La madame était pas contente (Part 2)

- 16 janvier 2013

En faisant le ménage des innombrables papiers qui s’empilent sur le coin de mon bureau (janvier a au moins ça de bon qu’il me permet de remettre ma pile à zéro… et d’en commencer une nouvelle, au grand découragement de ma femme), je suis tombé sur un article que Thierry Desseauve avait publié dans le magazine L’Express, l’automne dernier.
Oh! boy! que je me suis dit, en le relisant. Là, la madame serait vraiment pas contente.
Mais permettez que je vous rappelle brièvement l’épisode «Un» de «La madame était pas contente», lequel a d’ailleurs avait fait l’objet de l’un de mes premiers textes sur Méchants Raisins.
Cette dame m’avait écrit ceci: « Moi je voudrais bien vous lire sauf que j’ai un peu de misère avec votre ténacité (sic) avec les vins français. Je m’excuse, mais les vins français sont dépassés. Ajusté vous S.V.P (re-sic) », qu’elle me disait, au participe passé plutôt qu’à l’impératif, mais quand même, pas contente du tout.
Je lui avais répondu (je vais faire ça court) que loin d’être dépassés, les vins français demeurent toujours l’étalon de mesure en ce qui concerne les grands cépages internationaux.
Quelques exemples rapides, les bourgognes rouges et blancs demeurent encore et toujours la référence pour quiconque, dans le reste du monde viticole, fait du pinot noir et du chardonnay, les pays anglo-saxons ont à peu près tous leur bordeaux blend,  en référence évidemment aux maîtres ès cabernet sauvignon et merlot, notamment, que sont les Bordelais, idem avec la syrah du nord de la vallée du Rhône, la Champagne avec les bulles, etc.

Le vin français, le meilleur

Thierry Desseauve en rajoutait une couche épaisse avec cet article qui s’intitulait: « Pourquoi le vin français est le meilleur», et c’est justement en pensant à la madame que je l’avais rangé dans ma pile, avec l’idée de vous en parler un de ces quatre, mais, on sait ce que c’est, on veut faire mille choses et finalement on en fait mille autres.
Bref, c’est aujourd’hui que je vous en parle.
Pour expliquer pourquoi le «vin français est le meilleur», Desseauve remonte à ce fameux Jugement de Paris de 1976 qui, s’il est vrai qu’il a été «l’acte fondateur de la création de grands crus en Californie», comme il le dit, aura aussi été le signal «d’un réveil qualitatif du côté français».
C’est dans cette foulée que Desseauve parle du travail effectué par les universités de Bordeaux, Montpellier, Toulouse ou de  Beaune où, dit-il, l’enseignement technique vitivinicole français a atteint une renommée inégalée, alors que se poursuivaient, sur le terrain, les travaux de recherche.
«À titre d’exemple, dit-il, Denis Dubourdieu, le plus célèbre professeur d’oenologie de la faculté de Bordeaux, est aussi le consultant attitré de très nombreux crus classés. Consultant : ce métier, qui dépasse celui de l’oenologue traditionnel effectuant, pour le compte d’un domaine, les analyses chimiques (sucre, acidité…), a joué un rôle essentiel dans ce renouveau. D’abord à Bordeaux, où Michel Rolland, Denis Dubourdieu, Stéphane Derenoncourt, Hubert de Boüard, Olivier Dauga et d’autres ont, chacun dans leur genre, conseillé de nombreux propriétaires, dans leurs vignes comme dans leurs chais. Puis partout ailleurs où des personnalités comme Kyriakos Kynigopoulos, en Bourgogne, ou Philippe Cambie, à Châteauneuf-du-Pape, ont elles aussi fait progresser grandement leur région».
Mais pour vraiment prouver ce qu’il avance, quand il parle de la supériorité des vins français, il arrive avec l’argument massue du prix des bouteilles.
Je le cite encore ici: « Pour ceux que la subjectivité d’une dégustation humaine ne suffirait pas à convaincre, il est une mesure d’un froid réalisme qui permet de jauger cette supériorité qualitative : celle du prix des bouteilles. Jamais la cote des grands vins français n’a été aussi haute, à tel point que les foires (…) ont cessé depuis plusieurs années de proposer des premiers crus et, même, ce que l’on appelle les « super seconds », c’est-à-dire tout le haut du panier bordelais.

84 vins français dans le top 100

« Quant aux stars bourguignonnes et rhodaniennes, elles n’ont jamais été présentes dans ce type de distribution. Liv-ex, une société britannique qui suit et analyse le cours des vins dans tous les types de marchés (enchères, cavistes, VPC…) et sur tous les continents, produit chaque année son Liv-ex Power 100.
«Dans cette liste recensant « les 100 marques les plus puissantes sur le marché des vins fins », pas moins de… 84 sont françaises ! En 2011, parmi les neuf records de ventes qui furent établis aux enchères, huit concernaient des vins de l’Hexagone : une bouteille de romanée-conti -de 1945, il est vrai – fut ainsi adjugée 123 889 dollars chez Christie’s, à Genève, tandis qu’un lot de 55 bouteilles du même cru, allant des millésimes 1952 à 2007, atteignait l’incroyable somme de 813 333 dollars chez Acker Merrall & Condit, à Hong Kong, nouvelle Mecque des vins mythiques…
«D’une manière générale, environ 75 % des vins présentés lors des ventes de prestige à Londres, Hong Kong, New York ou Genève sont français. »
Mais Desseauve poursuit en disait que le véritable miracle qualitatif de la France viticole, il est dans la «progression spectaculaire et continue» de tous les vignobles français, y compris les plus modestes».
Enfin, dernier argument, et que ceux qui connaissent bien la France et les Français seront bien obligés d’admettre qu’il a un poids dans la balance: le goût du débat. Je le cite à nouveau : «…(le goût du débat) sur les méthodes de production, les styles et les écoles, la philosophie du travail, le bio et ses multiples variantes, les règlements et leur application, les hommes et les femmes du vin, les critiques et les gourous, les cavistes, les restaurateurs, les mirages du marché chinois et le déclin des foires aux vins, tout est sujet à discussion, à chapelles, à blogues, mais aussi à réflexion, à remises en cause et, finalement, à progression…
Voilà pourquoi la madame, si elle avait lu Desseauve en plus de mon humble chronique, aurait finalement été vraiment furieuse.

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