Courrier Vinicole : Les vins du Rhône

- 24 janvier 2013

Le dernier catalogue du Courrier Vinicole porte sur les vins du Rhône. Ce n’est pas trop tôt! La dernière offre de la SAQ pour la région remonte à 2002 où le millésime 1999, une grande réussite notamment dans le Nord, était mis en vedette.

 

En tout, pas moins de 80 vins différents provenant surtout des excellents millésimes 2009 et 2010. Outre 2005 et, dans une moindre mesure 2001-2007 dans le Sud, la qualité de cette paire est indiscutable et fait curieusement penser à 1989-1990 devenue aujourd’hui une grande référence.

 

Histoire de faire plaisir aux amateurs, la SAQ a également déniché de gros formats (magnum et double-magnum) ainsi que des vieux millésimes de domaines phares, pour ne pas dire mythiques. Je pense aux vieux millésimes de l’Hermitage La Chapelle de Jaboulet, mais surtout aux vins d’Emmanuel Reynaud qui est derrière Château Rayas. On trouve ainsi son « second » vin (qui n’en est pas véritablement un), le Pignan, tout comme le Château de Fonsalette vinifié à Rayas. Il y a également son Château de Tours à Vacqueyras et le surprenant Château de Fonsalette. Hélas, on s’en doute, les quantités sont minimes. Pour Rayas, par exemple, on parle tout au plus de 24 bouteilles disponibles. Bonjour la loterie!

 

Au demeurant, le reste de l’offre est de haut niveau. On trouvera un immense plaisir pratiquement partout, même dans les plus petits vins. Cela dit, gardez-vous des sous : on m’a dit que la prochaine offre du Courrier Vinicole qui portera sur la Bourgogne 2010 sera du même niveau, sinon mieux!

 

D’ici là, voici mes impressions sur les vins dégustés lors de la présentation de presse. À nouveau, l’ordre de dégustation a été arrêté par la talentueuse équipe de la SAQ. Personnellement, j’aurais commencé avec les vins du Nord – par ailleurs plus homogène d’un point de vue qualitatif, afin de ménager le palais.

 

Comme à l’habitude, les notes sont sur 20 points. J’ai pris soin d’indiquer le numéro du vin dans le catalogue de la SAQ de même que le nombre de bouteilles disponibles.

 

Santé !

Richaud

1. Domaine Richaud, Côtes-du-Rhône village Cairanne 2010 (no. 43 / 29$ / 600)

Nez riche de prune et de réglisse survolant un élevage senti apportant des tonalités de fumée. Bouche nourrie, grasse, avec des tanins souples. Ensemble gourmand montrant une belle énergie en finale. Bel achat. 15,5->16

 

2. Domaine Le Sang des Cailloux, Cuvée Floureto, Vacqueyras 2010 (no. 47 / 27$ / 1 500)

Charmeur avec ses parfums de pâtisseries, de fraise écrasée et d’épices. Matière un peu austère, mais montrant un supplément de dimension et de fraîcheur. Bon potentiel et très bon rapport qualité/prix. 15,5->16,5

 

3. Jean-Paul Daumen, Gigondas 2010 (no. 81 / 34$ / 1 200)

Aspect animal, pointe végétale entremêlée de cerise. Bien construit, d’assez bonne densité avec des tanins un peu durs pour le moment. Ensemble rustique qui devrait s’assouplir d’ici 3-5 ans. 14->15

 

4. Xavier Vins, Gigondas 2010 (no. 52 / 30$ / 1 164)

Racoleur et moderne. Notes de cerise en confiture et de cannelle. Souple, rond avec acidité basse. Bien, mais il manque de buvabilité. On s’en lasse vite. 14,5

 

5. Domaine Brusset Tradition, Le Grand Montmirail, Gigondas 2010 (no. 48 / 26$ / 1 200)

Robe grasse et concentrée. Nez de viande fumée, de violette, et de fruits noirs. Riche et gardant une assez bonne vivacité, il n’en demeure pas moins simple, quoique charmeur dès aujourd’hui. 15

Papet

6. Domaine Santa Duc, Prestige des Hautes Garrigues, Gigondas 2010 (no. 50 / 50$ / 600)

Robe plus claire qu’on devine portée par le grenache avec des notes de kirsch, d’épices douces et un caractère animal. Puissant sans perdre en élégance avec une jolie prestance aromatique en finale. Ensemble capiteux. La matière est là. Il devrait gagner en définition avec le temps. 16->16,5

 

7. Clos du Mont-Olivet, La Cuvée du Papet, Châteauneuf-du-Pape 2010 (no. 56 / 73$ / 240)

Nez discret qui gagnera en définition : fleur, fruits rouges, garrigues, cailloux chauds. Matière bien droite, un poil austère qui se réveille et gagne en ampleur, Masse tannique fine. Longue finale où l’alcool tend à ressortir. Belle bouteille à attendre. 17->17,5

 

8. Domaine Giraud, Tradition, Châteauneuf-du-Pape 2010 (no. 86 / 47$ / 600)

Nez gourmand, un peu facile, sur la cerise cuite, la réglisse noire, et les épices. Bouche chaude, matière ronde. Finale capiteuse. Ensemble un peu trop gros, à la limite rustique. Pourtant, Robert Parker, fin connaisseur de la région, donne de grosses notes aux vins du domaine… 15

 

9. Xavier Vins, Châteauneuf-du-Pape 2007 (no. 53 / 36$ / 900)

Légère évolution orangée à la robe. Nez bien frais sur les épices exotiques et un fruité plus sec agrémenté de notes de cuir. Souple, velouté, les tanins paraissent fondus et la finale, bien qu’un peu chaude, se prolonge assez longuement. Beaucoup de plaisir dès maintenant avec la possibilité de l’attendre quelques années sans peine. 16

Charvin

10. Domaine Charvin, Châteauneuf-du-Pape 2010 (no. 64 / 52$ / 594)

Laurent Charvin rivalise encore d’ingéniosité avec un vin racé et concentré : violette, encens, framboise sauvage et aneth. Bouche finement tissée qui prend du volume et qui dispose de mesures quasi parfaites. Longue finale vaporeuse. Plus réservé, voire plus strict que le 2009, il semble avoir aussi plus de fond. Grand vin en devenir. Prix ridiculement bas, ce qui est tant mieux pour nous! 17,5->18,5

 

11. Dom. Tour St-Michel, Cuv. Deux Soeurs, Châteauneuf-du-Pape 2010 (no. 78 / 37$ / 1 200)

Riche et racoleur avec des notes de cerise en confiture et d’anis. Costaud sans pour autant manquer de finesse, il se livre sans détour. 15,5

 

12. Domaine La Barroche, Cuvée Signature, Châteauneuf-du-Pape 2010 (no. 76 / 50$ / 720)

Nez intense et un peu déviant sur des notes fermentaires et de kirsch. Bouche solide aux proportions plus limitées qui semble portée en finale par l’alcool. Peu agréable pour le moment, on peut se demander si le temps saura le rendre plus intéressant. 13,5 ?

Clos des Papes

13. Clos des Papes, Châteauneuf-du-Pape 2010 (no. 51 / 102$ / 840)

Nez envoûtant et mystérieux. Peu expressif au départ, il ne cessera d’évoluer et de gagner tant en intensité qu’en volume. Un touché de bouche d’une harmonie stupéfiante : c’est à la fois riche, soyeux, enveloppant, frais, énergique et expansif. Grande bouteille, sans l’ombre d’un doute. 18,5->19

 

14. Domaine de la Janasse, Vieilles Vignes, Châteauneuf-du-Pape 2010 (no. 60 / 109$ / 180)

Pas facile de passer après autant de vin et pourtant, cette cuvée Vieilles Vignes y parvient magistralement bien. Un vin plus fermé se livrant au comte goutte. Probablement plus concentré que le Clos des Papes, il joue la carte de la minéralité avec un aspect plus fumé, voire sanguin. La bouche est d’ailleurs plus droite et se projette longuement sur des notes de café amer et de viande fumée. Il faudra être patient pour en tirer le meilleur. 18->19

 

15. Le Clos du Caillou, Les Quartz, Châteauneuf-du-Pape 2010 (no. 79 / 85$ / 600)

Robe grasse, nez de confiture et de garrigue avec un fond floral qui lui donne beaucoup de charme. Velouté sans jamais paraître lourd, plutôt serré avec une masse tannique qui prend le relais et laisse poindre des notes de maquis en finale. Du gros jus, quoiqu’un peu plus limité en comparaison aux deux vins précédents. 17,5->18

Graillot

16. Domaine Alain Graillot, Crozes-Hermitage 2010 (no. 1 / 28$ / 1 080)

Joli nez, bonne intensité mettant en relief le côté variétal de la syrah : violette, olive, cèdre et une touche lactée. Grande pureté en bouche, des tanins plus polis qu’à l’habitude, le tout étant porté par une franche acidité qui semble vouloir donner du volume à l’ensemble. Prometteur. 16->16,5

 

17. Maison Delas Frères, Le Clos, Crozes-Hermitage 2009 (no. 2 / 52$ / 300)

Un vin plus viril arborant un registre animal complété par les fruits noirs et de notes de cuir mouillé. Bouche ample, plutôt riche et élégante. Il lui manque peut-être un peu de fond pour justifier son prix. 16

 

18. Domaine Louis Chèze, Anges, Saint-Joseph 2009 (no. 33 / 42$ / 588)

Nez facile sur la confiture de fruits noirs, de cigare et une touche de charbon. Style moderne  avec une bouche rondelette, souple et de longueur moyenne. Pour le plaisir maintenant. 15

 

19. Maison Alain Paret, 420 Nuits, Saint-Joseph 2009 (no. 39 / 34$ / 768)

Joli nez de viande fumée avec un fruité mur aux aspects telluriques. Bouche lisse, franche, plutôt facile, mais qui évite la caricature. Une petite Côte-Rôtie à bon prix. 16

St-Joseph

20. Cave Yves Cuilleron, Les Serines, Saint-Joseph 2010 (no. 19 / 54$ / 360)

Nez intense. Aspect lacté laissant place à l’olive, le cassis la violette et l’eucalyptus. Bouche grasse, veloutée avec des tanins de qualité qui garde le tout bien en place. 16->16,5

 

21. Domaine Jamet, Côte-Rôtie 2010 (no. 8 / 80$ / 480)

Vin d’une grande pureté, dans la lignée du surprenant 2008, mais avec un supplément de tout. Un style résolument bourguignon par sa propension à exprimer aussi finement le terroir. Longue finale séveuse et fraîche. On voudrait siffler la bouteille. J’adore! 17,5->18,5

 

22. Cave Yves Cuilleron, Terres Sombres, Côte-Rôtie 2010 (no. 20 / 89$ / 132)

Élevage plus senti avec des notes torréfactions donnant l’impression d’un vin plus large, au charme immédiat. L’ensemble demeure racé et se livre longuement sur des arômes de tapenade et de fumée. 17->18

Jamet

23. Jean-Luc Colombo, Les Ruchets, Cornas 2009 (no. 40 / 83$ / 300)

Nez fermé, aspect animal. Bouche marquée par le bois faisant paraître l’ensemble sévère. Un vin qui passe difficilement après autant d’élégance. À revoir? 16?

 

24. Domaine Auguste Clape, Cornas 2010 (no. 14 / 96$ / 180)

Robe sombre. Nez sanguin et d’encens presque ferrugineux faisant penser aux plus beaux crus de Pomerol. Il ne cessera de se complexifier. Riche et soyeuse, la bouche semble contenue par des tanins droits et culmine sur une longue finale vaporeuse. L’émotion est au rendez-vous. 18->19

 

25. Maison Ferraton Père & Fils, Le Méal, Ermitage 2009 (no. 29 / 111$ / 180)

Style moderne où l’élevage se fait sentir. Bouche grasse, voire ronde quoique d’assez bonne rectitude. Devrait donner une belle bouteille d’ici 5 à 8 ans. 17->17,5

 

26. Domaine Jean-Louis Chave, Hermitage rouge 2009 (no. 22 / 203$ / 294)

Au premier nez, on sent l’aspect juvénile avec des notes de fruits noirs finement grillés. C’est compact et profond. À l’agitation, il prend des airs plus floraux avec un arrière-plan d’olive, d’iode et de graphite. La bouche impressionne par la joute qui se joue entre le poids du vin et sa propension à n’avoir aucune attaque autre que d’emplir la. Concentré et délicat en même temps. Un vin majestueux qui laisse en finale une touche finement animale. Une bouteille qui pourra outrageusement défier le temps. 18,5->19,5

Chave

27. Maison Alain Paret, Les Ceps du Nébadons, Condrieu  2010 (no. 38 / 42$ / 336)

Robe un peu terne. Premier nez peu invitant de verni laissant timidement place à des notes florales et d’orange confite. Le viognier se fait ici bien rond, voire dodu avec une acidité basse et une finale tombante. 14

 

28. Domaine Louis Chèze, Pagus Luminis, Condrieu 2010 (no. 32 / 44$ / 288)

Légèrement plus tonique que le précédent avec une touche épicée qui rehausse le tout. L’ensemble demeure rond, un peu simple et semble un peu trop marquer par le bois. 14,5

 

29. Château Grillet, Château-Grillet 2009 (no. 31 / 158$ / 120)

Château Grillet est considéré comme l’un des plus grands vins blancs du monde. Je garde d’ailleurs un précieux souvenir d’expériences grandioses avec des vins des années 1980-1990, même si la dernière avec un 1998 m’a laissé un peu perplexe. Le rachat de la propriété en 2011 par le riche homme d’affaires François Pinault laisse entrevoir un bel avenir pour cette petite propriété, la seule en France qui possède son appellation d’origine propre. Nez strict et racé de craie, de fleur blanche et de miel. Impression tactile hors du commun. Grande définition en bouche avec une sève serrée, une acidité vivifiante et une richesse d’ensemble qui fait paraître le vin tendre et huileux. Superbe allonge en finale sur des notes amères. Un vin lumineux, plus intellectuel qu’émotionnel et qui donnera le meilleur de lui-même dans une dizaine d’années. 18->19

 

30. Domaine E. Guigal, Lieu-dit, Saint-Joseph blanc 2010 (no. 18 / 47$ / 360)

Vin plus immédiat offrant un nez richement parfumé. Bouche portée par une matière large et grasse, mais dotée d’une acidité vive qui rehausse le tout avec brio. Longue finale aromatique dominée par de fines notes minérales et de poire à la cannelle. Beaucoup de plaisir! 17

 

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