Les hauts et les bas du beaujolais

- 26 février 2013

Je ne peux pas dire que je sois tombé en bas de ma chaise quand j’ai lu, récemment, que deux cents vignerons du beaujolais étaient sur le point de déclarer faillite.

Pourquoi la faillite? Principalement, explique-t-on, en raison du millésime 2012, catastrophique pour la région en terme de volume, alors que le gel et la grêle ont détruit jusqu’à 40% de la vendange ; et ce même si, au final, la qualité de ce qui restait était au rendez-vous.

Mais, si je peux dire, cette nouvelle n’est là en somme qu’une tuile de plus qui tombe sur la tête de cette appellation qui en a reçu plusieurs, les dix années précédentes, si on oublie la bonne nouvelle que fut le très beau millésime 2009, lequel lui redonna un certain erre d’aller.

«Un vin de merde»

D’abord en 2002, rappelons-le, le président du Grand jury européen, M. François Mauss, avait dit du beaujolais que c’était «un vin de merde».

L’affaire avait fait grand bruit, on s’en doute bien, même si on comprend que M. Mauss disait sans doute tout haut ce que beaucoup de gens pensaient tout bas.

En fait, cet incident aurait dû sonner le réveil dans la région. Et ce fut sans doute le cas, chez certains vignerons.

Sauf que quelques années plus tard, en 2006, comme le rappelait récemment sur son blogue l’auteur, journaliste et master of wine britannique Jancis Robinson, la maison Georges Duboeuf, l’ambassadeur le plus réputé de l’appellation dans le monde (Duboeuf commercialise 20% de tout le beaujolais), était mis à l’amende pour avoir fait des assemblages frauduleux.

Comme si cela n’était pas suffisant, l’année suivante, une bonne centaine de vignerons du beaujolais sont accusés d’avoir ajouté une quantité illégale de sucre au moût, la législation ne permettant cette opération (appelée chaptalisation), que pour l’obtention de deux degrés alcooliques  supplémentaires.

Surchaptalisation

Le problème de la surchaptalisation dans le Beaujolais ne date pas d’hier.

Déjà à la fin des années quatre-vingt, on la dénonçait et le hasard a voulu qu’à cette époque, je me sois rendu à quelques reprises dans la région.

Je me rappelle qu’en 1989, pour en avoir le coeur net et, surtout, comprendre de quoi il en retournait, notre petit groupe de journalistes du Québec avait demandé à goûter des beaujolais non chaptalisés. Et c’est ainsi qu’on se retrouva, à Villefranche-sur-Saône, au laboratoire de la SICAREX, la Société d’intérêt collectif agricole de recherche et d’expérimentations du Beaujolais, fondée en 1970.

À goûter, donc, comparativement, des beaujolais chaptalisés et d’autres non chaptalisés. Résultat : même si cela faisait mal à nos préjugés, comme je le soulignais dans une chronique à cette époque, il a bien fallu se rendre compte que le vin qui n’avait pas été chaptalisé était d’une extrême minceur, décharné même, insignifiant.

En revanche, écrivais-je alors, même si à l’évidence le vin chaptalisé était supérieur, plus consistant, plus charnu, il avait semblé à certains d’entre nous, dont moi, qu’il était en même temps à la limite de ce que nous reprochions souvent aux beaujolais, c’est-à-dire ses rondeurs et son volume qui avaient quelque chose d’artificiel. Mais l’équilibre aurait sans doute été très facile à trouver entre ces deux pôles.

N’importe quoi

Et puisque je parle de ce voyage en particulier, j’oserais dire, avec le recul, qu’il a marqué le début de ma désaffection pour le beaujolais, alors qu’il était pourtant au sommet de sa réputation, le phénomène du «beaujolais nouveau» ayant déjà commencé à déferler sur le reste de la planète.

Je me rappelle entre autres d’une visite chez un producteur complètement farfelu ( et il n’était pas le seul de l’espèce, malheureusement), qui nous faisait goûter ses différents crus, lesquels, quant à nous, étaient tous interchangeables, Moulin-à-Vent, Morgon, Juliénas comme Beaujolais villages.

Une véritable blague. L’un de nous se risqua à demander si on pouvait goûter un cru qui avait quelques années. Certainement de nous répondre le rigolo, et de piger une bouteille parmi plusieurs autres qui étaient couchées n’importe comment, aucune d’elles n’étant étiquetée, et d’en tirer une au hasard.

Voilà un saint-amour de huit ans qu’il nous dit sans broncher, ou quelque chose du genre, tout cela sous l’œil amusé, mais hélas complaisant et inconscient, du représentant de l’interprofession de l’époque.

Le vin était violacé comme un jeune vin et goûtait évidemment… le jeune vin. Quelle tristesse que tout cela!

Et je passe par-dessus le folklore dans lequel baignait toujours la région, à ce moment-là, folklore qu’avait contribué à créer Clochemerle, ce roman publié au milieu des années 30 et qui décrivait avec humour la vie des habitants de Clochemerle-en-Beaujolais, un village fictif.

Compte tenu du succès du beaujolais, ce roman avait encore une certaine résonnance à l’époque.

Renouveau

Bref, si vous ajoutez à cela le fait que quelques années plus tard, les ventes du beaujolais ont commencé lentement, puis de plus en plus sûrement à péricliter, avec en parallèle une baisse sérieuse de la notoriété du produit, alors non, je ne suis vraiment pas étonné d’apprendre qu’en 2013, deux cents vignerons sont sur le bord de la faillite, bien qu’Inter Beaujolais situe plutôt ce chiffre autour de 50, rapportait de son côté le magazine britannique Decanter.

La bonne nouvelle dans tout cela, en dépit de ces faillites annoncées, c’est que cette longue descente aux enfers aura permis l’arrivée en Beaujolais, ces dernières années, d’une nouvelle génération de producteurs qui sont en train de refaire la réputation de ce vin.

Je pense ici à des noms comme le Domaine Marcel Lapierre, Jean-Paul Brun (Domaine des Terres Dorées),  Pierre-Marie Chermette (Domaine de Vissoux), Pascal Aufranc, Dominique Piron, Château Thivin, pour n’en nommer que quelques-uns.

En autant que je puisse le constater, ces gens ont à cœur de faire du beaujolais non pas le grand vin que de toute façon il n’est pas ; mais sûrement en revanche un bon vin «de taille moyenne», comme l’avait déjà décrit avec pertinence M. Guy Brac De La Perrière, du Château des Tours.

Or un vin de «taille moyenne» quand c’est bon, ça peut être très bon. Souhaitons-nous d’en boire plus souvent.

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4 commentaires

  1. Bonsoir M.Langlois,

    Dommage en effet que certains vignerons doivent quitter le Beaujolais de cette façon. Par contre, plusieurs nouveaux arrivants et certaines valeurs sures font déjà un travail qui donne beaucoup de lustre aux vins de la région. Il suffit de se rendre au Rendez-Vous Beaujolais Montréal pour s’en rendre compte. Un seul cépage et une variété d’arômes et de saveurs tellement différentes les unes des autres!

    Je crois sincèrement que les vins de cette région sauront faire beaucoup de nouveaux amateurs -et gagneront en respect – au cours des prochaines années.

    Steve

  2. Claude Langlois dit :

    À Steve: Vous avez bien raison de souligner le travail accompli par Rendez-vous Beaujolais Montréal pour rétablir la réputation de ce vin chez-nous, qui mérite mieux que ce qu’on en a fait à une certaine époque. Je continue de prétendre, cependant, que c’est lorsqu’il se donne tel qu’il est, c’est-à-dire naturellement bon et aimable dans sa simplicité et son authenticité, quand on n’essaie pas de forcer son talent par trop de degrés, d’extraction ou d’artifices boisés, que le beaujolais est à son meilleur. Le plus beau souvenir que je garde du beaujolais est celui d’un pot anonyme, servi frais, sur une terrasse de Lyon. Et, encore aujourd’hui, à quelques détails près, ce beaujolais-là reste ma référence absolue.

  3. enzo d'aviolo dit :

    on sent en effet que vous en êtes resté à votre visite d’il y a plus de vingt ans pour arguer avec certitude que le beaujolais ne peut produire de grands vins (qu’il produisait pourtant déjà à l’époque, si vous aviez gouté un morgon 82 VV de bouland ou un MAV clos du tremblay 84, par exemple, vous mesureriez un peu plus votre propos).

    Avec de telles certitudes, il est évidents que les meilleurs vignerons du coin (qui ne sont vraiment pas ceux que vous avez cités, à part Thivin) ne sont pas prêt d’avoir envie de vous ouvrir un grand vin que vous pourriez prendre pour une grande cotes de nuit (par exemple). Vous n’êtes surement pas prêt pour cela…mais heureusement les meilleurs vins du beaujolais y survivront.

  4. davydave dit :

    Je ne comprendrai jamais l’engoument pour ce vin , Il est trop cher vu son faible veillisement et sa qualité.

    Par exemple un george du boeuf que je ne prendrais meme pas comme vin de cuisine se détaille 20$ alors que pour cette somme je peux nommer au moins 10 vins qui lui sont très nettement supérieur.

    le probleme du beaujolais se situe dans le qualité prix autant que dans le gout.

    meler avec du coke par contre il est buvable ;)

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