Le jeudi des quatre vins nouveaux

- 15 novembre 2012

Et dire que, dans les bonnes années, il s’est vendu pas loin de 50,000 caisses de vin nouveau au Québec! Vous vous souvenez?

Non? C’est vrai qu’avec le temps, on perd la notion du temps. C’était en 2000, donc, au tournant du siècle. En quelques jours, la SAQ avait écoulé exactement 48,500 caisses de vins nouveaux.

En 2005, déjà l’intérêt des Québécois avait considérablement diminué. 11,500 caisses avaient suffi à calmer notre soif.

Et maintenant, et c’est le cas depuis quelques années, on tourne autour de 3000 caisses.Cette année, petit soubresaut, la SAQ a ajouté à cela 400 caisses.

Si vous voulez savoir tout de suite lequel (ou lesquels) des quatre vins nouveaux 2012  valent le détour, cette année, allez directement en

Beaujo Nouveaux

bas de cette page. Vous y trouverez mes commentaires (cf : Et le gagnant est…).

Pour les autres, qui voudraient profiter un peu du bon temps que leur rappelle l’arrivée du vin nouveau, je vous invite à poursuivre cette lecture.

Dans un texte, donc, déjà publié il y a quelques années, mais que la Revue du Vin de France a repris, hier, sur son site internet et qui s’intitule J’aime le Beaujolais nouveau, le journaliste Antoine Gerbelle rappelle ces soirées à s’éclater qu’étaient, alors qu’il était encore étudiant, les fêtes du beaujolais nouveau dans les bistrots parisiens.

« Les chopines du père Albert Prat sifflées en pleine rue au son des bandas des Beaux Arts, cela ne s’oublie pas. Plus de cinq cents soiffards et soiffardes de tout âge, acoquinés pour un soir, unis pour refaire le monde, draguer en liesse, et, accessoirement, finir en tête à tête avec la maréchaussée sur l’air de “ah ça ira, ça ira…” Cela s’oublie encore moins. »

Mais il écrit aussi :

« Ce foutu beaujolais nouveau. Il a été la meilleure et la pire des aventures pour le vignoble du Rhône. La meilleure pour l’expansion économique, la notoriété qu’il a apportée à la région de Villefranche-sur-Saône pendant cinquante ans. La pire, dans la dérive qualitative de ce breuvage gaulois et saisonnier. D’un pur jus de raisins à la fermentation toute fraîche, d’un délice brouillon intensément fruité, la grosse masse du beaujolais “nouveau” est devenue au fil du temps un vin stéréotypé, levuré, chaptalisé, bidouillé, sans âme. Négociants et caves coopératives (pas tous, certes, mais la défaite est là) portent une lourde responsabilité dans cette dérive, sanctionnée par la mauvaise humeur du marché, l’éloignement des nouveaux amateurs de vin »

(voir l’article au complet à cette adresse : www.larvf.com/,vins-nouveaux-beaujolais-nouveau,2001115,4250486.asp).

Aujourd’hui, le beaujolais nouveau qui, disons-le, se relève d’une gueule de bois de quelques années sur plusieurs marchés, dont le nôtre, tente tant bien que mal de se refaire une virginité, sinon une beauté (oui, l’une peut aller, sans l’autre; mais je m’égare).

Et sans doute y arrivera-t-il, du moins chez quelques producteurs sérieux. Mais le goût de la grande fête du vin nouveau, telle qu’on l’a connue il y a quelques années, j’ai bien peur, hélas, que cela n’appartienne au passé.

Peu importe, ce n’est pas une raison pour bouder son plaisir, chaque troisième jeudi de novembre, quand l’arrivée du vin nouveau nous donne le goût de remettre ça. Surtout quand le vin est bon.Et je vous laisse justement, avant de commenter les quatre vins nouveaux que la SAQ met en marché ce matin même (et ce pour la 37e année, il faut quand même le souligner), cet extrait tiré du Le beaujolais nouveau est arrivé, de René Fallet, publié chez Denoël, en 1975, et que rappelle à nos mémoires Antoine Gerbelle.

« On les avait assassinés, les fêtes du faubourg et les bals de quartier, relégués au rayon souvenirs, avant guerre, belle époque, et c’était le bon temps. Mais il avait suffi de la fraîcheur d’un petit vin familier rigolo, populo, pour qu’un 14-Juillet tout neuf, improvisé, guilleret, remonte du pavé. […] Le beaujolais nouveau est arrivé! Coquinet de la cuisse, un poil canaille, sans soutien-gorge, il était arrivé dans les arrière-gorges, un rien pute, léger et court vêtu, un brin muguet, un brin de fille, un doigt de Dieu, un doigt de cour. Il coulait source dans les hommes, il ne repartirait qu’en leur laissant au cœur le plus clair de la vie, la vertu d’un sourire. »


Et le gagnant est…

Voici donc mon appréciation des quatre vins nouveaux que la SAQ propose cette année, à compter de ce matin même, 15 novembre.

  1. Novello 2012, Sangiovese, Rubicone IGT, Botter, 11,5 %,  (10,95 $ Code 10479166) : au premier nez, des arômes un peu vernis à ongle, qui évoluent sur le bonbon anglais. Rond, facile à boire, plaisant, c’est peut-être celui qui s’est ouvert le plus rapidement dans le verre. Mais qui, hélas, s’est aussi affaissé le plus rapidement, développant, après un certain temps, des notes vaguement oxydatives. Si vous ajoutez à cela une finale qui laisse une impression de sucrosité, je dois dire que ce thé n’a pas été ma tasse de vin, mon cher Watson. Ou quelque chose du genre. */1/2 (12/20).
  2. Beaujolais Nouveau 2012 Georges Duboeuf, 12, % (16,95 $ Code 10704221) : nez plus ou moins expressif, dans un premier temps, qui évolue sur les bonbons à la banane et à la guimauve. Très vin nouveau by the book, en fait, avec ces arômes fermentaires typiques.En bouche, d’abord peu loquace, le vin gagne de la présence à l’aération, mais révèle aussi un petit caractère végétal, et la finale accuse une pointe d’amertume. Disons un «beaujo nouveau» standard. *1/2 (13/20)
  3. Beaujolais Nouveau Mommessin 2012, 12 % (15,95 $ Code 10704247) : très peu jasant au début, il a développé à l’aération de jolies notes de violette. En bouche, s’il boudait un peu son plaisir au départ, il est celui des trois premiers qui s’est le mieux affirmé; je lui ai même trouvé un petit côté minéral surprenant et plaisant. Bien réussi. À mon sens, le meilleur des trois premiers. Mais il faut lui donner un peu d’air. ** (14/20)
  4. L’Ancien 2012 Terres Dorées, Beaujolais Nouveau, Jean-Paul Brun, 12,5 % (16,95 $ Code 11923994) : beaucoup d’amateurs attendaient avec impatience de voir ce que Jean-Paul Brun, l’un des meilleurs producteurs du Beaujolais, allait faire comme petit « beaujo nouveau ». Ils ne seront pas déçus. Dès la première gorgée, on sait que l’on a affaire à un « vrai » vin, si je peux dire, un vin dont le caractère « vin nouveau » n’est peut-être pas très marqué, c’est vrai, mais qui, en revanche, goûte ce qu’un authentique bon (mais jeune) beaujolais devrait goûter. C’est souple, gouleyant, joyeux et festif. ** + (14,5/20).

Donc, dans l’ordre, dans mon petit palmarès : L’Ancien de Jean-Paul Brun, suivi du Mommessin, du Duboeuf et, enfin, du Novello italien.

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1 commentaire

  1. Louise dit :

    Merci pour vos commentaires! Ce la nous aide à choisir le bon vin. Nous sommes d’ancien adpetes de la fêtes du vin nouveau et nous continuons à au moins en boire une ou deux bouteilles à chaque année.

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