne cessent de se magnifier. Bouche sensuelle, précise, d’un volume sidérant avec une finale explosive, mais tout en retenue, comme si elle avait les moyens de perdurer. On ne fait pas que toucher la perfection, on la sent s’emparer de soi-même.
20/20

Conti - Leroy

 

Gunderloch Nackenheimer Rothenberg Riesling Trockenbeerenauslese 2002
Un sirop éternel. Je ne sais pas combien de SR, mais suffit à lui-même comme dessert. Peut-être pas aussi énergique que le 1996 d’Egon Müller bu l’an dernier, mais d’une formidable concentration tout en montrant une fraîcheur en bouche stupéfiante. Finale caressante et explosive qui semble vouloir ne jamais s’essouffler.
18/20

TB

Le vin du vendredi!

- 27 juin 2014

C’est vendredi! La journée des fourmis et de l’inefficience délibérée. Tous les médecins pourront d’ailleurs confirmer: il en va de votre santé mentale et physique de ralentir le pas et d’ouvrir une petite bouteille aujourd’hui!

D’où pourquoi le vin du vendredi!

RioÉvidemment, il faut vivre sur une autre planète pour ne pas savoir que la Coupe du Monde de foot qui se déroule au Brésil arrive dans sa période la plus excitante avec la phase d’élimination mettant aux prises les 16 meilleures équipes nationales.

Le rapport avec le vin, allez-vous me dire?

C’est vrai qu’à l’exception de quelques connaisseurs pointus et autres passionnés de découvertes, peu d’amateurs savent que le Brésil produit du vin. La qualité est souvent remise en question, « le gros de la production locale servant à l’élaboration d’un vin pétillant, léger et douceâtre, de style vaguement italien » d’indiquer Hugh Johnson dans son magistral ouvrage, L’Atlas mondial du vin qui connaîtra sous peu sa 7e édition!

Qu’à cela ne tienne, les organisateurs de la Coupe du monde ont voulu mettre le Brésil viticole en lumière, ce qui est tout à leur honneur. Officiellement choisie par la FIFA, la cuvée Faces est produite par la maison Lidia Carraro et se décline en rouge, blanc et rosé. À l’exception de ce dernier, ils sont vendus à la SAQ et font partie des sept vins brésiliens disponibles au Québec.

Le rouge est probablement la cuvée la plus intéressante. À l’image du nombre de joueurs qui composent une équipe de soccer, il est fait de onze cépages, dont les teroldego et le touriga qui sont considérés comme des variétés proprement brésiliennes. C’est un vin souple, charnu et au nez aguicheur de fruits mûrs. Ne cherchez pas ici la perle des découvertes, mais plutôt un vin convenu au style moderne qui plaira au plus grand nombre, sans véritablement exprimer une réelle identité.

C’est du moins ce que j’en ai pensé, tout en sachant que je n’ai pas dégusté le vin à l’aveugle. Or, vous n’êtes pas sans savoir l’importance que j’accorde à l’aveugle. J’ai d’ailleurs été parfaitement piégé dans le passé par un vin brésilien…

De son côté, le blanc m’a paru un peu plus anodin avec des notes exotiques appuyées, pour ne pas dire envahissantes (surtout lorsque le vin grimpe en température), bien que l’ensemble demeure correct.

Dans un cas comme dans l’autre, le prix est assurément trop élevé en regard de la qualité et du plaisir qu’on peut en tirer. Autrement dit, à moins d’être passionné par l’événement lui-même, je vous suggère de jeter votre dévolu vinicole du vendredi sur autre chose.

brazilian-world-cup2Lidio Carraro Faces Red FIFA World Cup 2012 (21,35$ – Code SAQ 12269576)

14/20 ou **

Lidio Carraro Faces white FIFA World Cup 2013 (21,35$ – Code SAQ 12269605)

13/20 ou * ½

 

Évidemment que je n’allais pas vous laisser comme ça. D’autant que ce vendredi sert pour plusieurs (chanceux) de tremplin à un long week-end de quatre jours, mardi étant congé civique.

L’été s’installe enfin pour de bon. Et pour le peu de temps qu’il dure en cette Terre de Caïn québécoise, tous les médecins vous diront d’en profiter au maximum!

D’où ce petit bijou de vin blanc provenant de la Galice, région située à l’extrémité nord-ouest de l’Espagne et subissant l’influence de l’océan Atlantique qui l’entoure. Fait entièrement de godello, un cépage répandu dans la région, il donne ici un vin au profil tropical et aux parfums aguicheurs évoquant la poire, l’abricot et le pamplemousse chaud. Bouche généreuse, nourrie avec un gras naturel et une acidité basse donnant une impression d’onctuosité, tout en restant bien sèche et sans lourdeur, ce qui fait foi de beaucoup d’équilibre. Bonne persistance marquée par des flaveurs de fenouil et d’iode. Foncièrement hédoniste et habilement maîtrisé, le côté versatile du vin étonne et lui permettra de passer avec pratiquement n’importe quel plat, ou presque. Servir frais, mais pas glacé non plus, autour de 12-13 degrés. Plaisir garanti.

Gaba do Xil GodelloTelmo Rodriguez Gaba Do Xil Godello 2012 (18,85$ – Code SAQ 11896113)

15/20 (ou ***)

 

Bon vendredi !