La SAQ milliardaire

- 15 juillet 2012

C’est sûr qu’avec des profits de près de 2 milliards $, si on tient compte des taxes perçues par le gouvernement, on peut affirmer sans l’ombre d’un doute que : « Les journalistes aboient, le train de la SAQ passe. »

Et, bien évidemment, je me classe sans rougir dans la catégorie de ces journalistes qui, effectivement, aboient à l’occasion. Et s’ils aboient, enfin si moi j’aboie, c’est peut-être parce que, en désespoir de cause, j’ose me poser (peut-être bien inutilement, remarquez, et sans prétention aucune) en chien de garde de l’intérêt de l’amateur de vin et, forcément, de notre monopole.

Notre monopole qui n’a de compte à ne rendre à personne, comme on le sait. Sauf au gouvernement, bien entendu, si les profits ne sont pas au rendez-vous.

Or, ces profits, ils sont au rendez-vous plus que jamais, comme l’indiquent les derniers chiffres, la direction actuelle de la SAQ ayant accompli à ce chapitre un boulot remarquable.

Alors pourquoi aboyer ? Parce que les profits, c’est une chose et l’offre des produits que gère le monopole en est une autre.

Disons les choses plus clairement : est-ce que le modèle de gestion adopté par la SAQ, calqué en large partie sur l’industrie de l’alimentation, et qui, on en convient tous, génère des bénéfices records pour notre bon gouvernement, est-ce que ce modèle de gestion, donc, est compatible avec l’intérêt pur des amateurs de vin ?

J’entends tout de suite un chœur dire bien sûr, puisque l’argent remis par la SAQ au gouvernement nous revient, d’une manière ou d’une autre, via toutes sortes de programmes sociaux.

Mais ce n’est pas de cela dont je parle. Je me demande simplement, en fait, si ce modèle de gestion assu­re aux amateurs les meilleurs vins possible au meilleur coût possible. Et, hélas, à cet égard, j’ai bien peur que non.

Ce n’est pas grave, que j’entends encore du même chœur, il y a des milliers de vins différents à la SAQ et chacun finit bien par trouver celui qui lui convient.

INDIFFÉRENCE

Sauf que, comme je l’ai déjà montré dans cette chronique, les règles imposées par la SAQ, au niveau des produits du répertoire général, font en sorte que les vins des petits producteurs sont éliminés au profit des vins des grands groupes vinicoles.

Comme sont aussi éliminés les vins bon marché au profit de vins plus chers. Remarquez, je comprends très bien que cela se fasse dans l’indifférence générale, ce qui rend la tâche encore plus facile pour la SAQ. Et plus triste, encore, pour l’amateur.

Pour une large portion de buveurs de vin, il n’y aurait finalement sur le marché que deux sortes de vin, du blanc et du rouge, et, peut-être aussi quelques rosés et mousseux, et la vie serait diguidou.

Quant aux autres snobinards qui veulent avoir des vins de meilleure qualité, ils n’ont qu’à aller du côté des vins de spécialités, non ?

Or, ma crainte, et elle est partagée par d’autres au sein de l’industrie, est que le modèle adopté par la SAQ pour ce qui est des vins du répertoire général, s’applique petit à petit aussi aux vins de spécialités.

Pour les produits réguliers, la SAQ propose déjà, moyennant quelques milliers de beaux dollars supplémentaires évidemment, des programmes de distribution élargis à ceux qui souhaiteraient que leurs vins soient disponibles dans un plus grand nombre de succursales.

Or, ce programme existe également depuis deux ans pour les produits de spécialités. À une nuance de taille près, les conseillers en vin, assure la SAQ, ne sont pas obligés d’accepter ces produits dans leur inventaire.

En même temps, devant un refus général théorique des conseillers en vin de vendre lesdits produits, j’imagine que la SAQ devra forcément l’imposer.

Enfin, peu importe, l’idée derrière ces programmes étant que le producteur doit payer pour être mieux distribué, forcément les coûts de cette distribution élargie finissent, d’une manière ou d’une autre, par être absor­bés par le consommateur.

Or, la distribution, c’est le nerf de la guerre. Si pour continuer à bien se vendre, un producteur réalise qu’il lui faudra payer pour un programme de distribution élargie, c’est le début de l’application de la même logique qui a fini par emporter, en « régu­liers », les vins de petits vignerons indépendants.

Mais nous n’en sommes pas encore là.

DÉGUSTATION

► Altitude 2010, Sauvignon Blanc, Vin du pays de Val de Loire, Pascal Jolivet (16,60 $) : un vrai beau sauvignon, vif et nerveux, minéral très droit, signé par un des bons producteurs de sancerre. À plus petit prix, ce vin en emprunte d’ailleurs le style. Très bon achat.

► Château Saint-Antoine 2009, Réserve du Château, Bordeaux supérieur (15,80 $) : un bordeaux bien typé, fait de 65 % merlot et 35 % cabernet sauvignon, bien proportionné, frais et pimpant. Une très bonne affaire.

► La Tota 2010, Barbera d’Asti (23,35 $) : un vin d’été, de terrasse « apportez votre vin » et de plaisir, mais pas dénué de corps pour autant; on en apprécie la fraîcheur et l’équilibre malgré ses 14,5 %. À boire rafraîchi pour en accentuer la gouleyance.

menetoublanchais

Vin plaisir
pour offrir ou se faire plaisir

Menetou- Salon Morogues « Les Blanchais » 2010
Domaine Pellé
13 %, France
Type : vin blanc
Code : 872577
Prix : 26,25 $
Amateurs de sauvignon blanc en mal de vraies bonnes bouteilles, essayez ce menetou-salon, si vous ne le connaissez pas encore. À la fois rond et minéral, un fruit bien mûr, une certaine salinité, c’est précis, droit, et c’est surtout fin et élégant.
[ ★★★ | $ $ $ ]

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2 commentaires

  1. martin g dit :

    Vous voulez un petit exemple de dépenses a la SAQ qui fait qu’on paie beaucoup trop cher,au début des années 90 une SAQ classique ouvre ses portes dans un centre commercial pres de chez moi,beau local tres accessible,grand stationnement,bref tout est parfait quand tout a coup début années 2000 la SAQ décide que ces locaux ne conviennet plus et déménage dans un local beaucoup plus difficile d,accès et avec un stationnement ridicule a même pas un kilomètre de l’ancienne,un an plus tard probablement suite a de nombreuses plaintes,la SAQ ouvre une succursale « express » dans le centre d’achat ou était anciennement la « classique » toutle monde est content direz-vous? bien non j’ai appris récemment que la « classique » retournait au centre d’achat ou elle était avant et que « l’express » sera fermée.J’aimerais bien comptabliser toutes les dépenses de déménagements,ouvertur et fermeture que tout cela aura engendré!!!

  2. Roger dit :

    Bonjour,
    Pouvez-vous éclaircir la problématique qu’il y a derrière la dernière phrase ‘le début de l’application de la même logique qui a fini par emporter, en « réguliers », les vins de petits vignerons indépendants’?

    Merci

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