La modération des prix aurait bien meilleur goût

- 17 mai 2012

D’abord, mettons une chose au clair : je ne suis pas en faveur de la privatisation des vins au Québec. Je suis d’accord avec le principe du monopole des vins et spiritueux.
Bien qu’il pourrait y avoir, selon moi, place à des aménagements avec le privé pour un certain nombre de produits; comme une sorte de Vin Dépôt pour les vins d’importation privée, par exemple.
Cela dit, ça n’empêche pas le fait que la modération des prix aurait bien meilleur goût.

Mettons une autre chose au clair : la comparaison des prix des vins à la SAQ avec le LCBO et ceux payés aux États-Unis que j’ai faite dans mon dernier article, sur ce blogue, était accessoire.

Le but n’était pas de montrer pour une énième fois que les vins sont moins chers en Ontario et aux États-Unis, ce que tout le monde sait de toute façon. Mais plutôt que si les Québécois paient plus cher pour leurs vins au Québec, ce n’est pas tant parce qu’ils sont prêts à payer plus cher, comme l’affirme la SAQ, mais bien, tout simplement parce qu’ils coûtent plus cher et que, de toute façon, on n’a guère le choix puisque des vins à petits prix, il y en a de moins en moins.

D’ailleurs, lorsqu’on fait une analyse un peu plus poussée des prix des vins les plus vendus au Québec, comme vous pourrez le lire dans ma chronique de samedi prochain dans le cahier CASA du Journal de Montréal, on constate que la majorité de ceux-ci sont situés dans une échelle de prix qui va de 8,95 $ à 15,00 $. Justement la catégorie que la SAQ est en train de réduire.

Ce que fait la SAQ, en fait, c’est qu’elle diminue l’offre des vins pas chers pour augmenter celle de ceux qui coûtent plus cher.
Et forcément, quand tu en proposes moins, tu finis par en vendre moins.

Vignerons indépendants

Autre point, non seulement la SAQ en propose de moins en moins de ces vins pas chers, mais en plus ceux qu’elle propose sont dans une très large majorité des vins de grandes cavaleries, comme on dit, c’est-à-dire des vins de grands groupes industriels.

SAQ Tablettes

L'offre des produits sous la barre des 15 $ est de moins en moins grande.

Oubliez les bons petits vins de vignerons indépendants, comme il en existe des milliers sur la Planète Vin, et comme la SAQ pourrait aussi nous en proposer à la douzaine. Ils sont en voie d’être complètement éliminés de l’offre de la SAQ.

Pourquoi ? Parce que la qualité d’un produit n’est pas le principal critère qui va déterminer sa présence ou non au répertoire général de la SAQ.

Le critère qui, en fin de compte, va faire pencher la balance, c’est le budget de promotion qu’on est prêt à mettre sur un vin.

Forcément à ce jeu, les petits vignerons indépendants n’ont aucune chance. D’où, dans cette fourchette de prix, la forte présence de vins de grands groupes viticiloles.

C’est qu’avec les budgets de promotion qui se chiffrent par plusieurs centaines de milliers de dollars, la SAQ empoche aux deux bouts de la chaîne. À la sortie, bien sûr, c’est-à-dire à la vente, compte tenu évidemment de sa marge bénéficiaire, mais aussi à la rentrée d’un produit à son répertoire général, car le gros du budget de promotion va lui aussi dans les coffres de la SAQ (vente de publicités dans ses circulaires ou ses publications comme Tchin-Tchin, vente d’ilots dédiés dans les magasins, etc.).

Mais même à cela, certains petits vignerons indépendants qui seraient d’accord pour consacrer des sommes plus importantes à la promotion de leurs produits se le font refuser, comme le rapporte Marc-André Gagnon sur son site Vin Québec  qui nous parle du cas du vigneron Michel Julien.

Un de ses vins, L’Opéra de Villerambert-Julien (12,95 $) sera bientôt retiré de la liste des produits courants, nous apprend-il, même si ce vin se vend très bien et même s’il a offert de faire encore plus de promotion.

Pourquoi ? Encore une fois, parce que la SAQ élimine en douce des vins moins chers pour les remplacer par des vins plus chers, tout en nous disant du même souffle que les Québécois sont prêts à payer davantage pour leur vin.

Encore une fois, quand l’offre diminue pour une catégorie de vins, les ventes diminuent aussi, inévitablement. Et inévitablement aussi, quand cette offre est remplacée par celle de produits qui, eux, coûtent plus cher, tu finis, malgré toi, par être « d’accord » pour payer tes vins plus cher.

Surveiller la SAQ ?

Que peut-on y faire ? Rien. La SAQ agit à sa guise et n’a de compte à rendre à personne, sauf au gouvernement.
Mais justement, ne serait-ce pas une bonne idée qu’il existe pour la SAQ l’équivalent de la Régie de l’énergie pour Hydro-Québec ?

La Régie de l’énergie se décrit elle-même comme « un organisme de régulation économique dont la mission consiste à assurer la conciliation entre l’intérêt public, la protection des consommateurs et un traitement équitable du transporteur d’électricité et des distributeurs ».

Changez les mots « transporteurs d’électricité » et « distributeurs » par les mots « vignerons » et « agences promotionnelles » et vous avez presque déjà une définition de ce que pourrait être cet organisme dont la mission serait la surveillance des pratiques commerciales de la SAQ.

Quand Hydro-Québec décide d’augmenter ses tarifs ou de modifier ses politiques, elle doit obtenir l’aval de la Régie de l’énergie.

Pourquoi pas l’équivalent, encore une fois, pour la SAQ ? Au moins, les groupes de défense des consommateurs pourraient faire connaître leurs points de vue, comme aussi les agences promotionnelles qui, protégées par la loi, ne craindraient pas les représailles du monopole, comme c’est le cas présentement, plusieurs d’entre elles préférant jouer un profil bas, en cas de divergences de vues, plutôt que de tenir leur bout et de se faire mettre subtilement sur une voie d’évitement dans le futur.

D’accord, l’électricité est un service essentiel. Mais dans un monde où la qualité de vie est aussi au coeur des préoccupations de nos sociétés, le vin est devenu un produit de civilisation incontournable, pour ne pas dire essentiel.

En attendant qu’un tel organisme voit le jour (on peut toujours rêver… ! ), on peut espérer que le fédéral passe enfin ce fameux projet de loi privé C-111 qui permettrait, en toute légalité, d’acheter du vin n’importe où au Canada pour sa consommation personnelle.
Ce serait déjà le début de l’ombre d’un peu de concurrence pour la SAQ.

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2 commentaires

  1. Pascal dit :

    Quest bête d’un non québécois : et pourquoi la SAQ ? Pourquoi pas une liberté de vendre dans des supermarchés et chez des cavistes ? Je n’ai jamais compris personnellement l’intérêt d’un monopole, surtout pour le vin.

  2. Claude Langlois dit :

    Pascal, la réponse officielle: c’est un choix de société, les profits énormes engendrés par le commerce des vins et spiritueux aidant l’état québécois à maintenir ses programmes sociaux.

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