La Bourgogne selon la maison Nicolas Potel

- 6 février 2013

Vous connaissez mon amour indéfectible pour la Bourgogne. Le contraste entre la simplicité de ses cépages – presque exclusivement le pinot noir en rouge et le chardonnay en blanc – et la complexité tant de ses terroirs que de son histoire en fait une région proprement magique. C’est ce qui explique pourquoi, dès qu’on me la propose en dégustation, je réponds présent!

Comme partout en Bourgogne, l’histoire de la famille Potel n’est pas simple. Pour résumer, le réputé domaine de la Pousse d’Or à Volnay change de main à la mort du père de Nicolas. Ce dernier choisit alors de lancer son activité de négoce qui consiste à acheter les raisins d’autres vignerons pour le vendre sous son nom. Son aventure connaît une série d’écueils malheureux qui le forcent à céder son nom à la famille Cottin surtout connue sous le nom de Labouré-Roi.

 

Vous suivez toujours?

 

À partir de 2009, la nouvelle équipe retient les services de Jean-Christophe Pascaud, comme chef de cave. Bourguignon de naissance, il a fait ses classes à… Bordeaux. Comme quoi, rien n’est incompatible!

Aujourd’hui, la maison Nicolas Potel embouteille plus d’une trentaine d’appellations surtout en Côte de Beaune et Côte de Nuits. «Plusieurs critères guident nos choix d’achats de raisin, explique Jean-Christophe. Le plus important, c’est l’âge des vignes. Il faut au moins 70 ans d’âge moyen. Même pour les simples bourgognes villages. Pour nous, c’est un gage de qualité. »

De fait, les vins présentés lors de son passage à Montréal, la semaine dernière, sont d’une qualité irréprochable. Du lot, je retiens le Bourgogne blanc 2010 qui doit paraître dans l’opération «Cellier» de la SAQ au printemps prochain, de même que l’excellent Beaune 1er cru Les Bressandes 2010.

 

Voici, en rafale, mes impressions sur les vins dégustés :

 

 

Bourgogne Pinot Noir Vieilles Vignes 2011
(21, 10 $ – code SAQ 719104)
C’est tellement pâle et limpide qu’on a l’impression que le vin n’a pas de robe du tout! Et je vous interdis de penser que je pense à ce que vous pensez! En fait, c’est précisément ici que la magie du pinot noir s’opère. On ne s’attend à rien jusqu’à ce qu’on porte le verre au nez. Et là, paf! Les parfums surprennent, embaument et charment. Ici, sans être complexe, c’est de bonne intensité sur les groseilles et une pointe de ronce qui donne du muscle. Ensemble facile et gouleyant qui garde une tenue respectable. Il manque de gras, mais le millésime n’y est probablement pas étranger.

* *

 

Bourgogne Blanc Chardonnay Vielles Vignes 2010
(21,45 $ – 1180926 disponible au pringtemps 2013)
Belle précision des parfums avec un joli grillé suivi de notes de pêche blanche. Le vin a du gras, tout en montrant une belle tension. Moderne dans l’approche, il conserve un esprit classique. Super achat à ne pas manquer!

* * *

 

Meursault premier cru Bouchères 2009
(non disponible)
Timide au départ, il prend de l’ampleur et gagne en définition : mie de pain, miel de trèfle, cailloux chauds, iode. Un climat qui fait mentir le millésime pourtant chaud par sa droiture et son côté sauvage. Pas du niveau d’un Buisson-Charles dont je connais bien le Bouches-Chères (remarquer ici l’orthographe qui diffère d’un domaine à l’autre), mais avec un côté tendre et bien né qui permet de l’apprécier dès maintenant, alors qu’habituellement il est préférable d’attendre avant d’ouvrir.

* * ½ vers * * * *

 

Santenay 2010

(26, 45 $ – code SAQ 725564)
Toujours cette fascinante absence de robe et un coup de magie au nez. Floral avec un arrière-plan de fraise écrasée. Bouche tendre, fraîche et bien tissée. On l’aimerait plus ample, mais il évite le piège du creux en milieu de bouche. L’équilibre est là!

* * ½

 

 

Monthélie premier cru Les Champs Fulliots 2010
(34,25 $ – code SAQ 11154321)
On gagne en définition et en caractère. Le parfum d’aneth frais peut d’abord faire penser aux pinots noirs d’Oregon. Évolution sur le girofle, la ronce et la framboise sauvage. Matière veloutée soutenue par des tanins soyeux et une franche acidité.

* * *

 

Beaune premier cru Les Bressandes 2010
(39, 00 $ – code SAQ 725929)
Saut qualitatif important. Écorce d’orange, aspect minéral et un côté sauvage. La bouche paraît un peu repliée sur elle-même, mais on sent le caractère juteux de fruit. Très bien construit, il devrait gagner en volume avec le temps. Coup de cœur de cette dégustation.

* * * ½

 

Nuits-St-Georges premier cru Les Vaucrains 2009
(69, 00 $ – code SAQ 11217379)
À l’aveugle, je n’aurais jamais deviné NSG. Un vin délicat, floral et subtilement poivré. La bouche affiche une mâche fine et une texture soyeuse. Seule la finale, un brin austère, laisse paraître ses origines.

* * * ½

 

Gevrey-Chambertin premier cru Craipillots 2010
(non disponible)
Ici, pas de doute, c’est du Gevrey! Un vin épicé souligné par un boisé fin. Plus viril dans sa forme, le vin conserve un air de famille avec les autres vins : une mâche fine et bien présente qui sert de tremplin aux arômes en finale. Déjà accessible, c’est celui qui devrait bénéficier le plus d’un vieillissement de 5 à 6 ans.

* * * ½ vers * * * *

Abonnez-vous à cet article

3 commentaires

  1. Marc Chapleau dit :

    Désolé si je n’ai pas suivi, Pat, mais t’as laissé tomber la notation française sur 20 et te voilà rendu avec des étoiles ? Suis bien à l’aise avec ça, remarque.

  2. Patrick Désy dit :

    Marc, c’est un papier que j’avais d’abord publié sur Canoë où j’ai conservé la notation par étoile (ou sur cinq, si tu veux). Autrement, je note toujours sur 20 points.

    Pour les besoins de la chose, voici la conversion vers l’échelle à vingt points. C’est purement mathématique. Ce n’est donc pas parfait. J’ai du mal, par exemple, à me faire à l’idée que *** ½ soit 17 points et ainsi de suite jusqu’à 20. Personnellement, je vois plus **** comme 17 points et 18-19 points comme **** ½, mais les chiffres sont les chiffres.

    20 = *****

    19 = ****½

    18 = ****

    17 = ***½

    16 = ***

    15 = **½

    14 = **

    13 = *½

    12 = *

    11 = ½

    10 = 0 ou non noté ou défectueux.

    Pour plus de détails: http://blogues.journaldemontreal.com/mechantsraisins/general/la-notation-des-vins-un-exercice-imparfait/

  3. marc chapleau dit :

    Merci Patrick, j’avais lu ton papier sur la notation des vins et j’ai lu aussi Jacques (Benoit) dans la Presse de samedi dernier. Ah ! la notation, ce qu’elle fait couler d’encre…

Laisser un commentaire

 caractères disponibles