Hatzidakis: Le magicien de Santorin

- 11 juillet 2012

Je le dis d’entrée de jeu : ça été mon premier wow! vin du voyage. Probablement le seul aussi… Pas qu’on ne bois pas bien en Grèce, bien au contraire! J’ai fait d’innombrables découvertes. La qualité est surprenante, parfois même de haut niveau. Il y a surtout cette authenticité incomparable liée à l’existence de plusieurs cépages indigènes qu’on ne retrouve nulle par ailleurs. Mais pas de vin chavirant à faire hérisser les poils. Sauf ceux d’Haridimos Hatzidakis.

Haridimos à l'entrée de son chaiC’est d’abord tout un personnage. Imposant, barbu avec les cheveux grisonnant et les yeux purs. L’air un peu sévère, on devine la rigueur qui l’habite. Il sait aussi avoir l’esprit pour la fête.

C’est un crétois tombé en amour avec Santorin. On le comprend. C’est surtout un homme de la terre. Car pour faire du bon vin sur cette île volcanique, il faut aimer ses vignes et les comprendre.

Il fait des études d’œnologie à Athènes et ses premières armes chez Boutari, le plus gros producteur de l’île. Il y rencontre sa femme dont la famille possède quelques parcelles. Avec elle, ils fondent leur propre domaine en 1997.

La majorité du vignoble est idéalement situé en bas du village de Pyrgos, à des altitudes variant entre 150m et 300m et des expositions nord et nord-est. Un tel positionnement permet une exposition solaire moins forte, ce qui est essentiel sur cette île où le soleil brille plus de 300 jours par année.

Au chai, tout est… comment dire… complètement artisanal! Bordélique, oserais-je dire. C’est son garage, dit-il. Pour le puriste nord-américain, les installations peuvent paraître d’un autre temps. Tout est à aire ouverte avec pour seule protection, un toit de paille et des vieilles planches.

Avec ce genre de décor, je me suis demandé ce qu’il allait sortir de son chapeau? Vous avez deviné : des vins proprement lumineux! Ce contraste, qui n’est pas sans rappeler Henri Bonneau à Châteauneuf-du-Pape, explique peut-être un peu pourquoi j’ai écrit wow! dans le coin gauche de mes notes de dégustation…

 

Haridimos dans son chaiComme c’est souvent le cas, l’accès à ces vins en dehors de la Grèce, voire de Santorin est difficile. Heureusement, l’agence Oenopole en importe certains de temps à autre. Soyez vigilants! Pour l’heure, voici mes impressions des vins dégustés sur place.

 

Aidani organique 2011 Cyclades

4000 bouteilles produites à partir de vignes en culture biologique et appartenant au domaine. L’aidani est un cépage donnant des vins aériens, ronds avec des accents floraux. On s’en sert surtout pour arrondir l’assyrtiko qui est plus austère et acide. Le résultat donne ici un vin de belle intensité, parfumé à souhait: fleur d’oranger, defruits à chair blanche et impression épicée. Éclatant à l’attaque, pur, dense tout en conservant une bonne vitalité malgré l’acidité basse et la finale puissante. Un chouia musqué en finale, ce qui donne de la prestance. 15/20 ou ***, voire *** ½

 

Assyrtiko 2011 Santorini

Autour de 30 000 bouteilles par année. C’est la plus grosse production du domaine. La terre étant fortement morcelée sur l’île, il est forcé d’acheter les raisins à d’autres propriétaires. Au demeurant, les rendements restent très bas (autour de 15hl/ha). Un assyrtiko très pur, vinifié et élevé en cuve d’inox. Une robe prononcée, légèrement dorée. Un nez pierreux, finement floral. À l’agitation, ça s’intensifie : fumée, garrigue, citron, tilleul. Acidité tranchant sur une matière dense qui peut donner l’impression de douceur. Le tout est pourtant bien sec. Bonne finale salivante sur des notes d’iode. Vin plus intellectuel et à l’équilibre maîtrisé. 15,5/20 ou *** ½

 

 Assyrtiko sélectionné 2011 Santorini

(29,00$ – i.p. chez Oenopole disponible en juillet)

À peine 1 500 bouteilles issues des jus de goutte du vin précédent. Vinifié et élevé de la même façon, il paraît plus ample au nez comme en bouche avec une salinité moins enrobante  et une expression plus fruitée de l’assyrtiko. Finale expansive avec impression d’extrait sec et de notes marines. La grande classe! 16/20 ou *** ½, voire ****

 

Assyrtiko organique 2011 Santorini

Assyrtiko 2011 bio encore en cuve

Appartenant au domaine, les vignes sont franches de pied, c’est à dire non greffées, puisque l’Île ne connaît pas le phylloxéra et conduite de manière biologique. Élevé sur des lies naturelles, le vin montre un caractère plus aérien et un fruité finement exotique sans pour autant perdre en densité. Finale mielleuse et énergique sur des notes salines et de citron confit. Superbe! Probablement le meilleur vin sec dégusté durant mon séjour en Grèce. 17/20 ou ****

 

Assyrtiko de Mylos 2009 Santorini

(36,00$ – i.p. chez Oenopole disponible en juillet)

Autre petite merveille provenant de très veilles vignes (150 ans) situées sur une parcelle nommée Mylos. Une moitié est vinifiée et élevée en cuve d’inox, l’autre en barrique. Un vin d’une grande pureté au fruité exubérant. Nez gracieux d’hydrocarbure et impression de passerillage donnant des notes d’abricot sec, de tilleul et de lys. Bouche sudiste et capiteuse, mais l’acidité franche rend l’ensemble étonnamment frais et sapide. Longue finale vibrante et expansive sur des notes confites de poire et d’agrumes. On dit qu’il est préférable de le laisser reposer 2 ou 3 ans avant de l’approcher. Il figure, lui aussi, parmi les meilleurs vins dégustés en Grèce.  16,5/20 ou *** ½, voire ****

Vignes de Mylos

Nikteri 2011 Santorini

Vendanges tardives vinifiées en sec, ce qui explique le degré d’alcool élevé (15-16%). Nikteri veut dire « travailler la nuit » et fait référence au fait qu’on laissait reposer les raisins durant la nuit afin de les refroidir. Aujourd’hui, le travail est fait au moyen de gros réfrigérateurs. Provenant de vignes centenaires, il est fermenté et élevé en barrique pour environ six mois. Il en ressort un vin puissant aux arômes de passerillage plus marqués : pêche grillée, écorce d’orange, avec un fond d’épices douces. Bouche opulente et texturée tout en montrant une tenue exemplaire malgré l’acidité plus basse. Finale plutôt fringante rappelant les cailloux frottés. Un vin avec plus de poids qui conserve néanmoins un profil élancé. 15/20 ou ***, Église adjacente au futur chaivoire *** ½

 

Nikteri 2008 Santorini

Robe plus évoluée à la teinte dorée. Au nez, on perçoit de jolies notes oxydatives rappelant le sherry.  L’aération le rend aguichant : menthol, miel, nougat,  noix, muscade et poire pochée. Bouche huileuse, presque onctueuse, mais pourvu d’un équilibre remarquable grâce à l’acidité énergique. On sent le vin moins envahissant que sur le 2011 avec une dimension supplémentaire. Longue finale sur des notes légèrement amères. Un vin de gastronomie. 16,5/20 ou *** ½, voire ****

 

Mavrotragano 2009 Santorini

C’est à Haridimos Hatzydakis que l’on doit la renaissance de ce cépage longtemps oublié et unique à l’île de Santorin. Représentant autour de 5% de la surface plantée, il est en voie de supplanter le mandilaria, une variété plus rustique et, surtout, moins qualitative. Petite production d’à peine 1500 bouteilles, le vin est fermenté puis élevé dans de vieilles barriques pendant un an. Il arbore une robe prononcée et une palette aromatique de grande intensité : marmelade de cerise noire, encre, épices, ardoise chaude, herbes aromatiques. Bouche veloutée, des tanins un poil rustiques, mais de bonne stature. L’ensemble est dynamique et montre une belle profondeur. Il devrait pouvoir se bonifier. Belle découverte! 15/20 ou ***, voire *** ½

Emplacement du futur chai

Vinsanto 2003 Santorini

Assemblage de 80% d’assyrtiko complété par 20% d’aidani. Les raisins sont séchés au soleil environ 15 jours, fermenté et puis élevé en barrique pendant 6 à 7 ans. Un vin renversant de plénitude. On perçoit une toute légère pointe d’acidité volatile rattrapée par des tonalités complexes de vieux rhum, de noix, de figue, de marmelade d’orange, de raisin de Corinthe, de havane frais et de café. Riche et caressante, la bouche ne montre aucun signe de lourdeur malgré les 240g de sucre résiduel. Longue finale donnant une impression saline et portée par une acidité salivante. Un pur bonheur que l’on peut commencer à boire aujourd’hui, mais que l’on pourra conserver en cave une vingtaine d’années, même plus. Wow!, tout simplement. 17,5/20 ou ****

Vieux pressoirs

 

Vinsanto 2006 Santorini

Dégusté sur fût. Plus marqué par le bois avec des notes de caramel au sel, d’orange sanguine et de café. Bouche plus tonique avec une finale qui paraît plus élancée. Il devrait être mis en bouteille à l’automne. Impressionnant! 17-18/20. ou ****, voire **** 1/2

 

Voudomato 2007 Santorini

Voudomato signifie œil de bœuf. En regard de ce que j’ai pu goûter, ce cépage indigène semble donner de biens meilleurs résultats en vin doux naturel. Une toute petite production de moins de 1000 demi-bouteilles. On y détecte une myriade d’arômes: chocolat, poivre de Jamaïque, viande fumée, beurre chaud, fraise écrasée et tomate cuite. Avec ses 11 degrés d’alcool et ses 260g de sucre résiduel, il donne une bouche sirupeuse, mais, encore une fois, dotée d’une acidité déconcertante et d’une finale iodée. Bref, une gorgée en appelle une autre. Remarquable! 17/20 ou ****

 

Voudomato 2009 Santorini

Dégusté sur fût. Registre olfactif similaire avec un fruité juvénile plus explosif. Bouche donnant l’impression d’être plus électrisante avec une acidité relevée et des notes de fumée marquée en finale. Devrait, lui aussi, faire une grande bouteille. 17-17,5/20 ou ****

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