Grands vins de l’écurie Jean-Pierre Moueix : Prélude au bonheur

- 8 février 2013

C’est le rendez-vous annuel que tous les chroniqueurs vins du Québec marquent au trait rouge dans leur agenda: la présentation des vins des Établissements Jean-Pierre Moueix, en l’occurrence le grandiose millésime 2010.

Laurent NavarreCultivant le chic à la bordelaise, Laurent Navarre n’a pourtant rien de l’image clichée du banquier de Bordeaux que certains amateurs hipsters peuvent avoir. Bien en chair, la voix chaude, le regard vif, l’attitude du fermier en arrière-plan, Monsieur Navarre est non seulement une encyclopédie passionnante, c’est aussi le gardien de la mémoire de feu Jean-Pierre Moueix, figure emblématique à Pomerol et St-Émilion.

Au-delà des dernières nouvelles sur chacun des crus présentés, de ses impressions sur le nouveau classement à St-Émilion et de certaines histoires qui se répètent un peu (quoique toujours plaisantes à écouter), on apprend chaque fois de nouvelles anecdotes qui font de cette rencontre annuelle (c’était sa 20e ce soir, m’a-t-il dit) un moment unique et privilégié.

En gros, les 2010 sont, comme un peu partout en Rive droite, un poil moins éclatants que ne l’étaient les 2009 à ce stade l’an dernier. Il faut dire que le temps froid et le traitement rapide des vins (ouverture et service immédiat) a peu aidé pour que ceux-ci puissent s’exprimer justement. En comparaison avec la dégustation de l’Union des Grands Crus il y deux semaines (voir ici), les vins paraissaient plus difficiles à lire, certains même un peu ternes (j’ai entendu mes collègues dirent « asséchant » et même « rugueux »!) sans pour autant être complètement inaccessibles.

Je vais prendre le temps de colliger mes notes et vous dresser d’ici peu un portait des vins dégustés. Je vous laisse néanmoins avec mes impressions sur ce qui aura été (pour moi et une majorité de collègues) ZE vin de la soirée : Trotanoy…. 2005! Ouvert autour de 17h30 et passé en carafe, il se révèlera grandiose lors du repas servi autour de 20h.

 

Heureux qui comme Ulysse…

 

Château Trotanoy 2005 (371,75$ – 10658121)

Une robe jeune, sombre et grasse à la couleur impénétrable d’encre bleutée aux reflets rubis/prunes. Nez renversant par sa finesse et son intensité. De légères notes sanguines et de truffe confirment qu’il entre doucement dans sa phase secondaire, alors que le fruité primaire semble toujours présent. Attaque soyeuse, un peu serrée au départ, mais qui prend de l’ampleur à vitesse grand V. Le vin montre beaucoup de poids alors que la masse tannique semble pratiquement imperceptible si ce n’est qu’en finale où elle se referme doucement comme un boa sur une abondance de velours. Finale princière et précise qui s’étire longuement sur des parfums de violette, de viande fumée, d’épices exotiques et de charbon. Sérieux et sexy à la fois, c’est possiblement le 2005 à Bordeaux le plus ouvert (et agréable) que j’ai dégusté depuis 2-3 ans. Il pourra certes tenir encore longtemps, mais pourquoi patienter quand tout semble déjà en place si ce n’est qu’on aime ses vins plus à point? En avoir en cave, j’attendrais tout au plus 5 ans avant de jouer du tire-bouchon. Comme quoi, le grand vin, il est bon à tout moment, depuis sa tendre jeunesse jusqu’à sa mort (si mort il y a!). Émotions, ici. 18,5-19/20

Trotanoy 2005

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